lundi 29 novembre 2010

Que sont les marchés ?

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Nous n'infligerons pas ici une leçon d'économie. Cela n'est pas, d'ailleurs, de notre compétence. Nous sommes, pourtant, tenus nous poser "la question du citoyen" !

Chaque jour, sur les médias, il est annoncé ce que pensent, disent, ou veulent "les marchés" ! Mais... que sont les marchés.

Qu'est-ce que cette abstraction concrète ? Quels sont, derrière ces "marchés", ces inconnus, sans doute fort connus, qui se cachent derrière un anonymat factice ? Quels noms mettre sous cette appellation dont chacun devine qu'elle représente l'autorité des maîtres de l'économie ?

On peut, certes, sans peine, comprendre que les grands chefs d'entreprises, le MEDEF, des responsables politiques (prêts à tout pour que le pouvoir réel ne leur échappe pas) ont une place dans ces marchés qui, à la différence du marché populaire où l'on achète ses carottes, ne sont accessibles qu'aux puissants et aux riches.

Mais enfin, comment avons-nous pu faire des personnages actifs de ces nuages obcurs chargés de foudre, ces "cumulus" où s'accumule la puissance des nantis, qui interviennent dans notre vie quotidienne, sans que jamais nous sachions réellement ce qu'ils sont, ni qui ils sont ?

Devant les marchés les États tremblent. De Gaulle affirmait que l'on ne fait pas la "la politique de la France à la corbeille" (à la Bourse), mais, aujourd'hui, on la mène à la baguette ! On a même inventé, depuis quelques années, des organismes de contrôle nouveaux, cousins des marchés, à moins que ce ne soient leurs jumeaux : les agences de notation.

L'économie mondiale est devenue une grande école, avec les bons et les mauvais élèves ! Les notes sont distribuées en fonction de la capacité à enrichir les actionnaires. Là où cela se passe mal, on tape sur les doigts de celui des États qui manque à ses devoirs et ne soumet pas le peuple assez vite, ou assez fortement, à la loi non écrite de l'acceptation du partage inégal. Quand les forces du travail résistent aux marchés qui détiennent le capital, on les sanctionne, et l'État trop tolérant, irresponsable donc, est "mal noté".

"Une agence de notation est une entreprise ou une institution chargée de la notation des collectivités (États…) ou des entreprises, selon certains critères définis par une réglementation ou par les acteurs de marché", lit-on sur Wikipedia. On en dit trop ou pas assez ! Pourquoi les États se laissent-ils noter ? Quelle est l'autorité politique d'un gouvernement dont les choix sont soumis à des jugements et à des juges qui n'ont aucun compte à rendre si ce n'est le compte des profits réalisés !

La Grèce puis l'Irlande, puis le Portugal, demain l'Espagne, l'Italie ou la France (ne parlons pas de la Hongrie ou de la Roumanie, ces cancres...) ont hérité du bonnet d'âne. On se demande si la classe tout entière ne va pas devoir retourner au cours préparatoire puisque les États ne savent pas lire et ne comprennent pas qu'il faut plus de rigueur pour qu'il y ait plus de... croissance !

On se demande si la vie n'est pas devenue un cauchemar où l'évidence est qu'il faut accepter le nouvel esclavage d'un maître d'autant plus fort et brutal qu'il ne se montre pas quand il frappe.

Les restos du Cœur ouvrent aujourd'hui; ils sont déjà débordés : les marchés n'ont aucun souci de la misère. La conférence de Cancun sur le climat commence aujourd'hui; il n'en sortira sans doute rien de mieux qu'à Copenhague, car il faudrait prendre des mesures qui déplairaient aux marchés. On vote en Haïti; pour rien, car le malheur, la concussion et la violence l'emporteront, avec l'accord des marchés (car on n'a cessé de faire des affaires en Haïti, au milieu des cadavres et du choléra!). On vote en Côte d'Ivoire mais, les comptes qui s'y règlent sont ceux du néocolonialisme économique et les rivaux ne se feront aucun cadeau. Arrêtons là : ce ne sont que des images de ce jour... La réalité, plus complexe, plus générale et plus fuyante, est pire. La planète tout entière souffre et plus encore ceux qui font leur chemin de vie à sa surface.

Le manifeste d'économistes atterrés (5,50€), après le tout petit livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous (3€) nous supplient de ne pas nous laisser enfoncer dans la résignation. Ce sont d'ultimes cris d'espoir. Notre sort n'est pas, quoi qu'il y paraisse, dans les mains des marchés et de leurs valets, il est dans les nôtres.

Créons l'agence de notation du peuple souverain.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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mercredi 24 novembre 2010

Sauver les banques ou les Irlandais ?

Nous n'hésitons pas à reprendre, ici, un communiqué d'ATTAC.

Ce qui se passe, en effet, en Irlande, est révélateur d'une impasse dans laquelle le libéralisme entraine toute l'Europe !
Non seulement nous ne sommes pas sortis de la crise mais elle se noue !
Nous pensions, nous pensons encore, qu'il s'agit non d'une crise mais d'une mutation.
Mais nous constatons qu'à la mutation (le changement de société qui s'opère) s'ajoute, désormais, la ou les crise(s) (le dysfonctionnement brutal du système).
C'était à prévoir ! Les désordres économiques, financiers, écologiques, sociaux, s'additionnent car ce qui s'est passé, en 2008, n'a connu aucune réponse autre que : "on continue comme avant".
Il ne s'agit plus seulement de sauver les banques, il s'agit d'étrangler les peuples pour ne rien changer au mode de vivre des nantis. c'est intenable.
Nous allons vers des révoltes multiples.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

L’Irlande faisait figure, pour les marchés financiers, de bon élève de la zone euro, illustrant le triomphe d’une politique ultralibérale, basée sur des impôts réduits, des excédents budgétaires, ainsi que sur un secteur financier débridé. Pourtant le « tigre celtique » a fini par payer le prix de ses « vertus ». Après l’éclatement de la bulle de spéculation immobilière, les banques irlandaises se sont rapidement retrouvées au bord de la faillite.

Le gouvernement est alors passé à la caisse, et les excédents budgétaires se sont transformé en gouffre : 32% de déficit en 2010. Plus dure sera la chute, non pour les banques mais pour le peuple irlandais. En effet le plan de « sauvetage » lancé par l’Union européenne et le FMI vise avant tout à sauver les banques… étrangères, surtout allemandes, britanniques, françaises, italiennes,
qui avaient prêté massivement aux banques irlandaises pour profiter du « miracle irlandais ».

En contrepartie des sommes débloquées pour refinancer le secteur bancaire, le peuple irlandais doit pour la seconde fois remettre le couvert de l’« austérité », de manière encore plus drastique : au programme, plus de 100.000 suppressions d’emplois publics, des coupes dans les allocations chômage et familiales, ainsi qu’une réduction du salaire minimum.

Des mesures d’autant plus drastiques que le gouvernement refuse d’envisager toute augmentation de la fiscalité sur les sociétés (12,5% contre 33% en France) Google, Microsoft et Intel, largement implantés en Irlande, l’avaient d’ailleurs menacé de représailles en cas contraire.

Injuste, cette politique d’austérité est de surcroit absurde, puisqu’elle aggrave la hausse du chômage et assèche la demande intérieure. Ainsi l’agence de notation financière Moody’s a-t-elle indiqué qu’elle allait probablement abaisser « de plusieurs crans » la note souveraine de l’Irlande, en raison des incertitudes économiques nourries par les nouvelles mesures d’austérité... prises pour « rassurer les marchés » !

Les actionnaires des banques irlandaises et européennes doivent payer le prix de leurs erreurs, pas les salariés et contribuables. Pour éponger leurs pertes, la BNP, la Société Générale, Deutsche Bank, HSBC... doivent immédiatement geler tout versement de dividendes.

Aujourd’hui, combattre cette politique globale d’austérité, et avancer de véritables alternatives en rupture avec le modèle néolibéral sont des enjeux essentiels. En Grèce, en France, en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne, maintenant en Irlande, un processus de mobilisations populaires de grande ampleur est engagé dans la durée. Attac France, avec les Attac d’Europe et le mouvement social européen, y contribuera dans toute la mesure du possible.

A ce titre, Attac France sera présente samedi 27 novembre à 15h devant le siège de l’Union européenne à Paris, en solidarité avec les manifestations qui se dérouleront en Irlande au même moment.

Attac France,
Paris, le 24 novembre 2010
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http://www.france.attac.org/spip.php?article11925 

lundi 15 novembre 2010

Monarchie ou partidocratie : c'est la même chose, la monocratie !

Retour à l'État RPR ? Mais en sommes-nous jamais sorti ?


De Gaulle, qui fustigeait le "régime des partis", a eu besoin du sien pour asseoir son pouvoir personnel. Tout au long de la Vème République, les pseudos gaullistes n'ont pas affaibli les partis mais renforcé le leur. Au reste, les seuls partis qui étaient visés étaient ceux qui, sous la IIIème et IVème République, exerçaient leur pouvoir dans le cadre parlementaire. Ce qui était en question, et qui l'est toujours, c'est la présidentialisation du régime politique français. tant qu'on n'en sortira pas la même cause engendrera les mêmes effets : un Chef incontesté dirigeant un parti à sa botte (dans le passé on disait parti-godillot).

Le remaniement ministériel n'aurait aucun intérêt s'il ne faisait pas apparaitre en quoi le Roi est nu ! Exit l'ouverture à "gauche". Exit l'ouverture "au Centre". Exit le ministre des affaires : Woerth, qui ne pourra même plus servir de fusible. Exit la diversité colorée de la belle Rama Yade. Exit la fausse rebelle Fadela Amara. Exit le Ministère de Intégration et de l'identité nationale tout entier... Tout est resserré autour des fidèles du petit prince. Juppé revient : il a faim de pouvoir et le temps lui est compté. Etc... UMP ou RPR, c'est tout un : c'est le retour aux formules qui gagnent, à la centralisation du pouvoir non plus seulement autour d'un homme, mais autour d'un clan. On rentre dans les clous de la Vème République. L'Élysée vaut bien une "grand'messe gaullienne".

Il faut à l'équipe factieuse qui dirige le pays depuis des décennies quelques bouées de sauvetage. Si le pneu présidentiel actuel continue à faire du vent et donc à se dégonfler, on l'enverra au garage et on sortira soit Fillon, soit Juppé... L'élection de 2012, pour la droite de droite est en train de se jouer à présent. L'hyperprésident ressemble à la grenouille de La Fontaine qui a voulu se faire aussi grosse que le bœuf. Il risque d'en crever !

http://blogperso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/public/perso/la-fontaine-grenouille-boeuf.PNG

Impossible pourtant, constitutionnellement, de devenir un hypoprésident face à un hyper Premier ministre ! Dans les coulisses des "palais de la République", ceux qui les habitent vont aiguiser leurs couteaux. Il leur reste quelques mois pour faire illusion et faire émerger un personnage politique nouveau. Sera-ce le même, maquillé, relooké, encadré, ou un autre qui plairait davantage aux véritables maîtres de l'État : les banquiers et les grands entrepreneurs (car De Gaulle est politiquement mort et la politique de l'État se fait bel et bien à la corbeille...).

dimanche 14 novembre 2010

Indignez-vous !



“Indignez-vous” est un petit livre de 22 pages qui commence ainsi : "93 ans. C’est un peu la toute dernière étape. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de résistance…" et se termine ainsi : "CRÉER, C’EST RÉSISTER. RÉSISTER, C’EST CRÉER".

Pour Stéphane Hessel, "il nous appartient de veiller ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers” en ne cautionnant pas aujourd’hui "ce que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance" de 1944, qui prônait la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt particulier, une presse véritablement indépendante du Pouvoir et des puissances d’argent.

Pour Hessel, "le motif de la résistance, c’est l’indignation", et c’est pourquoi il propose "aux jeunes générations de faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et de ses idéaux" en leur disant "Prenez le relais, indignez-vous !" pour devenir "militant, fort et engagé". Pour Stéphane Hessel, "l’indifférence est la pire des attitudes", même si les raisons de s’indigner aujourd’hui peuvent paraitre moins nettes ou le monde trop complexe, en comparaison des combats qui furent les siens contre le nazisme, pour l’Algérie indépendante, ou contre le totalitarisme Stalinien. Pour Hessel aujourd’hui, deux grands combats méritent d’être menés : la réduction de l’écart de richesse entre les très pauvres et les très riches qui ne cesse d’augmenter, et les droits de l’homme et l’état de la planète.



Stéphane Hessel prône l’action en réseau en profitant de "tous les moyens modernes de communication". Mais l’indignation ultime d’Hessel restera la situation de la Palestine, de la bande de Gaza et de la Cisjordanie qu’il connait si bien, pour y avoir encore été l’an dernier. Il renvoie dos à dos Israël et le Hamas à leurs responsabilités, convaincu que la non-violence et la conciliation des cultures différentes est "le chemin que nous devons apprendre à suivre". Il nous faut comprendre que la violence "tourne le dos à l’espoir", et c’est pourquoi il appelle à "une insurrection pacifique" pour éviter que les risques qui nous menacent mettent "un terme à l’aventure humaine sur une planète qu’elle peut rendre inhabitable pour l’homme".

http://www.dailymotion.com/video/xb40jb_creer-c-est-resister-resister-c-es_news
http://www.nicolasbordas.fr/et-si-creer-cetait-resister

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

vendredi 12 novembre 2010

Si, il y a une alternative au capitalisme

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Nous n'avons qu'une Terre et ce n'est pas un marché !

En réponse au syndrome TINA - "il n’y a pas d’alternative" (au capitalisme !) – et à l’initiative de la Ligue des droits de l’Homme, plusieurs dizaines d’organisations, d’associations et de syndicats lancent un débat public sur la régression des droits et des libertés qu‘elles constatent dans notre société.

L’objectif du pacte citoyen pour les droits qu’elles ont signé (ci-dessous) est de proposer des alternatives à la politique d’échec des gouvernants de la société globale qui viennent à nouveau de nous offrir le spectacle de leur médiocrité lors de la réunion du G20 à Séoul.

« Résistances et changements » ne pouvait que se faire l’écho de cette initiative.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


Pacte citoyen pour les droits.



En tant qu’organisations associatives et syndicales, nous n’avons vocation ni à exercer le pouvoir ni à construire des programmes politiques. Il nous revient en revanche, en toute indépendance, de faire entendre la voix de la société civile ; d’interpeller ceux qui sollicitent les suffrages des citoyens. Car le débat public doit se développer pour construire des réponses claires, nouvelles, en phase avec les attentes et les revendications dont nous sommes porteurs, en phase avec l’intérêt général.

Les gouvernants tiennent leur légitimité du suffrage universel. Mais ils n’ont pas reçu mandat de remettre en cause les libertés, d’organiser la fragmentation sociale, de désigner des groupes sociaux entiers comme boucs émissaires de l’insécurité. Rien ne peut justifier qu’un nombre croissant de nos concitoyens se trouvent placés en situation d’illégalité pour vivre, de travailler dur pour se retrouver menacé par la pauvreté, d’être en situation de risque dès qu’il s’agit de défendre ses droits.

Or nos droits, nos libertés sont attaqués, fragilisés, remis en cause. Chaque jour un peu plus, la manière dont le pouvoir est exercé piétine les valeurs républicaines et menace l’effectivité de la démocratie. La mise en avant de crises bien réelles, écologiques, sociales, financières, ne saurait servir d’alibi à la régression des droits.

Nos organisations placent au coeur de l’éthique démocratique les libertés individuelles et collectives, le respect de l’égalité et l’effectivité des solidarités. C’est pourquoi nous considérons que le temps est venu de réagir et de construire un nouveau vivre ensemble, un nouveau contrat citoyen.

Il y a urgence.

Lorsque les pouvoirs sont concentrés à l’Elysée, les contre-pouvoirs indépendants affaiblis voire menacés de disparition (Défenseure des enfants, CNDS, Halde), le dialogue social bousculé voire réduit à une formalité, le mouvement associatif sommé de souscrire à une logique marchande d’appels d’offres, les collectivités territoriales menacées d’un retour de la tutelle (substitution d’office pour imposer la vidéosurveillance)… la démocratie est privée d’oxygène.

Avec la traque des sans papiers, le durcissement incessant des conditions d’accès au séjour, les tests ADN, la propagande nauséabonde sur le thème de l’« identité nationale » étatisée, les encouragements à la délation, le ciblage des « délinquants de la solidarité »… une véritable xénophobie d’Etat défigure la République.

Quand l’injustice fiscale augmente, quand les inégalités scolaires, territoriales, générationnelles s’accroissent sans cesse, quand les sacrifices demandés aux uns contrastent avec les privilèges affichés par les autres, se crée une situation invivable, lourde d’injustices et de périls. L’égalité est en jachère.

Le fichage de dizaines de millions de citoyens, les interconnexions qui se multiplient, la systématisation du recours à la vidéosurveillance, le développement des techniques de traçage tissent une société de la surveillance et du soupçon. La justice est soumise à des pressions croissantes ; les missions de la police sont dévoyées, instrumentalisées à des fins très éloignées de nos principes républicains. Bien trop éloignées… Les libertés sont en danger.

Par un jeu de « réformes » successives les services publics sont mis en pièces ; la fonction publique n’est évoquée qu’au travers de son « coût » ; la loi sur le logement social est impunément violée et les bases de notre pacte social sont livrées à un véritable travail de sape : protection sociale, retraites, cohésion territoriale sont en ligne de mire… Les solidarités sont à l’encan.

Il est temps de penser autrement, de faire autrement, d’ouvrir des perspectives nouvelles. Contre les prétendues fatalités, nous choisissons l’espoir.

Nous proposons aujourd’hui un « Pacte pour les droits et la citoyenneté »


Un tel pacte doit se construire dans le temps long du débat démocratique et sur une base solide et partagée. C’est pourquoi nous affirmons ensemble les orientations fondamentales suivantes :

  • La démocratie suppose la séparation des pouvoirs et le contrôle citoyen des gouvernants : nous demandons le respect des attributions constitutionnelles du Parlement, du gouvernement et des autorités juridictionnelles, des garanties d’indépendance réelle et de moyens d’action suffisants pour les Autorités indépendantes.

  • La vie privée et les libertés doivent être protégées contre l’envahissement du contrôle social et le risque d’une surveillance généralisée : nous demandons que le fichage généralisé et les interconnexions de fichiers soient proscrites, que la loi encadre les fichiers de police, que les technologies de surveillance, de fichage et de traçage soit sous contrôle effectif d’Autorités indépendantes.

  • La justice doit être indépendante et équitable, la police au service de la sûreté de tous : nous demandons la suppression des juridictions d’exception et des régimes d’exception dans la procédure pénale, le rétablissement de la spécificité de la justice des mineurs dans l’esprit de l’ordonnance de 1945 ; la garantie de l’indépendance de l’instruction pénale à l’égard du pouvoir politique, le respect de la jurisprudence européenne sur la garde à vue ; l’application des « règles pénitentiaires » du Conseil de l’Europe et la priorité aux alternatives à la prison ; la fin des contrôles au faciès, de l’emploi militarisé des forces de police, la sanction des violences policières et la création d’une police de proximité respectueuse des droits de tous les citoyens.

  • La République est fraternelle et égale : nous demandons la garantie de l’égalité face au racisme, au sexisme et aux discriminations ; l’interdiction de tout enregistrement dans les fichiers administratifs ou de gestion de données personnelles relatives aux « origines géographiques » ; l’engagement pour la « mixité des droits » et contre les inégalités de genres ; l’abrogation des lois xénophobes, la fin de la chasse aux sans papiers et le respect de l’« accueil inconditionnel » excluant tout « délit de solidarité ».

  • « Vivre ensemble » repose sur l’effectivité des droits sociaux, des solidarités : nous demandons que cesse la mise en concurrence de tous avec tous et que des « politiques de droit commun » assurent l’accès de tous aux droits de tous. Les services publics doivent être défendus et modernisés ; l’égalité devant l’impôt et les contributions sociales doit être rétablie ; l’Etat doit assumer sa responsabilité de garant des droits à l’éducation, au logement, aux soins et à la protection contre les risques sociaux. Le droit du travail doit pouvoir relever les défis de la précarité et de l’insécurité sociale ; la protection des salariés doit pouvoir s’appuyer sur une sécurisation des parcours professionnels, sur un véritable statut du travail salarié ; le syndicalisme doit pouvoir vivre et se développer, singulièrement dans les petites entreprises, sans avoir à craindre harcèlement, discriminations ni criminalisation du mouvement social.



Nos organisations expriment un vaste champ de préoccupations et d’expertises, chacune avec son identité et sa part propre de responsabilités. Elles le font dans les limites de leur personnalité et de leur mandat tout en partageant la démarche d’ensemble.

Cette convergence est au coeur de notre Pacte. Elle lui permet de faire vivre les valeurs dans lesquelles nos organisations se reconnaissent et qu’elles font vivre au quotidien. Pour lui donner un contenu concret, tangible et quotidien, aux orientations que nous partageons s’ajoutent des propositions concrètes que porteront plus particulièrement certaines de nos organisations.

Elles concerneront :
la démocratie
la protection de la vie privée et des données personnelles
les droits et libertés face à la justice, à la police et au système pénitentiaire
la lutte contre la xénophobie, le racisme, le sexisme et les discriminations
l’égalité sociale et les solidarités.

A travers ce pacte proposé à la société française, nos organisations revendiquent une conception du Politique qui place au coeur de l’éthique démocratique la garantie des libertés individuelles et collectives, la lutte contre les inégalités et la construction de nouvelles solidarités. C’est sur cette base qu’elles interpellent les responsables politiques et leur demandent de débattre et s’engager clairement. Afin d’éclairer les choix des citoyens.

Avec eux, avec tous, il nous revient de construire les réponses, nos réponses. L’avenir et l’espoir n’appartiennent à personne et ne sont pas écrits à l’avance.

Les choix qui sont devant nous sont l’affaire de tous. C’est à elles, à eux, à nous, tous ensemble qu’il revient de faire vivre le pacte passé entre la République et les citoyens.


Organisations rassemblées autour du « Pacte pour les droits et la citoyenneté » :

AC ! Agir contre le chômage et la précarité ; A.M.I-handicap ; Les Amoureux au ban public ; Association de promotion des cultures et du voyage (APCV) ; Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) ; Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) ; Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac) ; Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits (Catred) ; Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim) ; Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active (Céméa) ; Confédération générale du travail (CGT) ; Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) ; Comité Idaho (International Day Against Homophobia and Transphobia) ; Comité inter-mouvements auprès des évacués (Cimade) ; Confédération nationale du logement ; Confédération paysanne ; Confédération syndicale des familles (CSF) ; Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal) ; Coordination européenne pour le droit des étrangers à vivre en famille ; Droit au logement (Dal) ; Fédération des associations réflexion, action, prison, et justice (Farapej) ; Fédération des associations de solidarité avec les travailleur-euse-s immigré-e-s (Fasti) ; Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) ; Fédération française des motards en colère (FFMC) ; Fédérations des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) ; Fédération nationales des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) ; Fédération syndicale unitaire (FSU) ; France terre d’asile ; Fondation Copernic ; Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) ; Imaginons un réseau Internet solidaire (Iris) ; Ligue des droits de l’Homme (LDH) ; Ligue de l’enseignement ; Marches européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions ; La mutuelle des étudiants (LMDE) ; Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) ; Mouvement de la paix ; Syndicat national des enseignants du second degré (Snes-FSU) ; Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU) ; Observatoire international des prisons (OIP) ; Opération villages roumains France (OVR France) ; Le planning familial ; Syndicat national des journalistes (SNJ-CGT) ; Syndicat des avocats de France (Saf) ; Syndicat de la magistrature (SM) ; Terre des Hommes France ; Union juive française pour la paix (UJFP) ; Union nationale des étudiants de France (Unef) ; Union syndicale Solidaires ; Union nationale lycéenne (UNL)…

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jeudi 11 novembre 2010

Résister pour changer enfin


Michel Jobert (1921-2002)

"Je suis ailleurs" (ni à droite, ni à gauche), disait Michel Jobert, ancien ministre des Affaires étrangères des années 1970. "Ailleurs", c'est à dire nulle part ? Mais faut-il être quelque part, en politique, pour être ?

Nous ne sommes nulle part dans le camp de l'UMP et de ses groupuscules associés, aussi peu gaullistes que possible, bien entendu. Nous ne nous sommes jamais plongés dans les eaux tièdes des centrismes où l'on veut une chose et son contraire. Nous ne sommes pas dans les eaux mélangées d'un PS qui n'a plus rien de jaurèssien et qui s'est converti à l'économie de marché autant qu'à l'économie "avec marché". Nous avons oublié, depuis longtemps, un parti communiste qui ne s'est jamais remis de la fin de l'Union soviétique et qui n'a, comme raison d'être que le sauvetage des élus qui lui restent. Nous avons de la sympathie pour les idées écologistes mais pas pour les pratiques qui ont fait des Verts ou d'Europe écologie -ce sera bientôt tout un !- un parti comme les autres, ne faisant nullement, en dépit de ses proclamations, de la politique "autrement". Nous ne fréquentons pas les diverses chapelles qu'on a peine à appeler encore gauchistes et qui accueillent ces messieurs-je-sais-tout qui n'ont plus de la révolution que des idées toutes faites...

Il est pourtant bien des lieux où se pense la politique, en France, hors des partis. Un parti a pour tâche d'occuper la plus grande partie du terrain à conquérir afin que - c'est la règle du jeu "démocratie" -, il puisse, un temps, y faire la loi partout y compris sur les parcelles occupées par ses concurrents. Ce sont les troupes affrontées dans une guerre perpétuelle de plus en plus visiblement surannée. Le discours médiatique que tiennent les porte parole de ces petites ou grosses officines, petits chefs de guerre, est convenu, "téléphoné", trop visiblement mensonger pour convaincre les citoyens informés. Il n'est du reste pas fait pour convaincre mais pour vaincre.

Nous ne saurions en rester à l'antitoutisme... La critique des partis, à commencer par ceux qui entendent, jusqu'à la fin des temps, se partager le gâteau du pouvoir, n'a de sens que si on l'accompagne d'une offre démocratique nouvelle. La pérennité des partis, néfastes ou inutiles, tient à ce qu'ils remplissent un vide : vide de pensée et vide d'organisation. Et nous n'échappons pas, cette fois, à l'autocritique : nos pensées sont molles et notre organisation nulle, étroite ou floue.

Avec tous ceux, bien plus nombreux qu'on ne croit, qui se sont écartés des idées toutes faites et des organisations "y-a-qu'à", nous avons un défi à relever : celui de mettre au monde une démocratie jamais essayée, encore inconnue, dont nous connaissons les contours (partage réel, mandat unique, constitution déprésidentialisée, ouverture à l'Europe sans perte d'autonomie, responsabilisation citoyenne maximale, vie simple, fin de la nucléarisation civile et militaire, engagement sans retour dans une économie qui respecte la planète...) mais pas les contenus, car les têtes de chapitres ne font pas un livre. En outre, il ne suffit pas d'écrire un livre; il s'agit d'écrire une autre histoire.

Nous avons conscience de nos insuffisances en même temps que de l'utilité de notre ambition. Avec ou sans nous, les pages de l'histoire vont se tourner. Le monde actuel est devenu illisible voire risible. Et ce n'est pas le G20, ce club des riches, qui va y changer quelque chose ! À cette société installée dans des certitudes illusoires, nous savons bien que va succéder une nouvelle aventure humaine. Nous voudrions y participer avec modestie et compétence? Nous voudrions surtout que cela se fasse au moindre coût en vies humaines.


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Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 10 novembre 2010

Pour que le pays change, il faut que le PS casse ou passe

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Que ce soit le maire de Dijon ou celui de Pantin, la même attitude politique est à relever : il faut, pensent-ils, passer compromis avec le système politique et économique existant pour pouvoir gérer la cité efficacement.

Le maire de Dijon -bien connu pour ses positions anti-Rroms virulentes- a une conception de la sécurité aussi intransigeante que celle des leaders de droite et il n'est donc pas étonnant qu'il s'en prenne à l'attitude, selon lui, "irresponsable" du PS quand celui-ci propose un programme pas même socialiste mais simplement social.

Le Maire de Pantin, président de l'Agglomération Est-Ensemble, pèse de tout son poids pour que les 400 000 usagers des 9 communes concernées se retrouvent, de nouveau, via le SEDIF, liées par contrat avec Veolia ! L'affaire est grave : elle signifie que des élus PS, et sans doute, avec eux, quelques élus PC, intéressés, sont décidés à laisser le service public de l'eau sous délégation privée, alors que le choix d'une autre voie, la régie publique, est devenue possible avec l'aide d'Eau de Paris.

Il ne s'agit là que d'exemples. Il en est cent autres. À l'approche de l'élection présidentielle, et compte tenu de la vague rétrograde qui submerge le monde entier, deux politiques s'affrontent. L'une consiste à dire : adoucissons la gestion capitaliste inévitable que nous n'avons pas la possibilité de changer. L'autre affirme : appuyons nous sur le vaste mouvement social pour faire reculer le système économique et politique sensiblement, puisque nous n'avons pas les forces pour en changer. Adoucir ou faire reculer, mais pas changer, un choix minimal mais clair.

Rien donc de révolutionnaire dans les deux positions social-libérales, mais avec une grosse nuance : d'un côté, on "blairise"; de l'autre on mitterrandise". D'un côté, on fait alliance avec le capital, sans vergogne, pour avoir la place et, de l'autre on compte sur le soutien des forces populaires pour reconquérir le pouvoir, dont on verra bien, ensuite, ce qu'on peut en faire. Aucun changement institutionnel dans les cartons. On reste des partisans convaincus du régime présidentiel !

D'un côté, on rencontre : Strauss-Kahn, Valls, Rocard, Attali, Rebsamen, Hollande, ces doctes"réalistes". De l'autre : Aubry, Hamon, Fabius, moins sollicités par les médias, mais plus implantés dans le parti, et qui gardent la fibre sociale. Entre les deux, Ségolène Royal qui ira où le vent la porte.

Bien sûr, à présent que l'opération retraite semble close, il reste à Nicolas Sarkozy à faire agir les forces capables de casser davantage le mouvement syndical et, plus encore, le PS. L'ennui est qu'on peut l'espérer aussi...! D'un parti socialiste dont une large fraction n'est plus socialiste, flanquée d'une autre fraction qui l'est encore, mais si peu, qu'attendre de bon ? Rien de dynamique ne subsiste dans cet organisme résigné qui n'a d'autre objectif de choisir le vizir pouvant remplacer le vizir.

Dans les entreprises la colère monte. Le PS n'y a aucun relai. Aucun de ses députés n'est issu, à présent, des milieux populaires. La situation économique seule pourrait, de nouveau, modifier la donne et hâter les justes révisions qui s'annoncent mais que ni l'UMP ni le PS n'engageront.

Reste à s'appuyer sur les écologistes, tout aussi apeurés, d'ailleurs, que les autres partis face à l'urgence des mesures qu'imposera la conjoncture. Leurs probables succès relatifs ne correspondront donc qu'à un passage. Nous sommes engagés dans une voie où tous les partis peuvent être laminés par une vague populiste et réactionnaire porteuse des angoisses des Français.

Oui, il faut mettre fin aux illusions. Le PS en porte en lui qui le feront exploser, voire mourir. Comme le PCF, sorti du champ politique pour n'être plus guère qu'un club d'élus sans perspectives, le PS yant cessé d''être lui-même, va achever ou sa mue ou son suicide. Espérons encore en sa mue, mais l'espoir est bien mince ! Sa mort semble, plutôt, programmée.

Avouons-le : nous n'en pleurerons pas.



Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

vendredi 5 novembre 2010

Faire un pas de côté


Curieuse marelle, dont pour gagner, il faut sortir !

Qui ne connait ce jeu consistant à réunir, d'un seul trait, sans lever la plume, en une seule ligne brisée, de 4 segments au plus, les neuf points marquant les angles, les milieux des côtés et le centre d'une figure carrée ?

Les débutants s'y perdent ou plutôt s'y enferment, jusqu'à ce qu'il leur apparaisse que ce n'est possible qu'à condition de "sortir de l'épure".

Cette représentation du dépassement de l'impossible est symbolique.

Quand on ne pense qu'à l'intérieur d'un système on ne risque pas d'en sortir.

Pour échapper au conditionnement social, à la pesée de la doxa, il faut oser faire un pas de côté.

On ne saurait, sinon, changer de point de vue ! Ne pas échapper au formel, c'est s'obliger à réfléchir dans un espace limité, aux frontières infranchissables.

Rien n'est plus urgent que de chercher de nouvelles voies de passage hors des sentiers battus.

Nous sommes tous installés à l'intérieur de la figure close et parfaite : le carré. Pour parcourir, d'un seul regard, tous les repères par où faire passer la ligne de sa pensée, il faut, impérativement, se donner un repère supplémentaire, fictif et invisible, mais indispensable.

Ainsi en est-il, actuellement, de la conjoncture politique qu'on croit incontournable tant qu'on se refuse à faire le pas de côté, celui qui écarte de la marelle toute tracée, où se répètent, à l'infini, nos activités et nos discours.

Nous vivons dans un bain d'idées et de pratiques que nous croyons irremplaçables parce que nous n'en connaissons pas d'autres. Sans voiture particulière, sans publicité liée au marché, sans travail salarié, sans consommation croissante, sans téléphone portable, sans communication via internet, sans surveillance électronique, sans marques et modes, sans restauration rapide, sans alimentation carnée et variée toute l'année, sans festivités traditionnelles, sans vacances touristiques, sans compétitions sportives professionnelles, sans spectacles offerts par le showbiz, sans voyeurisme encouragé par des vedettes, bref sans un emploi de son temps rythmé par les officines qui nous conditionnent, nous ne savons que faire.

Les premières démocraties ne fonctionnaient, sur l'agora, que par ceux que les activités laborieuses n'empêchaient pas de penser la cité. Autrement dit, seuls des esprits libres pouvaient s'occuper de la vie politique. Qu'en est-il, à présent ?


Les élites survolent un monde qui échappe à leur immense savoir

Que vienne la mise en hypothèse de la représentation tirée au sort, portant sur des mandats uniques, limités dans le temps et l'espace, et l'on crie au déni de démocratie ! Ce serait pourtant un bon pas de côté à faire que celui qui consiste à ne jamais laisser l'activité politique se professionnaliser, se concentrer en les mains de spécialistes, d'élites fabriquées.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mercredi 3 novembre 2010

Mais qu'est-ce donc que la démocratie ?



La démocratie n'est pas une valeur sacrée. On use et on abuse d'un mot qui ne couvre pas la réalité de l'organisation politique de nos institutions. La démocratie est le contraire de la monarchie, de la monocratie ou de l'oligarchie. Qui peut dire que la France, dans ces conditions, même si elle en utilise les mots et les formes électorales et parlementaires, est une démocratie puisque son gouvernement est caricaturalement autocratique ?

La démocratie est une valeur relative. On ne cesse, pour se rassurer, de citer Churchill qui définissait la démocratie comme "le pire des systèmes politiques, sauf qu'il n'y en aurait pas de meilleur"... Là encore, il faut ouvrir les yeux : la démocratie, ramenée aux élections, fussent-elles sans fraude, peut s'autodétruire. C'est, au XIXe siècle, un référendum-plebiscite républicain qui abolit la seconde République en 1852, et conduisit au coup d'État instaurant un nouvel Empire napoléonien. C'est, au XXe siècle, en 1933, par une élection légitime qu'Hitler fut élu. Les élections, au XXIe siècle, aujourd'hui, dans nombre de pays africains, sont des caricatures (dont les pays coloniaux ont, d'ailleurs, semé les graines), et la toute dernière, celle de Côte d'Ivoire, n'échappera pas au coup de force, à la manipulation et au mensonge d'État.

La démocratie a perdu sa substance. Quand il n'y a aucune alternative économique, il n'y a pas non plus d'alternative politique, en dépit de toutes les élections. Au temps de la démocratie "populaire", la dictature du parti unique ou dominant avait vidé, à l'est de l'Europe, les pays du bloc soviétique de toute possibilité de changement par les urnes. Le pseudo socialisme, en réalité le régime oligarchique aux mains de la nomenklatura, interdisait toute évolution économique hors de la sphère étatique. La démocratie n'était plus qu'un fantôme effroyable et meurtrier. En notre temps de démocratie dite libérale, la dictature idéologique des élites attachées à leurs privilèges a vidé, également, les pays de toute possibilité de changement véritable par les urnes. Le conditionnement des peuples, imprégnés par la doxa du pouvoir néo-libéral, privilégiant le travail, la fortune et l'individualisme, interdit toute évolution économique hors de la sphère privée. La démocratie est devenue un mythe dans le monde occidental.



La démocratie ne semble plus en mesure de répondre aux questions posées par notre temps.
• La hâte empêche l'action démocratique. Obama pouvait-il, en deux ans, inverser le cours de l'histoire étatsunienne, en perte de vitesse, assise sur des a priori et des syllogismes aussi ridicules que faux et notamment celui-ci : la lutte contre la misère, c'est du socialisme; or le socialisme, c'est le mal; donc la lutte contre la misère est un mal portant atteinte à la liberté ! Dramatique situation qui va placer les USA devant un faux choix : ou bien la liberté liberticide du cowboy "solitaire", bushiste et "républicaine" qui ne connaitnque la force, ou bien la rigueur brutale de l'État encore le plus puissant au monde et qui veut le rester. Mais, pour Obama , enfermé dans cette quadrature du cercle, qu'est-ce donc que la démocratie ?
• Pour les États-majors aux commandes, la guerre est le produit inévitable d'une industrie toute puissante qui n'a que faire de la démocratie. L'échec de la guerre en Iran, puis en Afghanistan, l'impossible retour à la paix en Palestine, la prolifération nucléaire, la persistance de l'illusion de la dissuasion, le remplacement de l'ennemi communiste par l'ennemi terroriste souvent associé à l'islamisme, ont rendu les populations perméables à la culture de la peur. Cela suffit à orienter leurs votes. Impossible, dès lors, d'envisager l'abandon par la France (unie ou pas à la Grande Bretagne) de la Bombe dont nous a doté De Gaulle, et de la Constitution antiparlementaire de la Ve République. Mais qu'est-ce donc que la démocratie dans un pays nucléarisé et ultra autoritaire ? Et si nous voici à la porte de la sixième République (mais sans forces suffisantes pour y entrer !), dans un pays nucléarisé et ultra autoritaire, qu'est-ce donc que la démocratie ?
• L'écologie politique n'est toujours pas véritablement prise en compte. Le réchauffement climatique (que reconnait l'Académie des Sciences, enfin, en dépit des rodomontades de Claude Allègre), la perte dramatique de la biodiversité, la diminution rapide des ressources non renouvelables de production énergétique, la persistance du dogme de la croissance dans un monde non seulement fini mais surpeuplé, devraient suffire à renverser des perspectives tant qu'il en est encore temps. Mais, quand on tourne le dos à l'écologie, (d'autant plus qu'on ne veut pas voir ce quelle implique : cette sortie du capitalisme dont on ignore encore où se trouve l'issue) qu'est-ce donc que la démocratie ?
• La suppression de l'homme par l'homme, en Chine, aux États-Unis, en Iran, entre autres, est le signe même de l'impuissance politique qui confond le pouvoir avec l'élimination de l'adversaire. La mort donnée comme sanction du crime ou pour exercer la raison d'État est incompatible avec la civilisation. Entendre, chaque jour, des informations qui annoncent l'exécution d'un assassin ou simplement d'un opposant, dans des pays qui dénoncent la dictature, a quelque chose qui fait douter de l'humanité elle-même. Mais, quand on parle du caractère sacré de la vie et qu'on la détruit au nom du droit, qu'est-ce donc que la démocratie ?

La démocratie, enfin, a-t-elle cessé d'être un immense espoir pour le monde, ce qu'elle fut, à tort ou à raison, au XXe siècle. Elle est copiée. Elle est imitée. Mais elle est adoptée par les dictateurs ! Elle est surtout associée au monde occidental honni. Pour ressusciter, pour être re-suscitée, la démocratie a besoin de débats alternatifs véritables, sinon elle se meurt. Depuis que l'opposition, pourtant factice, entre "le monde libre" et "le monde socialiste", en fait entre le capitalisme et le communisme, a cessé de dynamiser le débat, en 1989 (quel anniversaire !), nous sommes entrés dans un tentative de mondialisation monochrome qui a grisé toute politique transformée en accompagnement pur et simple de totalitarisme capitaliste, car c'en est un...

Être démocrate, aujourd'hui, n'a plus rien à voir avec ce que diffuse le monde économique et médiatique qui a réussi à lessiver nos pensées au point que l'on considère, à présent, comme indiscutable et "naturel" ce qui est une aberration : l'injustice structurelle qui martyrise une large partie du monde vivant et, y compris, une minorité, grandissante, au sein des populations occidentales. L'augmentation des richesses d'un pays, globalement, n'affecte plus la totalité des citoyens mais sa minorité aux affaires (économiques et politiques). Cette réalité peut être porteuse de conflits tels que l'histoire n'en avait jamais connus : pas État contre État, mais par l'intermédiaire de peuples révoltés les uns contre les autres, entrés, par désespoir ou fanatisme induit, dans une "guerre civile mondiale".

Oui, il est temps que la démocratie retrouve couleurs et vigueur, non en réanimant ce qui est mort avec le passé mais ce qui est à réinventer : la fin de la monarchie et, plus encore, la responsabilisation des citoyens en charge de leur présent comme de leur avenir, l'un comme l'autre à partager, sous peine de désastres sans nom.

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Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran