lundi 17 avril 2017

Une campagne hors partis !


Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises 

Le point aux 16 et 17 avril 2017 (jours de Pâques). Note 40 à J-6
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser jusqu'au 6 mai l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents et présentés, depuis le 20 mars, sous le titre : « Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises » Chacun de ces textes peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

Nous avons plusieurs fois cité la philosophe Simone Weil qui, dès 1943, peu avant sa mort, avait démontré, dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques (mainte fois rééditée, entre 1950 et 2016) que « l'idée même de parti n'entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter. Mais qu'il y eut le Club des Jacobins... ». Autrement dit « le totalitarisme est le péché originel des partis ». Nous avons la faiblesse de croire, avec elle, que « les partis sont des petites Églises profanes armées de la menace d'excommunication » qui rendent « confortable de ne pas penser ».

Et pourtant, l'article 4 de notre constitution a « scellé dans le marbre », comme l'on dit souvent, l'existence et le rôle des partis. On peut y lire : « Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ». Mais respectent-ils, à présent, les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ? On commence à en douter.

Car la campagne présidentielle laisse apparaître (ce qui trouble et rend indécis) que les partis ne constituent plus des repères fermes et clairs pour les citoyens.

Qu'on en juge :

1 - Des candidats issus du fonctionnement des partis sont pris dans un piège qui ruinent leurs chances d'être élus. Les primaires ont éliminé des candidats sans les remplacer par des postulants crédibles ou acceptés. Fillon ou Hamon sont fragilisés si bien que les deux partis qui se partageaient le pouvoir (« Les Républicains et le PS) sont entrés en grande turbulence et pourraient s'en trouver blessés à mort ou, eux aussi, marginalisés.

2 – Sans tout croire des sondages, on peut admettre qu'il n'est plus que quatre candidats pouvant l'emporter. Deux sont portés par un parti : Fillon ( soutenu, plus ou moins, par « les Républicains ») et Le Pen ( soutenue par un FN que les électeurs considèrent comme dangereux). Deux s'appuient sur des mouvements (En marche pour Macron et La France insoumise pour Mélenchon). Le PS est d'ores et déjà hors circuit et, avec lui, son satellite, Europe Écologie les Verts, qui n'a jamais trouvé le chemin de son autonomie véritable.

3 – Si au second tour, ni « Les Républicains » ni le PS n'ont de représentant - ce qui est possible voire probable -, le système politique de la Vème République sera défait avant même que les institutions n'aient été modifiées par le Parlement ou par referendum. Nombre de députés ne se représenteront pas, frappés qu'ils sont par la loi relative au non cumul des mandats (une bonne loi, du reste incomplète). C'est donc aussi à un renouvellement générationnel que nous pourrions assister. À quoi s'ajouteront des désignations effectuées majoritairement hors partis traditionnels si l'emportent Macron ou Mélenchon.

4 – L'utilité des partis pouvait se soutenir quand le niveau moyen intellectuel de la population était encore faible et avait besoin de porte-parole formés. Cynthya Fleury, philosophe, sur France Culture, ce lundi de Pâques, ose parler à présent, d'une « imbécillité politique » à laquelle nous assisterions et qui repousse nombre de citoyens éclairés ou écœurés vers l'abstention ou le retrait. L'instrumentalisation de fractions de l'opinion, fut-elle savante, par des spécialistes de la communication dans les partis et les médias n'est plus acceptée. Nous sommes entrés dans une période politique de modification des comportements politiques où les partis ne seront plus les seuls ni même les premiers à déterminer les choix des Français.

5 –Tout n'est pas dit ! Les partis reculent, ne sont plus déterminants, mais ne sont pas morts. On va le voir lors des prochaines élections législatives. Les partis, même en déclin, restent équipés pour faire surgir des candidats et organiser les élections, circonscription par circonscription. Il est des chants du cygne qui sont fort sonores...

En conclusion, ne confondons pas les signes d'une mutation inéluctable qui va produire des effets, dès dimanche prochain, et son installation durable et sans retard ! De tels bouleversements prennent du temps. Les partis, depuis si longtemps présents dans nos assemblées et plus encore dans nos esprits, vont - et je l'espère ! - régresser, mais ne vont pas être effacés du paysage politique sur un coup de baguette magique, ou alors nous serions menacés par une dictature. Laissons les expressions citoyennes s'épanouir, comme ce fut le cas avant la Révolution française, avec la constitution des Cahiers de doléance, village par village, quartier par quartier, et ne laissons pas réapparaître des néo-clubs de Jacobins, ces chapelles nationalistes qui empêchent de regarder l'ensemble des réalités planétaires dont dépend notre avenir et pas seulement au sein de l'Europe. Puisse la campagne électorale, pas si « nulle » que ça, in fine, avoir permis ou annoncé cette révolution dans les idées.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux