dimanche 10 octobre 2010

Vers la démocratie fascisante ?

Démocratie fascisante ? Quel est ce nouvel oxymore ?
Durcissons-nous le ton?
N'exagérons-nous pas ?
Nous sommes-nous enfermés dans une opposition systématique et extrémiste ?

Et bien, non ! Et nous entendons bien dire pourquoi la démocratie est en danger.


Dans la Rome antique, le faisceau du licteur est constitué d'un ensemble de verges (d'orme ou de bouleau) liées en cylindre autour du manche d'une hache par des lanières de cuir croisées. C'était un emblème de l'autorité des magistrats de la République romaine. Il était porté par un officier public, le licteur, qui le portait sur son épaule gauche. La hache représentait le pouvoir du consul de condamner à mort par décapitation.

Si la démocratie consiste à élire des dirigeants, nous sommes en démocratie.
Si la démocratie consiste à faire exécuter les décisions du peuple, nous en sommes loin.

L'article 2 de notre Constitution est le suivant :

Art. 2. - La langue de la République est le français

L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.

L'hymne national est la Marseillaise.

La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité".

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Ou bien chacune de ces affirmations n'a aucun sens, et cet habillage de mots cache la vérité toute nue : nous ne vivons que dans un semblant de démocratie. Ou bien, au contraire, il faut entrer dans ces phrases et en dégager le sens :

La langue de la République est le français. Pas le français seulement; cela n'est pas dit. Mais le français d'abord (si l'on peut oser écrire ça !) ou, pour mieux dire, la langue française est la langue officielle. Les autres langues, régionales ou étrangères, ne sont pas interdites, peuvent être enseignées, mais passent après. Première précision.

L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. Ce repère n'est pas, uniquement, celui de soldats qui meurent pour la patrie. Il est celui de ceux qui se reconnaissent français, sans nationalisme, ni culte d'anciens combattants. Seconde précision.

L'hymne national est la Marseillaise. C'est une musique d'abord, un chant, un repère sonore historique, un hymne, c'est-à-dire "un poème lyrique exprimant la joie et l'enthousiasme" comme l'affirme Le Robert. Et, de même qu'il n'est pas dit si son interprétation musicale est non modifiable (Giscard d'Estaing essaya bien de la ralentir...), de même il n'est pas exigé un respect absolu de ses paroles. Des Français peuvent ne pas se retrouver dans les paroles guerrières et agressives de l'hymne, sans renoncer à sa portée historique. Troisième précision.

La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité". Nous approchons du cœur de la démocratie française : aucun de ces trois mots n'a de sens s'il n'est associé aux deux autres. La liberté sans égalité, c'est le capitalisme insupportable. L'égalité sans la liberté, c'est le collectivisme violent. La fraternité sans liberté et égalité, c'est un non être politique baignant dans le jus fade d'un idéalisme éventuellement religieux. La République démocratique est libre, égalitaire et fraternelle, ou n'est pas. Quatrième précision.

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ultime et sans doute principale phrase constitutionnelle, clôturant cet article 2, où tout est dit de ce que devrait être la France telle qu'elle veut être constituée, depuis qu'elle a échappé à la monarchie ! Tout repose sur le "par le peuple"... Il n'est pas dit : "par les représentants du peuple", mais il n'est pas non plus précisé "directement par le peuple". L'oligarchie de Rousseau est plus démocratique que la démocratie de Sieyès, quand le premier fait, des dirigeants, les commis du peuple, chargés d'appliquer ses décisions, tandis que le second fait diriger le pays par les représentants du peuple, agissant sans mandat impératif. Cinquième précision.

Où en sommes-nous en 2010 ? Si la démocratie n'est qu'une forme, elle n'est pas. Si elle est enfermée dans des conceptions restrictives, elle n'est plus. Par sa Constitution, en droit et en fait, la France est plurielle. On y parle plusieurs langues; on ne s'y range pas derrière un seul drapeau; on n'y entonne pas que des chants vengeurs (et les paroles de la Marseillaise ne sont pas intouchables); on y comprend la liberté comme ayant comme limite la liberté d'autrui, l'égalité comme une solidarité, la fraternité comme l'unité laïque de citoyens différents. Mais par-dessus tout, la démocratie c'est le partage, la codécision et l'abandon de toute velléité autocratique.

Si l'on suit ce parcours interprétatif des fondements et du principe sur quoi repose la République, force est bien de constater que la démocratie s'est éloignée de nous, qu'on ne la reconnait plus sous les oripeaux dont les technocrates et les oligarques modernes l'ont affublée. Pire : allant au bout de leur mépris de la démocratie, des politiciens de métier, qui ne veulent en aucun cas abandonner leurs positions de pouvoir, ont tout centralisé. Chaque responsable d'une institution est un roi, un prince ou un duc. Le retour des aristocrates s'est effectué sans qu'il soit nécessaire de remettre des particules dans les noms des nouveaux chefs. Chaque maire ou président (de conseil général ou de région) est maître en son fief s'il ne trouble pas la souveraineté du monarque d'à côté. Quant au président de tout ce qui se préside, il gère sa solitude superbe, en disposant des cohortes de puissants agents administratifs ou politiques à sa solde. Telle est la République devenue...

Le discrédit dans lequel tombèrent tous les symboles associés au fascisme obligea la République Française d'être plus discrète sur cet emblème.

Seul Valéry Giscard d'Estaing l'utilisa comme emblème personnel de 1974 à 1981.

Le Président de la République est le sommet d'une pyramide d'où s'écoule la transmission de l'autorité publique. C'est, a-t-on dit, un monarque républicain. Eh bien non ! Le monarque n'est pas républicain; il ne peut l'être par définition. Un monarque, dès qu'il est seul décideur, devient antirépublicain par fonction. Le dernier, l'actuel monarque, en cette Vème République non républicaine, n'a fait que recueillir tous les travers que ses prédécesseurs avaient laissé disponibles dans la corbeille élyséenne. Et tous ceux qui ont espéré - et espèrent encore ! - le remplacer sont co-responsables de cette dérive collective qui glisse vers le fascisme. C'est le système politique présidentialiste qu'il faut changer !

Le fascisme dit, banalement, Le Robert est la "Doctrine, tendance ou système politique visant à instaurer un régime autoritaire, nationaliste, totalitaire". Définition large... S'il en était ainsi, nous y serions déjà. Nous sommes en voie de fascisation mais pas encore dans le fascisme. C'est assez grave comme cela, puisque nous sommes déjà entre deux rives, nous écartant de la démocratie, mais pas encore accostés au pays où règnerait partout la terreur. Mais voici qu'approche le terrorisme d'État, celui qui, confié à un seul maître entouré de spadassins, décide de tout et n'accepte aucune limites à son pouvoir, puisqu'il le détient, croit-il, du peuple.

Depuis 1933, n'aurions-nous rien compris ? La démocratie ne protège pas contre la dictature. Et la dictature, même si elle vient à petits pas, et prend mille nouveaux visages, ne veut rien d'autre que l'obéissance, contrainte ou consentie, des nouveaux serfs que nous deviendrions bientôt, si nous n'opposions pas un non retentissant à ceux qui nous proposent une accolade mortelle. Et la Constitution de la Vème République, au-delà de son article 2 de belle apparence, permet la soumission de tous les citoyens, et de leurs organisations, au Chef de l'État, quel qu'il soit. Là se situe le risque, de plus en plus apparent, d'une démocratie fascisante, tentée par le fascio, ( l'unicité sans unité, donc sans diversité ) qui lie un peuple mis au pas.

Quand nous vous disions qu'il était temps de désobéir, de dire non, et de refuser cette caricature de démocratie qui a le goût, l'odeur et la forme de la démocratie mais qui n'en a ni la substance ni la dynamique.

Que les résistances à la contre-réforme des retraites nous donne, les 12 et 16 octobre, l'occasion d'interrompre cette descente aux enfers.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

cut

Nous ne serons pas un peuple de marionnettes

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux