dimanche 21 mai 2017

Tous les candidats aux législatives sont désormais connus


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 20 mai 2017. Note 67 À J-30.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Dans 12 jours s'effacera ce mois de mai durant lequel nous avons vécu l'élection du 8e Président de La République française, depuis 1965. Dans 23 jours, s'ouvrira le 1er tour des élections législatives dont tout peut dépendre encore. Deux questions vont se poser, dès à présent : le renouvellement (considérable) du personnel, au sein de l'Assemblée nationale va-t-il, ou non, permettre au président de la République de réussir, dans 30 jours, le 18 juin au soir, son audacieux pari : tout changer pour ne rien changer sur l'essentiel, afin d'obtenir une majorité de gouvernement aux ordres, d'une part, ou bien, si changement il y a, s'effectuera-t-il non au profit du gouvernement mais à celui d'une opposition, (et laquelle ?), d'autre part.

Il est temps d'explorer cette double hypothèse.

1 – Emmanuel Macron a bousculé la structuration politique de la France. Est-ce positif ?

S'agit-il vraiment d'un heureux bouleversement à mettre à l'actif du seul candidat Macron ? Indiscutablement, Emmanuel Macron a compris que le rapport gauche-droite, tel qu'il était compris et pratiqué, nuisait à l'union des libéraux. Une fois candidat, il a joué la carte du dépassement du clivage droite gauche. Mais pas n'importe quelle gauche ni n'importe quelle droite ! Il s'agit de la gauche convertie au libéralisme économique incarnée par Hollande, Valls, Collomb, Le Foll et d'autres, d'une part ; et il s'agit de la droite cultivée, capable de surmonter ses sectarismes et pouvant comprendre qu'elle est à tous les coups gagnante si elle contribue à l'alliance des centres droit et gauche, d'autre part.

François Bayrou l'a vite compris et s'est engouffré dans l'espace politique ainsi ouvert. Il a pu, alors, apporter le petit complément électoral qui suffisait au candidat Macron pour l'emporter au premier tour, fut-ce sur le fil. Derrière François Fillon, la droite traditionnelle et parlementaire s'est faite hara-kiri. De son côté, le PS, s'est chargé lui-même de l'élimination du représentant dûment validé des socialistes méritant ce nom. Dans ces conditions, pour Marine le Pen, face à Emmanuel Macron, soutenu par toutes les droites composant la droite libérale reconstituée, la lutte était inégale. Fin de la première partie.

C'est le président Macron qui a pris le relais en engageant tout de suite son projet : le chef du gouvernement « désigné », Édouard Philippe, maire LR du Havre, un proche de Jupé , a reçu la mission, sous le contrôle du Chef unique de l'État, de mettre en place une équipe de libéraux, compatibles entre eux, d'où qu'ils viennent, en respectant des équilibres numériques et non idéologiques. Ce faisant, il a tué ce qui restait de la gauche au sein d'un PS écartelé entre les ralliés à Emmanuel Macron et les fidèles à la candidature légitime de Benoît Hamon. Il a, « en même temps », jeté la droite dite « républicaine » dans des contradictions et des doutes qui vont l'affaiblir durablement. L'objectif était bien de constituer une majorité libérale, une grande coalition à la Merkel, capable d'écarter les indociles de l'ex-droite parlementaire et chargée de couper « les deux bouts » de la représentation parlementaire, qualifiés d'extrémistes et de populistes, à savoir le FN et les Insoumis. Mais tout calcul savant a sa faille : la défaite cinglante de Marine Le Pen n'a pas supprimé les causes de la montée de l'électorat frontiste, autarcique, nationaliste et désespéré. Même si les législatives ne peuvent qu'être défavorables au FN, à la peine, rien ne garantit que le Sphinx brun ne renaîtra pas de ses cendres puisque ce qui a généré son succès subsiste ! Quant aux Insoumis, ils incarnent, désormais, presque à eux seuls, une gauche véritable, encore plus difficile à résorber et à maîtriser que les « Frontistes ».
En clair, pour des raisons qui tiennent à elles-mêmes autant qu'à la percée de Macron, la droite PS et le droite « républicaine » se disloquent. Nous n'allons pas pleurer sur leur sort. Emmanuel Macron n'est pas à l'origine de cette déstructuration politique mais il en aura été l'occasion attendue impatiemment par les plus intelligents des oligarques.


2 – Quelles majorités peuvent émerger de cet océan de contradictions tumultueuses ? Il y en a quatre au moins : la majorité absolue pour La France en marche, la majorité absolue pour « Les Républicains », la majorité absolue pour La France insoumise et un certain nombre d'alliés, et plus probablement, une majorité composite aux formes variables mais bien axée à droite.

Précisons :

La majorité absolue pour La France en marche serait la majorité présidentielle, stricto sensu.
La majorité absolue pour « Les Républicains » serait une majorité d'opposition et de compromis.
La majorité absolue pour La France insoumise et des alliés serait une majorité de cohabitation.
La ou les majorités composites, en réalité de coalition, seraient à géométrie variable mais axée(s) à droite.
Sans oublier l'hypothèse supplémentaire d'une majorité ingérable conduisant à une dissolution.

Jusqu'alors, la logique présidentielle menait vers des majorités de consensus, sauf accident de parcours durant le mandat présidentiel, ce qui arriva. La cohabitation politique désigne la situation de coexistence du Chef de l'État (le Président de la république) et d'un chef de gouvernement (le Premier ministre) pouvant s'appuyer sur une majorité parlementaire politiquement opposée au Président en exercice.

Trois périodes de cohabitation ont eu lieu sous la Ve République :

  • 1986-1988 : François Mitterrand, Président, et Jacques Chirac, Premier ministre ;
  • 1993-1995 : François Mitterrand, Président, et Édouard Balladur, Premier ministre ;
  • 1997-2002 : Jacques Chirac, Président, et Lionel Jospin, Premier ministre.

Depuis 2002, le passage de 7 ans à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République et l'organisation des élections présidentielles et législatives à quelques semaines d'intervalle ont été conçus pour réduire la probabilité de survenue d'une cohabitation, mais elle n'est pas impossible.

Dans le contexte politique actuel, l'examen des rapports de forces envisageables, compte tenu des résultats de l'élection présidentielle et du mode de scrutin majoritaire, conduit à retenir les hypothèses suivantes :

• Hypothèse 1 - Le Président Macron est maître à bord et les minorités parlementaires seront privées de pouvoir réels. ( Les « Républicains » ayant le choix entre le soutien ou la marginalisation ; le PS étant réduit à la portion congrue ou/et devant, lui aussi, s'aligner ; le Front national subissant le même sort qu'aux élections régionales et n'ayant qu'un faible groupe parlementaire à sa disposition ; enfin la France Insoumise, seule opposition organisée, qui en sera réduite à préparer activement l'avenir).

• Hypothèse 2 - Le Président Macron est sans majorité suffisante et se trouve amené à rechercher des « majorité d'idées » où les différentes constituantes libérales (En Marche, « républicaines » et ex-socialistes) joueront un rôle non négligeable. La gauche nouvelle devra alors, autour du pôle de la France insoumise, travailler à proposer une politique inédite ayant un caractère écologique et social très affirmé.

• Hypothèse 3 – Le gouvernement est mis en minorité et s'ouvre, alors, une période conflictuelle dont on ne peut prédire l'issue (cohabitation « à la Jospin » ou dissolution avec nouvelles élections.)

L'incertitude demeure donc. Les surprises restent probables. Le mécontentement populaire ne s'est pas éteint. Le désir d'un changement véritable (des institutions, des rapports entre États européens, dans le traitement prioritaire des risques climatiques et environnementaux, dans la lutte contre les inégalités toujours plus choquantes) ne cesse de croître. Quel effet va produire ce refus de continuer à vivre dans une insécurité sociale générale qui s'ajoute à la peur du terrorisme lui-même  et parfois la dépasse ? À la vérité, les plus informés l'ignorent et, notamment dans la jeunesse, le manque de perspectives d'avenir engendre une rancœur sourde et tenace.

Il ne suffira pas de tenter d'apaiser et d'agiter le miroir aux illusions. Le peuple (c'est-à dire ceux qui ne gèrent pas le quotidien mais le font) a besoin d'espérances fondées sur mieux que des mots.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux