lundi 23 janvier 2017

Pourquoi ai-je voté Benoît Hamon ?


D'abord pourquoi ai-je voté  ?

J'ai voulu, comme le recommandent certains sociologues, mettre en pratique, « l'observation participante », ne pas seulement examiner les faits de l'extérieur, participer à un événement politique, même s'il devait être de faible importance, suivre les débats non comme au théâtre, mais en établissant un rapport avec ma vie et ma propre pensée.

Pourquoi s'engager dans « une primaire », de droite ou de gauche ?

Je récuse cette pré-désignation d'un candidat à l'aide d'un mode de scrutin qui est la pâle copie du scrutin présidentiel à deux tours et strictement binominal in fine... En fait, ce n'est pas la forme de cette primaire « de la gauche et de écologistes », dite de  « la Belle Alliance » ou « citoyenne » (?) qui avait de l’intérêt mais bien la double question posée à cette occasion : que veut dire désormais le mot gauche et un parti peut-il en être encore le support ? Les débats pouvaient-ils fournir, à ces sujets, des éclairages et le PS va-t-il en sortir revivifié ou moribond ?

Pourquoi me mêler de ce qui m'intéresse modérément ?

Que plusieurs centaines de milliers de citoyens se déplacent pour effectuer des choix politiques ne peut laisser indifférent même quand aucun de ces choix n'est tout à fait le mien. Tenter d'infléchir ces choix, de façon minuscule, au moyen d'un simple bulletin de vote, n'est que le prolongement d'une analyse faite en tenant compte des arguments entendus.

Pourquoi risquer d'être récupéré par un parti sur le déclin ?

J'ai acquis la conviction que je ne risquais rien. Je suis libre. Par rapport aux candidats (je ne suis pas sûr du tout de voter, en avril, pour le vainqueur de la finale même si je n'en suis pas éloigné). Par rapport aux partis ( je ne suis membre d'aucun) a fortiori du PS ( qui est allé au bout de ses trahisons). Par rapport à quelque machine électorale que ce soit (je n'ai pris aucun engagement en me déclarant « solidaire de la gauche et des écologistes » avant de rentrer dans un isoloir). C'est un mensonge, du reste, que d'avoir exigé cet engagement des électeurs alors que ceux qui, au PS, ont organisé cette primaire n'ont jamais cru, une seconde, que socialisme et écologie étaient inséparables !

Pourquoi voter alors, après toutes ces réserves et ces critiques ?

Je n'ai voté que pour contribuer, ne fut-ce que très modestement, à mettre en difficulté Manuel Valls coresponsable d'un quinquennat calamiteux. Le social-libéralisme de François Hollande et de son premier ministre doit être sanctionné par ceux « qui n'ont pas voulu ça », en 2012, et qui ont dû le subir cependant. Si, comme l'indiquent les résultats proclamés, hier soir, Benoît Hamon, en tête avec 5 points d'avance, devait, en bénéficiant du soutien des électeurs d'Arnaud Montebourg, l'emporter nettement, le 29 janvier prochain, alors, les cartes seraient rebattues totalement, à gauche, au PS, et , du coup, au sein de la politique française tout entière.

Pourquoi penser qu'une gauche éclatée puisse éviter un nouveau désastre électoral ?

Jusqu'à présent, la victoire de François Fillon apparaissait acquise. Les villes, les départements, les régions, le Sénat sont tous, depuis 2012, passés majoritairement à droite. Le Front national de Marine Le Pen obtient des résultats qui lui donnent tous les espoirs de figurer, au pire pour lui, en seconde position au printemps prochain. La gauche du PS n'a pu que... se rallier à la droite au cours des dernières élections régionales, au nord comme au sud de la France, pour éviter que deux régions majeures ne tombent sous le joug des nationalistes. L'élément neuf c'est que les gauches (celle de Mélenchon comme celle de Benoît Hamon, sans oublier celle de Yannick Jadot) ont retrouvé de la confiance et des idées neuves. L'équation est modifiée : l'alliance des trois composantes représentées par des candidats qui ont rompu avec le PS en perdition, est seule à même de concourrir avec une (petite) chance de figurer honorablement en avril prochain.

Pourquoi voter encore le 29 janvier prochain si « la messe est dite » et Hamon assuré du succès ?

Les deux protagonistes restés en piste vont en appeler aux électeurs. L'un, Benoît Hamon, pour réveiller tous les déçus et consolider son avance, en affirmant que la sanction de l'échec, mais aussi l'espérance, l'avenir, la créativité politique passent par un succès net de sa part. L'autre, Manuel Valls, pour refaire son retard, en brandissant l'argument de sa « présidentialité », du choix de la « gauche de gouvernement » dite réaliste et non utopique, qu'il prétend incarner face à la gauche d'illusions qui, selon lui, ne peut l'emporter. Il ne manque pas de ressources et de soutiens pour faire une campagne brillante, active et brutale. Le temps n'est donc pas venu de laisser l'événement se produire sans contribuer, une fois encore, à sa réalisation.

Pourquoi se soucier d'une élection dont les questions essentielles seront absentes ?

Ni l'Europe politique à réinventer, ni les questions énergétiques à repenser, ni la préoccupation climatique à prioriser, ni les inégalités sociales à abolir, etc..., aucune des questions de fond dont dépend l'avenir de nos sociétés ne sont considérées, par les « réalistes », comme des questions sérieuses. Qui ne chiffre pas,(dans les limites des budgets actuels non retouchables !), une proposition nouvelle serait, a priori, un utopiste ! Parler, comme le fait Hamon, de revenu universel, serait, par conséquent, le signe de son irresponsabilité et de son incapacité à exercer des fonctions majeures. Cette fausse opposition entre les sérieux et les irresponsables, entre les réalistes et les utopistes, entre les partis de gouvernement et les formations d'opposition, entre, bref, les capables et les incapables, entre les élites et les fantaisistes, n'est rien d'autre que la négation de la politique qui est création, invention, et recherche permanente de solutions nouvelles ! Ou bien l'on gère (en tordant le cou à ce qui n'est pas dans l'épure officielle), ou bien on affronte les difficultés de notre temps qui menacent les peuples. Le réalisme est de plus en plus conservateur. L'utopie n'est que l'obligation d'une quête de réponses neuves dans un monde nouveau.

Pourquoi, enfin, valoriser un épisode, certes intéressant d'un point de vue médiatique, mais non décisif au regard des risques encourus par l'humanité tout entière ?

Si la France est, désormais, un petit pays planétaire, ses citoyens ne peuvent se résigner à subir un monde où dominent les Trump, Poutine, Erdogan et autres Bachar el Assad. Au reste, ces chefs d'État, colosses aux pieds d'argile, n'ont pas le soutien garanti de leurs peuples et la violence n'offre pas un avenir sûr aux dictateurs même camouflés derrière des apparences démocratiques. Les inégalités ont atteint un tel niveau d'injustice que les puissants se sont mis eux-mêmes en danger. Le capitalisme dispose encore de tous les moyens de nuire mais pas ceux de durer. C'est dans ce contexte qu'il faut se placer pour s'engager. Il n'y a pas d'action trop modeste et insuffisante pour peu que beaucoup d'humains y prennent part.




JP Dacheux - 23.01.2017

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux