vendredi 26 mai 2017

Pourquoi voter pour « La France insoumise » ?


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 25 mai 2017. Note 69 À J-24.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Que reste-t-il de la gauche qui puisse peser encore? Du gigantesque lessivage produit par l'élection présidentielle de 2017, oui, que reste-t-il de ce qui fut « la gauche » ? Pas grand chose, si l'on ne s'en tient qu'aux vieux mots et aux anciennes références qui n'ont plus cours ou qui ont été abandonnés.


1 – Le PS n'incarne plus la gauche et ne peut plus diriger la France.
La gauche ralliée au social-libéralisme n'est plus la gauche parce que, comme le criait Mitterrand au Congrès d'Épinay, en nous trompant tous (au point que nous avons cru que le PCF avait cessé d'être le seul grand parti anticapitaliste en France) : « Celui qui n'accepte pas la rupture - la méthode, ça passe ensuite - celui qui ne consent pas à la rupture avec l'ordre établi - politique, ça va de soi, c'est secondaire - avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ». Tout était dit. C'était en 1971. Était-ce un mensonge de la part de celui qui visait déjà l'Élysée ? Qui le sait ?
46 ans plus tard, on peut dire encore, sans la même éloquence mais avec réalisme : « celui qui ne consent pas à la rupture avec la société capitaliste ne peut pas se dire socialiste » Et voilà pourquoi le PS se meurt : en son sein se juxtaposent, sans se comprendre « deux gauches irréconciliables » : celle, (la fausse gauche), qui abjuré la motion finale d'Épinay, et celle qui cherche les voies nouvelles de contestation du capitalisme (la minorité de gauche qui a tenté, en vain, avec Benoît Hamon, de sauver l'héritage en ouvrant l'espace nouveau du socialisme écologique). Cet échec du député de Trappes, voulu par les dirigeants actuels du PS, a marqué la fin de ce parti Osons dire que c'est mieux ainsi, plus clair et définitif.
Cassé en trois, le PS ne peut rien proposer d'attrayant et d'original aux Français. Ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron sont déjà partis ailleurs ; ceux qui tiennent la boutique pour qu'elle ne tombe pas dans les mains des amis de Benoît Hamon vont se retrouver laminés, le 18 juin, et bien seuls rue de Solférino ... ; ceux qui demeurent des socialistes vraiment socialistes ne pourront tout rebâtir sur les ruines de leur parti et il leur faudra passer des alliances avec ceux qui pensent comme eux ou presque. Cela ne peut se produire qu'après les législatives. Et voilà pourquoi Jean-Luc Mélenchon avec la France insoumise ne peut passer aucun accord électoral général ou local avec ceux qui tiennent encore le PS et qui proposent un programme abandonnant les apports de Jaurès, de Blum et même de Mitterrand à Épinay, tout comme celui de Benoît Hamon, pourtant net vainqueur de la primaire du 29 janvier 2017, face à Manuel Valls (58,71% contre 41,29%). Jean-Christophe Cambadélis reparle, le 22 mai dernier, comme le fit Manuel Valls en 2007, 2011 et 2014, d'un changement de nom du Parti qui cesserait de se qualifier de socialiste. Tout est dit.

2 - Le PCF n'a aucune autre perspective que de sauver ses dernières implantations locales.
Les ultimes forces de ce parti qui fut, après la seconde guerre mondiale, le premier parti de France, que la chute de l'empire soviétique a discrédité, mais qui gérait plutôt bien les villes les plus populaires qu'il dirigeait, vont être jetées dans une lutte pour la conservation des derniers bastions. Ce conservatisme, car c'en est un, qui reste fondé sur une idéologie productiviste et pro-nucléaire, à peine camouflée derrière un discours devenu plus ouvert à l'écologie politique, est sans avenir. Là encore, il y a incompatibilité entre une vision globale et une vision localiste. La gauche n'est plus une alliance de partis, c'est, dit Jean-Luc Mélenchon, « le peuple », c'est-à-dire la diversité des « gens » qui ne se contentent pas d'avoir des points d'appui, ici ou là, mais qui veulent, dès aujourd'hui si possible, ou demain sans trop tarder, vivre avec de quoi espérer, en échappant à la domination des oligarques tout puissants. Et voilà pourquoi la France insoumise, ne peut passer aucun accord électoral d'avenir avec ceux qui limitent leurs ambitions à sauver les sièges de ceux des députés qui-ont-bien-fait-leur-travail.

3 - Les Verts, quel que soit le nom qu'ils se donnent, (aujourd'hui EELV), ont perdu leur pari.
Plusieurs fois, on a cru qu'un boulevard s'ouvrait devant cette organisation qui s'était d'abord présentée comme « mouvement ». Les élections à la proportionnelle lui ont été un temps favorables : au Parlement européen, dans les Conseils régionaux et dans les mairies mais, trop dépendants du PS, les Verts n'ont pu influencer suffisamment la vie politique française. Le mode de scrutin majoritaire en France a bloqué leurs résultats au niveau national, et non seulement leurs candidats, à l'élection présidentielle n'ont qu'une seule fois dépassé les 5% (exactement 5,25%, par Noël Mamère, en 2002), mais leurs députés ont rarement réussi, par leurs propres moyens, à se faire élire au Parlement. C'e fut encore le cas de Cécile Duflot en 2012.
Les voici repartis en 2017, mais, cette fois, en autonomie forcée, (le PS ne disposant plus des capacités de les associer à leurs succès pour mieux les contrôler). Que peuvent-ils attendre de cette situation nouvelle ? Plus de liberté, certes, mais toujours peu d'élus, sans doute ! Il leur faudra, surtout, une nouvelle orientation dès lors que leur sort sera immanquablement lié à celui des organisations ouvertes à une écologie véritable, telles que l'ont exposée et Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Ils ne seront plus l'unique parti de l'écologie politique.
Europe Ecologie-Les Verts présentera 459 candidats aux élections législatives, (228 hommes et 231 femmes) et soutiendra 52 candidats socialistes, 16 communistes et au moins un candidat de La France insoumise, François Ruffin, dans la Somme. Le parti socialiste soutiendrait, lui, 49 candidats écologistes en ne présentant pas de candidats contre eux. Le PCF en soutiendra une quinzaine dans les mêmes conditions. L'effort des Verts est conséquent mais bien peu d'entre tous ces candidats, sauf surprise, devrait atteindre le second tour !
La désignation du candidat Yannick Jadot a conduit à un choix catastrophique qui les a entrainés dans la chute de Benoît Hamon. Pour la première fois depuis 1974, les écologistes n'ont pu faire valoir leur analyses et leurs propositions au cours d'une élection présidentielle !
L'absence d'accord avec la France insoumise tient aux mêmes causes que celles qui séparent le PCF des candidats FI. Deux stratégies incompatibles s'affrontent : celle de la traditionnelle « Union de la gauche », partout où c'est possible, - qui n'est qu'une addition - et celle, globale et nationale, d'une continuité avec les présidentielles, - qui se veut une multiplication - pour dépasser et renouveler, sans attendre, car le coup est parti, une gauche qui n'était plus elle-même et qui doit se refonder autour d'un programme (« L'avenir en commun »), déjà approuvé par plus de 7 millions d'électeurs. L'écologie n'est plus à côté de ce programme ; elle est dedans.

4 – C'est dans ce cadre que se situent les raisons de voter pour la France Insoumise.
La France Insoumise est seule face à toutes les droites réunies. Elle a besoin du soutien de ceux qui ne se résignent pas à la victoire en trompe l'œil d'Emmanuel Macron qui bénéficie du rassemblement de tous les libéraux. Elle reste seule est en capacité de résister ou de l'emporter.
La seule alternative crédible, c'est la politique socio-écologique. Elle ne peut convaincre ou vaincre, progresser ou gagner, que dans une unité nouvelle qui ne soit pas la somme ou le total de forces alliées et disparates mais bien la démultiplication d'un effort collectif qui est effectué par les citoyens eux-mêmes. Les législatives peuvent en fournir l'occasion si le pays confirme et amplifie son vote du 23 avril dernier. C'est une dernière chance à ne pas laisser passer.
Le triomphe, inéluctable à terme, d'une écologie anti-capitaliste se prépare tout de suite. Le libéralisme, quelle qu'en soit la forme, engendre trop d'inégalités et trop de dangers pour l'espèce humaine. Il ne pourra longtemps encore maintenir sa domination face à des milliards d'exploités, de plus en plus informés et cultivés. Il faut faire entendre cette anticipation politique et scientifique au Parlement.
• Il ne s'agit plus seulement de soutenir et d'approuver des partis, il s'agit de faire entrer les citoyens dans les processus de décision et de leur rendre possible le contrôle de l'exécution des politiques qu'ils ont choisies. Des députés élus en grand nombre non pour faire carrière mais pour mettre en œuvre cette grande orientation démocratique, tel est l'enjeu majeur des législatives.
S'engager dans la vie politique doit changer de signification : c'est plus que déléguer, c'est s'impliquer. Une représentation parlementaire plus jeune, plus féminine, plus libre par rapport au lobbies, peut seule effectuer ce passage vers une action publique préparée et partagée avec tous les concernés.
Les grandes préconisations du programme « L'avenir en commun » sont des engagements rendus publics et auxquels quiconque pourra se référer. Elles constituent donc bien plus qu'une liste de vœux. C'est, comme on dit, «  une feuille de route » qui n'est pas facultative mais impérative.
Il est prudent de ne pas laisser les néo-libéraux gouverner à leur guise. Ce constat impose de rassembler un opposition de la gauche véritable capable aussi de gouverner. Comment est-ce possible si La France insoumise n'est pas ou majoritaire seule ou très majoritaire au sein des oppositions ?

En conclusion, osons dire, aujourd'hui, qu'il est des choix qui s'imposent quand on est le dos au mur : devant le bloc qui est déjà, ou qui sera demain plus encore, constitué d'auxiliaires sans état d'âme du nouveau Président de la République, il faut aller chercher les forces du refus là où elles sont, et en masse. Et c'est pourquoi il importe de voter prioritairement pour les candidats de La France insoumise mais aussi, quand cela se produit, pour des candidats très bien placés pour l'emporter et qui sont, de toute certitude, des écolos-socialistes ou des socialistes-écolos clairement anti-capitalistes. Tous les autres repères deviennent négligeables.





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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux