mercredi 17 mai 2017

Des changements sans changement.


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 17 mai 2017. Note 64. À J-33.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 – Un mensonge subtil

8h. Tout change et rien ne change. Tout change pour que rien ne change. Nous avions souligné, dans une note précédente, cette formule célèbre qu'on retrouve dans le film de Visconti, Le Guépard, (Palme d'Or à Cannes, en 1963) : « Si nous ne nous mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change ».

Étrange similitude politique : les aristocrates (aujourd'hui les oligarques), les « guépards », (les fauves) comprennent que la fin de leur supériorité est désormais proche. Il est temps de faire accroire que tout va changer (sur la forme) afin qu'en fait, le même pouvoir continue à s'exercer (sur le fond). https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Gu%C3%A9pard_(film)

Nous sommes engagés dans cette opération de mystification politique ! Le comble est que nous pouvons nous satisfaire de ruptures avec le passé. Il est plus compliqué de saisir et de faire comprendre que, derrière ces décompositions provoquées, se cache ce que nous voulions précisément éviter : la présidentialisation du régime et le renforcement de ce qui s'oppose à la république véritable. Nous allions leur « fabriquer une république », la Sixième... Il fallait arrêter ça. C'est quasi fait...

Il faut dire que'à l'intelligence s'est ajoutée la chance. Marine le Pen était plus facile à vaincre que Fillon ou Mélenchon. En outre, elle faisait peur et représentait un danger réel. Il devenait, dès lors, plus aisé d'embarquer derrière Macron tous les anti-fascistes sincères.

Reste à payer le prix de l'opération : ceux qui ont mal jugé la situation se retrouvent « gros Jean comme devant ». Recitons La Fontaine, le plus politique de nos poètes :

On m’élit roi, mon peuple m’aime 
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant. —

Les Gros Jean se retrouvent, au sein du PS, restés sur le quai sans avoir pu prendre le train... « en marche ». Ils sont sans roi. On les compte, par milliers, par ailleurs, au sein de l'électorat dit « Les Républicains », pris à contre-pied, depuis hier, et amenés à soutenir celui qu'ils ont combattu. La droite parlementaire sortante ne s'est pas recomposée mais reconfigurée, en quelques jours et sans l'avoir voulu ! Elle devra se contenter d'un Premier Ministre aux ordres.

2 – Le triomphe de Juppé.

« L'habile homme que vela ! » se fut exclamé le Malade imaginaire caricaturé par Molière.
« L'habile homme que velà! - Oui, ça est si biau, que je n'y entends goutte ».
Le Médecin malgré lui, II, 4

Les gogos n'ont pas vu le coup venir. Fillon avait écrasé Juppé au cours des primaires de la droite et du centre. De Fillon, il ne reste pas grand chose en dépit de sa troisième place aux présidentielles. Mais Juppé a fait coup double : Le Premier ministre est proche de lui et la droite libérale en économie et dans les mœurs est installée. Il n'est pas à l'Élysée mais il est redevenu incontournable dans la majorité. Il peut même s'offrir le luxe de se réclamer encore des Républicains... Il est libre.

3 – Où se situe l'opposition si elle existe encore ?

Une fois débarrassé du FN qui n'a plus assez de dents pour mordre, des « Frondeurs » du PS qui ne savent plus que faire ni où aller après l'abandon dont ils ont été les naïves victimes, des minorités composites au sein des Républicains qui vont tenter, sans doute vainement, de créer un groupe parlementaire d'opposition nombreux à l'Assemblée nationale, que craint le nouveau « Chef de la majorité », Édouard Philippe ? Sans doute pas le PCF qui n'a plus de penseurs en son sein mais simplement des défenseurs des derniers et maigres acquis restant ? Sans doute pas les écologistes qui ont encore raté un train : ils ont, au moins autant que Hamon, rendu impossible la victoire de Mélenchon en choisissant, pour des raisons politiciennes, en quête de sièges, « le mauvais cheval ». Sans doute pas les petites formations de la gauche trotskyste qui n'auront même pas un siège au Parlement. Tout se résume, et c'est tragique, à un face à face entre la République en marche et ses alliés ou soutiens, d'une part, et La France insoumise et quelques personnalités qui lui sont proches, d'autre part. Droite nouvelle contre gauche nouvelle ?

4 – L'annonce de la composition du gouvernement est reportée à demain, mercredi, 15 heures.

C'est une information. Elle n'est pas critiquable car constituer une équipe composite prend du temps. D'autant qu'une erreur de « casting » serait sans doute politiquement préjudiciable au nouveau président lui-même. Comme nous n'attendons rien de ce gouvernement, rien du moins qui réponde à nos vœux, nous nous en tenons à notre analyse : ce ne sont pas les personnes que nous désapprouverons mais ce qu'elles représentent et la politique qu'elles se préparent à mettre en œuvre. Sachons attendre.

24 heures plus tard : mercredi 15 heures sur le perron de l'Elysée :

5 – La composition d'un gouvernement sans doute provisoire rend évidentes nos suppositions.
18 ministres dont 9 femmes :
Gérard Collomb, ministre d’État, ministre de l’intérieur ;
Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la transition écologique ;
François Bayrou, ministre d’État, garde des sceaux ;
Sylvie Goulard, ministre des armées ;
Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères ;
Richard Ferrand, ministre de la cohésion des territoires ;
Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé ;
Françoise Nyssen, ministre de la culture ;
Bruno Le Maire, ministre de l’économie ;
Muriel Pénicaud, ministre du travail ;
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale ;
Jacques Mézard, ministre de l’agriculture et de l’alimentation ;
Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics ;
Frédérique Vidal, enseignement supérieur ;
Annick Girardin, ministre des outre-mer ;
Laura Flessel, ministre des sports ;
Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique chargée des transports ;
Marielle de Sarnez, ministre chargée des affaires européennes ;

Quatre secrétaires d’Etat, dont eux femmes, ont aussi été nommés :
Christophe Castaner : chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement ;
Marlène Schiappa : chargée de l’égalité des femmes et des hommes ;
Sophie Cluzel : chargée de personnes handicapées ;
Mounir Mahjoubi : chargé du numérique.

Qu'en penser ? À première vue, peu de surprises...

Sur la parité : rien à dire, C'est positif

Sur la prime aux ralliés : la ficelle est grosse mais peu solide ! Collomb, Le Drian, Ferrand, ex-socialistes, sont adoubés. Les rejoignent : Le Maire ou Darmanin issus des Républicains. Fondus dans la même équipe, ces libéraux n'auront aucun mal à s'entendre. Ils seront vivement critiqués par les dirigeants des partis qu'ils ont abandonnés, mais en vain. Les « centristes », de Bayrou à de Sarnez, se révèlent pour ce qu'ils sont : un peu au centre, beaucoup à droite. Rien de neuf.

Sur l'arrivée de Nicolas Hulot, il y a plus à dire. Il a conseillé Chirac comme Hollande. Il maîtrise son sujet. Il croit pouvoir agir avec efficacité (n'est-il pas Ministre d'État ?) Je crains que sa déconvenue ne soit grande, très grande. L'écologie est incompatible avec le libéralisme économique. Hulot le sait. Il l'a écrit. Il n'a donc pas sa place dans ce gouvernement des riches. Qu'est-il allé faire dans cette galère ? Car c'en est une ! Il va lui falloir avaler plus de couleuvres qu'il ne peut en digérer. Ou bien il se renie ou bien il sera remercié. On peut vouloir se sacrifier sur l'autel de la protection de la planète mais, en politique, tout est rapport de force et, autour de lui, ses collègues ne ne lui faciliteront pas la tâche. Pire, ils travailleront à son échec. Pour les écologistes la déception est énorme. De fait, Hulot se porte caution de la politique que les candidats d'En marche vont aller défendre dans les préaux. Va-t-il battre les estrades pour les soutenir ? Ce serait ajouter la trahison à l'erreur ! Ce brillant acteur de l'écologie mise en pratique, ne mérite plus, à mon sens, notre confiance. Il se trompe ou nous trompe.

Sur le reste : il faut se donner le temps de mener plus loin l'analyse après avoir digéré les mauvaises nouvelles. Car il n'y a pas que la « capture » de Hulot qui est navrante. L'équipe resserrée, certes, mais peu consistante, n'est pas à la hauteur des enjeux annoncés. Il serait sot de se réjouir de la faiblesse de nos adversaires. Nous sommes avertis : tout ne sera que manœuvres et débauchages. Le chef d'orchestre connaît bien la musique apprise dans les palais de la République.

Ce jour marque un départ. Le « vieux monde » a vite repris du poil de la bête. Nous n'avons rien d'autre à faire que de résister donc de nous insoumettre !


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux