vendredi 3 février 2017

Le Revenu Minimum Universel ... parlons en.


La candidature de Benoit Hamon à l'élection présidentielle présente l'avantage d'interroger les citoyens français sur une question fondamentale :

Dans quelle société voulons nous vivre demain ?

- Dans une société solidaire où l'existence des autres importe à chacun,
- Dans une société individualiste et égoïste où le sort d'autrui importe peu.

En effet, le projet de Revenu Minimum Universel dont Benoit Hamon se veut le promoteur s'il est élu nous oblige à nous poser cette question qui au cœur du débat qui traverse la société contemporaine.

Benoit Hamon part de l’idée que la « destruction créatrice1 » des emplois ne se vérifie pas et que l'informatique, la robotisation et les nouvelles technologies généreront dans les prochaines décennies une augmentation structurelle du chômage et que l'idée du plein emploi est une chimère impossible à atteindre.

En conséquence, la recherche de solutions de garantie d'existence devient impérative et c'est de la tradition socialiste de rechercher inlassablement l’émancipation des individus.

Selon ses promoteurs, le RMU est un revenu qui permettrait d'être protégé contre les aléas de l'existence qui sont le plus souvent d'origine sociale. Il garantirait une protection aux personnes défavorisées sous la forme d'un revenu de base, un plancher en dessous duquel la société ne peut pas tolérer que ses membres descendent.

Dans une société civilisée, comme la société française, il est impératif d'affirmer que la subsistance de chaque Homme, en l'occurence, pouvoir répondre à ses besoins de base, est un droit universel.

Ne pas adhérer à ce postulat, obligerait à remettre en question tous les traités internationaux signés par notre pays au titre de la solidarité due aux êtres humains, en autre, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 que la France a signé et que le Parlement a ratifié qui affirme dans son article 23 que « toute personne a droit au travail » pour assurer sa subsistance. Belle intention si elle était respectée par les démocraties occidentales, mais c'est loin d'être le cas.

Le concept d'un revenu de base est très ancien. Déjà sous l'antiquité, l'Empire romain avait créé le service de l'annone consistant à garantir, aux citoyens romains, la nourriture, essentiellement, le blé, parfois, la viande et le vin, et de nombreux penseurs2 y ont réfléchi au cours de l'histoire. Ce revenu minimum est déjà pratiqué dans certaines régions du monde avec des retours d'expériences positifs.

Cette idée d'un revenu minimum ne paraîtra absurde qu’à ceux nombreux qui sont figés dans leur conservatisme et ont intérêt à ce que rien ne change dans le paysage politique français. Incitation à la paresse et à l'assistanat pour ceux qui considèrent que le travail, mètre-étalon de toute existence, est le propre de l’homme.

Pour ceux qui pense que c'est le travail qui fait le citoyen et que le seul remède pour aider les pauvres c'est le droit au travail, il me semble que la seule réponse pertinente à ces assertions archaïques, la seule vraie piste de réflexion que notre société devrait suivre : c'est que ce n'est pas le travail qui fait l'Homme, qui lui donne son identité, sa socialisation, mais son « utilité » au travers de la question : Est-ce que je suis utile à la société ?

Margaret Thatcher écrivait : « il n'y a rien que vous puissiez appeler société ; il existe juste des individus, hommes et femmes. Il n'y a donc pas de société, mais une agglomération d'individus qui font des choix. »

Cette vision étriquée, celle de l'école de Chicago et du libéralisme ambiant, où l'individu ne serait pas obligé d'appartenir à la société, est la négation de l'esprit de solidarité que combat, justement, le RMU.

Même les médias français dont la majorité appartient aux financiers milliardaires donnent le ton : pas de ça chez nous !

Ce qui gêne l'oligarchie de pouvoir, c’est que le système actuel puisse être réformé : trop d’intérêts sont en jeu, trop des pouvoirs qui en résultent. Lorsque les politiques de notre pays parlent de réformes, c’est toujours pour faire un pas en arrière, pour limiter les droits des salariés et des nécessiteux. Ils affirment que la société n'a aucune responsabilité et que les pauvres sont seuls responsables de leurs situations.

On ne touche surtout jamais au vrai scandale de la précarité, par exemple des jeunes qui « choisissent » des études courtes (ou pas d’études du tout) parce qu’ils n’auront jamais les moyens d’en faire des longues (Elles sont réservées aux élites ou à ceux qui peuvent s’endetter, car chez ces gens là on ne se reproduit qu'entre soi).

Quoi qu'en ait dit Margaret Thatcher et ses amis libéraux, l'humanité n'est pas une jungle et l'ensemble de la société doit une solidarité basique et un revenu d'existence aux citoyens nécessiteux, quelles que soient les raisons de leurs besoins.

La société n'a pas à porter de jugement moral sur les causes de la misère. Elles peuvent être la paresse, la malchance, la maladie ... mais pour qu'un être humain existe, il faut lui accorder sans condition un revenu de base.

Cependant, il y a tout de même lieu d'être très prudent avant la mise en place d'un Revenu Minimum Universel. Cela doit être particulièrement réfléchi et accompagné d'un train de lois sur le droit du travail afin d'empêcher les employeurs de revenir sur le salaire minimum et la progression des rétributions. En effet, Il ne faut pas que le RMU devienne une roue de secours du capitalisme mais qu'il soit une vraie avancée pérenne contre la précarité et la pauvreté.

JCVitran - 3.02.17
1.   https://fr.wikipedia.org/wiki/Destruction_creatrice
2.   Thomas More 1516 - Juan Luis Vives 1526 - Montesquieu 1748 - Thomas Paine 1797 - Bertrand Russell 1918 - Friedrich Hayek 1944 - Martin Luther King 1957 - Milton Friedman 1962 - Erich Fromm 1967 - Van Parijs 1986 - André Gorz 1996

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux