mardi 30 mars 2010

Réformes, rigueur et croissance

Il faut se prendre au mot et s'en prendre aux mots. Les mots sont bifaces. D'un côté on voit le positif, de l'autre le négatif. Toute médaille a son envers, dit-on. Il en est ainsi des mots dont on use dans le domaine de l'économie politique.

Réforme se comprend comme un changement. Soit ! Mais de quel changement s'agit-il ? Le vieux cheval qu'on envoie à la réforme est conduit à l'abattoir. Le militaire du contingent qu'on réformait était inapte à porter les armes, soit pour incapacité physique préalable à son entrée dans l'armée, soit à cause des blessures reçues au combat. Réformer, en ce sens réduit.

Être en forme, au contraire, c'est être bien dans son corps. On peut être "en forme" plusieurs fois de suite, mais la reforme (sans l'accent aigu) n'existe pas. Réformer renvoie toujours à un passé. Soit on rectifie pour faire mieux, soit on sacrifie ce qui est devenu obsolète. Toute réforme est donc ambigüe. Ou bien on améliore l'ancien, ou bien on supprime une partie, voire le tout, de ce qui ne convient plus.



Les réformes auxquelles tient l'actuel gouvernement consistent à prendre appui sur ce qui fait difficulté pour trouver prétexte à réduire, ou éliminer, des dispositions sociales qui font obstacle à la liberté de produire. Réformer le capitalisme même, c'est supprimer ce qui lui nuit, fut-ce en sacrifiant quelques intérêts que des imprudents, par cupidité, ont trop laissé apparaitre.

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La rigueur, mot tabou, contient aussi une double charge. En positif, elle signifie : sérieux, modération, honnêteté et lutte contre tout laxisme dilapidateur. En négatif, il signifie : autoritarisme, restriction, sévérité et suppression d'avantages acquis par le plus grand nombre. Dans rigueur, il y a un mélange de responsabilité et de brutalité. D'un côté, on voit la vertu et, de l'autre, la rigidité.

La croissance aussi est lourde d'ambiguïtés ! Elle contient l'idée d'un plus et d'un mieux, mais sans jamais dire si davantage de richesse (matérielle ou monétaire) est meilleur pour l'humanité dans son ensemble. La croissance est une poussée mais, à la différence de la plante qui s'élève vers le haut, y compris quand il lui faut pour cela s'enraciner profondément, la croissance économique ne s'intéresse pas à la direction que prend ce qu'elle fabrique, ni même à la nature de ce qu'elle cultive; ce qui importe, c'est ce qui rapporte. La confusion entre croissance et progrès, comme entre croissance et développement, est volontaire. L'amélioration qu'on souligne, ce n'est pas la satisfaction des besoins, c'est la progression des avoirs. Il y a conflit d'intérêts entre ceux qui veulent le progrès humain, le développement partagé et ceux qui veulent, d'abord, le progrès de la rentabilité et le développement de leurs entreprises.

C'est donc le sens des mots (autant la direction qu'ils prennent que la compréhension qu'on en a) qu'ils convient d'analyser.

Oui à la réforme si elle va dans le sens d'une meilleure organisation de la vie en commun avec justice et équité (c'est-à-dire, -depuis Jean-Jacques Rousseau, on y revient nécessairement et périodiquement- : la renonciation à l'inégalité entre les hommes !). Si la réforme masque l'extension des privilèges, eh bien, c'est non !

Oui à la rigueur, si l'effort devient acceptable parce que partagé, et proportionné aux forces et moyens des citoyens. Quand l'objectif est stimulant et si chacun y trouve de quoi satisfaire une partie de ses espérances, il vaut la peine de donner son accord à des sacrifices, et de faire confiance à des organisateurs compétents pour coordonner les activités de tous.

Mais non à la croissance, en toute circonstance, pour peu qu'elle soit décrétée. On ne fait pas pousser les fleurs en tirant dessus. La croissance n'est pas un objectif. C'est un résultat. Quand l'hiver est passé, après le repos total du sol, vient la montée de la sève. À vouloir produire sans pause, ni recherche prudente de ce qui prime, on accumule toutes les erreurs. On encrasse, on pollue, on essouffle, on disloque, on détourne de leur usage des dispositifs que des générations d'êtres humains, non sans se tromper souvent, mais avec peine et constance, ont réussi à inventer et à maîtriser. L'action économique, géniale et fragile, n'est pas un moteur qui s'emballe et, pourtant, tout se passe comme si la machine industrielle tournait sans freins, ni limites, ni choix. Cette course en avant est mortelle.



Une image cinématographique illustre cette situation historique où les fausses réformes, la rigueur qu'on impose aux moins pourvus, la croissance mythique et vaine, s'interpénètrent. Dans Il était une fois dans l'Ouest, un père, sur les épaules de son enfant, la corde au cou, ne doit sa survie qu'à l'énergie de ce fils qui, bien sûr, finit par s'écrouler. Il était une fois, en occident, des civilisations qui fonctionnaient à l'envers, qui reposaient sur les générations à venir, qui dilapidaient tous leurs biens pour en profiter tout de suite. Ce faisant, non seulement les hommes sacrifiaient ceux qu'ils mettent au monde, mais ils se sacrifiaient eux-mêmes...

Marcher sur nos pieds plutôt que sur la tête : c'est là tout le sens de l'engagement politique en ce siècle. Prenons nous au mot !

lundi 29 mars 2010

La peine de mort a été rétablie en France

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Au Texas, il s'en est fallu de peu qu'on empoisonne un homme, par injection, sur une table d'opération, qu'il soit coupable ou pas, parce qu'un jugement en avait décidé ainsi ! La sentence suspendue, et seulement suspendue vingt minutes avant l'exécution (monstruosité supplémentaire !) sera-t-elle définitivement éloignée et celui qui allait mourir, Henry Skinner, se verra-t-il accordé l'analyse ADN qui pourrait prouver son innocence ? Non seulement la peine de mort est indigne de la civilisation, mais refuser de donner sa chance à un être humain qui risque tout, fait des juges du Texas des assassins.

La mort d'Henry Skinner, si elle devait maintenant advenir, au bout de l'aiguille d'une seringue létale, nous ferait considérer que les USA, même avec un Président plus respectable que ses prédécesseurs, sont en situation de rupture grave avec la démocratie.

Un pays qui fonctionne sur pareille inhumanité, camouflée sous le droit, ne mérite que mépris.

Hank Skinner
Henry Skinner

Qu'on n'aille pas pour autant, en France, du haut de notre loi abolitionniste de 1981, donner des leçons au bourreaux du Texas ! La peine de mort est rétablie en France depuis bien des années !

Les multiples suicides dans les prisons françaises ne sont pas le fait du hasard. Les incarcérés qui ont mis fin à leur vie n'étaient pas des malades mentaux, de toute façon, destinés à passer à l'acte, où qu'ils vivent. Ce qui a détruit leur volonté de lutter pour se sortir de l'épreuve qu'ils traversaient, c'est, précisément, qu'il n'y avait pas, pour ces détenus, de présent ni d'avenir vivables, pas de sortie de l'univers carcéral possible ni en imagination ni en perspective, pas de reconstitution de soi ni de projet de réinsertion sociale : un environnement de toutes parts bouché, donc. La boîte s'est refermée, sur eux, comme un cercueil. Restait à s'y allonger et à mourir.

Nous qui, depuis 1981, pensions que la peine de mort avait été supprimée en France, devons constater qu'on tue plus, à présent, par la prison que par la guillotine! Enfermer et punir sans volonté de donner une chance à ceux qui ont été emprisonnés, c'est assassiner. Mettre fin à ses jours n'est pas d'ailleurs une décision que prennent les seuls condamnés! Des prévenus qui attendent leur procès, longtemps, très longtemps, et n'en peuvent plus de subir un quotidien de pré-condamnation, se suppriment. Le personnel pénitentiaire qui ne peut surveiller les actes de tous les occupants, trop nombreux, dans des cellules où la promiscuité est abjecte, est incapable de prévenir les actes de désespoir. Du reste, ce personnel, mal préparé et enfermé dans des logiques qui ne permettent guère le souci du délinquant, peut avoir, parfois, des comportements qui sont déshumanisants, générateurs de troubles comportementaux. Celui qui entre en prison change, jour après jour, et pas en bien... La prison ne corrige pas.

On ne paie pas sa dette sociale dans un cachot. L'idée selon laquelle un être humain serait, par nature, dès l'enfance, un voleur ou un meurtrier en puissance, s'est emparé d'une partie de l'opinion et d'un nombre importants d'élus. Sont donc condamnés, par avance, dans l'esprit d'une partie des pouvoirs publics, des hommes et des femmes qui sont originaires de milieux "malfaisants" (sans, du reste, distinguer entre ce qui aurait pour origine la génétique ou le milieu!). À partir de là il devient facile de vouloir mettre hors d'état de nuire ceux qui perturbent la société..., mais où commence et où s'achève cette mise hors d'état de nuire? Elle commence en prison et finit par la mise à mort, rapide, dans une rue, ou lente, dans le centre pénitentiaire. De quelle pénitence, d'ailleurs, s'agit-il? Ni réconcilation, ni pardon, ni simple réparation n'ont leur place dans cette analyse du crime considéré comme un péché mortel. Tout délit devient irréparable et tout retour à la vie sociale, impossible. Dès qu'un détenu en est convaincu, il devient un suicidé potentiel. La centaine d'emprisonnés, encore une fois condamnés ou simples détenus, qui, chaque année, en France, disparaissent violemment en s'autodétruisant, nous ramène vers ce temps où la mort donnée faisait partie de l'arsenal des peines.

C'était avant l'abolition de la peine de mort

Oui, nous contribuons à donner la mort à ceux qui s'y croient acculés, par désespoir, folie ou froide décision. Là où n'existe aucune chance de mieux être, la civilisation n'est plus. Les dernières recommandations de la Ministre de l'Intérieur, visant à limiter ou empêcher les suicides en prison seront inopérantes parce que ce n'est pas avec des moyens matériels (dont ce pyjama en papier qui va devenir le symbole du dérisoire !) qu'on va interrompre un processus mortifère. Sans moyens relationnels, sans êtres humains, permettant le soin, l'échange et une nouvelle considération, la prison restera l'antichambre du cimetière.

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Coupable ou non, Jacques Bouille, ne "méritait" pas la mort par suicide!

Afficher l'image en taille réelle"Crime et Châtiment", une exposition, empreinte au grand Victor Hugo, le plus célèbre abolitionniste du XIXe siècle, ce titre lourd de menaces et d'effrois. On y montre la terrible machine, "la Veuve", qui coupa en deux de nombreux humains. Devant elle, on est sidéré, parfois épouvanté, mais cet outil de Justice n'est plus qu'un objet, terrifiant encore, mais sans danger, impuissant, inutilisable.

Il n'en est pas de même avec la violence sourde, lourde, patiente, implacable qui enferme les prisonniers non plus seulement entre quatre murs mais dans un désespoir mortel. Ce qui est "neuf" en France, c'est qu'on ne paie plus sa dette. Il n'y a pas encore de commission de surendettement qui efface le trop plein de peine. Le coupable est coupable "ontologiquement" et il le restera, y compris au-delà de son temps d'emprisonnement. Mis au ban, il n'a plus qu'à disparaitre d'une manière ou d'une autre, par la récidive, la fuite, la drogue ou le suicide. La peine de mort sociale est au bout d'une conception de la société qui sépare, une bonne fois pour toute, dès le berceau, voire in utero, les bons des méchants ! Lutter contre la peine de mort, en Chine, en Iran, aux USA, au Japon et ailleurs est absolument nécessaire, mais comme le manque d'irrigation tue plus sûrement qu'une guerre, le manque de considération de chaque humain tue plus souvent que la guillotine. En France cet irrespect de la personne humaine, sous prétexte qu'elle est, parfois, détestable, est installé dans les geôles, les commissariats, et même les prétoires. La conséquence en peut être la mort.

Oui, la peine de mort a été rétablie en France, de façon sournoise et jusqu'ici peu visible. En Europe, de multiples signaux ont été envoyés, à nos gouvernements, pour stigmatiser notre système carcéral. En vain. Notre prison continue donc à tuer et à fabriquer de l'assassin. C'est exactement le contraire de ce à quoi, nous dit-on, doit servir l'incarcération accompagnée d'une rééducation... Mensonge !

On aurait tort de séparer la lutte contre la peine de mort de la lutte contre toutes les autres formes de mises à mort qui la remplacent ou s'y ajoutent. Souvenons nous en le 10 octobre et tout au long des années à venir...


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Il nous faut repartir contre cette nouvelle peine de mort, dans les prisons de France!

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

vendredi 26 mars 2010

Une révolution pour le meilleur ou pour le pire ?

jeudi 25 mars 2010

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Les nanotechnologies sont-elles une nouvelle création de l'apprenti-sorcier qui agit au plus profond de l'humanité ?


En préliminaire, il faut confirmer aux septiques que les nanotechnologies et les nanoparticules, ne sont plus du domaine de la science-fiction.

Depuis toujours, nous côtoyons en permanence bactéries, virus, poussières, farines, etc. Tout objet dont la taille est inférieure ou égale à 100 nanomètres soit 0,0000001 mètre, pour comparaison, un cheveu a une taille de 100 000 nanomètres et un globule rouge 3000 nanomètres.

Mais ces nanoparticules qui nous entourent sont d’origine naturelle, les nanoparticules artificielles sont tout autres, elles proviennent de la construction atome par atome de structures chimiques nouvelles.

C’est Richard Feynman, physicien américain et prix Nobel 1965, qui imagine en 1959 la possibilité de manipuler les atomes un par un et de les agencer en structures cohérentes de très petites tailles, la re-création de la nature ; en quelque sorte, la main de dieu, ou autre, c’est selon !

L’invention, en 1981, du microscope à effet de champ qui permet de réaliser l’image d’un seul atome a rendu possible cette prédiction.

A ce niveau de dimensions, nous entrons dans la physique quantique et les assemblages à cette échelle n’ont pas les mêmes propriétés que la matière à une échelle plus grande. C’est le véritable problème de cette révolution technologique qui serait, selon ses partisans, beaucoup plus considérable que l’invention de l’imprimerie, de la machine à vapeur ou de l’informatique.

Aujourd’hui, au niveau mondial, on trouve des nanoparticules dans plus de 550 produits de consommation courante : oxyde de titane pour des crèmes solaires, des produits d’entretien, des farts de skis, des textiles, des carburants, des peintures, particules de silices pour les pneumatiques, encre pour imprimantes, et même certains aliments, silice colloïdale dans le chocolat en poudre ou le ketchup pour empêcher la formation des grumeaux ou augmenter la fluidité.

Il existe cependant peu d’études portant sur la toxicité de ces produits et le développement des nanotechnologies n’est pas sans rappeler le développement des OGM : le discours porte sur la lutte contre la faim dans le monde, mais la mise sur le marché concerne avant tout des objectifs de rentabilité des grandes entreprises agro-alimentaires.

Il y a un manque de recherche fondamentale au profit de la recherche marchande, ou, plus préoccupant encore, la recherche non rendue publique. En 2005, pour 10 milliards d’euros consacrés à la recherche-développement, seulement 40 millions d’euros l’ont été pour la recherche sur les effets secondaires éventuels.

Prenons l’exemple des nanotubes de carbone, principal produit en circulation aujourd'hui, très utilisé pour leur robustesse, leur légèreté, leur élasticité et leur excellente conductivité électrique, ils sont déjà largement utilisés dans l'industrie automobile, mais aussi en électronique et dans la fabrication des écrans plats, des textiles High-tech ou de certains articles de sports. Si leurs applications technologiques sont multiples, en revanche, on ne connaît presque rien de leur impact environnemental.

Le carbone, utilisé à l’échelle macrométrique sous la forme graphite ou diamant, est sans effet, mais son utilisation à l’échelle nanométrique en fait un autre produit aux conséquences inconnues et les premières études scientifiques viennent de démontrer que les craintes ne sont pas infondées. Deux d’entre d’elles révèlent que des souris à qui l'on a injecté des fibres de nanotubes de carbone dans leur cavité abdominale développent des pathologies comparables à celles que pro­voque l'amiante enfin des chercheurs japonais ont constaté la formation de lésions cancé­reuses chez des souris après 25 semaines d'exposition à des nanotubes de carbone injectés, là aussi, par voie abdominale.

Ces résultats préoccupants, incitent à mener d'autres investigations pour clarifier un certain nombre de points cruciaux. Il s'agit notamment de déterminer le seuil de particules inhalées (et non injectées comme dans les expériences citées) au-delà duquel le mésothélium est atteint et développe un cancer.

Comme l'explique Éric Gaffet, chercheur à l'université de Belfort et auteur d'un rapport pour l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), il faut «considérer le cycle de vie du produit dans sa totalité, notamment au stade de la fabrication puis lorsqu'il devient un déchet.»

La problématique est identique avec les nanoparticules de titane déjà incorporées dans les cosmétiques. On connaît mal leurs effets et la législation n'oblige pas à mentionner leur existence. Ce qui compte en terme de risque, c'est le type de molécule et non la façon dont elle est préparée.

Une nanoparticule d'oxyde de titane n'a rien à voir avec le même oxyde sous forme de particules plus grosses. Mais la législation ne fait pas la différence.

Qu’elles sont les applications ?

- Du point de vue de l’informatique et de l’audiovisuel. Les futurs concepts d’enregistrements nanotechnologiques devraient combiner divers avantages : très grande capacité de stockage, rapidité d’accès et conservation des données sans alimentation constante. Grâce aux nanotechnologies, un seul appareil de la taille d’une carte de crédit fera office de magnétophone, d’appareil photo, de magnétoscope, de télévision, de téléphone mobile, de GPS, de traducteur… et de carte de crédit. Les RFID de génération nanométrique seront réduites à la taille de poussières intelligentes.

- Du point de vue médical. C’est le rêve le plus audacieux, peut-être le plus dangereux : la création de la vie artificielle.

La virologie a récemment synthétisé le virus de la poliomyélite et le virus de la pandémie grippale de 1918, et rien ne s’oppose à la création de virus entièrement artificiels.

Mais il s’agit aussi de la lutte contre le cancer, le sida, les maladies génétiques rares, l’utilisation d’implants bioactifs et d’outils de diagnostic miniaturisés.

- Du point de vue des matériaux. Les nanomatériaux constituent les « briques de base » des produits manufacturés. Ils confèrent aux produits manufacturés composés ou constitués de nano-objets les propriétés spécifiques à la dimension nanométrique.

- Du point de vue militaire. Nanocapteurs, poussières de détection intelligentes, microdromes, armes chimiques et bactériologiques micro-encapsulées, micromunitions, etc.

Et l’idée maîtresse des apprentis sorciers des nanosciences est le réalisation d’objets moléculaires et de nanorobots capables de s’auto-assembler, de se répliquer, et dotés de propriétés leur permettant de s’auto-adapter à leur environnement.

Qu’elles se présentent sous la forme de particules libres ou fixées, de fibres ou de tubes, de cristaux ou de lamelles ou de nanorobots hermaphrodites et qu’elles connaissent actuellement un développement remarquable dans le domaine, par exemple, des nanotubes de carbone, il reste que certaines questions, qu’il est légitime de se poser, sont en suspens :

- Que sait-on aujourd’hui des effets des nanotechnologies sur la santé et l’environnement ?

- Que deviennent-elles, après que le produit ait achevé son cycle de vie ?

- Sont-elles biodégradables ?

Sans réponse à ces questions fondamentales pour le devenir de l’humanité, que fait du principe de précaution pourtant inscrit dans la constitution française ?


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Ce principe est sacrifié sur l’autel du profit car les nanotechnologies suscitent un intérêt croissant. Les pays industrialisés investissent massivement : 8.4 milliards de dollars en 2004. La France est en sixième position avec 187 millions de dollars. La Silicon Valley française en matière de nanotechnologies se situe à Grenoble. Les industries nanotechnologiques forment un secteur stratégique en croissance rapide, à potentiel de développement économique important dans plusieurs directions – l’informatique, l’optique, les télécommunications, la biométrie, la chimie, la médecine, la cognition.

Leurs impacts sur l’économie est très prometteur car les applications industrielles sont nombreuses et concernent des domaines très variés. A l’horizon 2015, 15 % de l’activité manufacturière mondiale serait concernée par des dispositifs ou des matériaux utilisant des avancées nanotechnologiques. En 2008, le marché mondial est estimé à 450 milliards d’euros. Il pourrait doubler en 2015. En France, pour 2007, l’effort public a été de 280 millions d’euros, mais le 24 septembre 2008 le Premier ministre, en déplacement à Grenoble, a annoncé que l’Etat soutiendrait la filière nanométrique à hauteur de 565 millions d’euros par an, dans les cinq ans qui viennent.

Pourtant, un certain nombre de dangers touchant à ces technologies peuvent être identifiés, se situant sur divers terrains :

- Dangers pour la santé :

Comme nous l’avons vu, certains scientifiques font le rapprochement entre les impacts éventuels sur la santé humaine des nanotubes de carbone et l’amiante. Se présentant sous forme de fibres, les nanotubes de carbone pourraient pénétrer dans les poumons et venir se stocker dans les alvéoles pulmonaires voir dans le cerveau.

Certains chercheurs ont mis en évidence des dangers de ces technologies dans la chaîne alimentaire.

Il sera également possible de fabriquer des nanovirus, ciblés pour tuer, beaucoup plus efficacement que les virus naturels, sur des personnes précises, sur des groupes de populations.

- Dangers au regard des droits de l’Homme :

On note l’atteinte à la vie privée que pourrait permettre la généralisation des applications liées à la sécurité au sens large (alimentaire, du territoire, des personnes, etc.) et notamment des RFID nanométriques qui seraient combinées à Internet. Ces étiquettes électroniques posent la question du stockage et de l’usage des informations personnelles. Il est bien prévu une neutralisation de chaque RFID, mais comment neutraliser toutes les RFID si un jour elles sont à la taille nanométrique, et donc invisibles ?

- Dangers au regard de l’éthique :

Les nanotechnologies peuvent être à la source d’une remise en cause de la société, voire de l’Homme lui-même, soulevant en cela de nombreux problèmes éthiques.

La multiplication des nombreuses applications « médicales » pourraient le transformer en le modifiant et en « l’améliorant ». Il existe déjà, aux Etats Unis mais aussi en Europe, des associations qui rêvent de l’avènement d’un « sur homme » dopé par les nanotechnologies et secondé par les nanorobots.

L’être humain risque d’être réduit à ses paramètres génétiques et biochimiques, l’identification d’un individu à son profil.

Les risques sur la santé et sur l’intégrité humaine se double d’une réflexion nécessaire sur le risque d’une atteinte aux libertés individuelles en raison des possibilités techniques quasi infinies et de la discrétion des nanomatériaux.

La question de la traçabilité, récurrente partout dans le domaine du contrôle social, se pose aussi par l’utilisation contre la personne de nanoparticules reliées à des instruments de surveillance, à l’insu des porteurs (type RFID). Notre envie de profilage des individus – ce dernier étant déjà omniprésent –, pourrait anéantir, de fait, tout respect du droit à la vie privée.

L’urgence d’un débat et d’une régulation

N’est-ce pas créer de l’imprévisible tout en souhaitant, le moment venu, pouvoir le maîtriser, que de fabriquer des objets moléculaires capables de s’auto-assembler, de se répliquer, et dotés de propriétés leur permettant de s’auto-adapter à leur environnement ?

N’est-il pas homicide de mettre sur le marché des nanoparticules dont on ne connaît pas les effets à court et à moyen terme ?

Il faudrait en conséquence produire pour comprendre, avant de produire pour vendre.

Une citation de Eric K. Drexler, dans son livre Engines of creation, résume bien la situation : « Si on développe la technologie des monstres, ne faut-il pas développer en même temps la technologie des cages qui vont avec. »

L’arrivée des nanotechnologies bouleversera les moyens de production et touchera tous les domaines ; elles semblent capables de transformer la matière, le vivant et l’espèce humaine, leur essor concerne chacun d’entre nous.

Il est urgent et capital de mettre en place une régulation, de fixer des normes, d’élaborer des règlements. Cet objectif passe par une mobilisation à l’échelle nationale et mondiale, et par la mise en place de vrais débats, d’échanges entre les chercheurs, les décideurs et les citoyens.

Il faut rompre avec le désintérêt général lié aux questions publiques et améliorer la qualité de l’information. Sinon, des apprentis-sorciers déclencheront volontairement, dans la nature, des processus qui leur échapperont, non par erreur, mais par dessein.

Malgré les craintes que soulèvent les nanotechnologies à cause de leur risque de toxicité, les citoyens en consomment déjà, des ouvriers les manipulent, et le législateur est à la traîne d’une industrie en pleine expansion. Sachant qu’il s’agit d’un domaine de recherche et de développement qui ambitionne pour une grande part d’agir sur le monde qui nous entoure et pas seulement de le comprendre, l’enjeu éthique consiste à se donner les moyens de réfléchir au sens et à la finalité de la recherche en nanotechnologies.

Cette réflexion passe par une interrogation quotidienne : « Dans quel monde voulons-nous vivre demain ? Avec quelle liberté ou quelle dépendance vis-à-vis de notre environnement individuel, naturel et technologique ? Avec quelle frontière entre le naturel et l’artificiel ? » (Jacques Bordé - CNRS)

Il est urgent de s’y intéresser.

Ne pas dominer les nanotechnologies réduira l’humanité au néant.




Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

Pour en savoir plus :

- Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé : avis n° 96 - Questions éthiques posées par les nanosciences, les nanotechnologies et la santé (http://www.ccne-ethique.fr).

- Programme national nanosciences-gouvernement : http:/www.nanomicro.recherche.gouv.fr.

- Présentation-exposition nanoscience : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/doc/textes_Expo_Nano_legere.doc.

- Agence française de sécurité sanitaire dans l’environnement et le travail : http://www.afsset.fr/index.php?pageid=452&newsid=215&MDLCODE=news.

- Association grenobloise : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/RFID_la_police_totale.pdf.

- Commission nationale informatique et libertés : http://www.cnil.fr/index.php?id=12&no_cache=1.

- Nanotechnologies et santé - CNRS : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosnano/.

- Cnam Ile-de-France - Que sont les nanosciences : http://www.cnanoidf.org/nanosciences-et-societe/nanosciencesidf/que-sont-les-nanos.

- Centre de documentation économie-finance du ministère de l’Economie : http://www.cedef.bercy.gouv.fr/imprim/imprime.php?url=http%3A//www.cedef.bercy.gouv.fr/synthese/nanotechnologies/synthese.htm.

- Union Européenne : http://ec.europa.eu/geninfo/query/resultaction.jsp?userinput=nanosciences.

- Fondation Sciences Citoyennes : http://sciencescitoyennes.org/spip.php?article1516

mercredi 24 mars 2010

Au-delà de l'alternative politique !

On a coutume d'opposer alternative et alternance. L'alternance n'est qu'un changement de personnel, donc un faible changement de politique, tandis que l'alternative est un changement fondamental de politique donc, aussi, un important changement de personnel.

Nous avons expérimenté que l'alternance droite-gauche n'était pas une alternative politique. Mieux, ont été réalisées, sous François Mitterrand, puis sous Jacques Chirac, des "cohabitations" qui n'étaient que des alternances très relatives. Relevons que, jamais, le Premier Ministre opposé au Président de la République n'a pu renverser le Président de la République. En 1988 comme en 2002, le Président sortant est resté en place. La pièce maîtresse du dispositif constitutionnel français est à l'Élysée, en tout cas jusqu'à présent...


"L'ouvrir" est plus qu'un droit, c'est ce qui nous rend humains.

Pour qu'il y ait alternative, désormais, il est devenu nécessaire que le système économique et le régime politique soient remis en question. En clair, il convient de "sortir du capitalisme" et de changer de République. Les violents soubresauts économiques de 2008 et 2009 en ont rendu l'éventualité ré-envisageable.

"Vaste programme" se fut exclamé De Gaulle ! Autant faire remonter des fleuves à leur source... Le fleuve de l'argent coule toujours dans le même sens, vers l'océan de la finance internationale. Le fleuve du pouvoir draine son lit, et déborde s'il le faut, pour entrainer et noyer ceux qui nagent et voguent à contre-courant, dans les eaux tumultueuses de nos sociétés.

De là à penser que l'alternative est impossible et qu'il faudra se contenter d'alternances plus ou moins prononcées, il ne se passe qu'un tout petit laps de temps, pendant lequel la tentation de l'impuissance semble remplir tout notre l'espace. Tant qu'avoir, savoir et pouvoir seront inséparables, l'alternative est un leurre. La bourse, le livre et le sceptre sont des objets que seuls les riches savent manier sans effort. Changer cela va au-delà de toute alternative, car il s'agit d'une rupture de civilisation.

La révolution civilisationnelle inaugurée par les premières communautés chrétiennes a sombré au sein de l'Empire romain. "Le plus petit premier servi", "la mise en commun de tous les biens", "le refus du Royaume de César", ces points de repère constants à l'origine du christianisme, n'ont guère survécu au-delà de Constantin. L'Église s'est satisfaite, progressivement, des ors, des territoires et de la confiscation de la science. On sait ce qu'il en est advenu : la sacralisation du pouvoir, la "théocratisation" de la monarchie (spirituelle avec le papisme, autant que temporelle par le culte du Chef de l'État), le compromis avec le monde des riches, la "théologisation" de la connaissance ! Nous n'en sommes jamais sortis, en dépit du net recul du cléricalisme, cette irrigation de la religion dans tous les vaisseaux et les structures de nos pays d'occident ou de leurs possessions coloniales.

Étienne de la Boétie, à lire et relire : il n'a jamais été autant d'actualité !

La couronne, l'écu et le sabre (sans oublier le goupillon) sont les symboles, à peine transformés siècle après siècle, de la domination des nantis. Reste que, depuis La Boétie, demeure une question: pourquoi supportons nous la servitude ? Car les serfs ne sont pas que des paysans sans droits ni biens, aux ordres des seigneurs de la terre, ce sont tous ceux qui n'ont aucun pouvoir sur leur vie. Sujets du Roi ou citoyens de la République, si notre sort appartient à des maîtres qui ont le pouvoir de nous faire agir comme ils veulent, nous sommes des serfs.

Le serf, tel l'âne, supporte sa charge et court après sa carotte

Voilà pourquoi l'alternative ne peut seulement tenir à un rapport de forces électoral momentané. C'est d'une rupture de comportement qu'elle dépend, d'un renoncement à des fausses valeurs qui calcifient la société, en interdisant toute mise en œuvre de la devise républicaine : liberté (de tous), égalité (pour tous), fraternité (entre tous). Sortir des idéologies du mensonge est devenu prioritaire : "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" doit ou bien être gommé du texte de notre Constitution ou bien être pris au sérieux, pris aux mots. Se gargariser avec le mot démocratie devient, sinon, non seulement ridicule mais odieux.

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lundi 22 mars 2010

Redonnons aux Français la faim politique qu'ils ont perdue !



Marianne va-t-elle vouloir manger? Et quoi?

La messe est dite. Le scrutin des Régionales 2010 fera date en France. Il n'est pas sûr, pourtant que les bons enseignements en soient retirés !

Nous disions que la démocratie connaissait un déficit structurel. La preuve en est fournie. Quatre repères permettaient d'effectuer la vérification : l'abstention, l'effondrement du camp présidentiel, la remontée du populisme nationaliste, la présence d'un vote blanc faible mais significatif.

Au lendemain du scrutin, l'abstention tangente encore, ou dépasse dans plusieurs régions, la barre des 50%. Autrement dit, un électeur sur deux ne s'est toujours pas déplacé, en dépit des exhortations des deux partis principaux en lice, l'UMP et le PS. Le recul de l'abstention n'est que de quelques points. Le phénomène reste massif et pour une large part volontaire, donc politique.

La déconfiture du sarkozisme n'en est pas moins spectaculaire ! L'abstention touche la gauche comme la droite et donc, il ne s'agit pas d'une bronca temporaire des seuls électeurs de droite. Jamais, depuis les débuts de la Ve République, le parti au pouvoir n'a essuyé une telle tempête. En pourcentage d'inscrits, l'UMP et ses alliés "culmine" à 10%. Le camp du Président en place est déserté et ravagé. Tout l'art politique de ce Président quasi sorti sera, d'ici 2012, de donner à l'opposition des raisons de se diviser de nouveau. Sa défaite serait sinon inéluctable.


Le suicide politique est une pratique qui demande du temps.

Le retour du lepénisme, fille et père, s'il complique encore la stratégie de la droite parlementaire, n'en est pas moins le signal d'une détresse sociale qu'exploite encore avec succès le Front National ! Le danger qu'on croyait écarté se représente avec force car le lepénisme n'est pas loin de peser autant que les écologistes pourtant en phase ascendante !

Quant au vote blanc, on aurait tort de le négliger car le Ministère de l'intérieur dénombre 1 013 554 votes blancs ou nuls (soit 269 491 électeurs de plus qu'au premier tour). À Notre Dame des Landes, beaucoup d' électeurs hostiles à la construction d'un nouvel aéroport en région nantaise n'ont pas rejoint la liste de gauche (PS, Europe-Écologie, Front de Gauche), et le vote blanc est monté à 22% ! Appuyé sur une revendication précise, ce vote prend donc sens. En l'occurence, la signification de la forte augmentation du vote blanc est à rapprocher de l'abstention politique.

Ces régionales débloquent la situation; elles ne la règlent pas ! Tout reste à faire ! Les débats sur la croissance ou la décroissance, les retraites, les "réformes", le nucléaire, etc, vont s"approfondir et se durcir. Les divergences entre ceux qui n'attendent d'une gauche "diverse", en fait dominée par le PS, qu'un succès prochain, dès 2012, et ceux qui considèrent qu'il est plus qu'urgent de changer le logiciel politique va ressurgir. En l'état actuel des choses, DSK, Ségolène Royal , François Hollande, ou même Martine Aubry, restent attachés à un social-libéralisme qui rend impensable actuellement la présentation d'un projet politique commun et crédible.

Le projet du 22 mars de Dany Cohn-Bendit est orienté vers une conversion des socialistes permettant une alliance durable entre le PS et un nouveau parti débordant les Verts ! Cela supposerait un double hara-kiri : celui des productivistes socio-démocrates et celui des écologistes qui font de la décroissance tout autre chose qu'un constat d'impuissance économique. Les résistances attendues seront très vives. C'est, du reste, ce sur quoi compte la droite...

Enfin, et surtout, la France n'est pas le monde mais elle est dans le monde. En cette journée mondiale de l'eau, il faut relativiser les confrontations électorales parce que la donne écologique et économique peut être bouleversée bien plus que la situation actuelle ne le laisse prévoir ! Il faudra donc beaucoup de lucidité, de courage et de travail intellectuel pour se désengluer d'un bourbier politique dont l'élection régionale a révélé toute l'étendue mais n'a pas offert, quoi qu'on dise, de claires perspectives de sortie, qu'elle soit rose, verte ou rouge. Nous savons, à présent, que nous devrons quitter un territoire politique avant de savoir où aller... ! Un espoir est certes revenu mais nous ne savons toujours pas lequel ! Le retrait, la colère, le dégoût et le rejet des électeurs contiennent de multiples possibilités d'évolution politiques. Cela va du réel changement de régime à la plus modeste, mais plus sûre, reprise en main du quotidien par les citoyens eux-mêmes. La sixième République est-elle, cette fois, en marche? Si oui, son contenu reste toujours à définir...

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Avant le papillon, la chenille doit se faire chrysalide

Jean-Pïerre Dacheux et Jean-Claude Vitran

lundi 15 mars 2010

La démocratie est épuisée. Elle a besoin de reconstituants

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Mais qui donc a cassé l'urne...?

La démocratie, dont nous savons bien qu'elle est en question depuis des années, apparaît, au lendemain des élections régionales françaises, non seulement fragilisée mais incertaine.

Bien entendu, la démocratie ne se mesure pas à l'aune des élections. Cependant, si une photographie ne constitue pas le réel, elle en montre une image. Et cette image est révélatrice !

La démocratie s'épuise, autrement dit, les citoyens ne savent plus dire où est leur espérance politique, quel avenir ils recherchent et préparent.

Quand l'abstention atteint plus de 53% des électeurs inscrits ( à ne pas comparer aux scores des listes, même à deux chiffres, qui sont mesurés par rapport aux électeurs votants !), il est évident qu'il y a un désaveu de la politique qui est exprimé non seulement par les indifférents et les mécontents, mais aussi par ceux qui rejettent le choix même qui leur est proposé ! Quant aux votes blancs et nuls, à hauteur de 3,72%, par rapport aux votants, ils représentent une véritable contestation politique du scrutin. tant dans son mode que dans les conditions du choix. Qui l'a fait observer ?

Il est difficile de sonder les reins et les cœurs, mais cette abstention massive que les partis et candidats sont prêts à oublier, aussitôt franchi le premier tour, a une signification qu'il est impossible de négliger, sous peine de nous retrouver dans les mêmes impasses qu'en 2002 et 2007, c'est-à-dire avec un électorat enfermé dans un mode de scrutin et une alternative dont il ne peut se sortir pour dire ce qu'il veut.

L'image de la France révélée par l'élection régionale, au 14 mars 2010, dit bien d'autres choses, moins importantes, mais indispensables à connaître. Tout se passe comme si se profilait un échec généralisé si on compare les ambitions et les résultats.

Car, ne nous y trompons pas, l'échec brutal du camp sarkoziste qui a épuisé toutes ses réserves et se trouve déjà en seconde position, avant le tour décisif du 21 mars prochain, est dû autant à la remontée du Front National qu'à la réussite du PS. À vouloir jouer avec le feu nationaliste, la majorité présidentielle s'est dangereusement brûlée. Et comme les entêtés de l'UMP sont aux commandes de la machine gouvernementale, ils vont persévérer dans leurs erreurs et les Français vont en payer le prix. Aucune raison de se réjouir trop de cet échec que l'on va chercher à passer aux profits et pertes, sans vergogne.

Relativisons aussi la victoire socialiste : le grand schelem annoncé, la France toute rose, est d'ores et déjà impossible, à moins de recolorier le Languedoc-Roussillon en rose... Quant à prendre l'Alsace et la Corse, rien n'est fait, et, sans le blocage que peut effectuer le FN, en imposant des triangulaires, ce serait plus que difficile... Autrement dit, nous allons vers le statu quo, ce qui n'est déjà pas si mal, pour le PS, mais qui n'est pas, dans le contexte actuel, un triomphe intégral. La gauche plurielle va-t-elle se reconstituer ? C'est une condition du grand succès attendu, au second tour. Sauf que Europe-Écologie pèse bien plus que dans les années Jospin. Et le Front de Gauche conserve des ambitions bien au-dessus de ses moyens...

Troisième force politique, de nouveau, après les Européennes, les écologistes sont autant déçus que satisfaits. Nulle part, ils ne sont en situation de revendiquer une présidence de région, et s'ils pèsent la moitié du vote socialiste (et de ses quelques alliés mineurs, radicaux, chévènementistes et même ex-communistes), ils ne peuvent imaginer obtenir le tiers des présidences, car le calcul s'effectuera région par région. Des mandats conflictuels s'annoncent, sauf à passer, de nouveau sous les Fourches Caudines du parti rose. L'écologie reste en bouton. La percée reste à faire.

Le Front National est le grand gagnant de ces Régionales ! Quel échec encore ! Il renaît au moment où le vieux Le Pen s'efface ! Un racisme nouveau est bien portant en France et, surtout, le dégoût de la politique, la misère grandissante, donnent du grain à moudre à une formation dont nous mesurons mal tout l'impact et l'efficacité. Un score global à 11% pour le FN rend visible le nouveau recul de cette démocratie que nous voulons défendre, en oubliant qu'elle est alitée et qu'elle n'est pas à protéger mais à soigner !



Première et seule organisation politique installée entre les 5% nécessaire pour entrer dans des listes reconstituées et les 10% qui permettent la re-présentation de la même liste, le Front de Gauche a de quoi pavoiser : il aura des élus, à la différence du NPA et de Lutte ouvrière laminés. Mince succès ! Le Parti communiste ne songe qu'à conserver des places; le Parti de Gauche est féodalisé faute de pouvoir exister sans le PCF. La recomposition d'une « gauche de gauche » ne se fera pas ainsi ! La retombée de Mélenchon et Buffet dans la bipolarisation est en bonne voie.

Ne parlons plus du MODEM. Il n'est visible qu'en Aquitaine. Il cesse d'être une possibilité d'alternative. François Bayrou qui ne manque ni d'intelligence ni de conviction, a échoué à faire apparaître une contestation au centre droit là où se trouvent ses électeurs. S'il persistait, Dominique de Villepin le suppléerait vite...

Oui, la démocratie est malade, couchée, fragilisée et incertaine.

La démocratie est malade de la droite extrême aux deux visages, ultra-nationaliste et brutalement autoritaire. La sarkozisme et le lepénisme présentent des aspects très différents mais avec des passerelles qui permettent entre eux des circulations d'électeurs. C'est une maladie qui peut être mortelle. On connaît des pays où les tueurs de la démocratie ont été élus fort démocratiquement.



La démocratie est couchée, alitée, souffrante, hospitalisée. Quand un corps fonctionne mal, il faut consulter qui peut le guérir. La démocratie, ou « gouvernement du peuple » (« par le peuple pour le peuple », ajoute la Constitution) est réduite à donner à des professionnels les clefs des hôtels du pouvoir. Quand cela est fait, le peuple reste dehors, autorisé seulement à observer, pas à agir. Résultat : le peuple déserte puisqu'il est inutile et impuissant. C'est la grande leçon de l'abstention. Pas besoin d'être un grand médecin pour faire ce diagnostic. Le peuple a besoin de reconstituants. Sa robuste constitution est dissimulée sous un appareil constitutionnel qui l'empêche de respirer. Il faudra bien le libérer de cette Constitution monarchiste qui bride le Parlement et plus encore la volonté populaire.

La démocratie est fragilisée. Il n'est pas de corps social, si vivant soit-il, qui puisse longtemps résister à un étouffement politique. Sous la désespérance et le désintérêt que souligne, encore une fois l'abstention, sont apparues des lignes de fracture : la France peut se casser sur l'obstacle de la suffisance et de l'appropriation du savoir qui rejettent la masse des citoyens en dehors des cercles de décision. Ces brisures peuvent, d'un coup, ouvrir le pays en plusieurs morceaux, chacun constituant un lieu de conflits multiples, ici à cause des banlieues à l'abandon, là à cause d'une agriculture en perdition, ailleurs à cause d'une éducation en plein désarroi, partout à cause d'une contradiction majeure : tout est à changer et rien ne change qui serve à mieux vivre tous ensemble !

Incertaine enfin, la démocratie l'est parce que les élites estiment que le pouvoir est chose trop sérieuse pour le confier au peuple. Pour elles, passe qu'il choisisse entre les élites qu'on lui propose mais jamais, au grand jamais, il ne pourrait affronter la complexité et les dangers de ce qu'on n'appelle plus le gouvernement mais la gouvernance. Gouverner est un art autant qu'une capacité réservés à de grands professionnels, des spécialistes, des gestionnaires, des chefs de l'entreprise étatique. La démocratie est incertaine parce qu'elle n'est plus qu'un mot cachant une illusion. Réanimer la démocratie défaillante implique de la repenser. Telle qu'elle est, elle ne fonctionne plus.


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

samedi 13 mars 2010

Exploiter la vieillesse en réformant les retraites !

Y a-t-il une relation entre les retraites et les Droits de l’Homme ? A priori la réponse est négative. C’est pourtant un problème de justice sociale ! Et la justice, ou plutôt l’injustice sociale, celle qui génère les inégalités, est donc bien une problématique de droits de l’homme.

En y réfléchissant mieux, en observant autour de nous, surtout dans la période de crise que traverse notre pays et dans les projets gouvernementaux, que voit-on ? On voit que la justice, la solidarité, la fraternité font cruellement défaut en matière de retraite. Combien de dignité bafouée ? Combien de personnes âgées sont obligées de reprendre une petite activité pour joindre les deux bouts ? Combien de personnes âgées vivent, seules, au seuil de la misère par manque de moyens financiers pour être accueilli dans des établissements spécialisés. Combien sont obligées de vendre avec déchirement aux spéculateurs le peu de bien acquis à l’issue d’une vie de labeur pour essayer de survivre décemment et de payer le foyer où elles se placent, comme elles disent.

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Nous connaissons tous de ces retraités qui après avoir trimé dans toute leur vie, sont contraints de faire la queue aux Restaurants du Cœur pour essayer de se nourrir plus correctement. Nous connaissons tous de ces retraités qui sont forcés de faire l’aumône auprès de leurs enfants pour survivre. En quelques décennies, la donne s’est inversée.

Il n'y a pas si longtemps, il nous fut promis par un candidat à la Présidence de la République de gagner plus si nous travaillions plus ! Cela n’était qu’une promesse électorale sans lendemain. Le même, aujourd’hui, nous demande de travailler plus longtemps : ineptie de plus, puisque plus de la moitié des seniors sont au chômage, à partir de 58 ans.

Sans traiter le chômage, le recul de l’âge de départ à la retraite ne sert à rien; il est même contre-productif, car, à l’autre bout, cela produit l’absence de travail pour les jeunes.

Non, ce que veut le Gouvernement, c’est diminuer, voire supprimer le système actuel de retraite par répartition au profit d’une retraite par capitalisation. Par répartition, c’est une retraite solidaire où chacun aide chacun, où les jeunes générations sont solidaires des générations plus âgées, c’est l’école de la transmission, de la fraternité. Mais, cela ne génère pas de profit; ça coûte ! Cela coûte : quel blasphème, quel gros mot dans la société libérale.

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Dans cette société où 1€ doit rapporter 1,20€, ce que l'actuel pouvoir veut, c’est favoriser ceux qui veulent développer les systèmes d’assurances privées car la retraite par capitalisation comme sa racine l’indique est du domaine du capital donc du profit, de la valeur ajoutée."On va pouvoir faire du fric, les copains !"

Rappelons nous l’article 1er de la déclaration universelle des droits de l’homme de décembre 1948 : "Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". La retraite par capitalisation nie cet article premier; c’est même le contraire. C’est chacun pour soi: que le meilleur gagne, mais il y en a combien de meilleurs, et meilleur pourquoi ?

L’idée maîtresse du système, FMI, OCDE, gouvernements, et nombre de partis politiques confondus :

- c’est de faire table rase sur les accords de Philadelphie de mai 1944 qui ont affirmé : « la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous »,

- c’est de détricoter tous les avantages acquis et que chacun se débrouille seul avec ses problèmes,

- c’est de laisser le moins armé sur le bord du chemin, parce qu’il est né du mauvais côté de la rue ou parce qu’il est moins intelligent, moins instruit, ou moins malin.

Non, la fin de la vie ne doit pas être une déchéance. Ce n’est pas de cette société là que veulent les acteurs de la Ligue des Droits de l’Homme. Car enfin, on pourrait imaginer une plus juste répartition, un plus juste équilibre, un partage plus équitable des revenus du capital et du travail. Il est curieux qu’aucune proposition ne soit faite dans ce sens.

C’est certainement un manque d’imagination ou un oubli... À moins que ce ne soit la preuve d'une volonté de puissance qui maintient l'antique exploitation de l'homme par l'homme. Mais pourquoi le supportons-nous?

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

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