jeudi 17 janvier 2008

Laïcité et morale.

Lors de son discours du Palais de Latran, le nouveau chanoine d’honneur, Nicolas Sarkozy, a dit « Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas ».

Si ces propos confirmaient qu’il n’y a pas de risque pour la laïcité si chère au cœur des républicains, ils seraient rassurants. Mais, à d’autres occasions, de nombreuses allusions, d’autres discours montrent, comme à son habitude, le double langage du locataire de l’Elysée.

Ces derniers temps, il multiplie les références aux religions, au catholicisme dans la suite de son discours de Latran, à l’islam dans celui prononcé à Riyad. Il en ferait tout autant à Jérusalem ou à Bombay en parlant d’autres religions.

Les républicains attachés à la laïcité s’inquiètent de ces références sarkoziennes aux religions. Ils ont raison, car Nicolas Sarkozy est capable de revoir, si cela lui semble nécessaire, la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’état. Il recherche une référence morale pour asseoir et cimenter son pouvoir et la seule qui a grâce à ses yeux est la morale religieuse.

Il veut faire table rase des apports du siècle des Lumières et ses philosophes, comme il veut faire table rase de mai 68 et de ses libertaires. Il le dit clairement (1) : « s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini ».

Alain Badiou (2) qualifie cette recherche d’assise morale de « transcendantal pétainiste ».

Il y a des analogies troublantes entre cette période de notre histoire et avec le bonapartisme. D’abord le travail – travailler plus pour gagner plus – la morale religieuse maintenant, puis la patrie : « le sentiment religieux n’est pas plus condamnable à cause du fanatisme que le sentiment national ne l’est à cause du nationalisme » (3). Le sentiment national, n’est ce pas la patrie ?

La boucle se ferme. Nous avons affaire à un cynisme d’état qui ne reculera devant rien, même pas de revoir la loi de 1905 et s’appuiera sur cette vieille trilogie – travail, famille, patrie - pour faire rentrer le bon peuple dans le rang et renvoyer ses velléités de liberté et de justice aux oubliettes.

Jean-Claude Vitran

1 Discours de Latran du 20 décembre 2007.
2 De quoi Sarkozy est il le nom ? – Alain Badiou – Nouvelles éditions Lignes.
3 Discours de Riyad du 14 janvier 2008.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux