mardi 30 mai 2017

Il n'est plus que deux forces politiques


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 29 mai 2017. Note 72 à J-14 et J-21.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


On peut « amuser la galerie » tant qu'on veut, « faire du buzz », commenter plutôt qu'analyser, il n'en reste pas moins que la situation politique se résume à une opposition entre les libéraux, réunis dans toutes leurs diversités, et les autres : « les partageux ». Les tenants de la mondialisation libérale contre les tenants de la mondialisation solidaire en quelque sorte. C'est brutal ! On se croirait revenu au temps de « la lutte des classes », me dira-t-on. Eh bien oui, mais il ne s'agit pas, cette fois, que de classes. Nous sommes plongés dans un différend planétaire : l'avoir contre l'être.


1 - Quel que soit le résultat des législatives, deux conceptions du monde et des relations entre les Terriens s'affronteront, et ce n'est qu'un début.
Avoir ou être ? L'antithèse posée par Erich Fromm n'est pas nouvelle. Gabriel Marcel, dès 1935, dans une étude philosophique restée célèbre, soulignait que « Plus nous nous identifions à nos possessions, plus nous sommes en proie à une sorte d'esclavage incompréhensible et intolérable ». Pour Erich Fromm, du choix que l'humanité fera entre ces deux modes d'existence dépend sa survie même.
Cf. Erich Fromm, Avoir ou être ? Un choix dont dépend l'avenir de l'homme ,éditions Poche, 1er mars 1996.
Cf. Gabriel Marcel, Être et avoir, éditions universitaires, Paris, 1935, réédité en 1991.

Cette simplification de l'affrontement politique a de quoi étonner. Nous pensions que, la complexité des relations humaines, étendue à la planète tout entière, nous éloignerait des bipolarisations mais il n'en est rien. Quelle qu'en soit les formes, le rapport entre les dominants et les dominés, entre les possédants et les « possédés », bref entre les riches et les pauvres, détermine, encore et toujours, les conditions de vie des humains. Nous ne sommes ni égaux, ni semblables, ni frères, ni voisins, ni prochains dès que ce qui est en jeu est le pouvoir par conséquent l'argent et la force.
Les inégalités dépassent tout ce qu'on a connu et la loi du plus fort régit les relations entre les peuples mais aussi au sein des peuples. Bref, il y a conflit planétaire entre ceux qui ont et ceux qui sont. Mon hypothèse est que « la révolte de Gaïa » qui n'est pas une conscience de la Terre passant à l'action pour se venger des blessures qu'on lui inflige, mais la résultante violente des erreurs que nous avons commises, depuis que nous ne savons plus contenir nos appétits de profits, relance notre prise de conscience sous la pression d'un sentiment d'urgence. Il n'est plus que deux voies possibles : celle qui tue, où nous sommes poussés (posséder, s'enrichir et accumuler) et celle qui laisse ouvertes les portes de la vie (partager, mettre en commun et donner).
C'est sous cet éclairage qu'il faut se placer pour juger de la situation électorale en France et ailleurs. Une minorité de possédants ne peut maintenir sa domination ad vitam aeternam ! La démocratie est un moyen ce n'est pas une fin. Elle peut être détournée et elle l'est. Etienne de la Boétie l'a montré et l'a dit : « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres »  Le mode de scrutin, tant pour les législatives que pour les présidentielles, est conçu de façon à convaincre les électeurs de voter pour leurs tyrans ? Notre servitude est volontaire parce que nous croyons que notre intérêt est de marcher dans les pas du Prince. En 2007, Nicolas Sarkozy avait gagné la bataille idéologique : en convaincant un majorité de Français que l'on peut gagner plus en travaillant plus. On sait ce qu'il en est advenu ! Emmanuel Macron est en passe d'user d'un autre stratagème idéologique, tout aussi pervers : dépassons le clivage gauche/droite, dit-il et nous réussirons tous ensemble. En un mot comme en cent, ne croyons pas à la fable qui ferait passer les loups pour des moutons ! Le toujours actuel La Fontaine avait déjà prévenu dans la morale de sa fable  Les Loups et les Brebis ( Livre III, fable 13) :

La paix est fort bonne de soi :
            J'en conviens ; mais de quoi sert-elle
           Avec des ennemis sans foi ?

2 - Qui sont, de nos jours, « les ennemis sans foi » dont parle La Fontaine
Un ennemi n'est pas nécessairement un mauvais homme. C'est seulement le contraire d'un ami. Il est celui qui ne peut vous aimer car il est, de fait, votre rival. Ses intérêts ne sont pas les vôtres ! On ne peut « aimer son ennemi » que lorsqu'on est persuadé que les divergences, une fois comprises et les buts redéfinis, des convergences peuvent apparaître. L'histoire nous enseigne que l'ennemi héréditaire peut devenir un véritable ami.

L'opposition entre les 1% les plus riches et les 99% des autres humains est brutale. L'ONG Oxfam avait prédit que les 1% posséderaient plus que le reste du monde en 2016. Cette prédiction s'est en fait réalisée dès 2015, un an plus tôt ! « 62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale », c'est-à-dire plus que 3,6 milliards d'individus sur la planète. Elles étaient encore « 388 il y a cinq ans », affirme l'ONG. Même si la méthode de calcul peut être contestée, elle va dans le même sens que d'autres, utilisant d'autres démarches et qui montrent, elles aussi une concentration des richesses aux mains d'un petit nombre. Qui ne trouve rien à redire à cela ou qui, pire, le considère comme inévitable et « dans l'ordre des choses », est un ennemi de l'humanité.

Là est la césure, là est le clivage. Les siècles s'écoulent et il n'est apporté aucun remède à cette injustice historique et qui va s'aggravant. Nos ennemis sont, dès lors, ceux qui prospèrent dans un monde fait pour eux. Ne perdons pas notre temps à les haïr. C'est inefficace. Peu importe, dans ces conditions, les joutes électorales, ce qui compte, c'est de savoir où l'on se place. Voter, ensuite devient plus simple. Il suffit de ne pas se trahir soi-même. Et si un choix n'est pas offert qui porte au moins une partie de ce qu'on pense, et surtout qui échappe aux diverses candidatures néo-libérales, il convient de s'abstenir ou de ne utiliser des bulletins sans valeur.

3 – Les législatives sont elles, d'ores et déjà, bouclées et « macronisées ?
Ce serait à craindre si ... Si la France n'était pas la France, c'est-à-dire le pays de l'incertitude et de l'imprévisibilité. Tout est certes fait, dit, et mis en images pour donner à penser que, législatives ou pas, « nous en avons pris pour cinq ans » ..., au moins. Après une période de calme et de silence, les professionnels du conditionnement de l'opinion se sont remis au travail. Et c'est reparti :
# Pour quoi voter puisque Macron a gagné ? Les députés n'ont qu'à lui donner de quoi agir !
# Nous avons, enfin, un vrai Président « à poigne » : on l'a vu, face à Trump ou Poutine.
# Les Français sont légitimistes : La République en marche ne peut donc que l'emporter.
# Sa victoire est sûre : 300 députés ou plus. Seule nous manque l'ampleur de la majorité.
# Les Républicains devraient limiter les dégâts avec150 sièges environ.
# À potentiel électoral égal, le FN et la France insoumise auraient de 20 à 30 sièges ...
On pourrait allonger la liste. Et pendant ce temps, du Louvre à Versailles, Macron s'intronise ... Ne lui manque plus que le sacre en la cathédrale de Reims ! La République royale a retrouvé (pour combien de temps ?) son lustre et ses ors. C'est anachronique ? Qu'importe. Il faut réussir le spectacle avant le 18 juin. Après on avisera : qui a le pouvoir a les mains libres, croit-on.

Soyons réalistes. Nos institutions auront permis que, sauf surprise, les oppositions contradictoires (le Front National et la France Insoumise) soient marginalisées. La République en Marche - Modem et « Les Républicains » ( ces derniers ayant la même philosophie politique libérale que le Président) finiront par s'entendre. Ils disposeraient (si l'on suit les sondeurs) de 300+150 = 450 députés sur 577, (la majorité absolue se situant à 289 sièges ...). Aux autres les miettes ...

Faut-il pour autant se résigner ou attendre du ciel ce qui ne sortirait pas des urnes ? Sûrement pas ! Le renouvellement attendu (206 députés ne se représentent pas et 362 se représentent - sans être tous certains d'être réélus) n'est pas négligeable et va engendrer un temps d'adaptation voire des perturbations. Mais, surtout, les questions posées à tout le pays, et pas au gouvernement seul, ne vont pas disparaître. Au contraire, elles vont ressurgir et la majorité néo-libérale « multi composante », n'est pas équipée pour les traiter. Les principales me semblent être :
• Le réchauffement climatique dont les productivistes du monde entier n'ont cure (et pas seulement Donald Trump) ! L'accord de Paris sans une volonté politique très forte est mal parti.
• Le recul du nucléaire civil en période de fin de vie de plusieurs centrales. Arrêter et démanteler Fessenheim ne suffit pas. Le rôle du nucléaire en Europe, dans l'Union et hors d'elle (comme le vote de la Suisse le révèle) n'est plus à considérer du seul point de vue français.
• De quelle Europe voulons-nous ? Le débat avorté des présidentielles va reprendre. Une Europe dominée par l'Allemagne et la France, n'ayant d'autre ambition que son avenir économique, perdra le soutien des peuples qui la constituent. La citoyenneté européenne est à repenser.
• La France est désormais, en Europe, la seule puissance militaire dotée de l'arme nucléaire. Au moment où l'ONU prépare un traité d'interdiction des armes nucléaires, il est temps de sortir l'Europe, donc la France, des zones nucléarisées. Les 9 États dotés de la Bombe ne peuvent tenir l'avenir de la planète entre leurs mains !
• La réforme du droit du travail effectuée par ordonnances ne peut se faire sans un abandon de notre modèle social mis en place à la Libération. C'est ce que veut le patronat. C'est ce à quoi il faut s'opposer et pas uniquement au Parlement !
• Le recours aux scrutins proportionnels fait partie de notre approbation du projet européen, tout comme l'abolition définitive de la peine de mort. Ce ne sera pas une question de « dose » mais d'effectivité. Il y va de la démocratie elle-même.
• La venue de nouveaux arrivants, au péril de leurs vies, fuyant le malheur, la guerre, la famine, ne peut plus être traitée comme une gestion de flux migratoires. Les réfugiés nous montrent à quel point s'est installé un désordre sans nom sur une planète qui peut nourrir tous les Terriens. Les réfugiés climatiques vont augmenter encore le nombre des familles en fuite.

Sans en dire plus (on le pourrait !), on se rend compte que s'ouvre une période politique déterminante où il ne s'agit pas seulement de voter ! Habiter la Terre n'est plus la juxtaposition de populations résidant dans des États-nations. Le monde dans lequel nous sommes entrés, sans toujours l'avoir voulu, rend nos soucis locaux secondaires, même s'ils sont restés, à nos yeux très importants. Les législatives se situent dans ce contexte. Il faut y prendre part pour tenter de freiner la dérive libérale, mais la mutation de civilisation va bien au-delà. Et c'est, peut-être, la grande utilité de la période électorale que traverse la France. Nous avons à nous adapter à une réalité mondiale qui nous oblige à sortir des fausses évidences dont se sont nourris et qu'ont propagé les dirigeants politiques de notre pays depuis (cela devient, historiquement de plus en plus flagrant) ... la guerre d'Algérie.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux