dimanche 20 novembre 2011

Mort ou renouveau de la démocratie ?



"Le système de démocratie dit « représentatif » ne nous représente plus" s'exclament les Indignés de la Défense. Les dits Indignés, commencent à apparaître et tiennent le même discours que partout (en Espagne, devant Wall Street, en Israël...) : "la démocratie, ça ne marche pas" !


Pourquoi ? Parce que, élections ou pas, ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés. Parce que les élections servent à décerveler les citoyens.

Exemple : ce qui se passe, ce dimanche 19 novembre, en Espagne. La victoire de la droite y est annoncée avec, peut-être, une majorité absolue. Les socialistes ont déçu en laissant le pays exsangue. Les électeurs vont les punir. Ils savent pourtant qu'avec les nouveaux dirigeants ce sera pire ! Les Indignés appellent à ne pas tomber de Charybde en Scylla. Ils voudraient que le choix se porte sur "autre chose". Mais quoi ?

Autre exemple : ce qui se passe en Grèce. Les soit disant socialistes ont cédé aux exigences des marchés, relayées par les dirigeants actuels de l'Union européenne. Ils n'ont pas su, ou pu, faire payer les profiteurs qui ont ruiné leur pays et placé la pratique de la triche au niveau le plus élevé. Le successeur de Papandreou, connu pour sa fidélité à la doxa libérale, nous est présenté comme un technicien compétent et honnête ! Il ne peut qu'échouer car il va renforcer les causes de l'échec des sortants. Pas même besoin d'élections : "gauche" ou droite, c'est tellement la même chose que le passage d'un gouvernement à l'autre s'est fait sans grande peine. La colère des citoyens, de plus en plus "indignés" de ce qui leur arrive, ne va pas s'éteindre. Il faut un autre choix politique. Mais quoi ?

Tout se passe comme si la démocratie était, aujourd'hui, l'envers ou l'endroit du capitalisme. On nous fait donc valoir que toucher à l'un, c'est toucher à l'autre. Le "monde libre" ne se connait plus d'adversaire. Le capitalisme serait donc installé, depuis 1989, ad vitam aeternam. Non seulement, tout au long de l'histoire humaine, la pérennité d'un régime n'a jamais été acquise, mais le système économico-politique montre, en ce début de siècle, les signes d'un possible effondrement, révélateurs d'un très mauvais état de santé. Il peut donc mourir au cours de ce demi-siècle. Oui, il faut remplacer un système obsolète. Mais par quoi ?

Ce dont nous souffrons le plus, c'est de notre impuissance à préparer cet autre monde auquel nous aspirons. Nous avons beau en appeler à La Boétie qui affirmait que les peuples qui ne résistent pas aux tyrans n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, nous sommes prisonniers d'une idéologie consumériste et de rapports de forces électoraux qui font de nous des esclaves de la croissance et des partis. Nous n'arrivons pas à nous reconvertir et à redonner vie à la démocratie qui n'a certes jamais été adulte mais qui, à présent, agonise en pleine enfance.



Nous savons tous, mais n'osons pas dire, que la démocratie suppose le partage du pouvoir entre tous et pas seulement le choix d'élites qui ne tardent pas à servir le système dont ils deviennent les instruments, d'une part, et que, d'autre part, la démocratie politique n'a aucune réalité sans démocratie économique. Rien n'y fait. Que les écarts entre les revenus aient atteint des proportions inimaginables, indécentes, ultra violentes, aurait dû suffire à mettre un terme à une société de marché qui est une société de l'inégalité. Il n'en est rien.

Le capitalisme, au cours des siècles précédents, a présenté divers visages. Sous sa dernière version, il a tenté de mondialiser, d'uniformiser, de soumettre les rapports humains afin d'étendre encore le pouvoir de l'argent sur les humains. La surprise tient à ce qu'il y parvient ! Que les citoyens du monde entier s'inclinent pose une question troublante : vivons-nous sur une illusion historique, celle de la croyance en la possibilité de l'émancipation et en le mirage révolutionnaire de la fin des privilèges ?

Le pouvoir est pérenne parce qu'il s'appuie sur la force. Faudrait-il, pour casser tout rapport de force nécessairement déséquilibré en faveur des polices et de l'armée, inventer des formes massives d'action non-violente désarçonnantes pour les professionnels de la violence ? Les Indignés en sont persuadés.

À regarder derrière soi on finit par penser qu'on ne peut que rester sur place ! L'histoire nous enseigne que la guerre finit toujours par s'emparer de l'humanité quand elle ne dispose plus des moyens de sortir de l'impasse politique dans laquelle elle est entrée. Ce qui est authentiquement révolutionnaire serait de casser cette logique : la guerre n'est pas inéluctable, la guerre sociale autant que la guerre entre États. Le conflit est autant inévitable, indispensable que le refus de la violence pour s'y engager. C'est cela être un homme et il n'est jamais trop tard pour le devenir.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux