samedi 20 mai 2017

La France que nous aimons n'est pas en marche.


Les législatives, inséparables des présidentielles

Le point au 19 mai 2017. Note 66 À J-31.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 18 juin. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Le vieux monde veut remettre la Ve République en marche. Ce n'est pas notre attente  et c'est notre premier grief à l'encontre du nouveau gouvernement. Au moment même où commençait à s'exprimer, dans le pays, la prise de conscience de nombreux citoyens relative à l'obsolescence et la nocivité des institutions qui font de la France un modèle politique périmé, ne voilà-t-il pas qu'on nous ressort la monarchie républicaine satisfaisant les amateurs de spectacles politiques. Jeunes ou pas, les ministres et le Président n'en finissent pas de nous chanter de vieilles rengaines. Ils se trompent de siècle ! La France que nous aimons doit se rénover et ne plus se considérer comme une grande puissance au-dessus des autres !

1 - Le système électoral français est dépassé et il nous isole en Europe. Nous le constatons.
Il faudrait, nous dit-on, nous montrer plus européens ! Soit. Eh bien commençons, comme dans la plupart des pays voisins, par l'abandon de notre système électoral antidémocratique qui repose sur la désignation, pour les élections nationales, au suffrage universel, uninominal, majoritaire, à deux tours, du Président et des députés, avec élimination des candidats qui ne sont pas parvenus à se placer en tête.

– Car l'élection présidentielle guillotine tous les candidats autres que les deux premiers arrivés ! Au second tour, fussent-ils très proches les uns des autres par leurs résultats, trois (comme en 2002) ou quatre (comme en 2017) candidats ne sont pas tous habilités à concourir, en fait parce que l'on veut que le président soit élu à la majorité absolue et non relative. C'est d'ailleurs aussi pour cela que les bulletins blancs ne sont pas encore acceptés comme suffrages exprimés car ils pourraient priver le gagnant de cette majorité absolue (cela aurait été le cas en 2012...). La logique constitutionnelle dit, en quelque sorte, que le Président est un monarque « absolu ». On pourrait fixer un seuil en-deçà duquel on est exclu du second tour, mais cela ne suffit pas aux constitutionnalistes restés monarchistes.

Car les élections législatives fixent, un seuil minimal qui élimine tous les « petits candidats » ! À la différence de l'élection présidentielle, on peut retrouver, théoriquement, au second tour, trois voire quatre candidats, s'ils ont obtenu plus de 12,5% des inscrits. La bipolarisation n'en est pas moins effective parce que la participation étant souvent moindre qu'à la présidentielle (depuis que les législatives suivent immédiatement la présidentielles) il faut obtenir autour de 20% des votants pour rester dans la course. Moins il y a de votants plus il y a d'éliminés. En outre, comme le nombre de candidats est parfois important (dépassant fréquemment, dans certaines circonscriptions, le nombre de 12), il ne reste en piste, le plus souvent, que deux ou trois candidats.

• – Le scrutin proportionnel est le seul à pouvoir exprimer la diversité politique d'un pays. Le mode de scrutin français est donc le plus inégalitaire et le plus pervers qui soit. L'argument ressassé selon lequel la proportionnelle engendre l'instabilité ne résiste pas à l'examen. De grands pays y ont recours sans sombrer dans l'instabilité. Seuls la France et le Royaume-Uni n'ont pas de scrutin proportionnel en Europe (proportionnelle intégrale, le plus souvent, ou proportionnelle mixte, comme en Allemagne). Certains pays ajoutent, au vote proportionnel, le vote préférentiel (Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Italie, Belgique) pour éviter que tout ne soit pas déterminé par les seuls partis.

2 - Il nous faut sortir du vieux monde où Macron et son équipe voudraient nous maintenir

Que faut-il entendre par le vieux Monde ? Ce n'est pas ce qui est ancien qui est mauvais ! C'est ce qui refuse de voir la réalité qui s'annonce. Dans la note 62 nous faisions écho à un article d'Hervé Kempft dans Reporterre. Il y exposait que « M. Macron est un homme remarquable, appliquant les méthodes entrepreneuriales en vogue mais il n’en est pas moins porteur des idées du vieux monde. Le vieux monde ? Celui où l’on croit que la croissance reste le moteur de l’équilibre social, que la question écologique est secondaire, et qu’une société peut vivre sans désordre avec de fortes inégalités ». On ne saurait mieux dire : vouloir organiser une société de progrès et de croissance est un mythe occidental qui s'effondre et c'est pourquoi aucun compromis n'est possible avec ce monde-là. Le jeune président n'est pas, à cet égard, suivi par la majorité de la jeunesse française.

3 – Nicolas Hulot conserve la sympathie de beaucoup de Français mais que peut-il faire de décisif ?

Hervé Kempt, encore, écrit « Le paradoxe est que la marge de manœuvre du nouveau ministre ne dépendra pas tant de sa force de conviction que du poids qu’aura à l’Assemblée nationale le groupe de députés de… La France insoumise, dont le programme est bien plus en accord avec les idées de Nicolas Hulot que ceux d’En Marche, de Les Républicains, ou du Modem ». Il souhaite même « Bonne Chance » au Ministre d'État. Je n'ai pas cette grandeur d'âme. J'éprouve un sentiment d'abandon mais aussi de peur : abandon de tous ceux qui ont pensé que l'engagement de Nicolas Hulot était sans compromission possible, mais aussi peur de le voir contribuer, fut-ce à son corps défendant, à un affaiblissement supplémentaire de l'écologie politique en France.
On attend le premier clash, voire le départ de Nicolas Hulot qui manque d'appuis dans ce gouvernement, mais ce n'est pas tout : il est contradictoire qu'on soutienne Nicolas Hulot et qu'on combatte le gouvernement dont il fait partie. On trouve, dans la presse, l'expression de soutiens ambigus : « pourvu qu'il réussisse », suivi de « comment pourrait-il réussir ? ». Soyons réalistes et restons à notre place. Nicolas Hulot est dans une contradiction dont il ne pourra sortir qu'en s'éloignant d'un pouvoir qui le tient en otage.

4 - Il nous faut enfin commencer à dresser la liste des désaccords irréductibles avec la politique habile et subtile du Président Macron, mais, à l'évidence et en définitive, on le verra vite : désastreuse.
Nous avons déjà stigmatisé, quelques erreurs de direction, mais l'on ne peut s'en tenir là !
• La Ve République reste telle quelle et donc avec :
      • Sa présidentialisation du régime,
      • Le maintien d'un mode de scrutin inique,
      • Le changement de la constitution du 4 octobre 1958. Elle comprend 153 articles et a déjà été révisée depuis le 23 juillet 2008 par l'adjonction, sans toujours qu'on en respecte l'esprit :
        - des 17 articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789,
        - des 18 alinéas du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946,
        - ainsi que des 10 articles de la Charte de l'environnement de 2004. (Voir le Dalloz de 2016).
Mais nous avons d'autres raisons de dire non à une politique demeurée « hollandaise », notamment :

• La France reste un État nucléaire, civil et militaire, unique en Europe.
• La France reste l'un des cinq plus gros exportateurs mondiaux d’armes classiques.
• La France retarde, de fait, le développement, en son sein, des énergies renouvelables.
• La France se refuse à mieux accueillir un nombre suffisant de réfugiés entrant en Europe.
• La France pérennise l'état d'urgence sans rechercher les vraies causes du terrorisme.
• La France n'est pas en mesure de modifier sa politique carcérale inefficace et indigne.
• La France livre des des avions militaires sophistiqués à des États dictatoriaux.
• La France, gendarme en Afrique, y mène, dans cinq États, des guerres qui la font haïr.
• Etc …

La liste peut s'allonger. Nous devrons le faire et la compléter. Notamment pour souligner la part de notre pays dans l'aggravation des inégalités. Mais nous voulons, sans plus tarder, attirer l'attention, sur ce qui, entre autres, nous désolidarise de la France quant elle sombre dans ces politiques auxquelles de nombreux pays d'Europe ont su échapper. La France que nous aimons doit cesser de se penser, avec l'Allemagne, dominatrice dans une Union Européenne à repenser et si nous ne voulons pas qu'elle sombre.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux