vendredi 12 mai 2017

Il n'est pas de changement possible sans résistance


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 12 mai 2017. Note 60. À J-37.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


1 - La résistance précède et motive les changements.
Il n'est pas de « changement dans la continuité » contrairement à ce que scandait Georges Pompidou, en campagne pour son élection. Quant au « changement maintenant » de François Hollande, on sait ce qu'il en est advenu... Nous avons quelque fierté à avoir donné à notre blog le nom de Résistance et Changements. Il ne faut pas confondre le changement des apparences et les changements qui permettent de mieux vivre. Qui veut le plus intensément des changements sinon chacun de ceux qui subissent des conditions d'existence difficiles voire douloureuses ?
Comme nous l'avons précédemment rappelé, il y a grand danger quand « tout change pour que rien ne change » ! Ce n'est pas seulement de la littérature ou du cinéma : on peut tromper le peuple en lui donnant à croire que des changements (en bien) vont survenir, alors que la volonté politique de conserver et maintenir (quitte à lâcher un peu du lest qui alourdit le quotidien des modestes) ne change pas, elle !
Ce ne sont pas seulement les exploités qui ont à résister mais aussi tous les citoyens attachés à une pratique démocratique réelle : sinon rien d'important  ne peut changer. C'est notre conviction et elle n'est pas à confondre avec la passion politique qui aveugle. L'hostilité à l'encontre des personnes n'est pas efficace. Nous ne sommes pas confrontés à la personne d'Emmanuel Macron mais à sa politique qui ne saurait apporter les changements sociaux et écologiques, dont la France a le plus urgent des besoins.

2 – La recomposition est un changement de ... position !
Quand la droite n'est plus à droite et la gauche n'est plus à gauche, c'est que les repères idéologiques et les paradigmes qui nous étaient utiles sont devenus obsolètes. Le paradigme est, dit le Grand Robert, « un ensemble de notions, de réalités, ayant un sémantisme commun », autrement dit, ce qui change c'est le sens même de la politique. Ce que nous appelions gauche s'est scindé : les néo-conservateurs qu'on trouve dans l'ex-parti socialiste rejoignent les « macroniens » qui ont compris que la droite parlementaire et traditionnelle n'était plus opérationnelle. Restent ceux qui auront également à faire un « aggiornamento » que je voudrais populaire et écologique. Ce que nous appelions droite cesse d'être principalement tourné vers le passé et le traditionalisme. Pour conserver, il faut changer. L'essorage des vieux partis est, en même temps, un renouvellement, un rajeunissement de l'encadrement politique du pays mais sans modifier, bien sûr, le pouvoir de domination. L'intérêt de la période historique que nous traversons, c'est qu'elle va permettre de remettre chacun à sa place : les nantis avec les profiteurs, les citoyens du monde avec les créateurs.

3 – La problématique Valls
Qui voudra de lui, à présent ? Il entre désormais dans un isolement auquel même une réélection (non assurée) ne lui permettrait pas d'échapper. Le voici à l'arrêt : ni « en marche », ni membre ayant autorité dans un parti où il n'a plus rien à faire puisqu'il en a signé le bulletin de décès avant même qu'il soit effacé de la vie politique ! Le piège qu'il avait lui-même tendu se referme sur lui : être socialiste et libéral sera bientôt intenable.
Il faut bien reconnaître qu'il rend service à ceux qui, « à droite comme à gauche », voulaient une clarification. Il n' a jamais caché sa pensée : le parti socialiste devait cesser d'être socialiste. Manuel Valls sera allé au bout de sa logique. Il fut dur et sincère ; le voici en échec, mais pas encore défait. Il a détruit la candidature de celui qui l'avait vaincu : Benoît Hamon. Il est entouré d'assez de soutiens et de proches pour pouvoir continuer de tenter de regrouper tous « les socio-libéraux Macroniens compatibles ». Il a osé ; il a perdu ; c'est une bonne nouvelle politique mais lui, au moins, aura agi à visage découvert. Puissent tous les petits Valls qui ont, tout autant que lui, trahi leurs propres convictions de jeunesse, disparaître à leur tour. Il n'y faudra qu'un peu de temps.

4 – J-L Mélenchon peut-il atteindre son objectif et la France « insoumise » le restera-t-elle ?
Jean-Luc Mélenchon n'est pas passé aussi prêt du but, car lui aussi aurait vaincu Marine Le Pen, pour renoncer maintenant alors qu'il sait que la partie n'est pas terminée. Il lui faut donc prendre de nouveaux risques. Il reste dangereux aux yeux des nouveaux maîtres de l'État et il subira, de la part de médias aux ordres, les pires avanies. Il n'abandonne pas son objectif et ceux qui l'entourent pas davantage : mettre fin à l'influence politique de ceux, quels qu'ils soient, qui n'ont plus rien à dire au peuple.
Faire exister, au Parlement, une force qui ne doive rien au PS ni au PCF (ni même aux Verts d'EELV qui n'ont jamais pu s'extraire de l'influence dominatrice du PS) : tel est le projet, ambitieux et difficile, mais encore à la portée de ceux qui sont convaincus qu'hors de la voie socio- écologique, il n'y a point d'avenir pour ceux qui sont issus de « la gauche » ».
Tout sera dit le 18 juin. La réussite personnelle de Jean-Luc Mélenchon n'est plus en question puisqu'il ne sera pas président de la République. On ne pourra plus lui faire le reproche d'agir pour lui-même. Par contre, lui enlever sa capacité à exprimer une politique nouvelle et claire serait, de la part de ceux qui ne vivent que de critiques, d'une imprudence considérable. Si l'on veut que tout ne soit pas broyé par la mécanique présidentielle (FN, Républicains, PS, PCF et EELV...), il ne suffit pas de passer des accords d'appareils pour limiter le dégâts, encore faut-il avoir un projet à proposer et la capacité de l'exposer. Dès lors, on voit mal comment, en dehors de la France Insoumise, faire exister une alternative crédible.
Est-ce que ceux qui ont mis leurs espoirs dans cette dynamique ayant créé la surprise vont en rester solidaires ? La réponse dépend de « la chute de potentiel générale » qui pourrait encore aller alourdir l'abstention. Pourtant, si ce découragement ou ce désintérêt suivant souvent l'élection présidentielle était moindre du côté de la France Insoumise, alors, une surprise supplémentaire peut survenir. L'insoumission déterminée et paisible a besoin d'être régénérée, circonscription par circonscription. Ce n'est ni acquis ni invraisemblable. À nos yeux, là se situe le changement possible..

***

Soyons loyaux et lucides autant que sévères : ni le PS, ni le PCF, ni EELV, (qu'ils soient séparés ou réunis, par-ci par-là, pour la circonstance électorale des seules législatives), ne sont en capacité de faire face au flux de la République en Marche. Le système électoral majoritaire à deux tours aidant, ils risquent d'être étrillés. Et ce d'autant que nombre de déçus de la droite parlementaire sortante, vont venir, en partie, gonfler le stock des voix que va rassembler cette droite présidentielle, supplétive et rajeunie (laquelle entend bien, par séduction et grâce à la complicité des ralliés, aller piller les nids « et de droite et de gauche ».)

Même les centristes qui ont cru pouvoir tirer parti du rapprochement de François Bayrou et d'Emmanuel Macron en sont à découvrir qu'ils peuvent être floués. Les 577 places de députés ne suffisent visiblement pas à satisfaire tous les appétits et le partage se fait dans la douleur.
Quant au FN, affecté par la défaite de Marine Le Pen et déjà divisé, ses dix millions de voix ne lui permettront pas d'obtenir mieux qu'un groupe parlementaire de faible effectif, s'il l'obtient. Sans proportionnelle, il verra, au second tour, se rassembler contre lui, tous ceux qui le rejette, comme aux régionales ( ce dont, à notre sens, il ne faut pas se réjouir trop vite car l'injustice de la représentation reste une injustice qui se paie un jour, même quand ce sont nos pires adversaires qui en sont les victimes).

Bref, que cela nous convienne ou non, à ce jour, de résistance il n'y aura que celle qu'organise La France insoumise appuyée sur les 7 millions de voix qui se sont portées sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Nous espérions mieux, notamment du côté des socialistes restés socialistes et des écologistes qui ont enfin compris, j'espère, qu'ils ont perdu l'appui d'un PS résiduel qui sait qu'il joue sa survie et qui a donc d'autres chats à fouetter que de se préoccuper de la survie de quelques parlementaires encombrants. Les idées convergent plus vite que les organisations : les Hamon, Mélenchon et Hulot (qui d'autre que ce dernier, dans la mouvance verte, dans et hors du parti EELV, peut définir un objectif écologique attirant ?) ne peuvent qu'emprunter la même voie s'ils ne se renient pas. Cela nous semble inéluctable.




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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux