jeudi 16 février 2017

Présidentielles 2017. Note 16. Confusion à J-69 ?


S'engage, jusqu'au 17 mars, un deuxième temps intermédiaire mais décisif.

Le point au 15 février 2017
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui vont continuer de s'écouler, analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale qui s'est ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés sous le même titre : (« Avec ou sans primaires » puis... « Voici venu le deuxième temps, intermédiaire et décisif »). Il peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Le rapport des forces se modifie sans cesse et le débat d'idées est escamoté.

Dans la note n°11 du 8 février, nous avions effectué un premier « état des lieux » Il semble, une semaine après que tout bouge et que rien n'a bougé encore ! C'est un constat bizarre... L'hebdomadaire « le 1 » titre aujourd'hui : « La grande lessive présidentielle ». En effet, tout est brassé, reconstitué, mélangé et les électeurs ont, à moins de 70 jours du premier tour de l'élection, toutes raisons de ne pas s'y retrouver. Et pourtant, les repères subsistent et permettent de sortir et d'éclairer ce qui a été « mis sous le boisseau ». Les jours qui viennent vont apporter du neuf... Tel est notre regard dans cette attente.

1- Le Front national s'éloignerait du fascisme et deviendrait présentable, voire respectable, un parti « comme les autres » en quelque sorte. Il séduit, pour le moment, une majorité (relative) d'électeurs sondés ! En réalité, Marine le Pen, comme son père, vise moins l'Élysée que la domination politique du pays. Une entrée fracassante au Parlement pourrait y suffire. L'effondrement probable de la candidature Fillon lui ouvre un espace supplémentaire.
À la vérité, l'ultra-nationalisme, en France et dans plusieurs autres pays d'Europe, conduirait à l'aventure, voire à la guerre. L'anti-capitalisme du Front n'est qu'un argument de campagne destiné à influencer le vote populaire des victimes de l'économie libérale. Les thèmes traditionnels du FN (et notamment son rejet de l'immigré puis du réfugié) restent premiers. Faire barrage à l'extrême droite non par des généralités mais argument contre argument, n'a jamais été aussi nécessaire.

2 – La droite classique s'était donnée, en la personne de François Fillon, un champion non de l'extrême droite mais bien de la droite extrême (dure). Les révélations relatives aux libéralités douteuses du parlementaire, avec de l'argent public l'ont mis en grande difficulté lui et son camp ! Le danger, pour « les Républicains », contre toute attente, serait, à ce jour, l'élimination dès le premier tour ! C'était imprévu.
Les puissants qui sont derrière « la droite de gouvernement » ont un choix rapide et difficile à faire :
• ou bien prendre le risque de soutenir Fillon jusqu'au bout (car sa politique convient au patronat).
• ou bien le faire remplacer par un candidat moins « mouillé » dans des affaires, (mais qui ?)
• Ou bien rallier, tout de suite, Emmanuel Macron (mais la ficelle serait grosse!).

3 – La droite cachée, qui séduit y compris dans les rangs du social-libéralisme, dont le plus visible soutien est le maire PS de Lyon, est représentée par Emmanuel Macron. De qui est-il la créature ? Il surfe sur le désir du consensus droite-gauche espéré dans la partie naïve de l'opinion qui rêve d'un rassemblement des compétences d'où qu'elles viennent.
Quand Macron va devoir sortir du bois et indiquer les voies qu'il veut emprunter (peu à gauche, nombreuses à droite), il risque un effondrement ( il perd déjà un peu de terrain selon le sondage Edoxa de ce Mardi 14 février ).

4 – Le centre introuvable, lui aussi en panne de candidat, piégé par la primaire et son erreur de ralliement à Juppé, va-t-il ressortir François Bayrou qui ne peut ni soutenir Fillon ni se retrouver chez Macron ? La quatrième candidature du maire de Pau est possible encore.
Les sondages ne lui sont pas favorables mais sa cote d'opinion reste très bonne. La droite tempérée, « humaniste » qu'il représente peut séduire encore. D'ici la fin de la semaine, on saura « s'il y va... »

5 – La gauche diversifiée et qu'on n'ose plus appeler plurielle, est à la peine. Benoît Hamon est en nette hausse dans les enquêtes d'opinion. Jean-Luc Mélenchon, stable, continue son travail de fourmi. Yannick Jadot a du mal à obtenir les 500 parrainages nécessaires. Ces trois personnalités sont condamnées à échouer si elles ne s'unissent, à moins qu'elles ne visent déjà que les législatives.
Les ralliements des uns aux autres sont peu crédibles (hormis celui de Jadot à Hamon, écolo compatible). Mélenchon est trop avancé pour reculer et il a des exigences, vis à vis de certains collaborateurs de Hollande (à abandonner) que Hamon n'a pas le pouvoir de satisfaire. On se dirige donc vers des scores d'estime mais pas vers la victoire finale le 7 mai prochain.

6 - Laissons de côté, - même si ce n'est théoriquement pas juste – les « petites » candidatures, de droite (telles celles de Michèle Alliot-Marie ou de Nicolas Dupont Aignan) comme de gauche (celles de Philippe Poutou, de Charlotte Marchandise ou de Nathalie Arthaud) qui ne peuvent rien changer, pour le moment, à l'équilibre des forces.
Ces candidatures et d'autres encore, dont très peu émergeront le 17 mars, révèlent toutefois l'inanité (ou le trop plein) de l'élection présidentielle faite pour éliminer bien plus que pour faire émerger des politiques originales ou non conformes au modèle institutionnel « bi-partidaire » !

7 Cette élection est cependant hors normes. Il fallait bien que cela se produise un jour. En politique tout ne peut être complètement bloqué. Arrivée à son terme, la Vème République ne peut être relancée et va continuer à se déliter lentement, à moins qu'elle ne se trouve renversée « en pire », plus rapidement qu'on ne pensait, sous la forme d'un nouvel ... « empire » brutal et totalitaire !
2017 a déjà été l'année des surprises et tout donne à penser que ce n'est pas terminé.

8 – Que peuvent faire les citoyens ?
Les non politisés vont suivre leur pente. Les politisés fanatiques vont suivre leur mentor. Les autres vont se déterminer après doutes et hésitations. Certains ne voteront pas parce qu'ils récusent le principe même de la monarchie républicaine ou parce qu'ils n'attendent rien d'une élection. D'autres voteront blanc parce qu'aucun candidat ne peut mettre en pratique ce qu'ils attendent ou parce qu'ils écartent les noms qu'on leur présente. D'autres encore feront un compromis et choisiront un candidat capable de freiner ou d'interdire une candidature exécrée. Peu voteront « comme ils pensent ».
Il semble bien que, le plus souvent, dans l'esprit des électeurs, la politique soit enfouie, détournée, paralysée, voire absente. Le temps serait venu de tenter de la régénérer et revivifier. Des signes le font espérer mais une élection, fut-elle, en France, la principale, n'y peut suffire.

9 – L'intérêt pour les présidentielles ne protégera pas de l'abstention mais peut la réduire
Qui peut dire si la participation à l'élection, comme c'est habituel à l'occasion des présidentielles sera forte ou très forte ? Le doute est ravageur et peut entrainer « la grève des urnes ». Sans espérance, on tend à se retirer d'un scrutin qui ne motive plus.
Deux raisons donnent à penser que le vote sera, quand même, sinon massif, du moins significatif : d'une part, comme en 2002, on fera barrage au FN, au pire au second tour ; d'autre part. la montée de la recherche de voies nouvelles (notamment à gauche), qui s'exprime déjà, laissera des traces dans les urnes.

10 - Les questions principales non ou mal évoquées vont-elles apparaître enfin ?
• Le président de la République a le pouvoir de déclencher l'arme nucléaire. L'ONU a décidé de préparer, en 2017, un traité d'interdiction de telles armes. La France peut-elle encore s'y opposer ?
L'Europe politique est en difficulté. Doit-on l'abandonner ou la relancer et, si oui, comment ?
Les inégalités de revenus sont abyssales. Un revenu minimum garanti peut-il les amoindrir ?
• La santé humaine est très menacée par de très nombreuses pollutions. Que faire en priorité ?
Le réchauffement climatique, est « oublié » par la plupart des candidats de droite comme si cette problématique majeure ne concernait pas tous les hommes, y compris ceux dont les politiques économiques sont à l'origine de cette catastrophe annoncée.
• La conversion énergétique est engagée, mais fort timidement ! Pour que toutes les énergies renouvelables, ensemble, puissent satisfaire nos besoins (à restreindre du reste) qu'entreprendre de façon concertée et massive ?
Ces questions majeures (il en est d'autres) ne peuvent durablement être étouffées. Reste à savoir si elles feront leur chemin dans les semaines à venir...

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux