mardi 25 avril 2017

Premier bilan de la campagne à surprises


Vers le deuxième tour des présidentielles

Le point au 24 avril 2017. Note 46.
par Jean-Pierre Dacheux

Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique. Aux notes antérieures, datées, numérotées et modifiables, s'ajouteront les suivantes jusqu'au 6 mai et sans doute au-delà car la lecture des présidentielles ne s'effectuera qu'après les législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Nous nous réveillons ce matin avec, devant nous, un nouveau paysage politique.
L'analyse de ce qui vient de se passer ouvre des espaces nouveaux : s'y mêlent inextricablement, le positif et le négatif. Il faut tenter de relever des faits et des réactions politiques qui vont peser prochainement sur notre vécu, sans pathos et sans désillusion (ce qui ne veut pas dire sans déception).


1 – Le fait majeur est que les deux piliers des institutions parlementaires se sont rompus : le parti socialiste et le parti « les Républicains ». Ce dernier, né en 2015, de moins en moins gaulliste, avait maintes fois changé de nom, (ex UMP - en 2002 -, ex RPR - en 1976 -, ex UDR - en 1968 -, ex UNR - en 1958 - ....). Les responsables de cet effondrement électoral se situent dans et hors des partis concernés. François Hollande et ses soutiens ont ruiné les espérances portées hier par le PS. François Fillon et et ceux qui l'ont laissé les représenter sont à l'origine d'une défaite d'autant plus cuisante qu'elle semblait impossible. La loi électorale a permis cette fin peu glorieuse et c'est hors parti qu'est apparue l'alternance sans alternative incarnée par Emmanuel Macron et son mouvement En marche.


2 -L'observation qui s'ensuit débouche sur le constat d'une recomposition avec quatre pôles politiques principaux :
• Une droite traditionnelle à reconstruire totalement (aujourd'hui éparpillée et partagée entre plusieurs sensibilités incompatibles, par exemple celles de Rafarin et celle de Vauquier),
• L'extrême droite nationaliste et souverainiste de la famille Le Pen (qui vient d'atteindre son apogée et régressera après son échec probable dans deux semaines)
• La droite recentrée et attrape-tout qui vient de l'emporter. (Elle va devoir, très vite, donner un sens et une cohérence à son projet « et de droite et de gauche », soutenu par des partenaires nombreux, aux orientations difficilement compatibles). Emmanuel Macron va devoir sortir du flou qu'il a habilement utilisé pour donner à croire que son libéralisme était aussi social !
• La gauche aux multiples visages qui a besoin d'une rénovation totale. - Avec, d'une part, la social démocratie qui va exploser ( après le constat d'une « impossible unité » (dixit Manuel Valls, ce jour). Seront aux prises ceux qui ont rejoint Macron, appuyés par les caciques de la rue de Solférino, qui vont imputer aux « Frondeurs » leur division, et ceux qui entendent proposer, à l'avenir, avec Benoît Hamon, une politique au contenu de gauche, une gauche rénovée, socio-écologique.
- Avec d'autre part, le candidat de la France insoumise en progression partout. (Jean-Luc Mélenchon va devoir transformer son essai tout en lui donnant un nom qui ne soit pas que le sien et qui rebaptise une gauche trop nouvelle et trop écologique pour ne garder que cette appellation devenue si vague : la « gauche »). Pour que le soufflet ne retombe pas, il faudra agir vite et proposer des perspectives en créant des passerelles avec Benoît Hamon et ses proches.


3 – Ce qui a souvent échappé au débat électoral mais qui s'imposera inéluctablement.
• Ce qui « fait peur au monde entier » ne pourra plus être passé sous silence et devrait prendre place dans le débat législatif, à savoir : les perturbations du climat et les risques pour notre santé dus à l'activité humaine débridée, pour la seule satisfaction de profits immédiats.
• Comme partout sur la planète, le développement des énergies alternatives au pétrole au charbon et au nucléaire constitue une urgence irréversible que même les USA ne pourront longtemps retarder.
La fin des institutions faussement gaulliennes se trouve engagée, au minimum l'obligation de repenser le mode de scrutin si l'on veut que, comme dans le reste de l'Europe, la France sorte de son bipartisme : ce qui contraint de recourir à la proportionnelle.
L'Europe ne peut plus fonctionner telle quelle. En penser la reconstruction ne constitue pas un renoncement, encore moins un rejet. Les traités européens doivent être actualisés et démocratisés : c'est l'intérêt de tous les États membres après le Brexit.
La lutte contre le terrorisme et pour notre sécurité ne peut se résumer à multiplier les caméras de surveillance ou à armer toujours plus de policiers. Il est une lutte culturelle déterminante à mener auprès des populations fragiles, comme il est fait en Grande Bretagne, pour qu'on confonde plus l'islam et l'islamisme. De même, il convient de repenser l'action militaire de l'armée française au Moyen-Orient si l'on veut que les proches des victimes civiles innocentes ne puissent plus nous considérer comme des assassins qu'il faut punir !
• Le culte de la croissance et du plein emploi doivent être confrontés à la réalité économique actuelle et à son informatisation, pour sortir des fausses évidences. Benoît Hamon a eu raison, trop tôt, mais son approche réaliste du travail contemporain et des revenus à partager doit être réexaminée et approfondie.
• Enfin laisser perdurer les inégalités de plus en plus scandaleuses engendre des désordres de plus en plus graves et « l'appel des solidarités » lancé par de nombreuses associations, le 23 mars 2017, doit être entendu si l'on veut vivre dans une démocratie réelle.


4 – Regard sur quelques résultats significatifs (d'après les chiffres officiels sur 97% des votants)
L'abstention, (22,94% des inscrits) reste « le premier parti de France ».
Les blancs (1,78% des votants) et nuls (0,80% des votants), dans ce scrutin, n'ont rien pesé.
Les scores sont faibles : Aucun candidat ne dépasse 20% des inscrits, ni 24% des exprimés.
Les scores sont serrés : entre le 1er et le 4ème il n'y a que 4,24% de suffrages exprimés!
À moins de 5%, on trouve 6 candidats. Entre 5 et 10% , un seul : B. Hamon à 6,35%.
L'écart entre les « qualifiés » (Macron et Le Pen) n'est que de 2,43%.
L'écart entre les 3ème et 4ème (Fillon et Mélenchon) est encore plus faible : 0,32%
Le meilleur score de Mélenchon est réalisé dans le 93 : 34,03% des exprimés.
Le score de Marine Le Pen à Paris n'est que de 4,99% et 12,57% dans l'Île de France !
Dans le Val d'Oise, Mélenchon est second avec 23,97%, juste derrière Macron à 25,31%
Benoît Hamon ne dépasse les 10% que dans son département, le Finistère.


5 – Toutes premières observations avant le second tour, à reprendre et à travailler
- Macron part favori à cause du nombre des ralliements anti-FN sur son nom.
- Macron fait déjà partie des prédateurs au pouvoir estiment les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinson ( c'est le titre de leur livre paru, en ce mois d'avril, en Poche, au prix de 8€ )
https://www.youtube.com/watch?v=ychwDoh5GIo
- Qui ne veut rien toucher à l'Europe, à la Bourse et aux marchés choisit Macron. Bien sûr !
- Le FN s'engage, c'est sa dernière chance, en courtisant les anti-capitalistes ! Ce sera vain. Il est lui-même mouillé jusqu'au cou dans le bain oligarchique.
- Ceux qui ne veulent rien toucher à l'Europe, à la Bourse et aux marchés ont choisi Macron.
- Ne pas donner de consigne de vote est reproché à Mélenchon. On peut comprendre au vu de telles révélations. En outre, il n'est pas seul parmi les Insoumis !
- Des réticences au vote pro-Macron s'expriment à gauche. Les médias s'en offusquent. Pourquoi ?
- Valls dénonce "la campagne d'extrême gauche" de Benoît Hamon qui a "récolté ce qu'il a semé"....
- Réponse : à Evry, où Valls a appelé à voter Macron, Mélenchon a fait 34,69 % des voix !
- EELV, comme parti, vient de mourir : l'avis de décès est signé d'Hervé Kempf. L'écologie, elle, n'est pas morte. Lire https://reporterre.net/La-faillite-du-parti-ecologiste

Après quelques heures chargées de pensées sombres, il apparaît, à l'analyse, que rien de totalement définitif ne s'est produit. « La messe n'est pas dite » ! Nous sommes entrés dans un temps politique qui demeure empli d'incertitudes. Nous aurons un rôle à y jouer.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux