mardi 2 mai 2017

Mélenchon est-il un un apprenti sorcier ?


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 1er mai 2017. Note 53.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture complète des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Que d'enseignements cette campagne électorale hors normes nous aura apportés ! Chaque jour qui passe amène ou sa surprise ou un apport inattendu qui donne à penser.


1 - Edwy Plenel nous alerte à son tour.
Après Nicolas Hulot, c'est le tour d'Edwy Plenel. Les deux hommes nous rappellent que nous n'allons pas sortir d'une conjoncture politique difficile mais y entrer. L'un, Hulot, souligne cette évidence qui nous est cachée : les deux questions universelles et majeures qui vont s'imposer, c'est l'extrême urgence écologique et l'ampleur insupportable des inégalités. L'autre, Plenel, démontre que le désastre pour la France est proche et qu'il est grand temps d'écarter le péril nationaliste qui conduit à la guerre (civile et externe.)

Nous voici d'accord avec leurs diagnostics. Faut-il, pour autant, comme eux, nous en remettre à Macron pour échapper à ces périls ? Il nous est rabâché : il n'y a pas d'autre choix ; il faut d'abord écarter Le Pen et le FN et donc voter Macron. Nous voici tellement dépendants d'un système électoral majoritaire et bipolaire qu'il n'y aurait plus de voie autre que celle qui nous impose de passer par où nous ne voulions pas aller !


2 - Y a-t-il un risque réel d'élection de Marine Le Pen ?
Tout repose sur une appréciation des rapports de force au doigt mouillé : ou il y a un danger d'élection de Marine Le Pen ou il n'y en a pas. Ceux qui ont peur sont prêts à tout pour éviter l'arrivée du FN à l'Élysée. Ceux qui veulent davantage (détruire les causes mêmes du succès du FN) pensent que les 65% de Français qui n'ont voté ni le Pen ni Macron au premier tour auraient quelque chose à dire si on leur laissait la possibilité de le dire. Mais le fait est que cette possibilité n'existe pas : les institutions de la Vème République et surtout son organisation électorale l'interdisent !

C'est là que la mise en cause politique de Mélenchon qui voulait, comme Hamon, en finir cette fausse République, commence à faire question. Le leader de la France insoumise, qui n'est pas un novice en politique et à qui l'on peut adresser des reproches du fait de sa personnalité solitaire, n'en est pas moins clair et lucide. Il ne croit pas une seconde au danger actuel du FN mais il est convaincu que, sans éradication des politiques qui l'entretiennent, nous nous retrouverons confrontés, encore et encore à ce nationalisme outrancier.

« Une règle s’imposera, Mesdames et Messieurs : le nationalisme, c’est la guerre » avertissait Mitterrand, lors de son dernier discours de Président en exercice, devant le parlement européen, le 17 janvier 1995, un an avant sa mort ! Or cet avertissement nous ne l'avons pas entendu car le nationalisme, la France le porte en elle depuis bien longtemps et l'entretient. Le Front « National » s'en est saisi et s'en nourrit. Y mettre fin ne se fera pas sans un bouleversement politique institutionnel que Macron est incapable d'accomplir ne fut-ce qu'à cause de tous ceux dont il s'est progressivement laissé entourer afin de triompher.

Quand on se fie à sa propre analyse, on n'est pas sûr d'avoir raison, mais mieux vaut suivre son chemin que celui qui apparaît tout tracé. À la réflexion, j'estime qu'il n'y a pas de risque réel d'élection de Marine Le Pen. Il sera déjà assez douloureux de la voir atteindre peut-être, voire dépasser, les 40% !


3 - Peut-on encore sortir du blocage institutionnel de la Vème République ?
Cette question, dont tout dépend, sera-t-elle enfin posée à l'occasion des législatives ? On voudrait le croire. Toujours est-il que Mélenchon, qu'il réussisse ou échoue, est le seul à pouvoir réunir les forces capables de rendre le sujet incontournable. Pourquoi alors est-il tellement discrédité ? Parce qu'il aurait failli en ne s'alignant pas sur la longue liste des partisans de Macron ou bien plutôt parce qu'on craint  qu'il ne réussisse en juin, à changer la règle du jeu ?

La difficulté tient toujours, en politique, à cette contrainte : ce n'est pas avec celui qui est sans reproches qu'on doit avancer. Je le dis donc sans détour : il importe de fixer sa priorité avant de s'associer avec l'organisation qui peut la faire progresser. Mélenchon est apparu faible, le soir du 23 avril, tant sans doute était grande sa déception. Il porte ce moment de défaillance comme un fardeau. Faut-il lui en vouloir au point de se détacher de lui en tant que porte-parole de ce qui reste de la gauche présentable ? Ma réponse est non. Nous avons besoin de lui avec ses qualités et ses défauts. On peut suivre (un moment) Mélenchon sans être « mélenchonniste » !

Il veut et toute La France insoumise avec lui, changer la Constitution, débloquer la République que beaucoup savent parvenue au terme de sa cinquième phase historique. Le besoin d'un tel renouveau est si grand, si urgent qu'il faut jusqu'au bout en rechercher la possibilité même si les obstacles restent très élevés. Ce n'est pas la priorité de Macron qui devra son élection à cette opportunité électorale qui a additionné les avantages de la loi majoritaire et les déconvenues récentes des personnalités-phares de cette période bouleversante : de Sarkozy à Hollande, en y ajoutant Fillon, Valls et quelques autres... En voulant renverser le chaudron, Mélenchon a-t-il joué les apprentis sorciers ? Eh bien, je ne le pense pas. Il a eu le courage d'oser et tant que restera ne fut-ce qu'entr'ouverte la porte qui donne sur une France sociale et écologique, je ne lui enlèverai pas mon soutien, fut-il faible et lointain.


Ce n'est pas un premier Mai qu'on se résigne et qu'on se trahit soi-même. Cet anniversaire commémore les luttes historiques et parfois ensanglantées des travailleurs victimes de l'empire des puissants et des riches. À quelques jours du verdict électoral présidentiel, il faut continuer à suivre la voie du changement effectif qui reste visible à condition de porter loin le regard et de ne pas s'incliner devant les fausses évidences. Nous n'abandonnerons pas cette quête le 7 mai au soir, quoi qu'il arrive.



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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux