mercredi 1 septembre 2010

Le oui de droite et le non de gauche

Au temps où "droite" et "gauche" avaient encore un sens, la droite conservait et la gauche contestait. On disait oui à l'ordre établi ou non à l'exploitation des salariés. En ce temps-là, la droite était capitaliste et la gauche socialiste. Les riches disaient oui à l'argent, à droite, et les pauvres disaient non à la misère, à gauche.

Mais les temps ont changé. "Au jour d'aujourd'hui" (comme disent, vilainement, les bavards se croyant à la mode), la droite ne fait pas que conserver : elle conquiert et elle dit non à une société non fondée sur la croissance; de son côté, la gauche fait mieux que contester, elle attend son tour et dit oui à une alternance qui lui permettra d'accéder à la tête de l'État.


On peut du reste inverser le propos : la gauche dit non à une société non fondée sur la croissance et la droite dit oui à une alternance qui lui permet de revenir, à coup sûr, à la tête de l'État.

En réalité, le socialisme est incompatible avec la croissance parce que le capitalisme c'est la croissance et la droite, ayant converti la gauche à la croissance, a fait coup double : elle a installé l'économique au pouvoir et transmué la gauche en droite.

La gauche aurait donc dit non à son propre avenir ? Pas si simple... S'il n'est de gauche qu'anticapitaliste (ça, qui était, hier encore, difficile à affirmer, se réinstalle dans l'opinion), où est le positif de la politique de la gauche de gauche ? À quel avenir dit-elle oui ? Et nous revoici face à la croissance : il n'est de gauche que celle qui est pour le juste partage des richesses produites, pour la juste production du nécessaire, pour la qualité l'emportant sur la quantité, pour une égalité et une liberté cimentées par la fraternité, pour une acceptation de nos limites, pour une autonomie maximale des personnes substituées aux individus.

Autrement la gauche qui se dit non à elle-même est biface : d'un côté, il y a la caricature de celle qui s'est convertie aux idées de son adversaire et, de l'autre côté, il y a la représentation de celle qui ne sait pas encore se penser en dehors des schémas du passé, quand la terre ne produisait pas assez pour nourrir tous ses enfants.

Non seulement, donc, il n'y a de gauche fidèle à elle-même que celle qui est solidaire des exploités, qui est antilibérale et anticapitaliste comme au temps de Jaurès et (pardon !) de Marx, mais cette gauche, si elle veut garder son nom (ou en trouver un meilleur qui ne trahisse pas son histoire), doit dire : oui à la décroissance ! Alors, "la décroissance, un projet marxiste ?" demande Serge Latouche, dans Politis. ( www.politis.fr/La-decroissance-un-projet-marxiste,11303.html )



Le citoyen économe ne brade pas les richesses des nations. L'économie responsable doit dire non à l'essence du capitalisme qui est l'accumulation du capital encore appelée croissance. Car, par un tour de passe-passe historique, on a confondu richesse et argent, bien-être et bien-avoir, satisfaction des besoins et augmentation permanente du capital. On fait la politique de la France à la Bourse, contrairement à ce qu'affirmait De Gaulle, et pas que la politique de la France... Gérer au mieux n'est pas gérer au plus ! Ne produire et consommer que ce qui est indispensable à tous les Terriens (avec les "extras" que tolèrent les célébrations du bonheur...), c'est la Révolution du bon sens.

Aussi bien, l'écologie est-elle déjà dépassée, comme est dépassé tout ce qui prend place dans le banal. Il n'est peut-être plus de gauche qu'écologique, mais cela ne veut pas dire que les partis de l'écologie recouvrent, à eux seuls, tout le champ de la gauche nouvelle (dont il convient vraiment de savoir si elle ne doit pas se trouver un autre nom tant elle s'est défigurée). Ni réformiste, ni gauchiste, ni écologiste, la politique indissociable de l'économie qui va devoir s'affirmer n'est pas de l'anti-droite mais de la non-droite. Quelle différence ? Dans un cas, on se définit contre et l'on est toujours rattrapé par son adversaire, dans l'autre, on considère comme obsolète, a-historique, cette droite qui, elle, s'est confondue avec le capitalisme sous toutes ses formes mais ne s'est pas reniée.

La décroissance est la meilleure contestation du capitalisme et le trait constitutif d'une politique qui serait dite de gauche, mais son succès, qui est loin encore d'être un triomphe, repose, précisément, sur l'intuition que le capitalisme est mis en danger par cette radicalité sereine. Il faut aller plus avant. Le mot décroissance, qui fait peur, n'est pas en cause car il dit bien ce qu'il dit : la croissance est incompatible avec une société d'équilibre social car elle détruit la planète. Pourtant, nous finirons pas changer de vocabulaire politique : gauche/droite, ce couple est né avec la venue au monde du capitalisme triomphant et en a conforté le système capital/travail. Ne doit-il pas mourir avec lui ? La décroissance, aujourd'hui indispensable comme rejet efficace du modèle sacralisé et indiscuté de la croissance capitaliste, perdra sa pertinence au fur et à mesure de sa prise en compte réelle. Que lui souhaiter de mieux qu'un succès dû à une disparition ? Encore faut-il sortir de schémas de pensée où la politique a été, jusqu'ici, tenue enfermée.

http://bxl.attac.be/spip/IMG/gif/d145_Attac_titom_decroissance.gif
Jean-Pierre Dacheux

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux