jeudi 27 avril 2017

Que peuvent décider les électeurs privés de candidat ?


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 27 avril 2017. Note 49.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Cette élection aura été maintes fois révélatrice du caractère scélérat de la loi électorale.
Nous voici donc confrontés à une prise d'otages idéologique : qui ne soutient pas Macron est un anti démocrate, voire un suppôt des fascistes ! Mélenchon est voué aux gémonies parce qu'il n'a pas donné, le soir même du 23 avril, une consigne de vote favorable à Macron.
Parmi les trois catégories d'électeurs privés de candidats (les candidats au score très faible, les deux candidats au score faible –Dupont-Aignan et Hamon– et les deux candidats au score fort – Fillon et Mélenchon–) la sollicitation des « qualifiés » est fonction du poids politique des uns et des autres.
Indépendamment du fait que les électeurs ne respecteront pas tous les consignes qu'on leur donne, il est, cette fois, comme en 1969 et en 2002, une disparition d'un candidat de gauche qui fausse l'expression démocratique du pays. Le phénomène s'est même aggravé du fait que, presque au hasard, les quatre candidats en tête des résultats se tenaient en quatre points seulement. Nous restons, plusieurs jours après le 23 avril, dans une brume électorale qui permet mal de préciser comment Macron va l'emporter (car il l'emportera et il fait partie de l'enfumage de l'opinion de lui faire peur).

Il se joue, en effet, bien plus que le résultat final de l'élection présidentielle et même des élections législatives qui vont suivre. Il en va de la recomposition totale de la droite et la réapparition ou non d'une gauche de gauche. En clair, deux forces inégales surgissent : celle du capital qui avale, de gré ou de force, quiconque ne lui est pas soumis (Hamon y compris, hélas!) et les résistants qui s'y opposent comme ils peuvent. Le Front National, pour bien des électeurs trompés, est associé à cette résistance et c'est là que la confusion s'installe.
Les petits et les pauvres qui ont compris qu'ils n'ont rien à attendre de Macron ne savent que voter ou ne voteront pas. Que le PCF appelle à voter Macron pour éviter Le Pen va l'achever : il rejoint, de fait, en dépit de ses réserves, le camp de ceux qu'il a toujours combattus. C'est, pour son électorat le plus attaché au monde salarial, une trahison. « Voter contre le Front national » revient à ne voter pour rien, à voter négativement, à attendre, et c'est le contraire de toute politique.
On comprend, dès lors, la perplexité de Jean-Luc Mélenchon : il sait que ce qu'on veut abattre c'est ce qu'il représente bien plus que sa personne, et ça, il ne peut le brader sans, à son tour, trahir. Si toute la gauche se rallie à Macron, y compris les insoumis, c'en est fait d'elle. Réduite au NPA et à Lutte Ouvrière, la gauche entrerait, pour des années, dans une nuit totale.

Que vont opposer à Macron et ses alliés (de Fillon à Cohn-Bendit) les écologistes passés à la moulinette du PS avant que ce parti, au sens strict, ne se dé-compose ? Il ne reste, dans le combat politique (comme dans la réalité quotidienne, mais au niveau planétaire), que deux voies, incompatibles : celle de la continuation de l'économie de profits, quoi qu'il en coûte à l'humanité et celle de la recherche ardente et urgente d'un monde d'équilibre, de partage et de respect de la Terre. Les écologistes qui suivent Macron se renient eux-mêmes. Bien des électeurs jeunes et cultivés, souvent privés de revenus car sans emploi durable, l'ont déjà compris. La France insoumise n'est pas constituée par les seuls admirateurs de Mélenchon. Ils veulent un avenir aimable et pas simplement l'alliance de tous les anti-fascistes qui se réveillent, un peu tard, après avoir, par leur politique, donné des armes aux nationalistes autarciques du FN !

Les électeurs sans candidat, et en particulier ceux qui savent qu'ils ont été très proches d'atteindre la place d'où tout était possible, ne peuvent se résigner à s'effacer ou à se rallier à ce qu'ils combattaient. Il leur faut faire surgir leur force, de nouveau, dans ou hors des urnes, par le bulletin blanc qui dit : « ni l'un ni l'autre », ou par « la grève des urnes » qui dit : « nous ne jouons pas à ce jeu de dupes ».

Il y a blocage car les institutions interdisent la nouveauté. La Vème République ne pouvant mourir dans les urnes, pacifiquement, va-t-elle mourir dans la rue ou au Parlement dès qu'il va devenir évident qu'elle mure l'avenir ? « Ceux qui crient l'Europe, l'Europe », comme disait, pour les ridiculiser De Gaulle, vont être les premiers à s'en apercevoir. Telle qu'elle est la France n'a pas la place qu'elle mérite en Europe. Le FN table sur ce point faible pour avancer ses pions mais il a perdu d'avance. Par contre, renégocier les traités qui fondent l'Europe fera vite l'unanimité et l'on cessera, à ce sujet, de vilipender Mélenchon. Il n'a fait que répéter cette évidence : si l'on veut une Europe forte et unie, libre et sans frontières, il faut en refonder les bases.


In fine, il importe de regarder au-delà des échéances les plus proches. La France se retient de changer et semble se donner à celui qu'ont créé les maîtres de la finance. La réalité n'est pas si simple. Les contradictions sont partout triomphantes et nous n'en avons pas fini de voir se déplacer les pièces sur cet échiquier politique où l'on sait bien que le roi est certes l'objectif mais pas du tout la pièce majeure.
Et, puisque tout n'est pas dit, avéré, ni certain, ne relâchons pas notre observation et notre analyse : le chemin est malaisé, aride, montant mais le pire serait de s'y arrêter. Continuons à le parcourir, au contraire, car il ne peut déboucher que sur un espace plus vaste et plus varié que celui, trop étroit, dans lequel, depuis la fin de la guerre d'Algérie, nous avons été cloîtrés.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux