mercredi 24 mai 2017

De la radicalisation et de ses causes.


Dans sa note du 23 mai, Jean Pierre Dacheux s'interroge dans ces termes : « Après ce qui s'est passé, hier soir, au terme d'un concert, à Manchester, il ne suffit plus de condamner les terroristes et leur opposer la force des armes ! Comprendre le terrorisme, si l'on veut l'éradiquer, est devenu une priorité prioritaire ».

C'est effectivement à cette réflexion capitale « comprendre le terrorisme » que nos édiles devraient consacrer leur rencontre au lieu de répondre par toujours plus de sécuritaire inutile : le risque zéro n'existant pas !

C'est beaucoup leur demander, tant ils sont convaincus que leurs choix de société sont les meilleurs et qu'ils ne génèrent pas de ressentiment, d'animosité, voir de haine.

Enfermés dans le syndrome TINA - il n'y a pas d'alternative - complices des lobbies industrio-financiers mondiaux, ils continuent aveuglement leurs politiques destructrices et suicidaires.

Pourtant, comme pour ceux des fomentateurs des drames de Charly Hebdo et du Bataclan, la personnalité et le parcours du « kamikaze » de Manchester devraient poser question. Dans l'état actuel des investigations, le jeune homme de 22 ans né en Grande Bretagne de parents d'origine libyenne avait commencé, puis abandonné des études de management à l'université, et semblait bien tranquille selon ses voisins.

Il s'est pourtant radicalisé !

Pourquoi ce changement ? il n'a pas eu lieu sans raison !

L'oligarchie de pouvoir, adoratrice de son veau d'or « l'argent », ne veut, surtout, pas imaginer que la société inégalitaire et injuste qu'elle produit puisse être en partie responsable de ces radicalisations. Partant du principe, gravé dans le marbre, que chacun est maître de la conduite de son existence, les néolibéraux au pouvoir affirment que ces « terroristes » sont seuls responsables de leurs actes sanglants : pas le gouffre des inégalités, pas les injustices, pas le chômage, pas les ghettos des banlieues, etc …

Il faut lire un petit livre1, par la taille, pas par son contenu, qui résume très bien la dérive mortifère de notre civilisation. La guerre que les riches mènent contre les peuples conduit vers le totalitarisme et la barbarie. Les profits escomptés sur le réchauffement climatique, l'élection de Donald Trump, la marchandisation du corps humain … sont disséqués par deux sociologues parfaits connaisseurs de notre société.

Même si Frank Fenner et Stephen Hawking considèrent qu'il est trop tard et que l'humanité court à sa perte, essayons tout de même de contraindre nos gouvernants à réagir avant qu'il ne soit réellement trop tard.

Il nous reste, prochainement, une échéance électorale pour tenter d'infléchir les choses.



1    Les prédateurs au pouvoir - main basse sur notre avenir – Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot – Editions Textuel

mardi 23 mai 2017

En marche vers la démocratie descendante


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 23 mai 2017. Note 68 À J-28.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Ce jour nous impose de mettre d'abord en évidence deux menaces qui interpellent tous les humains, mais qui ont été et restent peu ou mal abordées au cours des campagnes électorales qui se suivent, au cours de ce printemps 2017 :

1 • Après ce qui s'est passé, hier soir, au terme d'un concert, à Manchester, il ne suffit plus de condamner les terroristes et leur opposer la force des armes ! Comprendre le terrorisme, si l'on veut l'éradiquer, est devenu « une priorité prioritaire ». Nous y reviendrons par une note, prochainement. Relevons seulement la nouvelle stupidité proférée par Le Président des USA (en Arabie saoudite !) et accusant le seul Iran islamiste de financer le terrorisme !

2 • Moins immédiatement choquante, mais plus meurtrière encore, la boulimie énergétique, productiviste et consumériste mènent l'humanité à sa perte. L'homo sapiens pourrait disparaître d'ici cent ans estimait, dans une interview accordée au quotidien national The Australian, et publiée le 16 juin 2010, peu avant sa mort, à 95 ans, Frank Fenner, professeur émérite de microbiologie à l'Université nationale australienne,
Le célèbre astrophysicien Stephen Hawking considère, lui aussi, que la disparition de l'humanité devrait intervenir dans le siècle et que rien ne pourra y changer. Il avance, pour cela, plusieurs risques de portée planétaire : - une guerre nucléaire ; - une pandémie suite à l'apparition d'un virus génétiquement modifié ; - la domination de l'espèce humaine par l'intelligence artificielle ; - l'épuisement des ressources de la planète incapables de satisfaire une croissance démographique effrénée.
Ce n'est pas là du catastrophisme, c'est une probabilité dont des scientifiques en renom nous avertissent. Elle devrait nous mobiliser totalement pour tenter d'y échapper, mais, de cela n'ont cure, ceux qui, par leur inaction et à cause de leur cécité, nous conduisent vers l'abîme. Cette autre « priorité prioritaire » ne les habite pas car, sinon, il leur faudrait remettre en question notre système économico libéral. Ce qu'à Dieu ne plaise, pensent-ils !

3 • La vérité politique tombe-t-elle du ciel ?
Nos institutions le permettent : toute la légitimité étant dans le Président d'une République verticale, le Chef du gouvernement a été désigné. Il propose, théoriquement, les noms des ministres au Président qui les nomme, s'il en est d'accord. Le Parlement n'aura pas, une fois élu, à confirmer ces nominations. Il ne peut qu'approuver la politique mise en œuvre ou s'y s'opposer, proposition de loi par proposition de loi... La démocratie à la française est bel et bien descendante. Elle a son siège au Château, le palais de l'Élysée. Mais de cela « la France des Lumières », « la France des Droits de l'homme », « la France du Front populaire en 1936 », « la France de la Libération en 1945 » y sont historiquement opposées. L'Ancien régime monarchique qu'il soit royal ou « républicain » a fait son temps et il va bien falloir l'abandonner. Une France « de droite », banalisée, camouflée ou pas derrière une présidence « et de droite et de gauche », est anachronique. Et en prendre conscience au plus vite constitue l'urgence démocratique du moment. Alors, que voyons-nous ?

• Nous voyons qu'une Assemblée nationale de 577 députés (c'est trop !) va s'installer pour 5 ans, jusqu'à la prochaine année d'élections présidentielle et législative associées, en 2022. On en vient à espérer qu'une dissolution de l'Assemblée nationale brise le rythme de ce calendrier infernal conçu pour faire des députés des « godillots » comme l'on disait sous De Gaulle.

• Nous voyons que le Sénat est oublié. Et pourtant des élections sénatoriales auront lieu dès le dimanche 24 septembre 2017 afin de renouveler la moitié des membres de la Chambre dite haute. Ces élections permettront d'élire les 170 sénateurs de la « série 1 » qui comprend :
    - les sénateurs des départements dont le numéro est compris entre 37 (Indre-et-Loire) et 66 (Pyrénées-Orientales) ;
    - les sénateurs des départements d'Île-de-France ;
    - les sénateurs de certains territoires situés Outre-mer : Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle Calédonie
    - la moitié des douze sénateurs établis hors de la France métropolitaine
« Dans un système bicaméral, la chambre haute est généralement perçue comme la chambre de révision, censée vérifier voire tempérer les dispositions adoptées par la chambre basse » précise pudiquement Wikipedia.
Et encore : « Ce système a pour but de modérer l'action de la Chambre basse, élue au suffrage direct et représentant donc directement le peuple, en soumettant toutes ses décisions à l'examen de la Chambre haute, élue généralement au suffrage indirect et représentant souvent des départements, des régions ou des États ».
In fine, la chambre basse ( l'Assemblée nationale), celle du bas peuple, est bien sous la surveillance de la chambre haute (le Sénat), presque toujours conservatrice. De Gaulle a voulu toucher au Sénat : ce fut l'une des causes de son échec au référendum de 1969.
En bref, tout changement démocratique réel contraint à modifier le rôle et le mode de désignation des sénateurs représentant toutes les catégories de citoyens et dont la fonction ne devrait pas être législative mais de conseil de la République.

• Nous voyons que le mode de scrutin en vigueur pour les prochaines législatives ferme les portes de l'Assemblée nationale aux représentants des petites familles politiques ou des partis dits extrémistes.
    • Avec 12,5% des inscrits au moins pour pouvoir être candidat au second tour décisif, il faut obtenir un nombre de suffrages par rapport aux exprimés qui dépend et de la participation et de l'importance des votes blancs et nuls. Ainsi, avec moins de votants (c'est souvent le cas après les présidentielles), mais aussi avec de 10 à 20 candidats par circonscription, ou plus, les candidats promus pour figurer au second tour doivent atteindre autour de 20% des suffrages exprimés.
    • Ce système électoral ramène à deux (le plus souvent), à trois (parfois), à quatre (exceptionnellement) le nombre de candidats restant en lice.
    • Le cas particulier du Front national est à considérer. Ce parti, non interdit, est éliminé, en général au second tour, par le rejet concerté des candidats qui sont en concurrence avec lui, ce qui rend manifeste la contradiction suivante : faute de proportionnelle les voix qui se sont portées sur le FN, fussent-elles très nombreuses, sont souvent perdues et, comme on l'a vu lors des élections régionales, la représentation d'un parti légitime est érodée non par les urnes mais par la réglementation électorale. Le risque qui s'ensuit est évidemment d'encourager les électeurs frustrés à soutenir un parti antidémocratique. Les élections de 1986, à la proportionnelle n'avait pas permis au Front national d'atteindre 10% des suffrages et ne lui avait donné qu'un groupe de 35 députés. Tôt ou tard, il faudra
    • soit écarter le FN des scrutins soit lui consentir la représentation que les citoyens veulent lui accorder.
    • Les partis trotskistes, aux scores faibles, n'ont aucun représentant à l'Assemblée Nationale. Ils en sont réduits à se manifester aux présidentielles et dans la rue. Là encore, il faudra bien trouver les moyens d'expression pour ces minorités qui ne sont pas exclues de la vie politique du pays.
• Nous voyons que le concept de majorité fluctue et que les abstentionnistes et les bulletins blancs, voire certains bulletins nuls font désormais partie de l'expression politique des citoyens.
    • Le candidat Macron est loin d'avoir obtenu le vote d'un électeur sur deux. 66,1% des suffrages exprimés ( dont nombre de votes anti-FN) ne pèsent que 43,61% des inscrits.
    • Les abstentions (25 44%) auront pesé au second tour plus que le vote Le Pen (22,36%) toujours par rapport aux inscrits.
    • À quoi s'ajoutent les blancs (6,35%) et nuls (2,24%), en tout 8,59%.
    • Les suffrages exprimés ne représente que les deux tiers des inscrits ( 65,97%).
    • Les enseignements à retirer de ces données n'ont guère fait l'objet de commentaires. Nous estimons, au contraire qu'il y a beaucoup à dire et que ces résultats posent de vraies questions pour les législatives.
      # La première est que tous les votes favorables à Emmanuel Macron ne se reporteront pas nécessairement sur les candidats de La République en Marche.
      # La seconde est que tous les abstentionnistes volontaires conservent des raisons politiques de ne pas se rendre aux urnes. Avec la baisse habituelle du taux de participation aux législatives, cela peut représenter encore une abstention forte qui pèsera sur les résultats.
      # La troisième est que les quatre millions de bulletins blancs et nuls ont été déposés par des électeurs qui ont compris que cette expression devient influente quand elle est médiatisée. Que vont-ils faire ? Pour une part s'exprimer à gauche et en priorité pour La France insoumise, mais d'autres, déçus par le résultat final, peuvent soit rejoindre l'abstention soit réitérer leur rejet de l'offre qui leur est faite, en votant blanc.
      # la quatrième, et non la moindre, est que, de toute façon, la représentation parlementaire allait être bouleversée ? Seuls 361 députés ont choisi d’être candidats à leur propre succession. Plus de 37 % des députés ne se représentent pas aux législatives. 216 circonscriptions seront donc renouvelées, notamment à cause de l’application de la loi sur la limitation (Loi n° 2000-295 du 5 avril 2000 relative à la limitation du cumul des mandats électoraux et des fonctions électives et à leurs conditions d'exercice ) et le non-cumul des mandats (Les lois promulguées le 14 février 2014, une loi organique concernant les députés et sénateurs et une loi ordinaire pour les députés européens interdisent le cumul de fonctions exécutives locales avec un mandat de parlementaire ou de représentant au Parlement européen).
      Le cumul d’un mandat de parlementaire et d’un mandat exécutif local, qui concernait 45% des députés et 48% des sénateurs en 2012, est interdit à compter des élections législatives de juin prochain, des élections sénatoriales de septembre 2017 et des élections européennes de 2019.

Ce à quoi on pourrait raisonnablement s'attendre.
Si les législatives devaient refléter les élections présidentielles, de nouvelles surprises pourraient surgir. À défaut de pouvoir les prévoir, on peut effectuer des suppositions assez vraisemblables. Le 18 juin, nous jugerons de la distance entre ces éventualités et les réalités.Ne faut-il pas s'attendre à :
      * Un recul net du PS et plus faible du PCF (relativement à leurs effectifs actuels).
      * Un recul diversifié des candidats membres des Républicains et du CDI, en rapport avec leurs origines partidaires, leurs positionnements locaux et leur ralliement au Président. (C'est dans cette famille politique que l'on peut trouver le plus de résultats contradictoires et surprenants).
* Une entrée importante des députés de La République en Marche.intégrant des ralliés PS et Républicains.
    * Une entrée forte de députés de La France insoumise et d'alliés d'une gauche de gauche ayant soutenu le candidat Mélenchon
(Du rapport des forces entre ces deux entrées, aux poids respectifs imprévisibles à ce jour, dépendra la suite du quinquennat).
      * Une entrée modeste de députés du FN qui ne sera pas à la hauteur de leurs espérances.
      * Quelques députés écologistes pris en étau entre la petite minorité socialiste « hamoniste » et la nouvelle représentation social-écologiste de La France insoumise.
      * Une poignée de personnalités inclassables mais fortement implantées.

La raison et l'information ne donnent pourtant pas toutes les clefs du scrutin à venir et il ne faut pas exclure aussi des phénomènes imprévisibles tout à fait dans le mouvement d'élections jusqu'ici à nulles autres pareilles. Un raz de marée peut tout modifier. Au contraire, la résignation, le dégoût, ou le désintérêt peuvent faire exploser l'abstention et le vote blanc. Il suffirait aussi qu'une partie des 10 638 475 de voix d'électeurs de Marine le Pen se déportent vers d'autres choix que le FN afin de manifester leur colère, leur déception, en troublant le jeu électoral, pour que les législatives deviennent incompréhensibles, voire déclencheuses d'agitations et de complications politiques encore une fois inattendues mais dont la plus probable serait « l'ingérabilité » de l'Assemblée !

Nous ne voulons surtout pas annoncer la suite des événements ! Nous pensons que rien ne sera joué le 18 juin au soir et qu'il ne faut pas s'attendre seulement à « un cinquième tour social » si, par exemple, on veut passer en force et réformer le droit du travail par ordonnances. De nombreuses autres questions tout aussi graves ont été posées. Elles concernent nos institutions, la pratique de la démocratie permanente, la paix, la sécurité environnementale, les inégalités que côtoient les Français, les injustices sociales...etc. N'y pas répondre engendrerait des mécontentements dont on ignore la forme mais qui ne seront pas jugulables par la contrainte. Ouvrir les yeux sur notre sort commun de Français, d'Européens et de Terriens permettrait de chercher et de trouver ensemble des réponses. C'est l'enjeu, que les candidats aux législatives devraient porter d'abord.

On en est très loin !


dimanche 21 mai 2017

Tous les candidats aux législatives sont désormais connus


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 20 mai 2017. Note 67 À J-30.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Dans 12 jours s'effacera ce mois de mai durant lequel nous avons vécu l'élection du 8e Président de La République française, depuis 1965. Dans 23 jours, s'ouvrira le 1er tour des élections législatives dont tout peut dépendre encore. Deux questions vont se poser, dès à présent : le renouvellement (considérable) du personnel, au sein de l'Assemblée nationale va-t-il, ou non, permettre au président de la République de réussir, dans 30 jours, le 18 juin au soir, son audacieux pari : tout changer pour ne rien changer sur l'essentiel, afin d'obtenir une majorité de gouvernement aux ordres, d'une part, ou bien, si changement il y a, s'effectuera-t-il non au profit du gouvernement mais à celui d'une opposition, (et laquelle ?), d'autre part.

Il est temps d'explorer cette double hypothèse.

1 – Emmanuel Macron a bousculé la structuration politique de la France. Est-ce positif ?

S'agit-il vraiment d'un heureux bouleversement à mettre à l'actif du seul candidat Macron ? Indiscutablement, Emmanuel Macron a compris que le rapport gauche-droite, tel qu'il était compris et pratiqué, nuisait à l'union des libéraux. Une fois candidat, il a joué la carte du dépassement du clivage droite gauche. Mais pas n'importe quelle gauche ni n'importe quelle droite ! Il s'agit de la gauche convertie au libéralisme économique incarnée par Hollande, Valls, Collomb, Le Foll et d'autres, d'une part ; et il s'agit de la droite cultivée, capable de surmonter ses sectarismes et pouvant comprendre qu'elle est à tous les coups gagnante si elle contribue à l'alliance des centres droit et gauche, d'autre part.

François Bayrou l'a vite compris et s'est engouffré dans l'espace politique ainsi ouvert. Il a pu, alors, apporter le petit complément électoral qui suffisait au candidat Macron pour l'emporter au premier tour, fut-ce sur le fil. Derrière François Fillon, la droite traditionnelle et parlementaire s'est faite hara-kiri. De son côté, le PS, s'est chargé lui-même de l'élimination du représentant dûment validé des socialistes méritant ce nom. Dans ces conditions, pour Marine le Pen, face à Emmanuel Macron, soutenu par toutes les droites composant la droite libérale reconstituée, la lutte était inégale. Fin de la première partie.

C'est le président Macron qui a pris le relais en engageant tout de suite son projet : le chef du gouvernement « désigné », Édouard Philippe, maire LR du Havre, un proche de Jupé , a reçu la mission, sous le contrôle du Chef unique de l'État, de mettre en place une équipe de libéraux, compatibles entre eux, d'où qu'ils viennent, en respectant des équilibres numériques et non idéologiques. Ce faisant, il a tué ce qui restait de la gauche au sein d'un PS écartelé entre les ralliés à Emmanuel Macron et les fidèles à la candidature légitime de Benoît Hamon. Il a, « en même temps », jeté la droite dite « républicaine » dans des contradictions et des doutes qui vont l'affaiblir durablement. L'objectif était bien de constituer une majorité libérale, une grande coalition à la Merkel, capable d'écarter les indociles de l'ex-droite parlementaire et chargée de couper « les deux bouts » de la représentation parlementaire, qualifiés d'extrémistes et de populistes, à savoir le FN et les Insoumis. Mais tout calcul savant a sa faille : la défaite cinglante de Marine Le Pen n'a pas supprimé les causes de la montée de l'électorat frontiste, autarcique, nationaliste et désespéré. Même si les législatives ne peuvent qu'être défavorables au FN, à la peine, rien ne garantit que le Sphinx brun ne renaîtra pas de ses cendres puisque ce qui a généré son succès subsiste ! Quant aux Insoumis, ils incarnent, désormais, presque à eux seuls, une gauche véritable, encore plus difficile à résorber et à maîtriser que les « Frontistes ».
En clair, pour des raisons qui tiennent à elles-mêmes autant qu'à la percée de Macron, la droite PS et le droite « républicaine » se disloquent. Nous n'allons pas pleurer sur leur sort. Emmanuel Macron n'est pas à l'origine de cette déstructuration politique mais il en aura été l'occasion attendue impatiemment par les plus intelligents des oligarques.


2 – Quelles majorités peuvent émerger de cet océan de contradictions tumultueuses ? Il y en a quatre au moins : la majorité absolue pour La France en marche, la majorité absolue pour « Les Républicains », la majorité absolue pour La France insoumise et un certain nombre d'alliés, et plus probablement, une majorité composite aux formes variables mais bien axée à droite.

Précisons :

La majorité absolue pour La France en marche serait la majorité présidentielle, stricto sensu.
La majorité absolue pour « Les Républicains » serait une majorité d'opposition et de compromis.
La majorité absolue pour La France insoumise et des alliés serait une majorité de cohabitation.
La ou les majorités composites, en réalité de coalition, seraient à géométrie variable mais axée(s) à droite.
Sans oublier l'hypothèse supplémentaire d'une majorité ingérable conduisant à une dissolution.

Jusqu'alors, la logique présidentielle menait vers des majorités de consensus, sauf accident de parcours durant le mandat présidentiel, ce qui arriva. La cohabitation politique désigne la situation de coexistence du Chef de l'État (le Président de la république) et d'un chef de gouvernement (le Premier ministre) pouvant s'appuyer sur une majorité parlementaire politiquement opposée au Président en exercice.

Trois périodes de cohabitation ont eu lieu sous la Ve République :

  • 1986-1988 : François Mitterrand, Président, et Jacques Chirac, Premier ministre ;
  • 1993-1995 : François Mitterrand, Président, et Édouard Balladur, Premier ministre ;
  • 1997-2002 : Jacques Chirac, Président, et Lionel Jospin, Premier ministre.

Depuis 2002, le passage de 7 ans à 5 ans de la durée du mandat du Président de la République et l'organisation des élections présidentielles et législatives à quelques semaines d'intervalle ont été conçus pour réduire la probabilité de survenue d'une cohabitation, mais elle n'est pas impossible.

Dans le contexte politique actuel, l'examen des rapports de forces envisageables, compte tenu des résultats de l'élection présidentielle et du mode de scrutin majoritaire, conduit à retenir les hypothèses suivantes :

• Hypothèse 1 - Le Président Macron est maître à bord et les minorités parlementaires seront privées de pouvoir réels. ( Les « Républicains » ayant le choix entre le soutien ou la marginalisation ; le PS étant réduit à la portion congrue ou/et devant, lui aussi, s'aligner ; le Front national subissant le même sort qu'aux élections régionales et n'ayant qu'un faible groupe parlementaire à sa disposition ; enfin la France Insoumise, seule opposition organisée, qui en sera réduite à préparer activement l'avenir).

• Hypothèse 2 - Le Président Macron est sans majorité suffisante et se trouve amené à rechercher des « majorité d'idées » où les différentes constituantes libérales (En Marche, « républicaines » et ex-socialistes) joueront un rôle non négligeable. La gauche nouvelle devra alors, autour du pôle de la France insoumise, travailler à proposer une politique inédite ayant un caractère écologique et social très affirmé.

• Hypothèse 3 – Le gouvernement est mis en minorité et s'ouvre, alors, une période conflictuelle dont on ne peut prédire l'issue (cohabitation « à la Jospin » ou dissolution avec nouvelles élections.)

L'incertitude demeure donc. Les surprises restent probables. Le mécontentement populaire ne s'est pas éteint. Le désir d'un changement véritable (des institutions, des rapports entre États européens, dans le traitement prioritaire des risques climatiques et environnementaux, dans la lutte contre les inégalités toujours plus choquantes) ne cesse de croître. Quel effet va produire ce refus de continuer à vivre dans une insécurité sociale générale qui s'ajoute à la peur du terrorisme lui-même  et parfois la dépasse ? À la vérité, les plus informés l'ignorent et, notamment dans la jeunesse, le manque de perspectives d'avenir engendre une rancœur sourde et tenace.

Il ne suffira pas de tenter d'apaiser et d'agiter le miroir aux illusions. Le peuple (c'est-à dire ceux qui ne gèrent pas le quotidien mais le font) a besoin d'espérances fondées sur mieux que des mots.


samedi 20 mai 2017

La France que nous aimons n'est pas en marche.


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 19 mai 2017. Note 66 À J-31.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Le vieux monde veut remettre la Ve République en marche. Ce n'est pas notre attente  et c'est notre premier grief à l'encontre du nouveau gouvernement. Au moment même où commençait à s'exprimer, dans le pays, la prise de conscience de nombreux citoyens relative à l'obsolescence et la nocivité des institutions qui font de la France un modèle politique périmé, ne voilà-t-il pas qu'on nous ressort la monarchie républicaine satisfaisant les amateurs de spectacles politiques. Jeunes ou pas, les ministres et le Président n'en finissent pas de nous chanter de vieilles rengaines. Ils se trompent de siècle ! La France que nous aimons doit se rénover et ne plus se considérer comme une grande puissance au-dessus des autres !

1 - Le système électoral français est dépassé et il nous isole en Europe. Nous le constatons.
Il faudrait, nous dit-on, nous montrer plus européens ! Soit. Eh bien commençons, comme dans la plupart des pays voisins, par l'abandon de notre système électoral antidémocratique qui repose sur la désignation, pour les élections nationales, au suffrage universel, uninominal, majoritaire, à deux tours, du Président et des députés, avec élimination des candidats qui ne sont pas parvenus à se placer en tête.

– Car l'élection présidentielle guillotine tous les candidats autres que les deux premiers arrivés ! Au second tour, fussent-ils très proches les uns des autres par leurs résultats, trois (comme en 2002) ou quatre (comme en 2017) candidats ne sont pas tous habilités à concourir, en fait parce que l'on veut que le président soit élu à la majorité absolue et non relative. C'est d'ailleurs aussi pour cela que les bulletins blancs ne sont pas encore acceptés comme suffrages exprimés car ils pourraient priver le gagnant de cette majorité absolue (cela aurait été le cas en 2012...). La logique constitutionnelle dit, en quelque sorte, que le Président est un monarque « absolu ». On pourrait fixer un seuil en-deçà duquel on est exclu du second tour, mais cela ne suffit pas aux constitutionnalistes restés monarchistes.

Car les élections législatives fixent, un seuil minimal qui élimine tous les « petits candidats » ! À la différence de l'élection présidentielle, on peut retrouver, théoriquement, au second tour, trois voire quatre candidats, s'ils ont obtenu plus de 12,5% des inscrits. La bipolarisation n'en est pas moins effective parce que la participation étant souvent moindre qu'à la présidentielle (depuis que les législatives suivent immédiatement la présidentielles) il faut obtenir autour de 20% des votants pour rester dans la course. Moins il y a de votants plus il y a d'éliminés. En outre, comme le nombre de candidats est parfois important (dépassant fréquemment, dans certaines circonscriptions, le nombre de 12), il ne reste en piste, le plus souvent, que deux ou trois candidats.

• – Le scrutin proportionnel est le seul à pouvoir exprimer la diversité politique d'un pays. Le mode de scrutin français est donc le plus inégalitaire et le plus pervers qui soit. L'argument ressassé selon lequel la proportionnelle engendre l'instabilité ne résiste pas à l'examen. De grands pays y ont recours sans sombrer dans l'instabilité. Seuls la France et le Royaume-Uni n'ont pas de scrutin proportionnel en Europe (proportionnelle intégrale, le plus souvent, ou proportionnelle mixte, comme en Allemagne). Certains pays ajoutent, au vote proportionnel, le vote préférentiel (Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Italie, Belgique) pour éviter que tout ne soit pas déterminé par les seuls partis.

2 - Il nous faut sortir du vieux monde où Macron et son équipe voudraient nous maintenir

Que faut-il entendre par le vieux Monde ? Ce n'est pas ce qui est ancien qui est mauvais ! C'est ce qui refuse de voir la réalité qui s'annonce. Dans la note 62 nous faisions écho à un article d'Hervé Kempft dans Reporterre. Il y exposait que « M. Macron est un homme remarquable, appliquant les méthodes entrepreneuriales en vogue mais il n’en est pas moins porteur des idées du vieux monde. Le vieux monde ? Celui où l’on croit que la croissance reste le moteur de l’équilibre social, que la question écologique est secondaire, et qu’une société peut vivre sans désordre avec de fortes inégalités ». On ne saurait mieux dire : vouloir organiser une société de progrès et de croissance est un mythe occidental qui s'effondre et c'est pourquoi aucun compromis n'est possible avec ce monde-là. Le jeune président n'est pas, à cet égard, suivi par la majorité de la jeunesse française.

3 – Nicolas Hulot conserve la sympathie de beaucoup de Français mais que peut-il faire de décisif ?

Hervé Kempt, encore, écrit « Le paradoxe est que la marge de manœuvre du nouveau ministre ne dépendra pas tant de sa force de conviction que du poids qu’aura à l’Assemblée nationale le groupe de députés de… La France insoumise, dont le programme est bien plus en accord avec les idées de Nicolas Hulot que ceux d’En Marche, de Les Républicains, ou du Modem ». Il souhaite même « Bonne Chance » au Ministre d'État. Je n'ai pas cette grandeur d'âme. J'éprouve un sentiment d'abandon mais aussi de peur : abandon de tous ceux qui ont pensé que l'engagement de Nicolas Hulot était sans compromission possible, mais aussi peur de le voir contribuer, fut-ce à son corps défendant, à un affaiblissement supplémentaire de l'écologie politique en France.
On attend le premier clash, voire le départ de Nicolas Hulot qui manque d'appuis dans ce gouvernement, mais ce n'est pas tout : il est contradictoire qu'on soutienne Nicolas Hulot et qu'on combatte le gouvernement dont il fait partie. On trouve, dans la presse, l'expression de soutiens ambigus : « pourvu qu'il réussisse », suivi de « comment pourrait-il réussir ? ». Soyons réalistes et restons à notre place. Nicolas Hulot est dans une contradiction dont il ne pourra sortir qu'en s'éloignant d'un pouvoir qui le tient en otage.

4 - Il nous faut enfin commencer à dresser la liste des désaccords irréductibles avec la politique habile et subtile du Président Macron, mais, à l'évidence et en définitive, on le verra vite : désastreuse.
Nous avons déjà stigmatisé, quelques erreurs de direction, mais l'on ne peut s'en tenir là !
• La Ve République reste telle quelle et donc avec :
      • Sa présidentialisation du régime,
      • Le maintien d'un mode de scrutin inique,
      • Le changement de la constitution du 4 octobre 1958. Elle comprend 153 articles et a déjà été révisée depuis le 23 juillet 2008 par l'adjonction, sans toujours qu'on en respecte l'esprit :
        - des 17 articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789,
        - des 18 alinéas du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946,
        - ainsi que des 10 articles de la Charte de l'environnement de 2004. (Voir le Dalloz de 2016).
Mais nous avons d'autres raisons de dire non à une politique demeurée « hollandaise », notamment :

• La France reste un État nucléaire, civil et militaire, unique en Europe.
• La France reste l'un des cinq plus gros exportateurs mondiaux d’armes classiques.
• La France retarde, de fait, le développement, en son sein, des énergies renouvelables.
• La France se refuse à mieux accueillir un nombre suffisant de réfugiés entrant en Europe.
• La France pérennise l'état d'urgence sans rechercher les vraies causes du terrorisme.
• La France n'est pas en mesure de modifier sa politique carcérale inefficace et indigne.
• La France livre des des avions militaires sophistiqués à des États dictatoriaux.
• La France, gendarme en Afrique, y mène, dans cinq États, des guerres qui la font haïr.
• Etc …

La liste peut s'allonger. Nous devrons le faire et la compléter. Notamment pour souligner la part de notre pays dans l'aggravation des inégalités. Mais nous voulons, sans plus tarder, attirer l'attention, sur ce qui, entre autres, nous désolidarise de la France quant elle sombre dans ces politiques auxquelles de nombreux pays d'Europe ont su échapper. La France que nous aimons doit cesser de se penser, avec l'Allemagne, dominatrice dans une Union Européenne à repenser et si nous ne voulons pas qu'elle sombre.


jeudi 18 mai 2017

Mettre les pieds dans les plats au risque de les casser


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 18 mai 2017. Note 65 À J-32.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 - Il y a mieux à faire que de considérer des adversaires comme des mauvais et des méchants !
Le gouvernement Macron « tente » (le verbe est du premier Ministre, ce jour, sur France Inter) d'innover en politique. Ce qui est essayé constitue, en effet, une première. Inutile de le nier. Raison de plus pour dire et redire les motivations profondes de notre opposition non pas à des hommes mais à une politique clairement affichée comme « libérale » au double sens du terme : libertés civiles et liberté économique. À nos yeux, la liberté économique garantit la toute puissance des possédants sur les salariés et autres citoyens ne disposant pas du pouvoir de l'argent. Et les libertés tout court finissent toujours par en pâtir gravement. Le symbole représenté par Bruno Lemaire, nouveau ministre de l'économie le révèle sans ambiguïté. Ce gouvernement habilement constitué échouera, comme un beau bateau sur les écueils, parce que, tel quel, il ne peut affronter le réel, la situation planétaire que les hymnes au « progrès et à la croissance » ne vont pas rendre meilleure.

Nos adversaires n'ont pas à être regardés comme des mauvais ou des méchants, seulement comme d'irréductibles adversaires qui ne voient pas le monde comme nous, pire, qui ne voient pas le monde comme il est !

2 – Nicolas Hulot n'est pas « un vendu » mais il s'est vendu.
Hulot est la « grosse prise » de Macron. Il est la caution écologiste d'un gouvernement qui ne peut l'être. Il s'est engagé à entrer au gouvernement en échange de garanties dont nous ne connaitrons pas tout de suite le contenu. On peut raisonnablement penser que l'aéroport de ND des Landes est en tête de liste et devrait ne pas se réaliser, que l'accord de Paris, dit de la COP21, sera âprement défendu, que la transition énergétique passera en partie des textes à la réalité et que l'énergie nucléaire reculera (un peu !). Mais cela tient-il à un Ministère d'État ou à une évolution inéluctable, déjà engagée, et dont Macron a pris acte qu'on perdrait son temps à s'y opposer. Son réalisme, à l'allemande, (encore qu'Angela Merkel ait encore beaucoup d'avance), fait le reste. À court terme, il faut faire entrer la dynamique écologique dans le giron d'En Marche et ce avant même les législatives pour absorber ce qui reste d'EELV, comme a été siphonné le PS et, moins efficacement, « Les Républicains ».

Qu'Hulot soit devenu l'un de nos adversaires est douloureux, mais c'est ainsi...

3 - Jamais il n'a été aussi important d'employer à bon escient les mots gauche et droite.
Heure après heure, il nous est vendu, sur les ondes, qu'au sein du gouvernement se côtoient des ministres de gauche, de droite et de nulle part. Supercherie ! Collomb est autant à gauche que le pape est athée. Soyons clairs : quiconque fait partie du gouvernement Macron est passé au centre droit, c'est-à-dire au sein d'une droite apparemment moins agressive mais qui, in fine, est tout aussi nocive. Selon nous, ne sont encore « de gauche » (le temps qu'on la rebaptise d'un vocable moins ambigu et moins obsolète) que ceux des citoyens qui prennent, par conviction ou par obligation toutes les distances possibles avec la logique capitaliste de marché, y compris dans les isoloirs mais pas seulement.

Nous en faisons le constat, qu'il nous convienne ou non, en tout ou partie : il n'est plus actuellement, en France, de force de « gauche » pouvant encore peser, qu'au sein de la France insoumise. Les individualités et les partis marginalisés qui demeurent dans une opposition réelle, par volonté de contribuer à l'émancipation populaire, sont réduits à accompagner ceux qui, avec Jean-Luc Mélanchon vont tenter l'impossible en juin prochain. Il ne sert à rien de regretter cette contrainte. Nous l'avons, sinon voulu, provoqué. Repenser, réunir, reconfigurer une gauche malade et qui a perdu des repères permettant de l'identifier va se faire mais sur des bases sociales et écologiques à jamais indissociables que Hamon et Mélenchon auront été les seuls à tenter de proposer au pays. Cela suppose, comme disait Mitterrand à Épinay, « une rupture » (qu'il n'a pas faite), c'est-à-dire une prise de distance définitive avec le libéralisme économique qui asservit des populations entières.

4 - À défaut de pouvoir régler des comptes, faisons les :

A – Marine Le Pen n'a jamais été en capacité d'être Présidente de la République.
• On a dupé et désinformé l'opinion :
Il n'y a pas que les instituts de sondage qui savaient, dès avant le premier tour, que la barre des 50% des suffrages exprimés était trop haute pour que le FN puisse l'atteindre dans un scrutin à deux tours.
• Les trois candidats qui étaient en compétition avec elle l'auraient tous vaincue : François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et, bien entendu, comme on l'a vu, Emmanuel Macron. Le rapport final (66% / 34%) plus net encore que ce qu'annonçaient tous les sondages (60% / 40%) est éloquent : la menace fasciste n'existait pas.
• On n'a pas dit aux Français : « ne votez pas Marine Le Pen parce que...etc », on leur a dit : « votez Macron pour n'avoir pas Le Pen ». On a cultivé, ainsi, une peur. On a développé un chantage : si vous ne votez pas Macron, vous votez pour le fascisme qu'incarne la candidate du FN !
• Il y a donc eu manipulation de l'opinion et cette malhonnêteté politique se paiera.

B – Benoît Hamon n'a su ou pu riposter au sabotage de sa candidature.
• Quand il lui est apparu qu'il était trahi, le large vainqueur de la primaire ouverte ( de « la Belle alliance populaire » - sic -) est resté dans une logique de parti où il s'est retrouvé enfermé. Son message original et fort s'en est trouvé dévalué. Il est tombé dans un silence fâcheux et son apport s'est perdu. Cela a pesé lourd. Impossible de ne pas lui reprocher. Mais que peut-il faire à présent ?
• À ne pas s'être dégagé de l'emprise du PS, n'a-t-il pas fait perdre la gauche ? La question, hélas, vaut d'être posée ! Il avait fallu à Emmanuel Macron l'apport de François Bayrou pour passer en tête. Tous les candidats se sont retrouvés, in fine, dans la fourchette 19% / 24%. Avec ses 6%, Hamon pouvait, en se retirant, tenter d'envoyer Mélenchon au second tour avec Le Pen ou Macron. Il ne l'a pas fait. Nous saurons un jour ce qui l'en a empêché. Avec Le Pen, Mélenchon l'emportait et il serait à l'Élysée. Avec Macron, cela aurait été un débat d'une toute autre dimension. L'effet produit, en tout cas, par ce maintien inutile aura été désastreux et pas seulement pour l'issue du scrutin. Nous avions besoin de ce qui l'avait fait triompher lors de la primaire. Il risque de n'en rester rien.

C – l'antipathie vis à vis de Jean-Luc Mélenchon a-t-elle des causes politiques ?
• Indiscutablement Mélenchon fait peur. On craint son caractère autoritaire et autocentré. Cela vaut-il la méfiance dont l'entourent les médias ? Bien des leaders politiques sont mieux acceptés alors qu'ils présentent les mêmes défauts ou pire ! L'argument psychologique ne suffit pas à expliquer ce rejet.
• Mélenchon est rejeté à la fois parce que ses talents sont jalousés et parce que son positionnement politique inquiète les sociaux-libéraux. Il est, comme Bernie Sanders, comme Jeremy Corbyn, « trop à gauche » et donc dangereux. L'argument politicien est patent.
• Mélenchon est le seul porte-parole d'une force politique en mesure de contrarier le plan Macron, celui du rassemblement de tous les libéraux. Plus grave encore à leurs yeux : si La France Insoumise parvenait à empêcher ou à réduire sensiblement la majorité à laquelle Macron aspire, Mélenchon deviendrait un empêcheur de gouverner en rond. Il faut donc l'abattre en le déconsidérant avant qu'il ne nuise. L'argument politique, fut-il violent, l'emporte. Et c'est bien, selon nous, pourquoi il faut, pendant la période que nous traversons, apporter notre appui à celui qui peut aider les citoyens modestes à s'exprimer efficacement. Sinon, ce rôle sera dévolu au Front national !

D – Faut-il se réjouir de l'affaissement des partis de la gauche déconfite ?
Un parti vit et meurt. Inutile de pleurer ou de rire !

• Le PS, tel qu'il est, ne peut plus fonctionner sinon pour remplir trois fonctions :
        • rendre libéraux ceux qui ne l'étaient pas encore.
        • Briser les reins de ceux qui s'acharnent à vouloir rester socialistes.
        • Gérer les biens et les sièges qu'il possède toujours.
S'il devait être sévèrement puni par les électeurs en juin prochain, ce ne serait que justice, et peut-être, contradictoirement, sa dernière chance car il lui faudrait, avec les rescapés, tout rebâtir, si possible .

• Le PCF, sans référence internationale, après la chute de l'empire soviétique, n'est plus que l'ombre de lui-même. Ne demeurent que quelques bons acteurs de mandats locaux qui gèrent habilement le passé mais qui n'ont plus la capacité d'offrir un projet global au pays. Seul il n'est donc rien. La fin du PS actuel l'entraine dans la chute de la fausse gauche privée d'avenir.

• EELV s'est suicidé. Nul ne sait ce qui pourrait lui redonner vie ! Il faut dire que ce parti joue de malchance. Le choix de Benoît Hamon ne lui a rien apporté sinon de n'avoir pu, fait sans précédent depuis 1974, se présenter devant les électeurs pour ces présidentielles. L'effondrement du PS en plus du débauchage de Hulot n'augurent rien de bon pour les prochaines législatives en terme de sièges. On a aussi besoin d'une autre écologie. On ne la trouvera plus dans ce parti en pleine déconfiture.

• Le PRG est quasi inconnu ? De quel parti radical parle-t-on ? Ce grand parti de la troisième République, né en 1901, ne pèse plus que ce que le PS voulait bien lui reconnaître comme poids. Les ex-ministres de Hollande sont out. Jean-Michel Baylet ne sera plus qu'un patron de presse ; Sylvia Pinel, la présidente du PRG est sans influence comme on l'a vu au cours des primaires socialistes. Cette excroissance du PS n'a plus sa raison d'être.

Le tableau, (du reste incomplet si l'on veut y joindre les petites chapelles qui s'étiolent l'une après l'autre) n'est pas attractif et surtout, il n'est considéré que par des minorités d'électeurs. C'est ce constat qui n'est pas réjouissant. Une fois encore, ne subsiste que La France insoumise (qui a écrasé sous elle, à tort ou à raison, des composantes qui, du Front de Gauche au PCF lui rendaient difficile une autonomie et un développement véritables). Que va-t-il advenir de cette force montante ? Comment s'épanouira-t-elle encore quand Mélenchon se retirera ? Que d'inconnues !

Mieux vaut être au milieu du gué plutôt que d'être emporté par le courant, mais ce n'est pas confortable. Il va bien falloir regagner la rive, et bien sûr la rive gauche, celle où l'on retrouve nos semblables et pas ces maîtres qui pensent, décident et agissent pour nous. Nous préparer à ce qui va suivre est de la responsabilité de chacun. Nous entendons bien continuer à y apporter notre contribution modeste, ici même, jour après jour.