lundi 7 février 2011

TOTAL : dégazez ou bien dégagez !


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Le Qatar a investi, beaucoup investi, mais il est devenu le premier producteur mondial de gaz liquéfié ! Transporté par bateau, ce gaz parvient, là où l’on en a besoin, à des prix moins élevés que si l’on utilisait des pipe-line, moins faciles à protéger.


Il ne reste qu’une soixantaine d’années pour extraire le pétrole liquide ou le gaz conventionnel, mais le gaz liquéfié, moyennant une augmentation des prix pour rentabiliser l’exploitation des gisements (ce à quoi les consommateurs finiront bien par se résoudre, espèrent les producteurs…) pourrait se révéler « la » solution d’avenir.


Ainsi existe-t-il des réserves colossales de gaz de schiste ! C’est particulièrement vrai sous les sables sahariens de l’Algérie. Ce l’est même, en France, sous le plateau du Larzac.


L’entreprise Total, cette entreprise française qui ne paie pas d’impôts en France, travaille « l’acceptabilité » de ses recherches énergétiques. Son PDG, De Margerie, ne croit pas à « l’acceptabilité » de l’éolien offshore. Il croit davantage au nucléaire s’il cesse d’être la seule source massive de production d’électricité. Les énergies renouvelables sont, selon lui, à inclure dans un bouquet de propositions de productions énergétiques.


Le gaz de schiste entre dans le bouquet ! Certes il faut beaucoup d’eau pour le faire remonter en surface, certes la pollution de nappes phréatiques constitue un risque, mais en en prenant le temps et à condition de « respecter l’environnement » , on peut rendre acceptable cette extraction de gaz de schiste. En faisant confiance à la science et au savoir faire des ingénieurs, on peut encore ponctionner la Terre sans trop la faire souffrir.


Les écologistes se soulèvent contre des projets qui se fondent sur la permanence des besoins en pétrole et dérivés. L’argument du « pic de Hubbert » qui a servi à prouver que les réserves ne sont pas inépuisables et même qu’on a dépassé la cote d’alerte, ne trouble guère les très grandes entreprises qui s’en tiennent à aller chercher plus profond (sous terre et sous la mer), pour plus cher, et quel que soit le milieu de surface, tout ce que contient la planète et, si possible jusqu’à la dernière goutte.


Les gaz de schistes (les schistes bitumineux, au Canada, rapportent énormément même si l’environnement s’en trouve saccagé), voilà donc ce sur quoi compte Total et autres Compagnies.


Il n’est face à cette menace que deux parades possibles. L’une est inutilisable ; elle consisterait à faire interdire par les États concernés toute extraction polluante. On peut rêver ! L’autre, qui accompagnerait la prise de conscience des effets destructeurs de l’activité humaine industrielle non contrôlée, consisterait à faire évoluer les habitudes et les comportements de consommation du plus grand nombre des humains. C’est improbable mais nullement impossible et, comme l’explique Edgar Morin, quand les dangers sont trop flagrants, le probable se substitue à l’improbable.


Ce qui frappe dans ce surgissement d’une nouvelle pornocratie (le pouvoir glouton) dans l’espace économique, c’est qu’il n’est plus possible de parler de démocratie et d’écologie là où règne le capital. Le capitalisme, en effet, s’est fort bien accommodé de la démocratie et ne veut utiliser de l’écologie que sa partie verte, celle qui se voit et rapporte… Si, comme l’a reconnu Nicolas Hulot, « ce qui fait problème, c’est le système », autrement dit si la décision économique échappe à la science, à la politique et aux peuples concernés, il est probable que se produise une révolte incompressible, inattendue, imprévisible comme cela est le cas, toutes choses égales par ailleurs, en Tunisie et en Égypte.


Nous sommes entrés dans l’ère des incertitudes. Les prédateurs n’en tiennent aucun compte car ils ne veulent pas voir rognées leurs prérogatives. Ils ont les moyens et la volonté de faire perdurer leur libre exploitation des richesses du monde. Ils ne peuvent compter que sur la résignation et pas la patience des victimes de plus en plus nombreuses à l’échelle mondiale, de ce système économico-politique.


Le gaz de schiste sera-t-il la bulle de trop qui va crever au-dessus d’une société lassée des frasques des riches ? Ce n’est ni sûr ni exclu ; un moment viendra où les productivistes inconséquents entendront les victimes leur dire : « Trop, c’est trop ! Nous avons assez payé et pendant trop longtemps. Dégazez ou dégagez… ».


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


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Voir http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/02/04/gaz-de-schiste-et-nucleaire-sinvitent-au-conseil-europeen/

Moratoire sur les gaz de schiste. C’est l’autre sujet d’inquiétude. Toujours selon l’AFP, le projet de déclaration demande en effet à ce que le “potentiel” d’une extraction soutenable de ces gaz soit “évalué”. En Europe, les forages auraient lieu dans le sous-sol de la Pologne, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France.

Dans l’Hexagone, trois permis de prospection ont été octroyés, en mars 2010, au groupe pétrolier Total et au texan Schuepbach Energy, associé à GDF Suez. Les zones concernées s’étendent sur plus de 10 000 km2 entre les départements de l’Hérault, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Ardèche et de la Drôme. Une région qui pourrait contenir jusqu’à 2 380 milliards de mètres cubes de gaz, soit 10 à 20 fois la consommation annuelle de gaz en France, selon les estimations de Total.

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Ces gaz considérés comme si prometteurs par les acteurs économiques ont toutefois une particularité : contrairement à ceux qualifiés de conventionnels que l’on trouve concentrés par poches, ils sont disséminés dans les roches. Leur extraction requiert donc des forages importants et délicats, de deux à trois kilomètres, pour fracturer la roche en injectant d’énormes quantités d’eau, de sable et de produits chimiques. Aux Etats-Unis, pays précurseur dans le domaine, ce forage a des conséquences catastrophiques pour l’environnement, notamment en raison de la pollution de l’eau. A tel point que population et élus sont vent debout contre cette technique - leur mobilisation est rapportée dans le documentaire Gasland.

En France aussi, les projets suscitent depuis plusieurs mois une levée de boucliers des écologistes et élus locaux, menés par José Bové, qui s’inquiètent de l’impact sur les nappes phréatiques, les besoins en eau ou le paysage. Cette grogne a poussé le gouvernement à suspendre les travaux de prospection de gaz de schiste jusqu’à l’été au moins. La ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé mercredi la création d’une mission chargée “d’évaluer les enjeux environnementaux” des gaz de schiste. “Aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée ni même instruite avant le résultat de cette mission”, a-t-elle assuré.

Malgré tout, sa marge de manœuvre demeure limitée. Ce moratoire ne change ainsi pas grand chose puisque les recherches se limitent pour l’instant à des prélèvements de roche et à des études de surface, Total ne prévoyant pas de forer avant fin 2011, début 2012. Et le gouvernement pourrait être contraint de revoir sa position par une déclaration européenne favorable à la prospection de ce gaz. D’autant que le forage des huiles de schiste, une forme de pétrole piégé dans la roche dont l’extraction demande des techniques similaires aux gaz, devrait, lui, débuter en mars près de Château-Thierry (Aisne).

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux