mardi 14 février 2017

Présidentielles 2017. Note 15. Le candidat qui « va-ta-la-messe »


S'engage, jusqu'au 17 mars, un deuxième temps intermédiaire mais décisif.

Le point au 14 février 2017
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui vont continuer de s'écouler, analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale qui s'est ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés sous le même titre : (« Avec ou sans primaires » puis... « Voici venu le deuxième temps, intermédiaire et décisif »). Il peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

François Fillon fait-il, de son christianisme, un argument électoral ?

À la Réunion, le candidat des Républicains s'est ostensiblement affiché à la messe locale du dimanche, parmi les paroissiens de l'église de Saint Gilles. Cette présence appelle plusieurs réflexions :

1 – Que François Fillon aille à la messe ne saurait lui être reproché, mais, « aurait-on vu le général de Gaulle... », catholique convaincu, se montrer, en plein campagne électorale, non pas chez lui, à Colombey-les-Deux Églises, mais dans l'église de l'une des villes où il venait tenir un discours politique ? Se vouloir, comme disent tous ceux qui deviennent chefs de l'État, « le Président de tous les Français » suppose de la discrétion de la part de quiconque aspire à devenir le Chef d'un État laïque et cela commence donc avant même d'entrer éventuellement à l'Élysée. La laïcité ne privilégie aucune religion et ne stigmatise pas l'absence de religion. C'est un respect vigilant et scrupuleux de tous les citoyens.

2 – Il n'aura donc pas suffi que François Fillon se dise « chrétien », au cours des primaires ? Le voici qui semble draguer une partie des électeurs de sensibilité catholique, comme s'il était naturel que les citoyens qui fréquentent les églises votent à droite ! Les sociologues constatent que cette généralisation est fausse. Il est des catholiques, fussent-ils minoritaires, qui votent autrement.

3 – Le rappel de l'évangile du jour, ce dimanche 12 février, par le prêtre officiant, le père Russel Torpos, aura été cruel, pour peu qu'on mette ce texte en relation avec ce qui est reproché au pénitent Fillon : « Accorde-toi avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter qu'il ne te livre au juge, qu'il ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison. Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou ! » ( Saint Matthieu V-17-37 ). Un texte évangélique est un texte poétique, une exhortation, et ce n'est pas un article de loi. Il n'empêche que sa signification est claire.

4 – Une question de fond est alors posée aux catholiques : est-il possible de voter à droite si l'Évangile est plus qu'une référence abstraite mais bien une véritable inspiration quotidienne ? Selon le texte du Magnificat, Marie, mère de Jésus, aurait affirmé, que Dieu « disperse les superbes, renverse les puissants de leurs trônes, élève les humbles, comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides ». Il ne faut pas comprendre ce texte de travers ! Le Dieu dont il est question n'agit pas à la place des hommes mais par eux. Les réfugiés, les immigrés, les affamés, les étrangers, les prisonniers, les malades, les sans toit, les spoliés, les brutalisés, les « misérables » au sens de Victor Hugo, doivent faire l'objet de sollicitude, être « premiers servis », non pas assistés mais soutenus, aidés, épaulés. Les politiques de droite s'y opposent !

5 – En bref, la politique n'est pas le lieu de la religion mais bien le domaine d'un universel pluriel où s'organise le commun des habitants de la planète, tous différents, mais nos semblables en humanité et nos égaux en droits. Combattre les inégalités est le fondement même de la démocratie en actes. On devra à François Fillon de nous l'avoir, même involontairement, rappelé.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux