lundi 7 novembre 2011

Nucléaire civil et/ou militaire !

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Il en est encore pour penser qu'on peut dissocier le recours à l'énergie nucléaire dans les domaines civils et militaires. Il faut sortir rapidement de cette confusion !

En toute bonne logique on peut, à la rigueur, admettre que des pays disposent de centrales nucléaires sans s'être dotés d'armements nucléaires. Ce fut et cela reste le cas du Japon ou de l'Allemagne qui, pour des raisons historiques, car étant les vaincus de la seconde guerre mondiale, n'ont pas été autorisés à équiper leurs armées d'armes nucléaires. C'est aussi le cas, par exemple, près de nous, de l'Espagne ou la Belgique. Plus loin, la Slovaquie ou la Bulgarie furent équipées de quelques centrales, par l'URSS. La "protection nucléaire" des petits États, au temps de la guerre froide et de "l'équilibre de la terreur", était assurée par les USA, à l'ouest et par l'Union soviétique, à l'est.

À l'inverse, il n'est évidemment pas de pays disposant d'armes dites de dissuasion nucléaire qui n'aient en charge des centrales nucléaires. Les neuf pays dotés de "bombes atomiques" disposent de matières fissiles qui sont produites et stockées dans des établissements capables de fournir de l'électricité comme d'approvisionner en explosifs surpuissants les missiles rangés dans nos silos, nos vecteurs aéroportés ou nos sous-marins. Les USA, la Russie, la France et la Grande-Bretagne sont des "puissances nucléaires" reconnues. La Chine, l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord sont, à leur tour, entrées dans le cercle fermé des détenteurs du "feu nucléaire".



Tout s'éclaire, aujourd'hui, quand on dénie à l'Iran le droit de disposer d'équipements nucléaires permettant de passer de fins civiles vers des fins militaires. On admet que quiconque maîtrise les technologies nucléaires peut en faire usage à des fins civiles ou à des fins militaires. Qu'on prétende l'interdire à l'Iran est bien plus que choquant : c'est d'un illogisme intenable ! Loin de nous la pensée qu'il faudrait que l'Iran deviennent le dixième État doté ! Nous ne voyons pas, du reste, d'un bon œil que l'Iran développe une industrie nucléaire. Pourtant, qu'est ce qui autorise les États dotés à refuser, sous peine de sanctions, y compris militaires, de faire ce à quoi ils s'autorisent eux-mêmes ? La dissémination des armes nucléaires, inéluctable si rien ne changeait dans les prochaines années, est due au choix politique des États qui se refusent pour des raisons économiques, stratégiques et diplomatiques à sortir du nucléaire civil et militaire.

Le cas de la France est des plus significatifs. De Gaulle a voulu que la France, du moins celle dont "il se faisait une certaine idée" devienne une puissance nucléaire pour, disait-il, préserver l'autonomie énergétique et l'indépendance politique du pays, face aux menaces susceptibles de venir de l'ouest comme de l'est et pouvant conduire à notre asservissement, comme l'avait démontré l'invasion nazie, comme le faisait craindre aussi la domination en Europe du "bloc de l'est".

Ce temps est révolu, mais les mêmes logiques enferment la France dans des choix coûteux, inutiles et dangereux.

Au moment où l'on ose évoquer, au sommet de l'État, un risque de faillite, il est temps d'envisager le démantèlement progressif des usines de mort dispendieuses qui contiennent, pour les Français, des risques que Tchernobyl et Fukushima ne semblent pas avoir suffi à nous faire envisager comme possible !

Au moment où nous découvrons les effets à long terme des essais nucléaires dans le Pacifique ou au Sahara, alors que l'usage d'armes dites à uranium enrichi, au Kosovo, à Gaza, en Irak, en Lybie se révèle effroyablement nocif pour les populations civiles comme pour les militaires qui les ont utilisés, il serait temps que nous échappions à la domination funeste des États majors.

Au moment où l'Allemagne, dont nous voulons faire notre meilleur allié économique, sort du nucléaire civil (sans être jamais entré dans le nucléaire militaire), il est peut-être urgent de s'associer à une toute nouvelle approche de nos productions d'énergie et urgent aussi de cesser de compter sur une dissuasion qui appartient à une idéologie du passé que les actuels rapports internationaux rendent de plus en plus obsolète.

Toutes les analyses politiques semblent, à présent, marquées par un vieillissement et des nostalgies qui n'ont plus aucun fondement. Le recours à l'énergie nucléaire nous apparaitra, d'ici quelques décennies, comme une prise de risques insensée que n'équilibrait pas les apports économiques escomptés et qui, plus encore, aura retardé tragiquement la recherche et la production de moyens modernes de recours aux énergies renouvelables, multiples, diversifiées, abondantes, et surtout indispensables. De même, du moins peut-on l'espérer, nous saurons, alors, que notre sécurité n'est pas, et n'a jamais été, assurée par des armements nucléaires tout juste "bons" à assurer la domination de quelques États se voulant les gendarmes du monde, sans droit à y prétendre, et du reste sans succès.

Les artisans des droits de l'homme qui ne comprendraient pas que la mutation de civilisation qu'enfin analysent les penseurs de notre temps commettraient une erreur historique. Plus encore, seraient-ils inconscients de ne pas tenir compte de l'évolution que révèlent des événements qui sous nos yeux, bouleversent notre histoire.

L'âge nucléaire aura été l'âge de la centralisation économique et administrative, de l'irrespect des équilibres entre les nations, de la tentative de fonder une politique mondiale sur des rapports de puissance. Sortir du nucléaire civil et militaire va bien au-delà de choix écologiques. Il s'agit de savoir si les sept milliards d'humains auront, au XXIe siècle, pouvoir sur leur vie, leur avenir, leur organisation sociale, sans avoir à s'en remettre, sans possibilité de contestation, aux ingénieurs, aux États-majors et aux politiciens professionnels, qui entendent nous faire savoir, fut-ce contre notre gré, où est notre bien et où est la vérité à laquelle il nous faudrait obéir en silence !



Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux