jeudi 9 février 2017

Présidentielles 2017. Note 11


Après la fin des primaires. Voici venu un temps secondaire.

Le point au 8 février 2017
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui vont continuer de s'écouler, analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale qui s'est ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte complémentaire, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés sous le même titre («... Avec ou sans primaires » puis « ... Après la fin des primaires »). Il peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

En quelques jours, le paysage politique a été bouleversé et rien n'est joué.

1 – François Fillon et la droite parlementaire tout entière sont déstabilisés.
Le grand vainqueur des primaires de la droite et du centre a perdu son aura. Le candidat exemplaire, s'étant présenté comme le « monsieur propre » de la politique, en donneur de leçons, chute sur des révélations fracassantes relatives à l'emploi camouflé de personnes de sa famille, grassement payées sans avoir réellement travaillé, et ce, depuis longtemps.
Il résiste à ceux qui le poussent vers la sortie et s'accroche en usant de deux arguments principaux. « Il n'y a pas de « plan B » et je suis donc le seul à pouvoir faire gagner la droite, d'une part. La justice ne doit pas interférer avec la politique, si près d'une élection majeure en France, elle n'a donc pas le pouvoir de m'écarter, d'autre part. Est-ce là l'essentiel ? Les Français sont écœurés et le feront savoir, dans les urnes ou dans la rue...
François Fillon peut, sans doute, se maintenir candidat, mais, alors que tout semblait lui ouvrir les portes de l'Élysée, peut-il désormais l'emporter ? Il est, à coup sûr, très affaibli. Et si les informations désastreuses continuent de s'accumuler, si le doute s'installe chez ses partisans, vont-ils courir le risque de l'échec ? Rien n'est joué et, dans les prochains jours, des rebondissements sont encore possibles.

2 - Marine le Pen sort du bois.
Les sondages lui sont favorables après la mésaventure de celui qui devait être son concurrent principal pour le second tour. À Lyon, Marine le Pen a déroulé son programme qui affole les démocrates et qui recoupe les projets nationalistes qui se développent dans toute l'Europe et au-delà. Elle a fait silence, jusqu'ici, tout en engrangeant les sujets de mécontentement qui se sont multipliés, mais elle sait qu'elle n'accédera au second tour qu'en passant pour incontournable. Il lui faut donc passer à l'offensive, en puisant dans le vivier de la droite dure qui tend à se vider avec l'échec de Sarkozy puis les déconvenues de François Fillon. Pour elle aussi rien n'est joué et, surtout, si l'opinion s'éveille (une forte participation lui serait défavorable).

3 - Benoît Hamon est adoubé par le PS qui n'a pu faire autrement.
La primaire organisée par le PS a conforté le candidat sorti vainqueur, au point de lui laisser plus de marge que prévu. Le PS est si mal en point qu'il n'a pu que se rallier à celui dont l'image grandit. Les sondages, d'un coup, l'ont porté au niveau des candidats en vue, au-dessus des 15%. Parti de bas, dans la primaire, il escompte, cette fois une montée progressive des intentions de vote en sa faveur au cours de la campagne officielle mais, pour lui aussi, rien n'est joué.

4 - Jean-Luc Mélenchon se dédouble. Va-t-il ainsi voir doubler le nombre de ses soutiens ?
Présent, à Lyon, en chair et en os, et, en même temps, sous la forme d'un hologramme, à Paris, le candidat de la France insoumise a créé une première médiatique. Ce coup, spectaculaire, a été une réussite mais plus encore du fait du nombre des présents venus l'entendre et l'approuver, car sa parole a un contenu. Orateur exceptionnel, Jean-Luc Mélenchon est non seulement brillant, mais il a des propositions à faire et qui ont été pensées. Il incarne une gauche sans complexe, appuyée sur une vaste culture populaire, mais cela va-t-il suffire à faire surgir une force suffisante pour l'emporter dans un scrutin qui est fait pour éliminer et pas pour rassembler ?

Car tel est pourtant l'enjeu : se rassembler pour n'être pas éliminé. Autrement dit, seule l'alliance de Hamon, Mélenchon et Jadot pourrait éviter l'élimination de chacun d'eux. À ce jour, rien n'indique qu'on se dirige vers cette entente où deux candidats s'effaceraient pour laisser la place au troisième devenu, alors, porteur des idées communes, sociales, écologiques et ouvertes sur l'avenir. C'est intellectuellement concevable, c'est électoralement désiré et demandé, mais bien des obstacles restent à surmonter à commencer par la place et le rôle de ceux qui, au sein du PS, ont fait échouer le quinquennat mais qui ne se résoudront pas à rester sur la touche. Si la créativité politique n'est pas au rendez-vous, la qualité des hommes et l'intérêt de leurs pensées ne leur éviteront pas l'échec. Sauf à viser au-delà de la présidentielle, (les législatives), voire 2022, l'objectif du succès, maintenant, à court terme, sera très difficile à atteindre. Rien n'est joué, là encore...

5 – Emmanuel Macron peut-il incarner durablement un changement informel mais illusoire ?
En toute logique, le jeune ambitieux, traître à son camp, écartelé entre une fausse gauche et une vraie droite, devrait voir la bulle où il s'enferme se dégonfler, voire exploser. Jusqu'ici, il n'en est rien. Le temps qui passe lui est-il donc favorable ? Rien ne l'indique et, cependant, Emmanuel Macron tient bon et reçoit même des soutiens, contradictoires et ambigus, mais nombreux.
La survenue très probable de François Bayrou peut modifier, une fois de plus, le contexte électoral. Depuis le temps qu'il tient le centre, il ne voudra pas s'en laisser écarter. S'opposent son : « ni droite ni gauche » et le : « et la droite et la gauche » de Macron. Un centre qui s'étendrait et sur la droite et sur la gauche n'est pas la coalition d'élites de gauche et de droite. Dépasser la gauche et la droite constitue une gageure à laquelle tous les citoyens conscients et informés se trouvent, un jour confrontés. Pour cela, Macron, tire la gauche vers la droite et tente d'élargir ainsi son champ d'action. Je gage qu 'il n'y parviendra pas. En dépit de son actuel succès d'estime, rien n'est joué.

6 - François Bayrou a de nouvelles raisons d'être candidat pour la... quatrième fois.
Le maire de Pau, de façon quasi gaullienne, comme au lendemain de la seconde guerre mondiale (quand communistes, socialistes et démocrates-chrétiens gouvernaient ensemble) ne veut ni du libéralisme économique pur jus, ni du « « collectivisme », fut-ce celui du modèle rose pâle des socialistes. Il s'oppose donc à Fillon et Macron et s'opposera aussi à Hamon ou Mélenchon. Gouverner le pays tout entier qui ne se coupe pas en tranches de gauche ou de droite est un art politique qui ne s'est pas encore beaucoup exprimé. En ce qui concerne cette contestation de la droite et de la gauche tels qu'elles se sont imposées dans notre histoire, depuis la Révolution française, presque tout reste à faire mais François Bayrou en dépit de sa vaste culture et de sa ténacité, en est-il capable ? Rien n'est moins sûr et, pour lui aussi, rien n'est joué...

In fine, cette campagne à trois temps, celle des primaires, puis, dans un deuxième temps, celle des dupes et des doutes, enfin celle qui se jouera, au cours du troisième temps, avec les candidats officiels, à partir du 17 mars, aura fourni de multiples surprises et quelques enseignements majeurs. La démonstration pratique que la Vème République a fait son temps me semble essentielle mais il ne suffira pas de changer le numéro de la République ! Un mouvement commence à modifier, en profondeur, les attentes et les comportements des citoyens-électeurs. Quel que soit le résultat final, début mai, nous allons nous retrouver dans une France nouvelle où des conflits nécessaires, heureux ou douloureux, ne vont pas manquer. Nous en percevons déjà les signes avant-coureurs.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux