vendredi 8 juillet 2011

"Les checkpoints d'Israël sont même à Roissy"

Une série d'événements nous alertent sur les réactions actuelles du Gouvernement israélien (et de l'opinion israélienne elle-même, dans sa majorité).
• Il est hors de question, pour Israël, que soit levé le blocus de Gaza et toutes les pressions diplomatiques et militaires sont engagées pour interdire à la "flottille de la paix" l'accès au port.
• Il est impossible que des citoyens de divers pays prennent l'avion pour Tel Aviv, afin de se rendre à Bethléem et y rejoindre des associations pacifistes.
• Il avait été interdit, sous peine de fusillade, à des Palestiniens vivant en Syrie de franchir, ne fut-ce que symboliquement, la frontière israélienne pour faire valoir qu'ils sont aussi chez eux sur une terre qu'ont habité leurs ancêtres et dont ils ont été chassés.
• Il est enfin tout tenté pour éviter que ne se crée, à la fin de l'été, dans des conditions acceptables par les Nations-Unies, un État palestinien ayant, comme Israël, une existence propre et reconnue.


Et tombe, ce matin, l'information suivante :

347 indésirables.

À Roissy, Genève, Bruxelles, les compagnies Lufthansa, Maalev, Swiss, Alitalia, Easyjet, ont interdit de vol pour l'aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv, des passagers disposant de toutes les autorisations requises, mais figurant sur la "liste des indésirables" qui leur avaient été transmise par les autorités israéliennes.

Durant la nuit, Israël a refoulé vers les Etats-Unis, dès leur arrivée, deux militantes américaines, venues par avion qui devaient initialement participer à la flottille bloquée en Grèce.

La flottille bloquée

La garde-côte grecque a intercepté jeudi un bateau français de la flottille qui entend briser le blocus maritime imposé par Israël à la bande de Gaza. Parti de Corse, le "Dignité-Al Karama" a été repéré au petit matin en Crète où il se ravitaillait et remorqué jusqu'au port de Sitia pour des vérifications.

Il s'agit du troisième bateau de la flottille intercepté par la Grèce. Les autres embarcations, au nombre de sept, ont été bloquées dans les ports grecs, Athènes ayant interdit à la flottille d'appareiller pour la Méditerranée orientale en arguant de la sécurité des militants à bord.


http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110708.OBS6703/des-voyageurs-juges-indesirables-par-israel-bloques-a-roissy-et-geneve.html

http://www.lalibre.be/toutelinfo/afp/332831/la-flottille-bloquee-israel-ecarte-les-passagers-d-avion-propalestiniens.html



Il est grand temps qu'on se rende compte qu'Israël se considère en danger, se crispe, et peut se montrer dangereux dans la région et donc entrainer les États dans des relations de plus en plus conflictuelles.

Le "printemps arabe" a déstabilisé la politique de l'État d'Israël en ruinant une partie de sa démonstration : les Arabes sont envahis par l'islamisme ; ce sont des terroristes potentiels ; il fallait donc soutenir tous ceux qui s'opposent à ce péril. C'est ainsi qu'avaient été établis des liens politiques forts avec les régimes impitoyables pour les Islamistes, à commencer par l'Égypte ou la Tunisie. Mais, à présent, Moubarack et Ben Ali ont quitté la scène politique. L'association Islam = risque terroriste est brisée.

Non seulement cette logique s'est effondrée mais la Syrie elle-même pourrait bien cesser d'être l'État repoussoir qui, avec l'Iran, constitue une justification permanente de la lutte d'Israël contre des ennemis tout désignés. Si l'Iran, à son tour, évolue vers un régime moins dictatorial, Israël va se retrouver bien seul dans un environnement qui n'aura même pas besoin de lui être hostile pour exprimer sa force politique.

Le blocus de Gaza, aussi illégal qu'intenable pourrait cesser sans violence, mais, là encore, risquerait de s'effondrer cette propagnade qui soutient que, le Hamas terroriste étant au pouvoir dans cette partie de la Palestine, aucune solidarité ne peut s'y manifester. Sous entendu : rien ne peut se passer dans cette partie du monde hors de la volonté d'Israël qui, par la même occasion, démontre que la Palestine ne peut être et ne sera jamais un État souverain.

La responsabilité des pays occidentaux qui sont solidaires d'Israël en toutes circonstances est lourdement engagée. Comment expliquer l'attitude de la Grèce qui bloque la flottille de 10 bateaux qui devaient se rendre à gaza ? Comment expliquer l'attitude des États-Unis qui, en dépit d'un vote massif probable des Nations-Unis, pourraient mettre leur veto à la délibération qui accorderait à la Palestine son existence politique ? Comment expliquer la tolérance, voire la cécité, de l'Union européenne qui évité d'avoir à mettre en cause les décisions d'Israël, y compris quand elle ne les approuve pas !

Ce qui va se produire dans les années à venir est très inquiétant. En Israël, on pense ne pouvoir exister que dans une logique de conquête de terres fournissant une assise suffisante ; on considère qu'un équilibre avec les États environnants ne peut perdurer qu'appuyé sur la suprématie militaire. On en détient l'arme suprême : l'arme atomique, au cas où la pression sur l'État d'Israël se ferait insupportable.

Nous ne pouvons, en 2011, réinstaller, au Moyen Orient, l'équilibre de la terreur ! On ne peut continuer indéfiniment à figer une situation, installée depuis 1948, et qui est devenue alarmante pour les Israéliens et leurs voisins. Il faut profiter des évolutions positives qui se sont produites dans le monde arabe pour sortir des logiques de guerre et travailler à l'organisation d'une cohabitation durable dans la région. Toute autre approche est désespérante et nous entrainerait vers le pire.

Les minables oppositions à l'expression de cette recherche de paix dessert Israël. On ne peut tout arrêter par la force. Le peuple juif a besoin de se faire des amis et pas des adversaires ! L'apport immense à l'histoire humaine des intellectuels et des créateurs juifs est un trésor pour l'humanité tout entière. La montée du dégout à l'encontre de la politique de l'actuel gouvernement israélien ne saurait effacer cet apport.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran



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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux