mercredi 16 août 2017

Bientôt la rentrée !


L'analyse des résultats de l'élection présidentielle et des élections législatives qui ont suivi donnent une image claire des choix électoraux des citoyens français.

Pour rappel : lors du second tour des élections présidentielles, 43,61 % des électeurs inscrits ont voté pour Emmanuel Macron, et au second tour des élections législatives seulement 16,55 % des électeurs inscrits se sont déclarés d'accord avec le projet politique du nouveau président, ce qui en terme mathématique signifie que 83,45 % des électeurs ne sont pas d'accord avec ce projet politique.

Cependant, l'ineptie de la loi électorale donne à la République En Marche (REM) la majorité absolue - 306 député(e)s - à l'Assemblée Nationale.

Face à l'étroitesse de ce résultat, les partisans du président élu objectent que l'élection étant démocratique, elle est légitime. C'est un peu court : élection légale assurément, mais « élection légitime » est plus discutable.

Car enfin, comment peut-on s'engager à mener une politique contre une majorité d'électeurs, ou plutôt comment l’électorat peut-il accepter de laisser faire une politique qu'il a rejetée dans les urnes ?

Un vrai démocrate devrait tirer les conséquences de sa mauvaise élection et faire connaître sa position aux français.

Cela n'a pas l'air d'être le choix d'Emmanuel Macron, qui voulant faire une politique « jupitérienne », semble très sûr de lui.

Vu de l'extérieur sa majorité ressemble à une auberge espagnole où cohabite trois grandes composantes :
- des gens de gauche de toutes nuances,
- des gens de droite de toutes nuances,
- et beaucoup d'opportunistes.
De plus, de nombreux élus, certainement de très bonne volonté, n'ont aucune expérience et ne connaissent rien, ou si peu, des pratiques politiques et se retrouvent englués dans la mer des sargasses institutionnelles et sont les cibles de toutes les manipulations, de toutes les instrumentalisations.

Seront Ils, seront elles assez résistant(e)s pour voter en leurs âmes et conscience comme ils ou elles l'affirment ?

A moins d'une grosse poussée d'autoritarisme tout à fait possible de l'exécutif, il semble que cette majorité soit bien fragile car des défections ne manqueront pas d'arriver lors des points de friction entre les diverses composantes.
On nous dit que trois mois de présidence se sont pas suffisants pour porter un jugement pertinent sur le modèle politique qu'entend mener Emmanuel Macron, pourtant, il est évident qu'il néglige la devise républicaine de la France : Liberté, Egalité, Fraternité. En effet, si la politique engagée par le nouveau gouvernement fait sien le premier terme, dans le sens de la liberté économique - liberté de la concurrence, d'entreprendre, du marché, libéralisation de l'emploi - il est prêt à limiter les libertés personnelles des citoyens en faisant passer une partie importante de la loi sur l'état d'urgence dans le droit commun.

Inutile d'être devin pour comprendre qu'il s'agit d'une politique néolibérale - de type tchatchérienne - qui se s’embarrasse pas des termes d’égalité et de fraternité. La suppression de l'APL qui touche essentiellement les personnes victimes de précarité en est la preuve.

Aussi, iI n'est pas sûr que la fraction de gauche qui s'est laissée abuser par les discours du candidat Macron suivra sans regimber au parlement.

En ces jours de rentrée, un rendez-vous électoral sera déterminant, celui des élections sénatoriales de fin septembre. Il est vital pour la démocratie et la tranquillité des Français de ne pas donner une majorité au Sénat à la REM. il n'est pas certain que cela suffira à empêcher des mouvements sociaux importants dans notre pays et le gouvernement devra être particulièrement attentif au bruit de fond de la rue car le degré d'exaspération maximum de la population est proche d'être atteint.

Alors, le citoyen qui s'est fait berner et mépriser par les hommes politiques depuis plus de 35 ans aura deux alternatives possibles.

Soit l'apathie, la servitude volontaire, en attendant des jours meilleurs ; je n'y crois pas.

Soit la réponse offensive de la rue ; qui me semble beaucoup plus probable. 

Jean-Claude VITRAN

vendredi 11 août 2017

Cédric Herrou dit le droit véritable, un droit qui n'est pas - encore - écrit !


Il ne suffit plus de comprendre, approuver et soutenir Cédric Herrou. Il faut dénoncer une conception du monde qui place l'inhumanité dans la loi elle-même ! Si nous condamnons un citoyen parce qu'il secourt ses semblables, nous devons supprimer le mot Fraternité de notre devise républicaine.
Les réfugiés sont des personnes et ceux qui condamne Cédric Herrou se condamnent eux-même !
La non assistance à personnes en danger, et plus encore quand il s'agit d'adolescents sans famille, vaut en toutes circonstances. Il n'y a plus d'éthique ni de politique quand on poursuit ceux qui mettent en œuvre la solidarité humaine. La chasse à l'étranger faite, à la frontière franco-italienne, est criminelle.
En quelle Europe voulons-nous vivre ? L'Europe du repli ou l'Europe du partage ? Attention : elles ne sont pas conciliables.

Jean-Claude VITRAN et Jean-Pierre DACHEUX


Cédric Herrou - Communiqué du 8 août 2017.



« Aujourd’hui, en cour d’appel d’Aix, j’ai été condamné à 4 mois avec sursis et à verser 1000 € de dommages et intérêt à la SNCF.

Pour rappel, j’avais été arrêté en octobre 2016 pour "aide à l’entrée et au séjour de personnes en situation irrégulière". Il n’y a eu aucune flagrance, et aucun passage de frontière d’octobre à ce jour. Nous nous étions installés dans des locaux de la SNCF, abandonnés depuis plus de 20 ans, avec un collectif d’associations dont Médecins du Monde et Amnesty International ainsi qu’une soixantaine de demandeurs d’asile. Notre revendication : la prise en charge des mineurs isolés par la protection de l’enfance, et permettre aux demandeurs d’asile d’accéder à leurs droits. A aucun moment il ne s’agissait de "cacher" ou de "dissimuler" ces personnes, mais bien au contraire de les montrer pour tirer la sonnette d’alarme.

Force est de constater qu’un an plus tard, la situation n’a pas changé et a même empiré. J’ai actuellement chez moi de nombreux mineurs isolés qui attendent en vain d’être pris en charge par l’Etat français, et des demandeurs d’asile coincés sur mon terrain, qu’on empêche systématiquement d’accéder à leurs droits. S’ils sortent de chez moi, ils sont sûrs d’être arrêtés et d’être reconduits directement en Italie, sans autre forme de procès. Il est grave que le département des Alpes Maritimes, pourtant frontalier à l’Italie, ne dispose d’aucune infrastructure destinée à l’accueil des migrants.

Tous ceux qui veulent me faire passer pour un militant d’extrême gauche, un activiste no border, n’ont rien compris à la situation ici. Il ne s’agit pas d’être pro ou anti-migrants. Les empêcher de passer la frontière est utopique, et tout simplement impossible : tous passent. C’est justement pour cela que nous demandons un contrôle de ces flux, d’éviter la clandestinité des demandeurs d’asile. Notre combat juridique est respectueux des lois de la République française. C’est une lutte légale et juste, à l’image de la France, nation des droits de l’Homme.

Mais ma condamnation ce matin montre bien les limites de l’indépendance de la justice française, et la manipulation politique qui se joue dans les tribunaux. Tandis qu’à l’heure actuelle des bateaux d’extrême droite naviguent sur la Méditerranée pour couler les bateaux des ONG, on incrimine un paysan qui se substitue à la carence de l’Etat.

Nous alertons Monsieur le président de la République sur les dérives actuelles face au non-respect du droit d’asile dans le département.

Je n’ai pas le choix de continuer car je considère que c’est mon devoir de citoyen de protéger des personnes en danger. La menace d’emprisonnement ne saurait entraver la liberté que je défends.


Cédric Herrou


L'oligarchie du mépris.


Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.
Albert CAMUS


Il est courant de qualifier « d'élite » ceux qui nous gouvernent et la poignée de courtisans thuriféraires qui tournent autour.

Le sens commun et les dictionnaires en donnent cette définition : au sein d'un groupe, l'élite est l'ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes d'être choisis, les plus remarquables par leur qualité.

Au cours de l'histoire, l'élite est liée à la recherche de la perfection esthétique, de l'exemplarité spirituelle (Grèce) ou citoyenne (Rome). A partir du XVIIème siècle, elle est composée des "honnêtes hommes" avant de céder la place aux élites "économiques" à partir du XIXème siècle.

Même si dans notre société contemporaine française, de nombreuses femmes et hommes en responsabilité méritent cet épithète, il est légitime de se demander si la définition du qualificatif d'élite peut être encore appliquée à une majorité de responsables politiques et de dirigeants. En effet, aujourd'hui, les risques judiciaires sont moins importants en devenant responsables politiques qu'en demeurant voyous.

De plus, nommer « élite » la minorité de « ceux d'en haut » oblige à désigner la majorité restante de la population et le florilège des qualificatifs pour nous nommer est garni, tous plus péjoratifs les uns que les autres : les gens de peu, la France d’en bas1, les p'tites gens2, les veaux3, les sans-dents4, les invisibles5, les gens qui ne sont rien6.

Cette liste, qui n'est pas exhaustive, montre la profondeur du mépris pour le reste du « peuple » de cette communauté qui s'auto-proclame élite7.

Le mépris est l'arme privilégié de cette caste qui croit détenir la vérité en tout et qui, sûre de sa supériorité, pense que les autres sont des crétins. Les élites véritables sont modestes et ne cherchent pas les honneurs. L'élitisme est une plaie sociale.

Il y a bien deux France, d'une part, celle qui ne compte pas et achète tout ce dont elle a envie, qui veut que cette société hiérarchisée persiste et, d'autre part, celle qui doit seulement se satisfaire de fausses promesses et qui devrait accepter d'être méprisée et de continuer à se serrer la ceinture pour que le pays grandisse.

Voilà pourquoi, aux dernières élections, devant l'aveuglement d'une minorité obstinée, le peuple qui a le sentiment d'être trahi, manipulé, abusé, s'est abstenu et a rejeté les promesses et les mensonges de politiciens compromis.

Ce qui semble se profiler, c'est une dérive totalitaire du système, qui acculé dans ses contradictions, n'aura d'autres solutions que de restreindre les libertés et les droits pour une autocratie sauvegardant les intérêts du capital.

Trop, c'est trop, il faut mettre fin à ce système corrompu qui bafoue les principes républicains. Mais, attention, le risque d'explosion est considérable car, c'est dans la rue que se jouera tôt ou tard, inévitablement, la bataille sociale.

Jean-Claude VITRAN


1. Jean-Pierre Raffarin
2. Manuel Valls
3. Charles de Gaulle, en 1940
4. François Hollande
5. Marine Le Pen
6. Emmanuel Macron
7.  « On a dit souvent que les peuples valent ce que valent leurs élites. C'est vrai. Encore faut-il s'entendre sur le sens de ce mot. Trop longtemps l'élite a été définie comme une classe pourvue d'un droit. Elle le tint d'abord de la naissance (…) Elle le tint ensuite de la richesse (…) Ou enfin elle le tint de l'intelligence (…) Si nous assistons aujourd'hui à la disparition de ces anciennes élites, ce dont il est de bon ton de se désoler, c'est parce qu'elles avaient cessé d'assumer le rôle qui doit être celui d'une aristocratie véritable; de provoquer la marche en avant de la société tout entière ».
Daniel-Rops, Ce qui meurt et qui naît, p. 28, éditions Plon. 1937.
Cet écrivain et historien, académicien, catholique traditionnaliste, avait bien vu que les élites du passé n'avaient été utiles, tel celui qui fut maire de Bordeaux, Michel de Montaigne, que parce que, dans l'aristocratie d'alors, on pouvait se donner pour mission de servir le pays dans son ensemble. Ce temps, qui eut ses heures sombres et ses lumières aussi, est totalement révolu.

vendredi 4 août 2017

Jeûne-action pour le désarmement nucléaire


Le 4 août 2017

Du 6 au 9 août, anniversaires des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, des militants non-violents vont interpeller l'opinion publique dans plusieurs villes de France et à l'étranger. Objectif : dénoncer les armes nucléaires qui viennent d'être interdites par un traité international, à l'ONU, le 7 juillet passé (et bien entendu passé sous silence en France).

Cette interpellation se fait sous forme d'un « jeûne-action », une démarche inaugurée à Taverny, par Solange Fernex1 et Théodore Monod2 dans les années 1980. La question est souvent posée sur la signification et l'utilité d'une telle démarche.

Le jeûne-action est une action politique non-violente efficace.

Le jeûne est une privation volontaire de nourriture. C'est, par conséquent, un acte très culturel s'opposant à notre naturel d'êtres vivants omnivores. La motivation du jeûne est parfois médicale. Ce jeûne peut être bref (avant une prise de sang) ou prolongé (pour obtenir, par exemple, une perte de poids).
Une autre motivation du jeûne, bien connue, est d'ordre religieux, comme pendant le Carême des Catholiques ou le Ramadan des Musulmans, mais il peut s'agir, tout simplement, d'une recherche spirituelle visant à obtenir une meilleure connaissance et une plus grande maîtrise de soi.

Toute autre est la grève de la faim qui est l'engagement personnel mais total, parfois sans limitation de durée, de celui qui veut exprimer, seul ou en groupe, son opposition à une violente injustice, dont il s'estime victime, lui-même ou sa communauté de vie. Bobby Sand et 9 autres de ses compagnons irlandais en sont morts, en 1981, à cause de l'intransigeance sans retour du gouvernement anglais de Margaret Thatcher.

Le jeûne-action, différent, est un engagement collectif et concerté dont la durée est, en principe, fixée. C'est donc une alerte, une prise à témoins politique, afin d'éveiller les consciences citoyennes. La grève de la faim et le jeûne-action se rejoignent dans la dénonciation politique d'un crime contre une population tout entière. Gandhi vécut cet engagement-là, personnel et collectif tout à la fois, et il en a prouvé l'efficacité.

Le pasteur Martin Luther King, qui fut l'un des principaux porte-parole de la non-violence politique, assassiné par certains de ceux qui avaient constaté et déploré son influence, n'hésitait pas à donner des « Conseils pratiques pour le jeûne » afin d'y trouver la force de lutter.

Nelson Mandela, « l'homme qui a dit non à la vengeance », a vécu une manière de jeûne total, contraint mais assumé, au cours de ses 27 années d'incarcération et il a fait « de son corps même une arme de protestation » contre l'apartheid.

Le jeûne-action pour l'abolition des armes nucléaires est aussi l'arme politique non-violente utilisée, à ces mêmes dates, chaque année, lors de la commémoration des deux bombardements nucléaires de Hiroshima et de Nagasaki, en 1945.

L'Action Civique non-violente (contre la torture et la guerre d'Algérie), avec l'appui de Lanza del Vasto, avait ouvert, en France, durant les années 1960-1963, une voie nouvelle en politique qui, depuis, n'a jamais été totalement refermée. Le Mouvement pour une alternative non violente (ou MAN) entend toujours exprimer, à cet égard, la radicalité des engagements de citoyens civilisés et bien décidés à faire obstacle à l'inhumanité de l'espèce humaine elle-même !

Il y a bien plus à dire encore, désormais, sur le jeûne politique, en notre temps de surconsommation et de religion de la croissance. Inséparable d'une vue écologique et non-violente de la vie dans la cité, il n'en est, peut-être, qu'au tout début de son usage citoyen en occident.

Jean-Pierre Dacheux


1   https://fr.wikipedia.org/wiki/Solange_Fernex
2   https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodore_Monod

jeudi 3 août 2017

La démocratie poignardée.


« La démocratie est un système politique peu solide lorsqu'elle se contente d'être un système politique et rien d'autre. Elle devrait être non seulement une forme de gouvernement mais aussi un type de société et une forme de vie en harmonie avec ce modèle social. »
Richard Henry Tawney, célèbre historien anglais, dans son livre Égalité, paru en 1931.

La loi d'habilitation de la réforme du code du travail est un déni de démocratie sociale et politique.

Ce n'est pas nouveau car depuis 1958 et l'instauration du régime monarchique de la 5ème République nous aurions dû être habitués à ce que les Présidents abusent de leur autorité et prennent des libertés avec la démocratie.

Pourtant, le dernier monarque en titre, Emmanuel Macron, vient de franchir le Rubicon et installe, sans honte ni scrupule, son pouvoir autoritaire à la tête de l'Etat. Déjà par quelques décisions « jupitériennes » il nous avait fait comprendre qu'il entendait régner sans partage.

En effet, la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à réformer le code du travail par ordonnances va être définitivement votée.

Pour respecter ses engagements auprès de ses commettants, le MEDEF et les riches, et faire aboutir cette réforme qui va bouleverser des pans entiers du code du travail et modifier en profondeur les règles qui régissent les relations entre les syndicats, les salariés et les employeurs, Emmanuel Macron s'engage dans une « opération commando » en dehors de toute véritable concertation. Même si l'essentiel des mesures restent à préciser, nous savons, déjà, qu'il s'agit d'une révision en profondeur qui aura des conséquences importantes sur la protection des salariés en assouplissant les règles du licenciement, en accélérant la mise en oeuvre de plans sociaux et en limitant l’accès aux prud’hommes.

Même si l'illusion d'un dialogue a été entretenue par le gouvernement, on constate, en regardant les débats lénifiants de l'Assemblée Nationale, que la majorité parlementaire n'a tenu aucun compte des inquiétudes syndicales et des amendements de l’opposition et a voté comme de bons soldats « godillots ». La démocratie sociale a bel et bien été désavouée.

Deux autres points, soulevés aujourd'hui, ajoutent à notre inquiétude sur la mauvaise santé de la démocratie française.

En effet, alors qu'il est saisi par 153 parlementaires de l'ancienne majorité sur les incompatibilités constitutionnelles de l’accord de commerce entre l’UE et le Canada (CETA) le Conseil Constitutionnel rejette les analyses juridiques et sacrifie la démocratie, les citoyens et l’environnement sur l’autel des intérêts commerciaux.

Dernier point, (pour aujourd'hui) : Emmanuel Macron déclarait, le 17 juillet, que le gouvernement ne baisserait pas les dotations des collectivités territoriales. Trois jours plus tard, confirmant sa propension aux doubles discours, le président, par un décret, en toute discrétion, rabote ces dotations de 300 millions d’euros.

C'est un coup de plus porté aux populations les plus pauvres car ces coupes budgétaires affecteront, en priorité, la construction de logements sociaux et le travail associatif dans les quartiers populaires. C’est le monde associatif de proximité qui va crever car les communes ne pourront plus verser de subventions aux associations et vont geler leurs participations futures.
Ces coupes budgétaires n'annoncent pas seulement la couleur d’un gouvernement au service des riches et des puissants, elles visent un autre but : celui d'assécher financièrement les associations afin de réduire au silence les militants qui dénoncent les agissements de l'oligarchie de pouvoir.

Il est urgent d'aller au-delà des appels à l'indignation de feu Stéphane Hessel.

Il faut, maintenant, à notre tour, résister et agir.


Jean-Claude VITRAN


mercredi 26 juillet 2017

Déjà la fin de « l'état de grâce ?


Après les présidentielles et les législatives,
tirer des enseignements ?

Le point au 26 juillet 2017.
Note V
par Jean-Pierre Dacheux


Quelques semaines ont passé. Vite... ! Et déjà on y voit plus clair. Un premier recul dans la « cote de popularité » d'Emmanuel Macron, (passée de 64% à 54%), n'est qu'un faible indicateur. Il y a plus sérieux. Constatons :

1 – S'affirmer « le chef » fait penser qu'on doute de l'être. Cela engendre une perte de crédibilité.

2 – Le nombre de ceux qui croyaient possible de mener une politique « et de droite et de gauche » décroît rapidement. Le gouvernement s'est engagé franchement dans une politique marquée à droite.

3 – Le quinquennat apparaît comme la suite du désastreux précédent, l'autoritarisme en plus.

4­ – Les passages en force avec une majorité de députés, a priori dociles, et le recours aux ordonnances, vont réveiller l'opinion après l'été, et engendrer des conflits sociaux qu'on aurait tort de sous-estimer !

5 – Le maintien et l'aggravation de l'interventionnisme de la France en Afrique et au Moyen-Orient, fragilisent la lutte contre les terroristes parce qu'ils leur fournissent des arguments et les motivent.

6 – Les mises en scène des rencontres avec des personnalités politiques internationales, (notamment Trump, Poutine, Merkel, Netanyahou...), à Paris, ou au cours du G20, visant à fournir, au plus vite, une célébrité et une notoriété au Président des Français, ont donné un caractère spectaculaire, pompeux et plus que jamais monarchique à la République !

7 – La politique militaire de la France conduit à un lourd et double échec :
Quel que soit le chef d'état major des armées (l'avant-dernier a été remercié sans délicatesse !), le budget consacré aux interventions multiples, dispersées, longues, sans efficacité politique avérée, est très insuffisant et ce d'autant plus qu'on veut, en même temps, entretenir et perfectionner la force de dissuasion nucléaire ! La France n'a plus les moyens de tenir ce rôle de grande puissance.

8 – La continuation de la politique de répression des réfugiés va échouer ou plonger le pays dans un néo-racisme des plus inquiétants.

9 – Nous ne pouvons vivre indéfiniment dans l'exception de l'état d'urgence ni dans la fausse banalité d'un état légal de protection permanente. La paix civile est ailleurs.

10 – Diminuer de 5 euros par mois l'APL, qui concerne 6,5 millions de foyers, n'est peu de chose que pour ceux qui vivent à l'abri du besoin ! Le gouvernement démontre qu'il est celui de riches.

11 - La hausse de la CSG annoncée par le gouvernement d'Edouard Philippe devrait profiter, nous dit-on, aux salariés au détriment des retraités, des fonctionnaires et des indépendants. Parce que les fonctionnaires ne sont pas des salariés ? Parce que les retraités ( hormis les plus pauvres, exonérés) ont des « bas de laine » trop pleins ? Se mettre les retraités et les fontionnaires à dos n'est pas non plus électoralement très prudent.

12 – Revenir en arrière sur la semaine scolaire de quatre jours (pour les communes qui le veulent) est le signe d'un abandon de la recherche de l'aménagement des temps de vie des enfants au profit de celui des adultes. Ce choix significatif va à l'encontre de l'éducation des enfants alors qu'en Europe , comme dans le monde, notre pays a cessé d'être performant !

Et l'on pourrait allonger la liste des motifs d'insatisfaction.

Avertissements :

À ceux qui louent encore Gerhard Schröeder pour sa politique de réduction des avantages sociaux, soit-disant pour donner une impulsion à l'économie allemande, rappelons que, le 22/11/2005, le chancelier social-démocrate, battu, cédait sa place à Angela Merkel, se retirait de la vie politique et se lançait dans le monde des affaires, là où il fut le bien venu...
Est-ce cette déconfiture qui attend le gouvernement Macron ses ministres et lui-même ?

La non prise en compte de l'ampleur de l'abstention, des votes blancs et des votes nuls, tant aux présidentielles qu'aux législatives (des records historiques!) et, précisément, des faibles scores du candidat Macron (par rapport aux inscrits), dont les enseignements n'ont pas été tirés, est d'une imprudence inattendue et surprenante !

In fine et surtout, il y a pire que la multiplication des causes de doute. Il y a l'émergence, de plus en plus visible, pour la majorité des Français, d'une politique générale dure aux plus modestes et favorable aux plus fortunés, en dépit des affirmations entendues durant la campagne électorale. Un mensonge et un piège dont, déjà, certains députés qui se voulaient « En marche » commencent à se rendre compte.

Quant à la droite traditionnelle, elle se réjouit de ces bévues et pas de clerc : dépitée et revencharde, elle met de l'huile sur le feu et manifeste parfois son opposition en la « gauchisant » s'il le faut. Cela n'augure pas d'un avenir paisible et réconcilié entre les forces politiques en présence. 

Tant mieux !

La France mérite mieux que ce qu'elle a subi et continue de subir, de Sarkozy à Macron !

Il faudra bien la « déprésidentialiser » tôt ou tard.




lundi 24 juillet 2017

Lettre ouverte au Président de la République.


Une nouvelle fois, nous voulons relayer la lettre ci-dessous envoyée au Président de la République. Contrairement au signataire de cette lettre nous n'avons pas voté pour E. Macron, pas plus que pour le FN, bien entendu, mais nous sommes en accord total avec les propos du signataire qui dénonce un comportement inhumain des autorités françaises que nous constatons aussi dans notre département où il pleut, cette été, des Obligations à Quitter le Territoire Français.

Jean-Claude VITRAN
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M. Macron, est-ce pour en arriver là que j'ai voté pour vous ?


Dans cette lettre ouverte à Emmanuel Macron, le cinéaste Laurent Cantet fait part de son « profond écœurement » sur le sort fait aux migrants, après une tentative de suicide en rétention.

Monsieur le Président,


Après avoir tenté de m'adresser à vous par des voies officielles, j'ai pris la décision de vous adresser cette lettre ouverte qui, je l'espère, sera plus efficace que mes tentatives plus discrètes.

Le 14 juillet, le jour où, au côté de Monsieur et Madame Trump, vous commémoriez la prise de La Bastille et l'avènement d'un monde plus juste, l'avant-veille veille du jour où, au côté de Monsieur Netanyahou, vous rendiez hommage aux victimes du Vel d’hiv, affirmant que Vichy était bien la France et reconnaissant la responsabilité de la nation dans la rafle, Madame Cao, une jeune femme d'origine chinoise, mère d'une fillette de 10 ans scolarisée en France et enceinte de 4 mois, était conduite à l'aéroport pour être expulsée vers la Chine qu'elle avait quitté il y a deux ans avec sa famille.

Ce jour là, elle a refusé d'embarquer, et a été replacée au centre de rétention du Palais de Justice de Paris, celui-là même où elle venait de passer trois semaines et où elle avait perdu 8 kilos, mettant en danger l'enfant qu'elle attend.

Dans la lettre que je vous ai adressée alors (lire sur Mediapart L'expulsée du 14 juillet), je décrivais l'angoisse de sa fille qui se préparait à grandir sans sa mère, celle de son mari qui n'allait pas connaitre son enfant à naître. Je vous rappelais aussi vos déclarations sur le traitement humaniste que vous appeliez de vos vœux face à l'immigration. Dix jours plus tard, il semblerait que tout ça soit resté lettre morte. Madame Cao est toujours en centre de rétention et attend le jour où elle sera remise, de force cette fois, dans un avion en partance pour la Chine.

L'histoire pourrait s'arrêter là, elle ne serait qu'un exemple parmi tant d'autres de l'acharnement dont sont victimes tant de réfugiés et sans papiers.

Mais hier, le 22 juillet, toujours plus affaiblie par ce séjour prolongé en centre de rétention, Madame Cao a tenté de mettre fin à ses jours en s'ouvrant le poignet. Conduite d'urgence à l'hôpital, elle a été soignée, puis sitôt hors de danger, reconduite en rétention !

Je vous écris aujourd'hui pour vous faire part de mon profond écœurement. Est-ce pour en arriver là que j'ai voté pour vous au second tour des élections présidentielles, espérant faire barrage aux idées nauséabondes du Front National ? Depuis longtemps, l'indignité de notre nation grandit de gouvernement en gouvernement. Je crains que ce ne soit pas le vôtre qui mette un terme à cette escalade.

Mais aujourd'hui, je ne suis pas seul à m'indigner. Nous somme nombreux à réclamer un traitement décent pour tous les réfugiés. Une campagne en faveur de la régularisation de Mme Cao à inondé de mails les secrétariats des ministères et de l’Elysée, des coups de téléphone ont occupé les standards. La seule chose que nous puissions faire, c'est dénoncer par tous les moyens l'indignité de ce que vous faites en notre nom à tous. Comptez sur nous pour ne pas y renoncer de si tôt.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments républicains.


Laurent Cantet
 Membre du club des invités de Mediapart

mardi 11 juillet 2017

Le coût de la main-d'oeuvre française, un mensonge bien rodé !


Ce midi, lors d'une interview télévisée, avec beaucoup d'aplomb, un industriel français a encore annoncé comme une évidence que le coût de la main-d'oeuvre française était la plus chère de l'Union Européenne (UE).

Il est particulièrement navrant d'entendre répéter cette contrevérité, ce mensonge, cette manipulation qui fait son chemin dans l'opinion publique et qui sert, grandement, les intérêts du nouveau gouvernement lorsqu'il entend bouleverser le code du travail et les relations salariés / patrons.

Voici les statistiques comparatives fournies par le Conseil de l'Europe arrêtées au premier trimestre 2017 :


Industrie manufacturière
Le classement est le suivant : Norvège, Danemark, Belgique, Suède, Allemagne et France.



Industrie et Service marchand
Le classement est le suivant : Norvège, Danemark, Suède, Belgique et France


Comme on peut le constater, la France se situe en 6ème et 5ème position, et si l'on calcule la moyenne des deux branches, elle est alors en 6ème position derrière l'Allemagne, pays que l'on montre souvent en exemple comme le bon élève de l'Europe.

Pour aller plus loin, dans une Europe qui veut lutter contre le dumping social, l'amplitude du coût horaire dans l'UE est de un - 3,98 € / 4,69 € - en Bulgarie à douze - 50,11 € / 53,48 € - en Norvège et que 7 pays, tous issus de l'ex bloc de l'est, sont sous la barre des 10,00 € ou flirte avec elle pour la Croatie. Même s'il ne faut pas oublier que le coût de la vie n'est pas le même dans les deux pays, le fossé est énorme entre la Bulgarie et la Norvège.

Au vu du traitement impitoyable qu'elle subit, le coût horaire de la Grèce chute à 14,07 €, moins 19 % par rapport à 2008.

Ce que l'on évoque beaucoup moins, c'est « le hold-up tranquille » de la valeur ajoutée : le coût des dividendes versés aux actionnaires. De 2009 à 2014, ils ont augmenté de 58% alors que, dans la même période, et malgré l’envolée des très hauts salaires (environ 13 000 salariés) le salaire net médian stagne autour de 1730 €.

Selon une étude de l'INSEE sur le partage de la valeur ajoutée, entre 1996 et 2006, les 0,1 % les mieux rémunérés ont vu leur salaire mensuel brut progresser de 19 374 à 24 000 € soit un gain de 28 %, - plus 4626 € - alors que pour la plupart des 60 % des salariés les moins bien payés, le gain n’a pas dépassé 130 €.
En moyenne, le partage entre la rémunération du capital et le travail est aujourd’hui en France de l’ordre de deux tiers pour les salaires et un tiers pour le capital.

Une mise en garde devrait, pourtant, alerter les pouvoirs publics : « La part des profits est inhabituellement élevée à présent et la part des salaires inhabituellement basse. En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années. » Cette remarque provient d’un article de la Bank for International Settlements - La Banque des Règlements Internationaux. Ce sont les dirigeants de cette institution qui dressent le constat suivant : « jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés. »
Le Fond Monétaire International rajoute que la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006 et la Commission européenne confirme qu'au sein de l’Europe, cette fois, la part des salaires a chuté en moyenne de 8,6 % et en France de 9,3 %.

La très grande disparité de la répartition des plus-value, les importantes inégalités sociales et la stagnation des rémunérations devraient commander au gouvernement d'avoir la sagesse de revoir les politiques salariales dans l'esprit d'une redistribution plus juste.

Je crains, malheureusement, de ne pas avoir compris que cela soit l'objectif annoncé par le gouvernement Macron.


Jean-Claude VITRAN



samedi 8 juillet 2017

La République sera humaine ou ne marchera pas


Nous avons choisi de relayer la lettre ouverte ci-dessous adressée par le Maire de Grande-Synthe au nouveau Président de la République car nous sommes en accord avec tous ses propos.

Jean-Claude VITRAN et Jean-Pierre DACHEUX




Maire de Grande-Synthe, j'ai ouvert le premier de camp de réfugiés en France en mars 2016 pour faire face à une urgence humanitaire et au refus de l'Etat, à l'époque, de prendre en compte la situation extrême à laquelle j'étais confronté. Ce camp a complètement été détruit par un incendie le 10 avril dernier. Aujourd'hui, plus de 350 réfugiés sont à nouveau là. Depuis son élection, j'ai interpellé le nouveau gouvernement en vain.




Monsieur le Président de la République,
Si je m’adresse à vous aujourd’hui par le biais de cette lettre ouverte, c’est parce qu’en tant qu’élu de la République - au même titre que vous - je vous ai demandé un rendez-vous, à vous-même, à votre 1er ministre et à votre ministre de l’intérieur voilà déjà plusieurs semaines. Or, malgré l’urgence humanitaire à laquelle je dois à nouveau faire face dans ma commune, vous refusez de prendre en considération l’urgence extrême de ma sollicitation.
Je décide donc, aujourd’hui, de prendre la France à témoin de mon interpellation.
Pour mémoire : le 10 avril 2017, le lieu d’accueil humanitaire de Grande-Synthe brûlait.
C’était hier. C’était il y a trois mois. C’était il y a une éternité.
Ce lieu d’accueil a permis, pendant plus d’un an d’existence, de mettre à l’abri des milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, essentiellement kurdes, puis afghans, venus d’horizons divers, souvent de zones de guerres ou en prise au terrorisme.
Si j’ai décidé, seul, de construire ce lieu d’accueil humanitaire en décembre 2015 avec l’aide de MSF, c’est parce que tout comme aujourd’hui, je n’obtenais aucune réponse du gouvernement de l’époque à mes interpellations face à un véritable drame humanitaire qui se jouait sur ma commune. Des centaines, puis de milliers de personnes venaient trouver refuge sur le sol de ma petite ville de 23 000 habitants. Quel choix s’offrait à moi, en tant que garant des valeurs de la république française ?
Dans mon monde, Monsieur le Président, celui que je m’échine à construire, les mots Liberté, Egalité, Fraternité ne sont pas des anagrammes hasardeux piochés à l’aveugle dans une pochette usagée d’un vulgaire jeu de société.
Est-ce que les mêmes causes devront produire les mêmes effets cet été 2017 ?
Notre lieu d’accueil, communément appelé La Linière, a permis pendant des mois d’être un lieu de premier secours humanitaire, offrant ce temps de répit et de récupération à toutes celles et ceux qui avaient tant risqué et déjà tant perdu pour arriver jusqu’à Grande-Synthe - à défaut de pouvoir passer en Angleterre par Calais -
La Linière n’était pas « un point de fixation » Monsieur le Président, mais bien un point d’étape. Un lieu de transit sur la route de la migration qui pousse ces milliers de personnes  vers l’Angleterre.
Il n’a créé aucun « appel d’air » contrairement à ce qu’affirme votre ministre de l’intérieur, puisqu’ils étaient déjà 2 500 sur ma ville avant que je décide de la construction du site !
Il y avait, jusqu’en octobre 2016, près de 6 000 réfugiés à Calais alors que rien n’avait été conçu pour les accueillir.
Ils étaient plus de 3 000 à Paris avant qu’Anne Hidalgo ne décide courageusement de créer un lieu d’accueil à La Chapelle et à Ivry.
Ils sont aujourd’hui, comme hier, plus de 100 à Steenvoorde, dans le nord, alors que rien n’existe pour eux.
Évoquer l’appel d’air n’est que prétexte à l’immobilisme !
Un immobilisme ravageur sur le plan humain.
Un immobilisme mortifère.
Un immobilisme indigne de la France, patrie dite des « Droits de l’Homme et du Citoyen ».
Un immobilisme contraire à vos récentes déclarations à Bruxelles et à Versailles.
De mars à août 2016, nous avons avec l’aide de l’état, du  travail extraordinaire d’associations dévouées, des non moins remarquables ONG - Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, la Croix Rouge Française, Gynécologie Sans Frontières, Dentistes Sans Frontières - et des services de la ville, ramené le camp à une jauge « raisonnable» puisque la population sur le site est passée de 1 350 personnes à 700.
C’est le démantèlement de la Jungle de Calais qui est venu bousculer notre lieu d’accueil humanitaire et conduit à la fin que nous connaissons.
Je reçois aujourd’hui de nombreux témoignages, y compris de personnes antérieurement hostiles au camp, qui m’interpellent sur son rôle et son utilité pour tous ; les réfugiés évidemment, mais aussi les associations et à mots couverts les divers services de l’état qui voyaient dans ce camp un outil pour canaliser la pression et éviter ce que nous connaissons depuis sa disparition : l’étalement et l’éparpillement des migrants sur tout le littoral dans des conditions de vie indignes.
Expliquez-moi, Monsieur le Président, comment aujourd’hui peut-on prétendre contrôler quoi que ce soit, prévoir quoi que ce soit alors que ne prévaut qu’une politique de fermeté et d’intransigeance contre les réfugiés, secondée d’un mépris total envers les associations ?
Comment aujourd’hui pourrait-on se contenter de «disperser et ventiler» les réfugiés pour les condamner à errer sans but comme s’ils étaient par nature invisibles ?
Ces migrants, ces réfugiés ont tous une identité et une vie, Monsieur le Président.
Ils cherchent à Paris, Grande-Synthe, Calais, Steenvoorde ou ailleurs, un refuge.
Ne le voyez vous pas ? Ou peut-être ne le comprenez-vous pas ?
En les traquant comme des animaux, nous les transformons inévitablement en bêtes humaines.
On les traque de la sorte en espérant - peut-être ? - qu’ils craquent et commettent des méfaits qui justifieraient l’emploi de la force et les évacuations musclées. Vous pourrez alors, en bout de course, l’affirmer avec pédagogie – démagogie ?-  «  On vous l’avait bien dit ! »
Nous serions ainsi condamnés à l’impuissance et au cynisme en évitant de construire des lieux d’accueil humanitaires parce qu’ils provoqueraient « un appel d’air inévitable » ? Nous devrions choisir l’aveuglement, changer le prisme de notre conscience objective pour ne simplement plus voir ceux qui reconstituent des campements aujourd’hui, et demain, c’est certain, des jungles ?
Préfère-t-on les « jungles » à des lieux d’accueil humanitaires dans notre République française du 21ème siècle ?
Préfère-t-on nier les problèmes et s’en remettre à des recettes qui ont déjà toutes échouées ?
Préfère-t-on réellement bloquer ces migrants en Lybie, où la plupart d’entre eux se font violer ou torturer, loin de nos frontières et de nos yeux bien clos ?
Monsieur le Président, vous avez déclaré récemment à Bruxelles : « la France doit se montrer digne d’être la patrie des Droits de l’Homme en devenant un modèle d’hospitalité ».
Au même moment, votre ministre de l’intérieur fustigeait les associations à Calais en leur demandant « d’aller faire voir leur savoir-faire ailleurs ! ».
Ces discours étrangement contradictoires ne peuvent perdurer.
Mettez vos déclarations en actes !
Le gouvernement a choisi délibérément de tracer une frontière invisible, une ligne de démarcation organisant d’un côté la prise en charge des réfugiés via les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) et laissant à l’abandon de l’autre côté, sur le littoral des Hauts de France, à la fois les migrants et les collectivités.
C’est, je vous l’écris Monsieur le Président, honteux et inacceptable !
J’ai croisé sur le lieu humanitaire de la Linière, bien des destins ; des destins meurtris, blessés mais toujours dignes.
D’aucuns diront peut-être que ma vision est « angélique ».
Je sais mieux que quiconque que La Linière était loin d’être parfaite. Mais notre lieu d’accueil était à l’époque la seule et indispensable réponse à l’urgence.
J’ai toujours soutenu depuis leur création la constitution de centres d’accueil et d’orientation et j’ai défendu les mérites de ces dispositifs dans tous mes déplacements ainsi qu’auprès de mes collègues maires.
Nombre d’entres eux témoignent d’ailleurs de la richesse qui en découle. Lorsqu’ils en ouvrent sur leur commune, tout se passe merveilleusement bien, avec les réfugiés, comme avec la population locale. En dépit quelquefois de manifestations préalables à l’annonce de l’ouverture des CAO.
Il faut les multiplier, les renforcer, asseoir davantage les fonctions d’accueil et d’orientation avec l’aide des associations, des citoyens locaux, plutôt que de s’en servir comme de lieux permettant d’y repousser les réfugiés.
Je souhaite que nous construisions une répartition territoriale du dispositif national d’accueil dans lequel le littoral Côte d’Opale devra aussi prendre sa part. Nous pourrons y créer des lieux d’accueil et de transit dans lesquels, celles et ceux qui arrivent sur le littoral, comme c’est le cas à Paris, se poseront quelques jours et réfléchiront à la suite de leur parcours. Car tant que l’Angleterre sera là, à portée de vue des falaises, des réfugiés voudront s’y rendre. - Et à cela, vous ne pourrez rien changer -.
Grande-Synthe est prête à accueillir dignement, à la hauteur d’un lieu dimensionné et respectueux des lois et des personnes y séjournant. Nous avons ici ou à Paris démontré que cela était possible, à la condition que l’Etat nous accompagne.
Il faudra que vous persuadiez d’autres maires d’accepter d’ouvrir des lieux, en les accompagnant financièrement au titre d’une «péréquation humanitaire ». Quelle magnifique mesure ce serait là ! Une mesure chargée de symbole !
Il faudra aussi, Monsieur le Président, réformer le droit d’asile, rendre plus rapide l’examen des demandes et élargir la notion de protections, alors que les procédures sont aujourd’hui décourageantes et malsaines.
Enfin parce que cela est une exigence absolue, nous devons tout faire pour lutter contre les réseaux de passeurs, comme je l’ai fait à Grande-Synthe. Je réaffirme au passage, que ce ne sont pas les lieux d’accueil qui favorisent les réseaux de passeurs, mais bel et bien les frontières, les murs, les barbelés et les garde-frontières que l’on multiplie qui donnent naissance à ces réseaux mafieux. Depuis toujours.
Il faudra donc, au-delà des réponses répressives de la police et de la justice, assécher ce trafic intarissable en créant des corridors humanitaires entre l’Europe et les pays de départ, aux frontières de ces pays, et accorder beaucoup plus de visas humanitaires. Visas qu’il faudra rendre européens.
Monsieur le Président, il fut un temps où la France a tristement organisé 54 000 traversées de l’Atlantique pour transporter 13 millions d’esclaves.
Il est venu l’heure de laver cet affront historique aux yeux du monde, en organisant un accueil avec le minimum d’hospitalité et de dignité qu’exige la vie de tout être humain. A fortiori dans ce beau pays qui nous/vous a été confié, où constitutionnellement «Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».
Vous allez sortir un nouveau texte fixant de «nouvelles» directives, élaborer un «nouveau» plan. Un de plus. La liste est pourtant tristement longue.
Le problème, Monsieur le Président, c’est qu’aujourd’hui, la France est sur-administrée par des textes, et bien trop sous-administrée en moyens.
Il faut poser des actes.
Des actes audacieux.
Des actes courageux.
Dans l’espoir sincère que vous aurez le courage d’entendre ce que je tâche de vous écrire dans cette longue lettre et dans l’attente impatiente de vous lire,
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.


Damien CAREME
Maire de Grande-Synthe