jeudi 27 avril 2017

Que peuvent décider les électeurs privés de candidat ?


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 27 avril 2017. Note 49.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Cette élection aura été maintes fois révélatrice du caractère scélérat de la loi électorale.
Nous voici donc confrontés à une prise d'otages idéologique : qui ne soutient pas Macron est un anti démocrate, voire un suppôt des fascistes ! Mélenchon est voué aux gémonies parce qu'il n'a pas donné, le soir même du 23 avril, une consigne de vote favorable à Macron.
Parmi les trois catégories d'électeurs privés de candidats (les candidats au score très faible, les deux candidats au score faible –Dupont-Aignan et Hamon– et les deux candidats au score fort – Fillon et Mélenchon–) la sollicitation des « qualifiés » est fonction du poids politique des uns et des autres.
Indépendamment du fait que les électeurs ne respecteront pas tous les consignes qu'on leur donne, il est, cette fois, comme en 1969 et en 2002, une disparition d'un candidat de gauche qui fausse l'expression démocratique du pays. Le phénomène s'est même aggravé du fait que, presque au hasard, les quatre candidats en tête des résultats se tenaient en quatre points seulement. Nous restons, plusieurs jours après le 23 avril, dans une brume électorale qui permet mal de préciser comment Macron va l'emporter (car il l'emportera et il fait partie de l'enfumage de l'opinion de lui faire peur).

Il se joue, en effet, bien plus que le résultat final de l'élection présidentielle et même des élections législatives qui vont suivre. Il en va de la recomposition totale de la droite et la réapparition ou non d'une gauche de gauche. En clair, deux forces inégales surgissent : celle du capital qui avale, de gré ou de force, quiconque ne lui est pas soumis (Hamon y compris, hélas!) et les résistants qui s'y opposent comme ils peuvent. Le Front National, pour bien des électeurs trompés, est associé à cette résistance et c'est là que la confusion s'installe.
Les petits et les pauvres qui ont compris qu'ils n'ont rien à attendre de Macron ne savent que voter ou ne voteront pas. Que le PCF appelle à voter Macron pour éviter Le Pen va l'achever : il rejoint, de fait, en dépit de ses réserves, le camp de ceux qu'il a toujours combattus. C'est, pour son électorat le plus attaché au monde salarial, une trahison. « Voter contre le Front national » revient à ne voter pour rien, à voter négativement, à attendre, et c'est le contraire de toute politique.
On comprend, dès lors, la perplexité de Jean-Luc Mélenchon : il sait que ce qu'on veut abattre c'est ce qu'il représente bien plus que sa personne, et ça, il ne peut le brader sans, à son tour, trahir. Si toute la gauche se rallie à Macron, y compris les insoumis, c'en est fait d'elle. Réduite au NPA et à Lutte Ouvrière, la gauche entrerait, pour des années, dans une nuit totale.

Que vont opposer à Macron et ses alliés (de Fillon à Cohn-Bendit) les écologistes passés à la moulinette du PS avant que ce parti, au sens strict, ne se dé-compose ? Il ne reste, dans le combat politique (comme dans la réalité quotidienne, mais au niveau planétaire), que deux voies, incompatibles : celle de la continuation de l'économie de profits, quoi qu'il en coûte à l'humanité et celle de la recherche ardente et urgente d'un monde d'équilibre, de partage et de respect de la Terre. Les écologistes qui suivent Macron se renient eux-mêmes. Bien des électeurs jeunes et cultivés, souvent privés de revenus car sans emploi durable, l'ont déjà compris. La France insoumise n'est pas constituée par les seuls admirateurs de Mélenchon. Ils veulent un avenir aimable et pas simplement l'alliance de tous les anti-fascistes qui se réveillent, un peu tard, après avoir, par leur politique, donné des armes aux nationalistes autarciques du FN !

Les électeurs sans candidat, et en particulier ceux qui savent qu'ils ont été très proches d'atteindre la place d'où tout était possible, ne peuvent se résigner à s'effacer ou à se rallier à ce qu'ils combattaient. Il leur faut faire surgir leur force, de nouveau, dans ou hors des urnes, par le bulletin blanc qui dit : « ni l'un ni l'autre », ou par « la grève des urnes » qui dit : « nous ne jouons pas à ce jeu de dupes ».

Il y a blocage car les institutions interdisent la nouveauté. La Vème République ne pouvant mourir dans les urnes, pacifiquement, va-t-elle mourir dans la rue ou au Parlement dès qu'il va devenir évident qu'elle mure l'avenir ? « Ceux qui crient l'Europe, l'Europe », comme disait, pour les ridiculiser De Gaulle, vont être les premiers à s'en apercevoir. Telle qu'elle est la France n'a pas la place qu'elle mérite en Europe. Le FN table sur ce point faible pour avancer ses pions mais il a perdu d'avance. Par contre, renégocier les traités qui fondent l'Europe fera vite l'unanimité et l'on cessera, à ce sujet, de vilipender Mélenchon. Il n'a fait que répéter cette évidence : si l'on veut une Europe forte et unie, libre et sans frontières, il faut en refonder les bases.


In fine, il importe de regarder au-delà des échéances les plus proches. La France se retient de changer et semble se donner à celui qu'ont créé les maîtres de la finance. La réalité n'est pas si simple. Les contradictions sont partout triomphantes et nous n'en avons pas fini de voir se déplacer les pièces sur cet échiquier politique où l'on sait bien que le roi est certes l'objectif mais pas du tout la pièce majeure.
Et, puisque tout n'est pas dit, avéré, ni certain, ne relâchons pas notre observation et notre analyse : le chemin est malaisé, aride, montant mais le pire serait de s'y arrêter. Continuons à le parcourir, au contraire, car il ne peut déboucher que sur un espace plus vaste et plus varié que celui, trop étroit, dans lequel, depuis la fin de la guerre d'Algérie, nous avons été cloîtrés.


mercredi 26 avril 2017

Le Pen ou Macron : le choix impossible ?


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 26 avril 2017. Note 48.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


1 - Encore un anniversaire : le 26 avril 1986 la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait.
Utile rappel entre les deux tours. Que feraient les deux candidats restés en piste en cas de Tchernobyl sur Seine ? Rien bien sûr, ce serait trop tard ! Mais avant, pour prévenir les risques, d'un accident majeur dans l'une de nos centrales obsolètes, (et les autres aussi), que feraient-ils ? Eh bien rien non plus : ils veulent la perpétuation du nucléaire et seul un événement dramatique, en France ou ailleurs, (mais Fukushima ne leur a rien appris) les fera changer d'avis. Un tel sujet passe avant les autres. Il n'a pas été évoqué, sinon par ceux des candidats qui voulaient renoncer au nucléaire civil et qui ne sont plus là. Rappelons-nous les faits :


2 - Où est le pire dans le domaine de l'énergie nucléaire ?
Comme prévu par la loi de transition énergétique, Emmanuel Macron souhaite abaisser de 75% à 50% en 2025 la part du nucléaire dans la production électrique française. Mais il ne précise ni combien cela coûtera, ni comment il le financera. Hypocrisie.
Marine Le Pen entend revenir sur la loi de transition énergétique et la fermeture de Fessenheim, afin d'allonger la durée de vie des centrales existantes puis de renouveler le parc avec des réacteurs de nouvelle génération. Irresponsabilité.
Bref, les décisions sérieuses viendront d'ailleurs, des événements ou de l'action citoyenne.


3 - Où est le pire dans le domaine de l'armement atomique ?
C'est fort clair : pour Macron ou Le Pen, pas touche à la dissuasion française par laquelle se manifeste, croient-ils, la puissance de l'État français et offre le moyen de peser sur la diplomatie internationale.
Pour l'un : « Nous engagerons la modernisation de la force de dissuasion nucléaire, garante de la sécurité de la France. Cet effort concernera ses composantes sous-marines et aéroportées ».
Pour l'autre : « C'est pour se prémunir clairement contre tout État-nation agressant notre pays que la France doit plus que jamais affirmer le caractère tout azimut de sa dissuasion nucléaire », explique la candidate du FN.


4 - L'impossible choix :
L'exemple des politiques militaires est particulièrement éclairant mais il en est bien d'autres. Nous sommes, au nom de la démocratie, insiste-t-on, sommés de choisir le capitalisme rénové plutôt que le néo-fascisme. L'élimination de toute candidature de gauche ( qu'elle soit traditionnelle - celle du PS « hollandiste » ou du PS « hamoniste » - voire redynamisée - celle de la France insoumise- ) laisse une large partie du pays sans candidat. Faut-il se plier aux injonctions permises par la bipolarisation du mode de scrutin ?
Il ne faut pas demander aux citoyens plus qu'ils ne peuvent penser, dire et faire. Voter Le Pen pour n'avoir pas Macron ou voter Macron pour n'avoir pas le Pen ? Bref renoncer à toute espérance politique et, de nouveau, s'en remettre à un homme providentiel (en votant Macron) ou bien laisser les concurrents aux prises car leur combat n'est pas notre combat (en s'abstenant ou en votant blanc, car il est hors de question de voter Le Pen).
Il y a déséquilibre entre l'impensable vote Le Pen et le refus de voter Macron. Soit. Mais cela ne signifie pas que puisse émerger une préférence ! Quand la louve est prête à nous dévorer, on ne lui jette pas dans les pattes un serpent venimeux qui, après l'avoir mordue et éliminée, se retournera contre ceux qui ne veulent pas vivre sous pareille menace. Le serpent n'est pas une personne, Macron en l'occurence, c'est le capitalisme dominant qui place tous les modestes sous la coupe des riches. Il en est ainsi depuis bien longtemps mais n'en pas sortir, de notre vivant, ne permet plus de se contenter d'attendre la prochaine élection ! Il faut créer, inventer, proposer, bref agir.
On comprendra que c'est un nouveau « bonnet blanc et blanc bonnet » (comme disait Jacques Duclos, en 1969) qui nous est proposé. La situation est similaire mais elle est loin d'être identique. Il y a ressemblance mais sans véritable comparaison possible. Le PS - de Gaston Deferre - obtint, alors, 5,01% des voix, et le PS – de Benoît Hamon, privé de tous soutiens et trahi par les siens – est resté bloqué à 6,3%. En 1969, le socialisme avait aussi Rocard, du PSU, comme candidat ( 3,61%) et le PCF de Duclos obtint un score qui fait penser à celui de Mélenchon : 21,27% (ses électeurs portèrent l'abstention à 30% des inscrits). Autres différences : Pompidou néo-gaulliste et Poher centriste étaient des « réactionnaires respectables » et Tixier-Vignancourt, candidat en 1965, n'avait pas encore été remplacé par Le Pen


5 - Le vote blanc va-t-il devenir en 2017 un vote politique ?
L'opinion est prête à accepter cette expression mais sans consigne, par exemple celle des insoumis au terme de leur consultation, ce vote restera marqué par sa faiblesse profonde : ce n'est pas un suffrage exprimé ! Il faut lui donner un contenu positif qu'il n'a pas encore. Ce doit être un appel et non un simple retrait du jeu de tricheurs (qu'autorise le mode de scrutin majoritaire puis binominal au second tour )!
Quand sont écrites ces lignes, on ne sait rien encore de ce qui va se passer, mis à part ce qui concerne les agitations des candidats « qualifiés ». Pourtant, sur la toile, les déçus, d'où qu'ils viennent, évoquent cette possibilité de faire compter leurs désaveux des candidats restants.


6 - Deux hypothèses mal abordées qu'il faut donc examiner avec prudence mais attention.
• L'évidence de l'élection d'Emmanuel Macron
Inattendu, aura été le triomphalisme, mal venu, de Macron, au soir du premier tour, qui peut invalider l'évidence de son élection, en tout cas affaiblir son résultat, si les électeurs le prennent mal. Cela s'est déjà vu avec Fillon.
La Fontaine, ce génial poète politique, prophétisait dans sa fable, « L’Ours et les deux Compagnons » (livre V – fable 2, 1668) : « Il ne faut jamais vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre. » qui devint le proverbe : « Il ne faut jamais vendre la peau de l’Ours avant de l'avoir tué »..
• L'éventualité de l'élection de Marine Le Pen
Il est improbable que le FN réussisse à capitaliser, comme aux USA, toutes les voix engendrées par les déceptions, les rancœurs et les rages accumulées. Les compteurs seraient remis à zéro et l'élue, moderne Perrette, sans majorité garantie et contestée par le peuple, ne tiendrait pas longtemps la barre. Alors « Adieu veau, vache, cochon, couvée » comme dirait encore La Fontaine dans La laitière et le Pot au lait, fable qui s'achève ainsi :
On m’élit Roi,
mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
            Je suis gros Jean comme devant.


Il reste quelques jours pour approfondir la pertinence de ces hypothèses. L'élection présidentielle en dépit ou à cause de son inadaptation à la réalité politique française actuelle, n'en a pas fini, quoi qu'il arrive, de réserver des surprises.


mardi 25 avril 2017

Le piège s'est refermé : Le Pen ou Macron ?


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 25 avril 2017. Note 47.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


1 - D'abord : hommage à la révolution non-violente ( dite Révolution des Oeillets), qui mit fin, le 25 avril 1974, au Portugal, à la dictature salazariste, née en 1933. Écoutons, en ce jour anniversaire, son chant historique, Grandola, qui déclencha des manifestations géantes. Aurons-nous bientôt besoin, en France, d'un tel chant puissant et fraternel pour nous dresser contre la dictature du néo-fascisme ou celle de l'argent-roi ?


2 – Le piège s'est refermé. Comment en sortir ?
Nous le savions : le mode de scrutin français peut nous donner à choisir entre le mauvais et le pire. En 2002, pour n'avoir pas Le Pen (père), la France a choisi Chirac et le quinquennat calamiteux qui s'ensuivit. Sommes nous revenus quinze ans en arrière ? Oui et non. Oui, parce que c'est à nouveau un impossible choix qui nous est imposé. Non, parce que les rapports de force ne sont pas les mêmes et parce que le risque d'instauration durable d'un régime libéral sont considérables.
Entre le néo-fascisme nationaliste et le capitalisme relooké, nous voici coincés. Pour le 7 mai, la messe est dite : Macron sera président de la République, mais, cette fois, tout ne sera pas joué au terme de cette élection présidentielle. Un président sans majorité stable peut difficilement gouverner et nul ne sait ce qui sortira des législatives : la droite n'aura pas le temps de se refaire ; le PS n'aura pas fini de se déchirer ; les frontistes chercheront leur revanche ; la gauche nouvelle, au pied du mur va ou bien apparaître en force, ou bien... disparaître. En clair, un conflit idéologique gigantesque va se déclencher. Nous avons connu bien des surprises, durant la campagne des présidentielles et bien avant qu'elle soit devenue officielle. Nous allons en connaître d'autres tout aussi surprenantes.
En clair, Fillon est out. Le Pen, même vaincue ne s'effondrera pas. Le melting-pot macronien va bouillir et les intoxiqués du pouvoir dont ils se croient si près, vont s'affronter. Le PS de Hollande, Valls et autres macroniens va tenter -vaste projet!- de trouver une bonne place au Parlement. Quant aux battus de la gauche réelle, ils ont une responsabilité historique : ce qu'ils n'ont su ou pu faire pour les présidentielles, il faut qu'ils le réussissent à présent.
Il n'est qu'une alternative au projet en marche vers... l'organisation du pouvoir des plus riches, de ce clan ultra composite de Macron, (ce rassemblement des partisans ardents ou résignés du capitalisme moderne). Cette alternative, c'est l'émergence d'une autre expression de ce que furent la gauche et le socialisme, (à partir d'une analyse écologique de la réalité de nos sociétés telle que Hamon et Mélenchon l'ont annoncée, prédit et acceptée). Il n'y a plus de compromis possible et les plus jeunes de nos compatriotes l'ont déjà, en majorité, compris.


3 – Alors, que voter et faut-il voter ?
Il faudra-t-il voter par peur ou en conscience ?
Par peur : parce que le danger représenté par le FN qui surfe sur le désespoir des oubliés, est réel et peut, comme aux USA, prendre de l'ampleur, ( notamment si l'on provoque le dégoût en faisant la fête avant même d'avoir gagné, comme on l'a vu et entendu le 23 avril à la porte de Versailles puis dans les rues de Paris et à La Rotonde).
En conscience : parce que il faut, plus que jamais, agir comme on pense. Si l'on ne peut se motiver pour voter Macron, alors il ne faut pas le faire. Cela revient à s'abstenir politiquement ou à voter blanc, ce qui n'a rien de satisfaisant, mais cela reste digne. La conséquence immédiate en est de s'impliquer personnellement et fortement dans les législatives à venir, car là, il ne s'agira plus de choix binaire impossible et on pourra tenter d'empêcher les droites, toutes les droites, empêtrées dans leurs contradictions, de dominer l'Assemblée nationale.
Je dis « toutes les droites », de la plus extrême à la plus roublarde en passant par la cynique et l'affairiste.

Ce que ce scrutin révèle, c'est que l'argent est une arme de destruction massive capable de s'en prendre à la pensée elle-même. Nous découvrons aussi un « communisme de classe » qui soude les dominants. Y résister est difficile parce que nous avons, parmi ceux qui sont solidaires des dominés, un ou deux « métros de retard ». Puissions-nous, à la rude école, en accéléré, de cette épreuve électorale, nous rendre compte que l'efficace et brutale recomposition des droites nous a surpris et va continuer. Macron a été placé pour cela. Les forces de résistance et de création, non négligeables à en juger par les résultats de la France Insoumise, ont elles aussi, besoin d'une restructuration. Ce sera notre grande préoccupation dans les notes à venir.



Premier bilan de la campagne à surprises


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 24 avril 2017. Note 46.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Nous nous réveillons ce matin avec, devant nous, un nouveau paysage politique.
L'analyse de ce qui vient de se passer ouvre des espaces nouveaux : s'y mêlent inextricablement, le positif et le négatif. Il faut tenter de relever des faits et des réactions politiques qui vont peser prochainement sur notre vécu, sans pathos et sans désillusion (ce qui ne veut pas dire sans déception).


1 – Le fait majeur est que les deux piliers des institutions parlementaires se sont rompus : le parti socialiste et le parti « les Républicains ». Ce dernier, né en 2015, de moins en moins gaulliste, avait maintes fois changé de nom, (ex UMP - en 2002 -, ex RPR - en 1976 -, ex UDR - en 1968 -, ex UNR - en 1958 - ....). Les responsables de cet effondrement électoral se situent dans et hors des partis concernés. François Hollande et ses soutiens ont ruiné les espérances portées hier par le PS. François Fillon et et ceux qui l'ont laissé les représenter sont à l'origine d'une défaite d'autant plus cuisante qu'elle semblait impossible. La loi électorale a permis cette fin peu glorieuse et c'est hors parti qu'est apparue l'alternance sans alternative incarnée par Emmanuel Macron et son mouvement En marche.


2 -L'observation qui s'ensuit débouche sur le constat d'une recomposition avec quatre pôles politiques principaux :
• Une droite traditionnelle à reconstruire totalement (aujourd'hui éparpillée et partagée entre plusieurs sensibilités incompatibles, par exemple celles de Rafarin et celle de Vauquier),
• L'extrême droite nationaliste et souverainiste de la famille Le Pen (qui vient d'atteindre son apogée et régressera après son échec probable dans deux semaines)
• La droite recentrée et attrape-tout qui vient de l'emporter. (Elle va devoir, très vite, donner un sens et une cohérence à son projet « et de droite et de gauche », soutenu par des partenaires nombreux, aux orientations difficilement compatibles). Emmanuel Macron va devoir sortir du flou qu'il a habilement utilisé pour donner à croire que son libéralisme était aussi social !
• La gauche aux multiples visages qui a besoin d'une rénovation totale. - Avec, d'une part, la social démocratie qui va exploser ( après le constat d'une « impossible unité » (dixit Manuel Valls, ce jour). Seront aux prises ceux qui ont rejoint Macron, appuyés par les caciques de la rue de Solférino, qui vont imputer aux « Frondeurs » leur division, et ceux qui entendent proposer, à l'avenir, avec Benoît Hamon, une politique au contenu de gauche, une gauche rénovée, socio-écologique.
- Avec d'autre part, le candidat de la France insoumise en progression partout. (Jean-Luc Mélenchon va devoir transformer son essai tout en lui donnant un nom qui ne soit pas que le sien et qui rebaptise une gauche trop nouvelle et trop écologique pour ne garder que cette appellation devenue si vague : la « gauche »). Pour que le soufflet ne retombe pas, il faudra agir vite et proposer des perspectives en créant des passerelles avec Benoît Hamon et ses proches.


3 – Ce qui a souvent échappé au débat électoral mais qui s'imposera inéluctablement.
• Ce qui « fait peur au monde entier » ne pourra plus être passé sous silence et devrait prendre place dans le débat législatif, à savoir : les perturbations du climat et les risques pour notre santé dus à l'activité humaine débridée, pour la seule satisfaction de profits immédiats.
• Comme partout sur la planète, le développement des énergies alternatives au pétrole au charbon et au nucléaire constitue une urgence irréversible que même les USA ne pourront longtemps retarder.
La fin des institutions faussement gaulliennes se trouve engagée, au minimum l'obligation de repenser le mode de scrutin si l'on veut que, comme dans le reste de l'Europe, la France sorte de son bipartisme : ce qui contraint de recourir à la proportionnelle.
L'Europe ne peut plus fonctionner telle quelle. En penser la reconstruction ne constitue pas un renoncement, encore moins un rejet. Les traités européens doivent être actualisés et démocratisés : c'est l'intérêt de tous les États membres après le Brexit.
La lutte contre le terrorisme et pour notre sécurité ne peut se résumer à multiplier les caméras de surveillance ou à armer toujours plus de policiers. Il est une lutte culturelle déterminante à mener auprès des populations fragiles, comme il est fait en Grande Bretagne, pour qu'on confonde plus l'islam et l'islamisme. De même, il convient de repenser l'action militaire de l'armée française au Moyen-Orient si l'on veut que les proches des victimes civiles innocentes ne puissent plus nous considérer comme des assassins qu'il faut punir !
• Le culte de la croissance et du plein emploi doivent être confrontés à la réalité économique actuelle et à son informatisation, pour sortir des fausses évidences. Benoît Hamon a eu raison, trop tôt, mais son approche réaliste du travail contemporain et des revenus à partager doit être réexaminée et approfondie.
• Enfin laisser perdurer les inégalités de plus en plus scandaleuses engendre des désordres de plus en plus graves et « l'appel des solidarités » lancé par de nombreuses associations, le 23 mars 2017, doit être entendu si l'on veut vivre dans une démocratie réelle.


4 – Regard sur quelques résultats significatifs (d'après les chiffres officiels sur 97% des votants)
L'abstention, (22,94% des inscrits) reste « le premier parti de France ».
Les blancs (1,78% des votants) et nuls (0,80% des votants), dans ce scrutin, n'ont rien pesé.
Les scores sont faibles : Aucun candidat ne dépasse 20% des inscrits, ni 24% des exprimés.
Les scores sont serrés : entre le 1er et le 4ème il n'y a que 4,24% de suffrages exprimés!
À moins de 5%, on trouve 6 candidats. Entre 5 et 10% , un seul : B. Hamon à 6,35%.
L'écart entre les « qualifiés » (Macron et Le Pen) n'est que de 2,43%.
L'écart entre les 3ème et 4ème (Fillon et Mélenchon) est encore plus faible : 0,32%
Le meilleur score de Mélenchon est réalisé dans le 93 : 34,03% des exprimés.
Le score de Marine Le Pen à Paris n'est que de 4,99% et 12,57% dans l'Île de France !
Dans le Val d'Oise, Mélenchon est second avec 23,97%, juste derrière Macron à 25,31%
Benoît Hamon ne dépasse les 10% que dans son département, le Finistère.


5 – Toutes premières observations avant le second tour, à reprendre et à travailler
- Macron part favori à cause du nombre des ralliements anti-FN sur son nom.
- Macron fait déjà partie des prédateurs au pouvoir estiment les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinson ( c'est le titre de leur livre paru, en ce mois d'avril, en Poche, au prix de 8€ )
https://www.youtube.com/watch?v=ychwDoh5GIo
- Qui ne veut rien toucher à l'Europe, à la Bourse et aux marchés choisit Macron. Bien sûr !
- Le FN s'engage, c'est sa dernière chance, en courtisant les anti-capitalistes ! Ce sera vain. Il est lui-même mouillé jusqu'au cou dans le bain oligarchique.
- Ceux qui ne veulent rien toucher à l'Europe, à la Bourse et aux marchés ont choisi Macron.
- Ne pas donner de consigne de vote est reproché à Mélenchon. On peut comprendre au vu de telles révélations. En outre, il n'est pas seul parmi les Insoumis !
- Des réticences au vote pro-Macron s'expriment à gauche. Les médias s'en offusquent. Pourquoi ?
- Valls dénonce "la campagne d'extrême gauche" de Benoît Hamon qui a "récolté ce qu'il a semé"....
- Réponse : à Evry, où Valls a appelé à voter Macron, Mélenchon a fait 34,69 % des voix !
- EELV, comme parti, vient de mourir : l'avis de décès est signé d'Hervé Kempf. L'écologie, elle, n'est pas morte. Lire https://reporterre.net/La-faillite-du-parti-ecologiste

Après quelques heures chargées de pensées sombres, il apparaît, à l'analyse, que rien de totalement définitif ne s'est produit. « La messe n'est pas dite » ! Nous sommes entrés dans un temps politique qui demeure empli d'incertitudes. Nous aurons un rôle à y jouer.


dimanche 23 avril 2017

Fin de campagne et terrorisme


Le tout dernier temps d'une campagne à surprises 

Le point au 23 avril 2017. Note 45 au jour J.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser, jusqu'au 6 mai, l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoutera aux précédents. Chacun de ces textes aura pu être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Dans le silence de ce jour de votation s'est imposé à l'esprit le surgissement d'un terrorisme.


1- La mort comme argument politique
Durant la dernière émission électorale télévisée, sur Antenne 2, avec les 11 candidats, on a appris qu'un homme « connu des services de police », un Français, a tué et été tué, sur les les Champs Élysées. La victime est un policier. Deux autres personnes ont été blessées. Daesch évidemment revendique.
Il y a plusieurs lectures de cet événement tragique aussitôt exploité. Fillon a réclamé l'arrêt de la campagne qui, de toutes façons, s'achevait le vendredi 21 avril, à minuit. Marine le Pen, dès le lendemain matin a entonné son couplet favori : c'est l'immigration qui a permis l'entrée de la violence dans la vie publique. Macron et Mélenchon ont continué de faire campagne par refus de laisser quelle que forme de terrorisme que ce soit influencer la volonté populaire.
Ou bien nous vivrons dans la peur et la perpétuation de l'état d'urgence, ou bien nous ferons face en ne laissant pas le pays tout entier vivre dans la hantise de l'attentat. C'est une question politique majeure à laquelle les pays du nord de l'Europe ont déjà répondu.
La seconde partie de la campagne, une fois les deux finalistes qualifiés, ne pourra faire l'économie de l'examen de cette crise de la sécurité. Tous les citoyens sont concernés et il ne suffira pas de condamner la violence islamiste ou d'exiger la multiplication du nombre de policiers pour en venir à bout. La quête des causes de cette perversité ultra violente qui diffuse parmi nous, toutes les causes, est à effectuer et pas seulement en faisant la chasse aux « radicalisés ».


2 -Le triomphe de Daesch est dû aussi à ce qu'il nous manipule en déclenchant nos réactions
Tous les bureaux de vote sont, aujourd'hui, nous dit-on, sous haute surveillance. C'est simplement impossible. Ce que la réglementation des scrutins interdit (le port d'armes dans les lieux de vote) est tourné, dès lors qu'un président de bureau de vote a le pouvoir de faire appel à la force armée. S'il considère la menace comme permanente et non exceptionnelle, la police entrera donc dans nombre de bureaux urbains, notamment dans les villes dirigées par la droite. C'est un précédent.

L'assassin, Karim Charfi, 39 ans, était non seulement déjà connu, mais s'en était pris par le passé, violemment, à des policiers. Il avait été, pour cela, incarcéré durant presque 14 ans. Il se peut que sa haine ait été entretenue et encouragée par des codétenus. Autrement dit la justification islamiste est venue a posteriori. C'est d'ailleurs dans les milieux de la délinquance que se recrutent le plus souvent les tueurs. 239 victimes sont mortes en France, depuis 2015 ! Ce constat doit nourrir notre réflexion : le terrorisme a plusieurs visages et est généré par la marginalisation autant que par le prosélytisme et le fanatisme faussement musulmans.

3 – Savons nous ce que nous disons en parlant de terrorisme ?
Ce n'est pas seulement la mort en public qui nous effraie. Les accidents d'automobile tuent bien davantage et nous pouvons en être les témoins épouvantés. La différence est que l'accident n'est pas la mort donnée à l'aveugle. C'est souvent une faute qui en est à l'origine (imprudence, alcool, excès de vitesse...) mais il n'y a pas volonté de tuer. Ce n'est donc pas le nombre de victimes qui nous bouleverse, c'est ce conditionnement de personnes, au sens strict « désaxées » qui acceptent de mourir pour pouvoir tuer, au hasard, n'importe qui, n'importe où...

Lutter contre l'armée invisible des assassins ne peut donc aboutir par l'unique moyen de la présence de policiers, gendarmes et militaires surarmés ! Ce sont des esprits, dévoyés, qu'il faut désarmer et priver d'arguments.

Nous n'osons pas, par crainte de passer pour complice des criminels, fouiller dans les arguments de ceux qui arment le bras et la conscience des « exécutants ». Quand il n'y a plus de raisons de tuer, il n'y a plus de tueurs. Et quelles sont ces raisons ( mauvaises si elles sont détournées) qui sont transmises et pernicieusement instillées ?

Toutes les guerres sont justifiées et perdurent tant que la haine n'est pas épuisée ou retombée. En Lybie, en Syrie et ailleurs, les armées occidentales dont la nôtre ont tué. Ceux qui partent en Syrie pour, croient-ils, sauver leurs frères, entrent dans des logiques infernales où ils ne voient plus que des ennemis. Leur esprit se ferme. Ils deviennent des vengeurs.

L'argument pseudo religieux est le plus dangereux. Il progresse partout. L'islamisme n'est pas l'Islam. Pourtant, on enseigne une interprétation de l'Islam qui justifie le recours à la pire violence. On en connaît les sources, y compris financières, mais cela n'empêche pas notre « tolérance » à l'égard de l'Arabie saoudite ou du Qatar dont la richesse permet qu'ils fassent affaire avec nos entreprises, notamment dans l'immobilier, le sport et l'armement ! De cette complicité nous sommes coupables.

La déradicalisation supposerait que nous balaiyions aussi devant notre porte. Nous n'en avons pas fini avec notre approbation des guerres en Irak ou en Afghanistan perpétrées par les troupes de la coalition occidentale et qui ont entrainé non des milliers, mais des dizaines, voire des centaines de milliers de morts. La guerre d'Irak, que les USA n'ont pas plus gagnée que celle du Vietnam, et qui n'est pas achevée, est la source principale de la haine de l'occident propagée par chaque famille endeuillée dans tout le Moyen Orient. Changeons de politique et reconnaissons des erreurs (que Chirac et De Villepin, eux, n'avaient pas commises) et le terrorisme reculera.

Enfin, acceptons de reconnaître que les Palestiniens, depuis plus d'un demi siècle, vivent sous une domination incompréhensible provenant du peuple juif qui a tant et tant souffert du nazisme. Ce foyer permanent d'hostilité conduit à une large diffusion de théories venimeuses qui nourrissent des sources de violences multiples. Après le colonialisme sévissent encore des apartheids modernes qui sont sans ambiguïté, des refus du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Nous avons vu et voyons encore, singulièrement en Afrique, des pouvoirs politiques s'imposer par l'intermédiaire de forces disproportionnées avec celles des peuples sous le joug.

Dans chaque meurtre, à Paris ou ailleurs, il y a des folies qui se sont développées à partir d'injustices géantes. Le terrorisme (autrement dit la violence perpétrée pour hurler des désespoirs vains) ne débouche que sur la peur et le sang, et aucune des victimes ne peut être personnellement tenue coupable des fautes commises par les États visés. C'est un mauvais combat qui sera perdu, mais après combien de malheurs ? Le terrorisme disparaitra et rejaillira. Ses causes ne sont pas seulement idéologiques et elles sont très peu religieuses. Il faut chercher dans « l'exploitation de l'homme par l'homme », encore et toujours, l'explication de cette apparition de l'hydre monstrueux dont il ne suffira jamais de couper les têtes dès lors qu'elles repoussent.


samedi 22 avril 2017

Osons Mélenchon


Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises 

Le point au 21 avril 2017. Note 44 à J-2
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser jusqu'au 6 mai l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents et présentés, depuis le 20 mars, sous le titre : « Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises » Chacun de ces textes peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Oui, il faut oser Mélenchon. Ce n'est certes pas un homme providentiel. Il n'en est, il n'y en eut, d'ailleurs, jamais aucun. Je ne souligne ici que ce que la froide logique m'impose :
• Chaque élection est particulière. Cette fois encore il faut voter. Pourquoi ? Pour éliminer les candidats indignes, d'abord : Fillon et Le Pen. Qu'ils aient pu être candidats n'est pas le signe de notre bonne santé politique. En plusieurs autres pays, cela n'aurait été ni pensable ni possible...
Il faut voter comme nous sommes : si les idéaux de la gauche réelle sont encore vivants en nous, alors, puisqu'il n'est plus qu'un candidat de cette gauche réelle, et bien votons pour lui.
Il est temps de passer à l'écologie dans la pratique, sinon la vie sur Terre s'éteindra pour les humains. Alors, puisqu'il n'est plus qu'un candidat « qualifiable » qui défende un projet où l'écologie est prioritaire, et bien votons pour lui.
Ceci n'implique nullement que nous nous fassions les disciples de Jean- Luc Mélenchon ! Seulement si rien n'est sûr, le pire serait la stagnation. C'est pourquoi je développe, ci-dessous, les motivations de ce choix qui n'est pas seulement une évidence. Oser voter Mélenchon c'est aussi oser affronter des épreuves indispensables.


1 – Je vote pour un candidat qui serait le dernier président de la Vème République.
Depuis 1958, il en est - j'en suis - qui attendent qu'on en finisse avec la monarchie républicaine. Depuis 1962, il en est - j'en suis - qui savent que l'élection présidentielle constitue un piège.
Depuis 1965, il en est - j'en suis - qui ont refusé le pouvoir personnel incarné par De Gaulle.
Depuis 1968, il en est - j'en suis - qui pensent qu'en démocratie le peuple seul fait l'histoire.
Depuis 1969, il en est - j'en suis - qui ont vu dans le départ de De Gaulle la fin de la Ve République.
Depuis lors, il en est - j'en suis - qui ont pensé que De Gaulle, démissionnaire, avait été cohérent.
Depuis lors, l'invention de la cohabitation a permis qu'un Chef de l'État, désavoué, reste au pouvoir.
Depuis lors, le régime des partis, fustigé par de Gaulle, s'est emparé de la République.
Depuis lors, l'alternance a permis que deux familles politiques se partagent les pouvoirs en France.

Il fallait qu'un jour, l'usure et la perversité de cette complicité de fait deviennent insupportables.
Sortir d'institutions obsolètes est une urgence pour la France et le temps est venu de les abroger.
Mélenchon le propose même s'il doit, pour cela, quitter l'Élysée quand la Constituante en aura fini.
Je salue ce désintéressement et ce courage car le risque de l'échec n'est pas éliminable.

Je voterai donc pour qui veut en finir avec la fausse démocratie « républicaine »

2 – Je vote pour un candidat qui est le seul à pouvoir être élu sur un projet de la gauche réelle.
En 1981, il en est - j'en étais - qui pensaient que la gauche de gauche s'incarnait en Mitterrand.
En 1983, il en est - j'en étais - qui ont constaté que « les puissances d'argent » lui imposaient leur loi.
En 1997, il en est - j'en étais - qui ont pensé qu'il fallait redonner sa chance au le PS, avec Jospin.
En 2002, il en est - j'en étais - que le surgissement de l'extrême droite a désespéré.

La gauche fut l'espace politique des petits , des oubliés, des exploités, des pauvres, des « sans ».
La gauche fut, dès l'avant dernier siècle, la représentation du travail face au capital.
La gauche fut le lieu où se retrouvaient les divers partisans de l'égalité et du partage.
La gauche fut le camp de la paix, de l'internationalisme, de l'ouverture aux autres peuples.
Tout cela a été, de fait, abandonné par ceux qui n'étaient plus (formellement) que « la non droite ».

On ne remerciera jamais assez Mélenchon d'avoir redonné du contenu à une gauche en perdition.
Hamon a été abandonné par les siens car il cherchait à retrouver le chemin d'une gauche réelle.
Mélenchon reste seul pour tenter de continuer la tâche que le PS n'est plus capable d'exécuter.

Je voterai pour celui ( il n'est pas d'autre choix ), qui réinvente une gauche efficace et dynamique.

3 – Je vote pour un candidat qui lie les luttes contre les inégalités sociales et pour l'écologie.
Benoît Hamon a remporté la primaire socialiste en déclarant inséparables le social et l'écologique.
Son parti ne le lui a pas pardonné et le voici seul. Les électeurs voient qu'il a été trahi par les siens.
Dés lors, il ne bénéficie plus de la dynamique de la victoire et tous les sondages l'indiquent.
Mélenchon défend un projet social - écologique cohérent que toute la gauche rénovée peut accepter.

Je voterai donc pour celui, le seul, qui peut reprendre le flambeau tombé des mains de Hamon

4 – Je vote pour un candidat qui parle comme il pense avec un talent qui n'aura pas eu d'égal.
Il en est pour ricaner en laissant entendre que Mélenchon n'est qu'un tribun !
On ne s'exprime pas avec force, aisance et clarté sans une capacité intellectuelle hors du commun.
On peut s'opposer à lui, mais il n'est pas qu'un tribun ; c'est un homme de haute culture.
Qui l'écoute avec attention se rend compte vite que cet homme a quelque chose à dire.
On peut, certes, le contredire mais pas réduire ses propositions à je ne sais quel irréalisme !

Je voterai donc pour celui, le seul, qui a le niveau pour représenter la France et la faire évoluer.

5 – Je vote pour un candidat qui rassemble contre lui tous ceux qui veulent que rien ne change
Dès qu'il est apparu que Mélenchon était en position favorable, il a été critiqué vivement.
On croyait morte ce qui fut la gauche ; la voici qui renaît, hors parti et osant se dire insoumise !
Le monde de l'argent, celui des traditionalistes, celui des professionnels de la politique, s'insurgent.
Pour eux, changer la surface des choses ? Soit. En changer le fond, par la pratique ? Ah non !
Ce qui est visé, c'est moins Mélenchon que ce qu'il propose avec tant de conviction et d'arguments.

Je voterai donc pour celui, le seul, qui préconise les changements que refusent les nantis.

6 – Je vote pour un candidat qui connaît ses limites et sait ce que veut dire le mot « peuple ».
Mélenchon ne cache pas qu'à 65 ans, il va jeter ses forces dans une action des plus difficiles.
Seul, il échouerait. Quand il prononce le mot peuple, il reste dans la tradition française !
Il sait que ses soutiens sont dans tous un pays qui fourmille de compétences et d'énergies.
Taxer de populiste qui ose parler du peuple, c'est ne rien avoir compris à la démocratie elle-même.
La Constitution en appelle au « gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple ».
Faut-il supprimer cette maxime de la mère des lois ou faut-il, lui donner vie et sens ?

Je voterai donc pour celui, qui ne veut pas gouverner seul mais en s'appuyant sur le peuple.

Quel que soit le résultat, demain soir, nous serons engagés dans des temps nouveaux


vendredi 21 avril 2017

Une page va se tourner.


Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises 

Le point au 20 avril 2017. Note 43 à J-3
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser jusqu'au 6 mai l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents et présentés, depuis le 20 mars, sous le titre : « Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises » Chacun de ces textes peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


1 - Quelle sera la dernière surprise ? Nul ne le sait, mais il y en aura une, dès le 23 avril au soir.
Dans trois jours, 9 des 11 candidats auront été éliminés. Telle est la loi électorale. En 2002, Chirac, Le Pen père et Lionel Jospin se tenaient déjà « dans un mouchoir », en moins de quatre points ! L'élimination de Jospin, due à la bipolarisation obligatoire du scrutin, avait, mécaniquement, promu Chirac pourtant en bien mauvaise posture au premier tour. Allons nous nous retrouver, peut-être avec quatre candidats, dans une situation comparable, voire pire ?

Ces quatre candidats au coude à coude, en tout cas selon les sondages, sont : Fillon, Le Pen, Macron et Mélenchon. Il en restera deux. Suivrait, loin derrière, Hamon, qui ne peut plus, selon toute vraisemblance, être présent au second tour. Nous avons donc six configurations possibles (chaque candidat pouvant se voir opposer l'un de ses trois concurrents) : Le Pen-Fillon /, Le Pen-Macron/, Le Pen-Mélenchon/ Fillon-Macron//, Mélenchon-Fillon/ et Mélenchon-Macron.

Ces duels ne sont pas égaux. Deux candidats ne sont pas, à mon avis, « présentables » : les candidats de la droite extrême (Le Pen et Fillon) ne peuvent diriger la France. Sans parler des « casseroles » que l'un et l'autre tirent derrière eux, il est douteux que l'un, comme l'autre, soient adoubés par les électeurs. La candidate de l'extrême droite ultra nationaliste et le candidat de la droite extrémisée dominé par l'argent, ne sont pas estimables. Le scénario catastrophe, type 2002, serait, pourtant, que Fillon - et c'est sa meilleure chance - soit opposé à Le Pen. Il serait alors élu. Dans tous les cas de figure, si Marine Le Pen accédait, par malheur, au second tour, elle serait d'ailleurs battue.

Le duel Fillon-Macron, entre la droite hard et la droite soft, tournerait, selon moi, à l'avantage de Macron tant Fillon s'est déconsidéré.

Les seuls duels droite /gauche sont ceux où Mélenchon serait impliqué.

Devant Fillon, Mélenchon se retrouverait face à un adversaire déconsidéré mais habile, expérimenté et donc redoutable. La droite, sous toutes ses formes, veut, coûte que coûte, que se produise une alternance, quitte à fermer les yeux sur les frasques de son candidat maintenu. Le projet de Mélenchon n'étant pas celui du PS, il peut désarçonner le faux leader du camp des droites à peine réconciliées et masquant (assez mal) ses divergences. Son talent de débatteur ferait la différence.

Les deux candidats pouvant aussi être aux prises, (Mélenchon et Macron) donnent à espérer une autre façon de gouverner. Ils sont très différents et ont des projets sur bien des points opposés, mais les deux hommes, l'un comme l'autre, au cours de la campagne, sont apparus plus respectables. S'ils devaient être confrontés, au deuxième tour, nous aurions alors un débat de fond entre la droite reconstituée ayant mordu sur l'ex-gauche et la gauche repensée, rebaptisée et redynamisée, ce qui ouvrirait un nouvel espace politique. Cela signerait aussi la fin des partis traditionnels (« Républicains » et PS hollandiste).

Je ne fais pas mystère que la seule éventualité qui m'agrée est celle de la recomposition du paysage politique en France. Je doute que Macron, qui le voudrait, mais sur de bases libérales, puisse y parvenir. Je crois que Mélenchon est mieux armé intellectuellement, culturellement, et pratiquement en disposant d'une assise populaire, pour s'y engager, mais il aura bien des obstacles à surmonter !

En tout état de cause, nous en avons pour des années de remises en question et de recherches. On ne passe pas d'une période historique à une autre par la voie d'une élection même si elle ouvre des possibles.


2 - C'est l'intoxe finale ?

Le numéro de l'hebdomadaire le 1, en vente ce jour, titre : Les médias faussent-ils l'élection ? Quels médias ? Le mot est ambigu ! Les grands organes de presse propriétés des puissances d'argent ne sont pas à confondre avec et les « réseaux sociaux », eux-mêmes aux mains de très grandes entreprises, mais dont il est fait des usages très contradictoires, positifs et négatifs. L'information qui circule n'est pas celle d'il y a 30 ans. Plus que jamais, il faut une culture critique pour s'en servir et c'est là que le bât blesse : l'opinion est submergée par des informations voulues, pensées et diffusées pour influencer les jugements. Serions-nous des consommateurs d'idées comme on est consommateur de foie gras, de chocolat ou d'huitres ! On nous vend donc des candidats ou bien on les discrédite. C'est le marché qui nous enfume. À nous d'y résister.

Depuis que Mélenchon progresse dans les sondages, il est la cible de tous les bien pensants. Des journalistes connus s'emploient à le déconsidérer, non plus en révélant des faits (comme pour Fillon), mais en déformant, tronquant ou interprétant des paroles ou des textes concernant des sujets sensibles. C'est le cas des réserves exprimées à propos de l'Europe. On nous refait le coup de 2005 : quiconque n'accepte pas la politique européenne des marchands et des marchandises, et sa priorité à la privatisation, est soit un ennemi de l'Europe soit un allié objectif des nationalistes du type Front national (à moins que ce ne soit un retour du communisme dévastateur de l'économie!). Mélenchon est anti libéral et c'est insupportable au « monde de la finance » (que dénonçait clairement, Hollande, au Bourget, en 2012, avant de rentrer dans le rang). Il faut donc anéantir ce trublion qui ose promouvoir une France insoumise, avant qu'il ne soit trop tard. Ne pas voir le monde entier muter, c'est se satisfaire ou se contenter de l'ignorance et là est le risque électoral majeur.

Ce que révèlent les sondages d'opinion n'est pas non plus communiqué avec toutes les réserves scientifiques indispensables, à commencer par l'indication véritable des marges d'erreur. C'est un moyen de conditionner les électeurs de plus en plus apparent. Si, bientôt, les résultats ne recouvrent pas les annonces des sondages, alors on exposera que les abstentionnistes, sortis du bois, ont tout bousculé, tout changé, tout relativisé. Ce pourrait même être de leur faute si les pronostics ont été chamboulés. Ce sera, évidemment, faux. C'est confondre la cause et la responsabilité ! À vouloir faire d'abord de l'audience ou à force de rechercher le scoop qui fait vendre, on finit par manquer de rigueur. Il nous faut, dans les articles de presse ou sur internet, « lire entre les lignes » pour débusquer ce qui ne peut être totalement ignoré mais que l'on nous voile, à savoir que tout n'est pas écrit et que toutes les certitudes affichées pourraient bien être reléguées au magasin des antiquités.