dimanche 29 août 2010

La république enfin ?

La première République supprima le roi mais pas la monarchie qui irrigue toujours nos institutions. L'empire napoléonien la tua. La seconde République fut, elle aussi, victime d'un coup d'État impérial !

La 3e République est née de la défaite. Elle est morte de même. La 4e République est née à la fin de la guerre 1940-1945. Elle est morte de la guerre d'Algérie. La 5e République est née de la trahison des démocrates devenus impuissants face au colonialisme. Elle a engendrée l'autocratie républicaine dont nous ne sommes pas encore sortis !

Le 4 septembre 1870 fut proclamée la 3e République, la plus longue, celle qui rompit avec les tentations monarchiques ou impériales. 140 ans plus tard, à quelle République restons nous attachés ?

La manifestation qui va s'opposer, le 4 septembre 2010, à la dérive xénophobe de l'État pourra-t-elle dire que nous voulons une République enfin démocratique, c'est-à-dire où "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" ne soit plus une formule constitutionnelle sans portée mais une réalité quotidienne ?

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La République songeuse.

Un rappel historique s'impose pour que nous échappions aux erreurs du passé.

Le 4 septembre 1870, les Parisiens proclament la République (c'est la IIIe du nom). En souvenir de ce jour, de nombreuses rues de France porteront le nom du «Quatre Septembre».

C'est après avoir appris la capture de l'empereur Napoléon III par les Prussiens, à Sedan, que les républicains de la capitale ont pris le pouvoir. Ils ont été devancés de quelques heures par leurs homologues de Lyon et Marseille.

Quelques mois plus tôt, le 8 mai 1870, Napoléon III était sorti renforcé d'un plébiscite qui lui avait donné 7 336 000 oui contre 1 560 000 non, en confirmant l'orientation libérale de l'empire ! À Paris, toutefois, à la différence du reste du pays, une majorité républicaine s'était prononcée contre le régime.

La déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, allait détruire les illusions de l'empereur. Certains républicains se hasardent à souhaiter qu'une prompte défaite consacre la ruine du régime et hâte l'avènement de la République. C'est ainsi que Le Rappel écrit noir sur blanc : «Le danger le plus sérieux, c'est celui de la victoire. L'Empire fait le mort. Les Prussiens battus, il ressuscitera». Ce journal appartient aux fils de Victor Hugo - lequel est en exil à Jersey -. La défaite de Sedan comble au-delà de toute espérance les vœux de ces drôles de patriotes.


Une République issue de la défaite

Dans la nuit du 3 au 4 septembre, dès l'annonce de la défaite, les députés du Corps législatif se réunissent au Palais-Bourbon. Ils dédaignent de confier la régence à l'impératrice Eugénie, confinée au palais des Tuileries, et s'interrogent sur la conduite à suivre.

Dans le petit groupe républicain, plusieurs députés se préparent à un illustre destin. Parmi eux, Jules Favre, Jules Grévy, Jules Simon et Jules Ferry qui fonderont la «République des Jules». Il y a aussi Adolphe Crémieux et surtout Léon Gambetta, superbe orateur de 32 ans.

Les Parisiens envahissent bientôt le Palais-Bourbon et exigent l'instauration de la République. Les députés craignent d'être débordés par l'insurrection. Jules Favre leur suggère alors de proclamer eux-mêmes la République, à l'Hôtel de ville de Paris, comme aux plus beaux jours de la Révolution de 1789 ou des journées de Février 1848. Deux colonnes de députés et de simples citoyens se rendent donc à l'Hôtel de ville, où elles ont été devancées par un groupe d'agitateurs révolutionnaires, jacobins ou socialistes (Delescluze, Blanqui, Flourens,...).

Pour séduire et rassurer la foule, Jules Ferry a l'idée de constituer un gouvernement composé de députés républicains de Paris. C'est ainsi que Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République au milieu d'une liesse générale quelque peu surréaliste en regard de la situation militaire du pays. Beaucoup de Parisiens croient naïvement que la déchéance de l'empereur et que l'avènement de «Marianne» rendront les Prussiens plus accommodants.

Le «gouvernement de la Défense nationale» est placé sous la présidence du gouverneur militaire de la place, le général Louis Trochu, un conservateur timoré, «Breton, catholique et soldat», selon ses propres termes. La situation s'aggrave le 19 septembre avec l'encerclement de Paris par les troupes ennemies. Le 7 octobre, le fougueux Gambetta (32 ans), ministre de l'Intérieur, s'enfuit à son tour de Paris à bord d'un ballon.

Sitôt à Tours, Léon Gambetta organise une armée en vue de secourir la capitale et de mener une «guerre à outrance». Son initiative recueille quelques éphémères succès mais elle inquiète les populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix. Les troupes hâtivement rassemblées par Gambetta sont sans difficulté battues par les Prussiens après la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une «sortie torrentielle» à Buzenval, le 20 janvier 1871. Elle s'achève par une piteuse retraite.

Dans un ultime effort, Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli,... au grand soulagement du chancelier Bismarck.

À Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille avec une secrète jubilation les nouvelles de France, qu'il avait prévues. Il y voit la rançon de son humiliation, dans la guerre de Crimée et des leçons prodiguées par les Français, à son endroit, à propos de la Pologne.

L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871, pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin, en effet, que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être, plus tard, contesté.

Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles ! Les représentants des états allemands se réunissent dans la Galerie des Glaces de Versailles et proclament l'Empire allemand, le IIème Reich. Le roi de Prusse, Guillaume, devient le nouvel empereur, sous le nom Guillaume Ier.


La France aspire à la tranquillité

Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix. Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, manifestent massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables. C'est ainsi que se révèle à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes.

Pas moins d'un élu sur trois est noble ! Mais ces députés monarchistes sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III, empereur déchu.

Paris étant entourée de troupes allemandes et trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit au Grand Théâtre de Bordeaux avant de se transférer à Versailles. Le gouvernement de Trochu lui remet sa démission et, le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme «chef du gouvernement exécutif de la République française» en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république.

La République ne garantit rien. De 1804 à 1871, la France ayant vécu principalement sous des régimes monarchiques plus ou moins autoritaires : (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire), le régime républicain et la démocratie n'avaient fonctionné que très peu d'années.

La Commune de Paris trouve sa source dans un élan républicain se référant à la Première République et au gouvernement révolutionnaire de la Commune de Paris (1792), ainsi qu'à l'insurrection populaire de juin 1848 sous la Deuxième République et qui avait été réprimée de façon sanglante par le gouvernement instauré par la Révolution de février 1848.

La Commune de Paris désigne une période insurrectionnelle qui dura deux mois environ, du 18 mars au 28 mai 1871 ("Semaine sanglante" du 21 - 28 mai). Cette insurrection contre le gouvernement issu de l'Assemblée nationale, qui venait d'être élue au suffrage universel, échoua dans le sang.

La IIIe République naquit donc dans la détresse et la confusion... Elle mourra de la même façon, 70 ans plus tard, en 1940.


Afficher l'image en taille réelleLa République contre elle-même, la République infidèle, la République impopulaire, ce n'est pas cela que nous cherchons en elle ! C'est, au contraire, la République qui renonce à toute tentation autocratique, la République qui échappe à l'élitisme pour développer pleinement sa dimension démocratique (c'est-à-dire ce qui permet le partage effectif du pouvoir et non sa confiscation par un clan !), la République égalitaire et fraternelle où la liberté ne soit pas acquise pour les seuls riches ! C'est beaucoup lui demander. Certes ! Mais en-deçà, ce n'est plus la République.


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux