mercredi 3 mai 2017

L'unique et dernier débat de ce soir ne changera rien.


À l'approche du deuxième tour des présidentielles

Le point au 3 mai 2017. Note 55. À J-4.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture complète des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Sans attendre la soirée sur laquelle les médias « font du buzz », on peut déjà annoncer que, le spectacle mis à part, ce n'est pas l'affrontement télévisuel de ce soir qui peut rebattre les cartes !

1 - Tout a déjà été dit ou presque.
On sait qu'il faudrait un événement miraculeux pour que Marine Le Pen, à la traine dans tous les sondages, comble les quelques 20 points d'écart qui la séparent d'Emmanuel Macron.
On sait que Macron, le candidat de « l'extrême banque », est imprévisible et que, s'il veut exister en tant que Président, il ne pourra faire que ce que ses soutiens, apparus avant ou après le second tour, espèrent « et à droite et à gauche ».
Voir l'article que Jean-Claude Vitran présente et reproduit, (ci-annexé).
On sait que la vie politique française ne va pas faire la pause le 7 mai au soir !
On sait que les législatives aussi devraient changer les rapports entre le Parlement et le Président.
On sait que ... l'on ne peut savoir si la droite traditionnelle et la social-démocratie, mises à terre, vont pouvoir se redresser d'ici les 11 et 18 juin.
On sait que... l'on ne peut savoir si la gauche nouvelle, représentée par la France insoumise, va occuper tout le vide laissé par la défaillance du PS.
On sait que... l'on ne peut savoir si le FN va profiter de son élan présidentiel ou si, au contraire, il ne va pas pouvoir faire une entrée fracassante à l'Assemblée Nationale.
Bref, On sait encore si l'on s'informe sérieusement, que la peur de Le Pen est instrumentalisée aussi par ceux qui voudraient éliminer définitivement l'installation d'un alternative anticapitaliste en France.
On sait, enfin, qu'en perdant la mémoire de notre patrimoine politique et philosophique, on peut faire machine arrière et retourner vers les temps les plus sombres de notre histoire.
La grande Hannah Arendt nous avait pourtant prévenus : « Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal ». Dans : Responsabilité et jugement, éd. petite bibliothèque Payot, 2003, p. 79).

2 - Les trois choix des Insoumis.
C'est hier qu'a été a dévoilé, au cours de l'après-midi, le résultat de la consultation des militants de La France insoumise sur la conduite à tenir au second tour de la présidentielle. Il en ressort que les militants ont choisi aux deux tiers le vote blanc ou l'abstention.
36,12% des personnes consultées ont voté pour un vote blanc ou nul, 34,83%, pour un vote Emmanuel Macron et 29,05%, en faveur d'une abstention. 243 128 personnes sur 440 000 ont répondu à cette consultation. Bien entendu, on est loin des 7 060 885 suffrages qui se sont portés sur le nom de Mélenchon, mais seuls étaient consultés les membres de La France insoumise inscrits avant le 23 avril. Il s'agissait de la collecte des avis et pas de la recherche d'une consigne de vote.
Ce qui mérite d'être considéré dans la publication de ce résultat, c'est que le choix de Macron (possible) est minoritaire, celui de Le Pen (non proposé) forcément inexistant et que le choix de ne pas choisir est très majoritaire.
Cela n'affectera pas le résultat final de l'élection même si des voix pourraient se porter sur Macron plus que sur Le Pen. Ce qui va se mesurer, c'est la pesée que cette sensibilité politique va exercer sur le total des non exprimés. Et là, un enseignement politique pourrait être fourni sur l'ampleur du refus d'un choix plus contraint que libre !

3 - Une question s'ouvre, alors : voter blanc ou s'abstenir , est-ce efficace ?
Cette question est double. D'une part, comment donner sens à un refus de choisir quand le mode de scrutin exclut de tenir compte de minorités qui, rassemblées pourraient fournir une majorité ? (On l'avait déjà constaté, en 2002 quand Lionel Jospin, fut relégué en troisième position, alors que toutes les candidatures de gauche, ensemble, auraient fourni, au second tour, un total de voix majoritaire). D'autre part, quel est le meilleur moyen de rendre lisible et utile ce refus (quand, dans la masse des abstentions, ne peuvent être distinguées les abstentions politiques et les abstentions « sociologiques », mais aussi quand les bulletins blancs, même dénombrés, n'ont pas valeur de suffrages exprimés).
Il faudra bien considérer, un jour, quand, parmi les électeurs inscrits, les non-votants sont majoritaires, que l'élection est invalide. Des citoyens envisagent même d'ouvrir des bureaux d'inscription des abstentionnistes pour ne pas confondre les citoyens refusants avec les « pêcheurs à la ligne », autrement dit les citoyens dépolitisés. Plus : inscrire systématiquement tous les citoyens en âge de voter, sans obliger à s'inscrire en mairie - car les moyens d'y parvenir existent - et même sans rendre le vote obligatoire, on rendrait, alors, les votations plus crédibles. Il conviendra, en outre, évidemment, de renoncer au vote majoritaire à deux tours, comme dans le reste de cette Europe que nous ne voulons pas abandonner.
À quoi s'ajoute l'obligation de terminer l'opération de reconnaissance du vote blanc, commencée en 2014. Plus de 60 propositions de loi pour la reconnaissance du vote blanc ont été déposées devant l’Assemblée nationale au cours des 140 dernières années. Aucune n'a abouti si ce n'est celle, caricaturale tant elle est incomplète, adoptée le 21 avril 2104 et qui se résume à ceci : «  Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n'entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. Une enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc. » La proposition de fournir des bulletins vierges aux bonnes dimensions avait été repoussée par le Parlement. Les électeurs concernés doivent donc ou bien fournir eux-mêmes le bulletin, ou bien n'utiliser que l'enveloppe ( qui, devenue plate, ne permet guère de maintenir le secret de son vote au moment de la déposer dans l'urne !) On ne pourra en rester là !

In fine, cette élection 2017, même si elle ne débouche pas sur des changements à la hauteur de notre temps et de nos exigences démocratiques, va nous entrainer vers des remises en questions multiples. Mais ce ne sera un acquis que si nous nous en soucions activement.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux