jeudi 23 février 2017

Présidentielles 2017. Note 20. Victoire du « dégagisme » ?


Un deuxième temps intermédiaire et décisif .

Le point au 23 février 2017
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons, au cours des mois qui vont continuer de s'écouler, analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale qui s'est ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés sous le même titre : « Avec ou sans primaires », puis, à présent, « un deuxième temps, intermédiaire et décisif » (qui durera jusqu'au 17 mars, date de clôture des candidatures). Il peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


François Bayrou a-t-il été « dégagé » ou s'est-il lui même dégagé ou désengagé ?
1 - Le « dégagisme » est un néologisme politique fondé à partir du verbe « dégager » et popularisé, à partir de 2011, lors du Printemps arabe. Il y a même un « Manifeste du dégagisme » apparu récemment en Belgique1.
Il est trois façons d'être « dégagé » :
1 - parce qu'on a été chassé du pouvoir (comme ce fut le cas en Tunisie pour Zine el-Abidine Ben Ali, en Égypte pour Hosni Moubarak ou au Burkina Faso pour Blaise Compaoré) ;
2 - parce que l'on a échoué à prendre place dans la course au pouvoir (comme ce fut le cas avec les deux primaires qui ont éliminé, l'une : Sarkozy et Juppé, l'autre : Valls et Montebourg...) ;
3 - parce que l'on se dégage soi-même et c'est ce que vient de faire François Bayrou après François Hollande.

Le paysage politique français, peu à peu, se dégage donc et va continuer de se dégager car plusieurs candidats potentiels ne rempliront pas les conditions pour participer à la campagne électorale officielle. Ce « nettoyage » n'est pas achevé et avant même que n'apparaissent, le 23 avril, les deux candidatures qui dégageront toutes les autres (car tel est l'indigne mode de scrutin présidentiel en vigueur, depuis 1962, en France), il peut y avoir encore des événements entrainant, pour François Fillon ou Marine Le Pen, une déconfiture directe (au cas où l'un d'eux serait contraint de se retirer) ou indirecte (si les effets des révélations ravageuses de la presse se poursuivaient et ruinaient toutes leurs chances).

Jean-Luc Mélenchon a repris ce vocabulaire « dégagiste ». Il veut dire par là que tous ceux qui ont trahi leurs électeurs doivent quitter la scène politique à commencer, au sein du parti socialiste lui-même, par les acteurs gouvernementaux du dernier quinquennat. C'est là une exigence que Benoît Hamon peut encore difficilement satisfaire et qui pourrait, sauf nouvelle surprise dégager tout candidat se réclamant de la gauche du second tour de la présidentielle.

2 – L'alliance (non le ralliement) entre F.Bayrou et E. Macron constitue un pari risqué.

L'objectif est clair : « dégager » définitivement Fillon de la seconde place que les sondages estiment encore possible et l'emporter aisément face à Marine Le Pen, in fine.

Ce choix stratégique va entrer en conflit avec celui des candidats Hamon et Mélenchon qui ont le même objectif mais qui ont un obstacle préalable à franchir : leur rivalité politique qui ne concerne pas que leur ego mais l'avenir du pays. Sans l'intervention de leurs électorats qui veut leur union avec l'appui des écologistes véritables, la partie est mal engagée.

Paradoxalement, la fuite de libéro-socialistes (tels Gérard Collomb, voire Stéphane le Foll) ou de libéro-écologistes (tels François de Rugy ou Corinne Lepage ) vers Emmanuel Macron peut y aider. Restent deux mois. C'est peu et beaucoup à la fois. Si la proximité des programmes de la France insoumise et de Benoît Hamon (qui ne peut pas compter sur le PS en son ensemble) est mise en évidence, il deviendra impossible de juxtaposer et de mettre en compétition des idées trop proches, en prenant le risque d'annihiler tous les acquis déjà rassemblés !

En bref, entre Bayrou-Macron et Mélenchon-Hamon-Jadot une course contre la montre vient de s'engager. Entre le centrisme de droite (qu'incarne Bayrou et qui contaminera le discours flou de Macron) et la gauche en reconstruction (qui doit s'affranchir vite de la fausse gauche libérale), un débat sans concession va s'ouvrir. Nous pouvons y participer !

Il reste encore beaucoup à dégager !


1http://www.manifestement.be/degagismeMANIFESTE/DegagismePourSoldes.pdf

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux