lundi 1 mai 2017

Aller au-delà de Macron, futur Président de la République


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 30 avril 2017. Note 52.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture complète des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


1 - Nicolas Hulot s'exprime à son tour :"Je voterai contre Marine Le Pen. Je voterai sans hésitation pour Emmanuel Macron", dit-il, dans une tribune qui est aussi un appel au candidat d'En Marche.

« M. Macron, ce vote de raison et de responsabilité au 2e tour vous oblige plus qu'il nous oblige. Il ne s'agit en aucun cas d'un chèque en blanc et encore moins d'une adhésion sans réserve à votre projet, qui n'a pas pris la mesure de l'exigence de solidarité dans laquelle se trouvent le pays, l'Europe et le monde », écrit Nicolas Hulot.
« Aujourd'hui, Emmanuel Macron, vous ne pouvez pas prétendre devenir un président responsable et ignorer tous les laissés-pour-compte de la mondialisation. Pas plus que vous ne pouvez ignorer les 26% du corps électoral qui ont choisi, au premier tour, la vision plus intégrale de l'écologie et des solidarités défendue par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Vous voulez être le 7 mai celui qui aura le devoir de les représenter, ayez le courage de leur donner des gages aujourd'hui ! ajoute-t-il.
Trop tard ! Il ne suffit pas d'avoir raison aujourd'hui. Hulot a voulu rester au-dessus de la mêlée. On peut comprendre, mais ce ne fut pas efficace. Qu'a-t-il fait pour soutenir, de tout son poids, « la vision plus intégrale de l'écologie et des solidarités défendue par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon » ? Quels « gages » Macron peut-il leur donner ? Sa conception de l'économie n'est pas compatible avec une politique socio-écologique forte et cohérente.

Tout se passe comme si Nicolas Hulot, à son tour, perdait de son prestige en cédant à la peur de la « peste brune ». Qu'Alain Juppé appelle à voter Macron, soit. Il est dans sa logique libérale mais non « hard ». Hulot doit rester dans le positif et dire ce qu'il veut plus que ce qu'il ne veut pas. L'écologie réelle a besoin de lui, Pas Macron qui l'emportera sans avoir besoin de faire appel aux écologistes.

2 - Dupont-Aignan est tombé dans son propre piège. On ne peut être nationaliste, « autarciste », dans ce contexte de bipolarisation droite / extrême droite et rester sur la touche. Son ralliement à Marine Le Pen est hélas logique. La candidate FN y gagnera peu (et peut-être y perdra encore). Dupont-Aignan y perdra tout, jusqu'à sa liberté politique !

3 – Monique Pinçon-Charlot, sur France Inter, rejette l'alternative Macron/Le Pen.
La sociologue précise : « Trump, Fillon, Le Pen et Macron sont les représentants du système capitalisme dans sa phase néo-libérale. Cette oligarchie, pour perdurer, a besoin de construire de fausses alternances. Les milliardaires sont au pouvoir. Pour eux, la seule chose qui compte c'est que l'oligarchie continue de concentrer toutes les richesses et les pouvoirs. C'est une guerre de classes des plus riches contre les peuples. Je ne voterai ni pour Macron ni pour Le Pen ».

4 - François Hollande, évidemment, appelle à voter Macron.
Le président sortant qui émettait régulièrement des réserves sur son ancien protégé, a appelé samedi les Français à « prendre un bulletin Macron » au second tour de la présidentielle, le 7 mai, pour barrer la route à Marine Le Pen. Est-ce une bonne nouvelle pour le candidat d'En marche ? Ce n'est pas sûr. Le champion de l'impopularité, très bientôt ex-président, n'est plus trop entendu. Si, comme beaucoup le pensent, Macron est une « créature » de François Hollande, son poulain, celui par qui le septennat est en partie validé, alors, oui, il y a une logique dans la prise de position de celui qui, se craignant trop désavoué ne s'est pas représenté. Mais cela encouragera-t-il pas les électeurs anti-Hollande à voter Macron ? Je ne saurais le dire...

5 - Trop de soutiens peu nuire.
Les appels à voter Macron se multiplient. De Borloo à Badinter, ceux qui voient derrière Marine Le Pen (et, sur ce point, ils n'ont pas tort), une entreprise de réahabilitation de politiques violentes qui ont déjà meurtri l'Europe, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce..., brandissent le bouclier anti-FN afin, disent-ils, de nous protéger du retour du fascisme. La réalité est plus complexe. Prendre les Français pour des sots est fort périlleux. Qui a donné des arguments à la candidate nationaliste et xénophobe sinon ceux qui ont mis en œuvre des politiques de refus du vote des immigrés, de limitation maximale de l'accueil des réfugiés, d'hostilité à l'hébergement des Rroms ou Tsiganes, d'approfondissement des inégalités ? Il ne suffit pas d'en appeler à la défense de la République, encore faut-il encourager et réaliser une politique de partage. Critiquer le Front National, oui mais en lui opposant une démocratie d'égalité, de fraternité et de liberté, et pas seulement le temps d'une campagne électorale !

6 – Renvoyer dos à dos la peste brune et le libéralisme bleu horizon.
Jean de La Fontaine nous avaient prévenus : la peste résulte de nos erreurs et nous risquons la guerre.
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre...

Et cette peste est brune quand elle prend le visage de l'ultra nationalisme brutal. Quant à nos erreurs, elles sont des crimes quand nous accablons les faibles et pardonnons tout aux riches et aux puissants ! Il n'y a pas de démocratie quand les inégalités perdurent et s'aggravent.
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèces
Est-ce un péché ? Non, non ! Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur./.../
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.

Quant à la couleur bleue, elle est généralement associée aux partis de droite ou conservateurs. Le bleu est historiquement associé à la monarchie, mais s'apparente, dans la société moderne, à l'autorité ou à la police. La chambre élue le 16 novembre 1919, très majoritairement composée d'élus ultra-conservateurs fut surnommée « Chambre bleu horizon » (la couleur des uniformes français et celle de la droite). Allons-nous, presque un siècle après, retrouver un tel Parlement aux ordres d'un président libéral et appuyé sur des forces conservatrices variées et convergentes ?
Les médiacrates passent leur temps à tenter d'enfermer chaque électeur dans un syllogisme : Tu es un républicain, or Marine Le Pen n'est pas républicaine ; tu ne peux donc voter que pour le seul candidat qui reste et qui est républicain : Emmanuel Macron. Beaucoup de Français se laisseront prendre à ce sophisme. Voudrait-on laisser penser aux Français que quiconque ne vote pas Macron par conviction ou, à la limite, par résignation, est traître à son pays, même s'il exprime, par ailleurs, sa vive hostilité au Front National incarné par Marine Le Pen ?

On peut critiquer les autres choix possibles mais ils existent ! Ne pas voter pour les idées crypto-fascistes ou pour des idées franchement libérales, en clair capitalistes, ne peut être considéré comme un acte antirépublicain. Bref ne pas voter, voter blanc ou voter nul pour dire son refus d'un choix biaisé est d'autant plus licite que le vote, en France, n'est pas obligatoire, que les votes blancs, depuis 2014, doivent être décomptés et que les votes nuls peuvent être émis par des électeurs protestataires qui expriment ainsi leur rejet d'une alternative à leurs yeux inacceptable. La pression multiforme exercée sur l'électorat pour qu'il vote en masse Macron est considérable, mais, pour autant, ce n'est pas ainsi que l'on convainc.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à formuler un commentaire.
Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux