mercredi 18 janvier 2017

Des inégalités impossibles qui pourtant se développent


Ce que révèle le rapport OXFAM1, publié le 16 janvier 2017, c'est l'aggravation d'un scandale qui perdure et qui insulte l'humanité tout entière. Comment est-il possible, oui simplement possible, que « huit hommes détiennent autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes qui représentent la moitié la plus pauvre de l’humanité »2 ?
Ce n'est pas uniquement insupportable, inacceptable, indécent3, c'est inqualifiable et ce devrait être tout à fait impossible ! Quiconque l'accepte, voire en rêve, se place hors du monde des humains dans une tour d'exception qui sera, tôt ou tard, détruite, car c'est une réalité virtuelle et fausse.
Ne dit-on pas que « Les plus fortunés accumulent les richesses à un tel rythme que le premier super-milliardaire du monde pourrait voir son patrimoine dépasser le millier de milliards dans 25 ans à peine. Pour mettre ce chiffre en perspective, il faudrait débourser un million de dollars par jour, pendant 2 738 ans, pour dépenser ces 1 000 milliards de dollars ».  On voit bien que c'est, répétons-le, bel et bien impossible et plus encore destructeur de la vie en société !
Le capitalisme, «  La peste puis qu'il faut l'appeler par son nom4) a développé le culte du « toujours plus », du « sans limites », qui accepte et même encourage l'écrasement des plus démunis, comme si celui qui n'est pas au-dessus du lot ne méritait pas de vivre. Celui (ou celle, mais c'est bien plus rare !) qui ne se rend pas compte que trop posséder est criminel, devient aveugle, face à la réalité du monde et donc entre dans une zone d'inculture d'où tout peut être dévasté.

Le rapport Oxfam rappelle aussi que« Sept personnes sur dix vivent dans un pays où les inégalités se sont accentuées au cours des trente dernières années. Entre 1988 et 2011, les revenus des 10 % les plus pauvres ont augmenté de 65 dollars par an en moyenne, contre 11 800 dollars pour les 1 % les plus riches, soit 182 fois plus ». 

C'est cette priorité politique qui, déjà, motivait Stéphane Hessel quand il nous appelait à nous indigner, et pas, comme certains l'ont cru, à seulement protester, mais à nous soulever contre une injustice à nulle autre pareille. Ce nouveau constat, en 2017, d'inégalités sans égales, doit fonder tous nos choix, à commencer, en ces temps électoraux, par des engagements dans la cité (par les urnes, et/ou sans elles), afin de contribuer, par des prises de positions publiques, à ré-abolir les privilèges qui se sont réinstallés comme en ces temps point si anciens où régnaient les monarques absolus.
______

1 - Ce rapport intitulé « Une économie au service des 99% » peut être retrouvé sur internet : https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population
2 - Les huit personnes les plus riches du monde (tous de sexe masculin), sont, en ordre décroissant de leur patrimoine net :
  1. Bill Gates : américain, fondateur de Microsoft (patrimoine de 75 000 000 000 USD, soit plus de 70 milliards d'euros) ;
  2. Amancio Ortega : espagnol, fondateur d’Inditex (patrimoine de 67 000 000 000 USD soit plus de 63 milliards d'euros) ;
  3. Warren Buffet : américain, PDG et premier actionnaire de Berkshire Hathaway (patrimoine de 60 800 000 000 USD, soit 57,35milliards d'euros) ;)
  4. Carlos Slim Helu : mexicain, propriétaire de Grupo Carso (patrimoine de 50 000 000 000 USD soit près de 47 milliards d'euros) ;
  5. Jeff Bezos : américain, fondateur, président et directeur général d’Amazon (patrimoine de 45 200 000 000 USD soit près de 42,5 milliards d'euros) ;
  6. Mark Zuckerberg : américain, président, directeur général et cofondateur de Facebook (patrimoine de
     44 600 000 000 USD soit près de 42 milliards d'euros) ;
  7. Larry Ellison : américain, cofondateur et PDG d’Oracle (patrimoine de 43 600 000 000 USD soit près de 41 milliards d'euros) ;
  8. Michael Bloomberg : américain, fondateur, propriétaire et PDG de Bloomberg LP (patrimoine de 40 000 000 000 USD soit environ 37,6 milliards d'euros) ;
Les calculs d’Oxfam se fondent sur les données fournies par le Credit Suisse dans son Global Wealth Databook 2016. Le patrimoine des plus grandes fortunes du monde a été calculé à l’aide du classement des milliardaires publié par le magazine Forbes en mars 2016.
3 - Pour Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, « il est indécent que tant de richesses soient détenues par si peu de monde, quand une personne sur dix survit avec moins de 2 dollars par jour. Les inégalités enferment des centaines de millions de personnes dans la pauvreté, fracturent nos sociétés et affaiblissent la démocratie. »
4 - Voila qui fait penser Aux animaux malades de la peste, de Jean de la Fontaine, quand la royauté absolue écrasait le peuple. Serion-npus revenus en un temps où :
« ...la Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) …/...,
Faisait aux animaux la guerre. » ?

lundi 16 janvier 2017

Avec ou sans primaires. Note complémentaire (5)

Vers le scrutin présidentiel des 23 avril et 7 mai 2017

Le point au 16 janvier 2017

par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui viennent, analyser l'évolution de la situation politique au cours de la campagne électorale qui s'est ouverte. Le présent texte, daté et modifiable, contredit sans doute, parfois, par les événements qui s'écoulent, servira d'outil pour effectuer cette activité politique chronologique.

Note complémentaire du 16 janvier 2017 : Le second débat organisé par « La belle alliance populaire », regroupant quatre candidats PS, une candidate PRG et deux écologistes proches du PS, dans le cadre des primaires dites « Primaires citoyennes », ce 15 janvier 2016, a permis aux sept concurrents qui s'y sont engagés de s'exprimer avec plus de dynamisme et de clarté qu'au cours du débat du 12 Janvier. Toutefois, aucun des principaux compétiteurs n'a pris le dessus de façon irréversible.



En fait, trois des concurrents ne peuvent l'emporter : Sylvie Pinel, François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias. Sylvie Pinel défend la politique du gouvernement dont elle faisait partie mais sa parole manque de vigueur et Manuel Vals, en « assumant » son bilan est meilleur porte-parole qu'elle. Jean-Luc Bennnahmias, avec plus de force que la fois précédente, a pu, de fait, sur les sujets qu'il maîtrise (et notamment, le diésel, le nucléaire civil et la légalisation du cannabis) soutenir, la position de Benoît Hamon. De même, François de Rugy, avec aisance, a réussi, très librement lui aussi, à refuser la perpétuation du nucléaire civil.


Restent donc les quatre champions venus du PS qui divergent sur des points essentiels. Arnaud Montebourg est un socialiste nationaliste et productiviste tourné vers le passé. Vincent Peillon est un socialiste traditionnel, Européen convaincu, qui défend son parti et ne propose rien de très neuf si ce n'est la proportionnelle intégrale et le passage à la 6ème République, ce qui n'est tout de même pas rien. Manuel Vals est un libéral teinté de socialisme, autoritaire et habile orateur mais qui porte le fardeau du quinquennat raté à la place de François Hollande ? Quant à Benoît Hamon, peut-être le seul socialiste de gauche, devenu un écologiste convaincu et ayant un projet cohérent qu'il expose avec brio. il est solide mais seul.

Que va-t-il se passer ? Vals et Hamon semblent les mieux placés et s'ils s'affrontent, ce sera le choc des « deux gauches inconciliables ». De même, si demeurent, le 22 au soir, Vals et Montebourg, il y aura quelques éclats : « on ne met pas deux crocodiles mâles dans le même marigot ». Une confrontation Montebourg / Peillon est improbable ; si elle a lieu, l'Europe sera au centre de leur désaccord. Enfin si Hamon débat avec Montebourg ou Peillon, c'est l'écologie qui les opposera.

Attendons, donc, le 19 janvier, pour constater si tout est déjà dit ou pas. Celui qui l'emportera, le 29 janvier, aura la responsabilité de tenter de réunir tous ceux qui se réclament de « la gauche », pourtant en miettes. Vals ne le peut. Ceux qui veulent réunir Mélenchon et Macron ne rapprocheront pas l'eau et le feu. Une seule hypothèse est politiquement crédible car leurs projets sont voisins : constituer une force commune entre Jadot, Hamon et Mélenchon. Éviter Fillon ou Le Pen l'exigerait, Mais ce serait un miracle, tant les égos sont déjà engagés...

 

samedi 14 janvier 2017

Avec ou sans primaires. Note complémentaire (4)

Vers le scrutin présidentiel des 23 avril et 7 mai 2017

Le point au 14 janvier 2017

par Jean-Pierre Dacheux


Nous voulons, au cours des mois qui viennent, analyser l'évolution de la situation politique au cours de la campagne électorale qui s'est ouverte. Le présent texte, daté et modifiable, contredit sans doute, parfois, par les événements qui s'écoulent, servira d'outil pour effectuer cette activité politique chronologique.


Note complémentaire du 13 janvier 2017 : Le premier débat de la primaire organisé par le PS aura été de faible impact mais a entr'ouvert l'espace d'une vaste confrontation d'idées.


Le 12 janvier 2017, à 21h. (!), sur TF1, les sept concurrents de la première des trois émissions organisées avant le 22 janvier n'ont pas vraiment confronté leurs politiques. Ils veillaient à ne pas se voir accusés de briser la fragile unité de leur camp et ils sont donc restés sereins tout en avançant, cependant, quelques propositions leur servant, dès à présent, de marqueurs. Ils avaient d'abord besoin de se faire mieux connaître ou re-connaître, mais il leur faudra, dès le 15 janvier prochain, aller plus avant ! 


S'il en était autrement dès le second débat, ils courraient trois risques : ne pas mobiliser (une faible participation serait un fiasco politique), laisser le champ libre aux candidats hors primaires (Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron occupent la gauche et la droite du même champ politique qu'eux), ne pas se distinguer assez nettement les uns des autres (ce qui ne donnerait à aucun d'eux, et surtout au vainqueur, l'autorité susceptible de lui permettre de rechercher l'unité interne au PS - et externe au sein de toute la gauche -).


Qu'avons-nous donc appris que ces candidats ne pourront plus renier ? 

• Que la sortie de la Vème République est voulue par trois des concurrents principaux de Manuel Vals, (B. Hamon, V. Peillon et A. Montebourg) ; 

• que le choix du mode de scrutin proportionnel est devenu une exigence démocratique (rappelée par les mêmes, plus F. De Rugy et J-L Bennahmias) ; 
• que le bilan du quinquennat Hollande n'est assumé, avec précautions que par M. Vals et S. Pinel, et - timidement - par V. Peillon ; 
• qu'aucun n'ose pourtant, critiquer l'action du gouvernement face aux attentats terroristes, en ce qui concerne le renforcement des moyens de l'armée, de la police et des services de renseignements - y compris s'il faut recourir à des assassinats ciblés - (comme l'a révélé François Hollande lui-même !) ; 
• que la politique étrangère et les interventions en Afrique ne sont, du reste, guère contestées et nul ne s'est risqué à annoncer l'abandon par la France de la dissuasion nucléaire ;
• que le recours, au sein du Parlement, à l'article 49-3, largement utilisé par M. Vals (mais qu'il ne soutient plus !), reste soutenu par F. de Rugy, tout en demeurant critiqué par les autres candidats (car ils savent que c'est l'un de principaux points faibles du Premier ministre sortant, leur rival) ;
• qu'assurer la sécurité n'oblige pas à maintenir indéfiniment l'état d'urgence sauf pour M. Vals qui estime que c'est indispensable « tant que ce sera nécessaire »...
Quant à l'évocation de l'avenir politique de l'Europe, rien n'en a été dit encore, si ce n'est sous la forme d'un vif regret exprimé par V. Peillon qui soutient que l'avenir de la France en dépend.

B. Hamon est seul à défendre le revenu universel mais il a ouvert, par là, un large espace de débat économique qui n'est pas près de se refermer car, pour des raisons parfois contraires, l'approbation de cette préconisation est reprise par nombre d'économistes qui estiment que la croissance et le plein emploi ne peuvent plus être obtenus dans les sociétés occidentales. C'est du reste pourquoi l'écologie fait une percée dans les programmes politiques des candidats mais, de façon inattendue, bien plus dans la pensée de B. Hamon, que dans celle de J-L Bennhamias et même de F. de Rugy ! 
En résumé, on constate que la primaire, qui n'est ni celle de la gauche tout entière, ni celle du PS, bien seul, et divisé autant que diminué, ne présente qu'un seul avantage : engager des confrontations d'idées qui demeureront, longtemps après la clôture du temps électoral.

La révélation principale de ce premier débat est, enfin, que la machine à unifier puis à gagner du PS semble brisée, après la succession d'échecs électoraux déjà survenus au cours du quinquennat de François Hollande. En dépit des talents des débatteurs, cet outil politique, "le parti de gauche", pourrait bien, sauf sursaut que rien ne laisse actuellement présager, se trouver rangé pour longtemps, voire pour toujours, au fond du magasin des souvenirs historiques.

 

dimanche 8 janvier 2017

Avec ou sans primaires. Note complémentaire (3)

Vers le scrutin présidentiel des 23 avril et 7 mai 2017

Le point au 8 janvier 2017
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui viennent, analyser l'évolution de la situation politique au cours de la campagne électorale qui s'est ouverte. Le présent texte, daté et modifiable, contredit sans doute, parfois, par les événements qui s'écoulent, servira d'outil pour effectuer cette activité politique chronologique.


Note complémentaire du 4 janvier 2017 : Les candidats et les électeurs qui sortent du bois

La trêve de Noël est passée. "Le petit Jésus" a quitté sa crèche. Sa mère fuit, poursuivie par les soldats d'Hérode. Tout redevient "normal" : les pauvres ne sont plus loués et les innocents sont massacrés. En 2017, on peut, en France, mourir de froid et, en Syrie, les gosses  meurent toujours sous les bombes et pas  seulement à Alep ! Que disent du monde où nous vivons ceux qui prétendent se faire désigner, au cours des primaires PS (pas de la gauche, ni même socialistes)
Deux sont sortis du bois pour présenter leur programme, hier, 3 janvier : Manuel Vals et Vincent Peillon. C'est bien ainsi car ce sont les seuls candidats qui soutiennent (plus ou moins vigoureusement) l'action menée par le Président qui s'est sorti lui-même de la compétition électorale. L'un, comme Premier Ministre, a collaboré à la mise en œuvre des décisions du Président Hollande : c'est le candidat du bilan. L'autre a puisé, en partie, son inspiration dans les propositions du candidat Hollande de 2012 qu'il voudrait, lui, appliquer. Peu ou prou, il ne veut pas faire autre chose que François Hollande, mais mieux : c'est le candidat héritier. Pendant ce temps Montebourg se nationalise de plus en plus, Hamon s'écologise franchement et les trois autres se marginalisent inévitablement. Tout, à ce jour reste incertain.
Et ne voila-t-il pas que surgit une candidate de 42 ans, née, sur internet d'une consultation hors partis, au nom étonnant : Charlotte Marchandise, élue de Rennes, jamais "encartée" et que 32685 votants ont désignée, sur internet, dans une consultation hors partis, organisée par un ingénieur et un avocat ayant créé LaPrimaire.org. Cet engagement difficile aura du mal à obtenir le parrainage de 500 élus. Elle est toutefois, à rapprocher de toutes les initiatives qui expriment la volonté d'aller à la rencontre des nombreux Français qui ne croient plus en la politique. Est-ce ainsi qu'il faut comprendre les inscriptions, semble-t-il massives sur les listes électorales (notamment à Paris) ?


• Note complémentaire du 8 janvier 2017 : Tous écolos (ou presque).

Il y eut peu de place pour l'écologie dans la Primaire de la droite (et du Centre ? - où est-il passé ! -), si ce n'est par la voix, timide, de Nathalie Kosciusko-Morizet tentant l'impossible : rapprocher écologie et capitalisme. Son courage n'a guère été payé de retour : l'électorat de droite (du moins celui qui a voté) l'a éliminée. Curieusement, ce rejet est utile car la droite et l'écologie ne peuvent se réunir. Excellente leçon...

Dans la Primaire PS (puisqu'il faut bien l'appeler par son nom), trois candidats sur sept vont se réclamer de l'écologie politique ou de la politique écologique (ce n'est pas exactement la même chose). Jean-Luc Bennahmias et François de Rugy dont les voix ne porteront pas loin et, surtout, Benoît Hamon dont la conversion écologiste récente, spectaculaire et fortement pensée, va, ou non, lui permettre d'apporter du neuf et un soutien électoral inattendu à sa candidature interne. Vals, Montebourg et Peillon restent, à cet égard, sur la touche.

À gauche encore, hors de la Primaire PS, Jean-Luc Mélenchon a effectué et depuis plus longtemps, le même virage écologique que Benoît Hamon, mais hors partis ("La France Insoumise" est un mouvement, pas un parti, même si le PCF y a sa place).

Yannick Jadot, en dépit de ses compétences, va souffrir du déficit de son parti (EELV). Seul Nicolas Hulot aurait pu le revivifier, mais, en se refusant, derechef, à lier l'écologie à un parti (ce en quoi son retrait est prémonitoire) il va conserver une liberté de parole qui va porter dans l'opinion publique.

C'est le moment qu'a choisi (et bien choisi !) Hervé Kempf pour faire paraître, en ce tout début d'année 2017, un livre court (un peu plus de cent pages) qui analyse avec précision, l'évolution, depuis les années 1970, de la prise de conscience écologique dans le monde entier. Sa thèse est sans ambiguïté : pour éviter la catastrophe, qui a commencé à se manifester (et bien plus qu'il n'est dit !), n'attendons pas de solutions de "la classe dirigeante la plus stupide de l'histoire", c'est aux peuples d'assurer leur survie. Il est grand temps et c'est possible.
( Nous reviendrons sur ce livre important* dans un blog nouveau).

* Hervé Kempf, Tout est prêt pour que tout empire, Le Seuil, 2017, 15€

mercredi 4 janvier 2017

Laïcité 2017


La laïcité, telle qu'elle a été pensée, depuis plus d'un siècle, est anticléricale1, pas antireligieuse2 mais bel et bien anticléricale. Elle fut et reste une lutte contre la domination des clercs dans la vie publique. Il faut relever que cette domination se fondait sur le fait de la prééminence du catholicisme, en France, dans la société monarchiste puis restauratrice après la Révolution. À la fin du XIXème siècle, le protestantisme et le judaïsme, minoritaires, ont vu, dans la laïcité, une protection contre ce pouvoir de l'Église sur les institutions scolaire, sanitaire, judiciaire... et la disparition du crucifix dans les établissements publics a marqué ce passage à une société nouvelle où les citoyens n'avaient plus à se soumettre aux contraintes sociologiques qui, depuis des siècles, étaient imposées par la religion majoritaire.

Ce qui a changé au cours du XXème siècle, progressivement, en France, c'est la découverte de la pluralité des sociétés à l'occasion des voyages facilités par l'amélioration des moyens de transport. La religion catholique a cessé d'être majoritaire et a dû admettre que la laïcité, qu'elle avait tant combattue, lui était devenue une protection. Un des effets de la colonisation a été la migration de populations africaines vers le pays colonisateur, avec leurs modes de vie alimentaire, vestimentaire, linguistique et religieux. Ainsi l'Islam est-il devenu la seconde religion pratiquée non seulement par des immigrés mais aussi par des Français. La France est plurielle, plus que jamais, au grand dam des citoyens nostalgiques d'une unité identitaire et nationale devenue impossible.

La laïcité, dans ce contexte, a subi aussi une transformation de son contenu idéologique. D'aucuns ont cru que cette spécificité française avait fait son temps alors, qu'au contraire, elle devenait le lien citoyen entre des populations aux cultures non monolithiques. La laïcité est, à présent, un moyen de vivre dans la fraternité que la devise républicaine, inscrite dans notre Constitution, a installé comme une valeur politique commune. La laïcité non seulement n'est pas antireligieuse mais elle n'a même plus besoin d'être anticléricale3. Elle a cessé d'être contre les églises et, de façon positive, elle est devenue la mise en œuvre du respect d'autrui, pas de tout ce qu'autrui pense, mais de ce qu'est autrui lui-même. La reconnaissance de l'altérité du peuple français et de la richesse qui en résulte fait désormais partie de la démocratie « à la française » qui peut, à présent, sortir de nos frontières, en Europe et au-delà, sans porter les idéaux républicains « à la pointe des baïonnettes » et sans risque de sectarisme, d'intolérance ou de dogmatisme politiques.

S'accepter différents, renoncer à tout prosélytisme et à toute ambition missionnaire est partagé, de nos jours, par nombre de nos concitoyens. La laïcité 2017 fonde une culture ouverte qui abandonne la prétention de posséder la vérité, ce qui n'interdit pas, au contraire, de la rechercher. Les fléaux du totalitarisme absolu et de l'européocentrisme conquérant, dont le XXème siècle a révélé les épouvantables dangers, ne sont pas derrière nous mais nous savons mieux comment y faire face. Cela va plus loin que la seule tolérance car cela suppose une humilité intellectuelle qui ne peut que croître au fur et à mesure que s'élargit, rapidement, l'étendue de nos savoirs sur la démesure du ciel et la complexité du vivant sur Terre, « l'infiniment grand et l'infiniment petit » eut dit Pascal4.

La laïcité 2017 n'est ni scientiste ni croyante, elle est la quête sans fin de l'art de vivre ensemble. Elle garantit la liberté de conscience et donc la liberté de penser et de s'exprimer. Elle prolonge les acquis antérieurs qui déjà protégeaient les citoyens contre les risques d'avoir à se soumettre à une doctrine ou à une religion d'État. Elle n'entre en conflit avec aucune vérité révélée car elle ne lui en oppose aucune. Elle veille seulement à ce que, ni violemment ni subrepticement, ne s'introduise un savoir officiel en la Cité. Les débats qui se sont faits jour, ces dernières années, visaient à faire reculer le droit à la pensée libre. Défendre le droit d'autrui à ne pas penser comme soi reste au cœur de la laïcité mais à la condition que celui qui conteste ce que d'autres pensent ou disent n'use pas de la force pour parvenir à les convaincre ou les faire taire. Il se placerait alors hors de la communauté civile.

1 Selon le Grand Robert, est anticlérical celui qui est opposé à l'influence et à l'intervention du clergé dans la vie publique.
Victor Hugo, qui avait des convictions religieuses, a été clairement anticlérical.
2 Est antireligieux celui qui est opposé à la religion elle-même, voire à toute religion.
Voltaire bien qu'antireligieux et anticlérical était déiste.
Jacques Prévert était antireligieux autant qu'anticlérical.
3 Anticléricalisme et antireligion se sont trouvés trop souvent confondus pour qu'il n'en subsiste aucune trace, aujourd'hui encore.
4 Blaise Pascal dans ses Pensées,sans pouvoir savoir, en dépit de son génie, ce que la science moderne nous enseigne, osait déjà écrire : « Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti ».

samedi 31 décembre 2016

L'échec du capitalisme.



Même si l'idée s'en répand chez certains économistes, il est irréaliste de penser que certains pays, parmi les plus libéraux, pourraient revenir au protectionnisme et reconsidérer leur vision de la mondialisation. C'est méconnaître le fait que, comme la respiration chez les êtres vivants, la libre circulation des capitaux est une exigence vitale pour le capitalisme.

La seule dimension nationale ne lui permet plus de se rentabiliser et il lui faut absolument conquérir de nouveaux marchés à l'échelle mondiale.

La concurrence farouche entre les continents, entre les nations, entre les entreprises a donné naissance à un capitalisme féroce qui oblige à une course effrénée aux gains de productivité.

Une croissance quasi nulle et les innovations permanentes ne permettent plus d'élever encore les gains de productivité même dopés par les progrès de la robotisation et de l'informatique.

C'est d'ailleurs la cause de la destruction du travail humain et il est illusoire de penser que l'industrie des services palliera ce phénomène. Cette industrie, qui ne crée pas de marchandises, ne crée pas non plus de valeur ou alors très peu.

Une autre piste s'effondre, celle du recours à l'écologie ; laisser croire qu'elle ouvrirait une nouvelle porte au capitalisme est une duperie car l'écologie est définitivement incompatible avec l'économie capitaliste et ce n'est pas le "greenwashing" ou Écoblanchiment, qui est une pratique consistant à tromper le consommateur par des arguments environnementaux le plus souvent fallacieux, qui changera quelque chose.

Croire que le capitalisme pourrait se réformer en s'ouvrant sur un monde plus humain et en se régulant lui-même est une chimère.

Survaloriser et accumuler l'argent alors que nous avons les moyens suffisants pour assurer le bien-être de toute l'humanité est d'une absurdité confondante.

JC Vitran – 31.12.16

vendredi 30 décembre 2016

Fraternité 2017


La fraternité revisitée à l'approche de l'an 2017.

L'année qui approche sera dure aux hommes de la Terre, n'en doutons pas !
Les risques en tous genres, électoraux, climatiques, écologiques, terroristes, etc, vont s'y multiplier.
La fraternité, la grande oubliée, aura du mal à y trouver sa place bien qu'elle nous soit essentielle.
Fraternité est le vocable qui tient la troisième place dans la devise de la République française.
Il n'y a, pourtant, aucune hiérarchie entre Liberté, Égalité et Fraternité.

La devise républicaine figure à l'article 2 de la Constitution de 1958.
Elle a été adoptée officiellement, une première fois, le 27 février 1848 par la Deuxième République.
La Troisième République ne l'a inscrite aux frontons des édifices publics qu'après le 14 juillet 1880.
Les mairies et même nombre d'églises affichent, de nos jours, ce message républicain.
Mais la signification politique de Fraternité a mis du temps à s'imposer et ce n'est pas terminé.

La fraternité englobe, associe et déborde la solidarité, l'hospitalité et la charité.
La solidarité rapproche, renforce et unifie ceux qui font face ensemble, en temps de malheur.
L'hospitalité est l'accueil de toute personne en détresse, notamment, et pas seulement les malades.
La charité est empathie, altruisme, philanthropie, secours et assistance, amour en un mot.
La fraternité, elle, est constante, publique et globale ; c'est un mode de vie sociale.

La fraternité ou, de son nom féminin, la sororité, est le sentiment d'appartenance à la même famille.
Il ne s'agit pas, toutefois, de la famille charnelle mais de la famille humaine dans toute son étendue.
À chacun de savoir, de découvrir et de comprendre jusqu'où s'étend cette proximité terrestre.
La patrie est la terre des pères et, cependant, elle limite souvent la fraternité plus qu'elle ne n'élargit.
La fraternité est universelle et fait, de tous les humains, femmes et hommes, un seul peuple.

Il a fallu beaucoup de temps, et il en faudra encore, pour que tous les Terriens se sachent frères.
Les religions créent, ou au contraire brisent, le lien de la fraternité.
Il n'est pas sûr que celui qui parle d' « enfants de Dieu » admette qu'alors nous soyons tous frères.
Dénoncer le mécréant, l'infidèle, l'impie, l'incroyant, c'est refuser d'être frère ou sœur d'autrui.
Dans une République laïque, si nul n'est banni, c'est une lutte quotidienne que de le faire prévaloir.

La laïcité a place dans la devise républicaine, sans s'y ajouter, car elle est en son cœur et la cimente.
Point de liberté de penser et d'agir là où domine une doctrine ou une religion d'État.
Point d'égalité si des discriminations hiérarchisent ou fragmentent le corps social.
Point de fraternité quand les divisions sont nourries par l'intolérance et le sectarisme.
La laïcité seule permet la confrontation des idées sans conduire à l'affrontement des personnes.

La fraternité, - et c'est pourquoi beaucoup s'en méfient -, est un cosmopolitisme pratique.
Car, vue du ciel par les cosmonautes, la Terre ne connaît pas de frontières.
Ce point de vue cosmique, voire cosmopolitique, fonde, physiquement, la fraternité terrestre.
Cette fraternité politique, et non sentimentale, est source permanente de paix.
La fraternité met la paix en marche, pas en mots, et tolère volontiers nos multi-appartenances.

La fraternité irrite ceux qui ne trouvent leur équilibre, leur sécurité, que dans les replis identitaires.
Car la fraternité écarte toutes les unifications hâtives et abusives dont le nationalisme.
Elle ne peut que s'ouvrir à qui cherche refuge.
Elle ne craint pas la diversité et tolère volontiers nos multi-appartenances.
La fraternité, la valeur, de fait, la plus battue en brèche est à remettre constamment en œuvres.


Jean-Pierre Dacheux