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lundi 7 septembre 2015

Un enfant sur une plage.


Nous ne pouvions pas rester insensible à ce billet paru le 6 septembre dans les colonnes du journal en ligne « Le Grand Soir ». Sans commentaire, nous vous le faisons partager.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


Juin 2014
Une plage en bord de méditerranée
Allongé sur le sable, un tout petit enfant
Il est étendu sur le ventre
Sa tête est enfouie dans le sable
Il ne dort pas, il est mort
Pourtant pas une photo n’a fait le tour du monde
Pas une photo en première page des journaux
Pas une larme des médias sur les antennes
Pas un mot des politiques
C’est vrai, j’oubliais les raisons de ce silence
Ce n’était qu’un tout petit enfant
Mais il s’agissait d’un enfant Palestinien
Abattu sur une plage de Gaza
Pas un reportage sur son enterrement
Pas un scoop sur ces parents
Ceux-ci n’avaient même pas un petit bateau gonflable à disposition
Encore moins de gilet de sauvetage
Il ne pouvait pas s’échapper
Pour aller où d’ailleurs ?
Nos grands donneurs de leçons
Nos grands dirigeants européens
Ne se sont pas levés pour s’indigner
Car il ne s’agissait que d’un tout petit enfant Palestinien
Donc pas de quoi indigner le monde entier
N’est-ce pas ??
Personne n’a revendiqué son droit à la vie
Qui était prêt à l’accueillir ??

Francis Guiraudou

dimanche 6 septembre 2015

Les Migrants sont les victimes des politiques occidentales.


Il a suffi d'une photo qui a fait le tour du monde des médias pour que la crise migratoire qui touche l'Europe depuis plusieurs années prenne, d'un seul coup, une nouvelle tournure.

Pourtant, ce drame sera vite oublié et rangé dans les archives, mais aujourd'hui, de larmes de crocodiles en larmes de crocodiles, les dirigeants européens, poussés par les réactions compassionnelles des citoyens, se réunissent, se concertent – difficilement – et cherchent des solutions.

Il est bien normal qui se mettent à chercher, puisqu'ils sont, depuis longtemps, les seuls responsables de cette crise.

Ce n'est pas la misère qui frappe à la porte du continent européen, mais ce sont des réfugiés, victimes de guerres que les gouvernements européens ont initiées ou d'exactions de régimes totalitaires que les mêmes gouvernants ont soutenues et soutiennent encore contre vents et marées.

Qui a déstabilisé l'Irak et fait le lit de Daesh ?
Qui a déstabilisé la Syrie et organise le départ de Barchar El-Assad ?
Qui a déstabilisé la Libye et éliminé Kadafi ?

Depuis de nombreuses années les néoconservateurs américains aidés par de nombreux dirigeants européens ont voulu exporter par les armes la « démocratique occidentale »1.

Sans aucun succès, car, la réalité est toute autre.

Ils ont abattus des régimes tyranniques pour les remplacer par d'autres régimes plus tyranniques encore et bien plus dangereux.

Il est, bien sûr, impératif de se préoccuper du sort de ces êtres humains qui ont tout perdu et que nous devons accueillir dignement en évitant les compassions de circonstance. Mais il serait aussi prioritaire de se consacrer à la recherche de solutions leur permettant de rester et de vivre sur leur terre en rétablissant dans leurs pays la liberté et la paix dont la bêtise du monde occidental les prive.

De cela personne ne parle !

Et pour cause, il faudrait revenir sur les politiques économiques néocolonialistes dont sont responsables l'ensemble des nations occidentales et plus encore, les dirigeants2 cachés, les multinationales cupides et avides de profits rapides qui dépouillent ces populations de leurs richesses.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux


1  Modèle démocratique au service de l'oligarchie au pouvoir.
2  Régime totalitaire inversé : dans un régime totalitaire, le pouvoir politique dirige l'économie tandis que dans un régime totalitaire inversé, le pouvoir économique dirige la politique selon le philosophe politique Sheldon Wolin

mercredi 2 septembre 2015

L'homme, un super-prédateur, le plus dangereux de tous !


Le qualificatif « super » n'est pas utilisé, ici, dans le sens de supérieur, de celui qui serait au dessus de la mêlée, mais dans un sens funeste, car l'homme détient un bien triste record : celui de prédateur d'exception !

Une récente étude scientifique de l'Université Victoria, au Canada, a révélé que l'homme tue neuf fois plus que les autres carnivores terrestres et quatorze fois plus que les autres prédateurs marins. L'ensemble de ses activités prédatrices - pêche, chasse ou collecte végétale - selon cette même étude, génère des changements dans l'évolution trois fois plus rapides que ceux que réalise la nature.

Notre hyper-technologie, notre système économique et notre avidité dans la gestion des ressources privilégient les bénéfices à court terme et négligent la gestion durable. Le développement démesuré des activités de l'homme a déjà provoqué l'extinction de nombreuses espèces animales et végétales.

Par avidité, par orgueil, par bêtise ou plus stupidement pour faire croire à sa supériorité, alors que les autres prédateurs s'en prennent aux plus jeunes ou aux plus faibles, l'homme s'attaque aux plus robustes et élimine les sujets reproducteurs les plus forts entraînant ainsi une extinction des espèces.

Il ne faut plus s'étonner, ensuite, que l'homme use de cette barbarie « naturelle » en s'attaquant à ses congénères ; toutes les tueries que l'on connaît, aujourd'hui, le démontrent.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

lundi 10 août 2015

la France et l'Europe tournent le dos à la démocratie !


En début d'année, le 18 février 2015, dans notre blog Résistances et Changements, nous posions la question1 : « l'Union européenne sombre-t-elle dans le totalitarisme ? »

Nous n'avons pas eu à attendre longtemps la réponse. La façon dont a été et reste traité le peuple grec ne laisse pas la place au doute et nous donne, malheureusement, une réponse limpide.

Oui ! L'Union européenne tourne le dos à la démocratie et sombre dans le totalitarisme et la dictature.

Le totalitarisme est un mode de gouvernement où une oligarchie autoritaire détient la totalité des pouvoirs et ne tolère aucune opposition.

La dictature est un régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par un groupe de personnes qui l'exerce sans contrôle.

La pensée unique domine quand Jean-Claude Juncker affirme : « Il n'y a pas de choix démocratiques contre les traités européens ! » ou quand Wolfgang Schauble rétorque à Yanis Varoufakis qui entendait renégocier les accords financiers après l'élection du parti Syriza : « Je ne discute pas du programme … il a été accepté par le gouvernement précédent2 et nous ne pouvons pas permettre à une élection de changer quoi que ce soit. Parce que nous avons des élections tout le temps, nous sommes 19 pays3, si à chaque fois qu'il y a une élection on devait changer quelque chose, les contrats conclus entre nous ne vaudraient plus rien. »

Cela nous renvoie quelques années en arrière, en 2005. Une majorité de Français avaient repoussé le projet de traité européen qui, pourtant, leur fut, ensuite, imposé, contre leur volonté par un vote au parlement. Ce fut le détournement de la volonté populaire voulu et combiné par un gouvernement de droite, mais avec l'aide de voix dites de « gauche » qu'on peut retrouver au sein du gouvernement actuel.

Ces quelques citations tenues par des membres de l'oligarchie européenne confirment que celle-ci « s'assoit » sans scrupule et avec arrogance sur la souveraineté des peuples composant l'Union européenne.

« Vous pouvez toujours voter … pour … contre ... on s'en fout ! »

Nous n'avons pas le souvenir d'avoir accepté la confiscation de nos pouvoirs de citoyens. C'est pourtant un fait et le gouvernement qui gère4 la France aujourd'hui approuve cette situation sans sourciller, pire, il l'entérine et l'aggrave.

Ainsi sa récente loi sur le renseignement n'a rien à envier au Patriot Act bushien ni aux dérives totalitaires européennes. La preuve en est que c'est le premier ministre qui est seul décideur de la possibilité de violer le secret des données personnelles des Français5, et ce ne n'est pas le « machin » nommé CNCTR6 qui y changera quelque chose.

Cela démontre, si cela était encore nécessaire, que la démocratie française, celle issue des Lumières et des droits de l'Homme, est moribonde.

Comment se nomme un système politique où un seul homme est décideur ? C'est, indubitablement, comme nous l'affirmions plus haut, une dictature.

Une dictature certes molle ou parfois bienveillante, comme l'on prédit Hannah Arendt7 et Hans Jonas8, mais qui nous englue assurément. C'est celle qui, doucement, fini par cuire la grenouille dans la casserole chauffée lentement9. Nous ne sommes plus très loin du moment où nous serons cuits, car il sera trop tard pour sortir de la casserole.

Il n'est pas possible de donner raison à Etienne de La Boètie et à son discours de la servitude volontaire10 en restant sans réaction à ces coups successifs portés à la démocratie. Nous ne pouvons pas laisser la « pseudo démocratie représentative » nous déborder et abandonner aux élus le droit de penser à notre place.

Il existe des cas où une loi peut-être légale parce que votée par le parlement, pourtant, elle peut-être, aussi, illégitime parce que contraire aux intérêts des citoyens.

Dans cette circonstance, la désobéissance civile, popularisée par Henry David Thoreau11, devient un moyen de contestation et de résistance.

Vient un jour où qui ne désobéit trahit.

Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

2  Gouvernement Samaras
3  19 dans la zone euro mais 28 dans l'Union européenne !
4  Aujourd'hui, on ne gouverne plus ... on gère comme une entreprise.
5  Magistrat, avocats, journalistes et hommes politiques y compris.
6  Cette Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement est le cache-sexe de la surveillance de masse.
7  Les origines du totalitarisme - Hannah Arendt – 3 volumes – Editions du Seuil - Collection Points Essais
8  Le principe responsabilité - Hans Jonas – Editions Flammarion – Collection champs Essai
9  La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite – Olivier Clerc – Editions Marabout
10  Discours de la servitude volontaire – Etienne de la Boétie – Editions des Mille et une nuits
11  La désobéissance civile – Henri David Thoreau – Editions des Mille et une nuits

vendredi 7 août 2015

Ligue des Droits de l'Homme, Mettons fin à une polémique nuisible !


Pour que se rejoignent à Montpellier
les défenseurs des droits de l'Homme et des droits des Palestiniens

Depuis environ un an, un conflit désastreux oppose la LDH et BDS à Montpellier. Il nuit à ces deux organisations et nous le déplorons. L'erreur commise par deux représentants de la cause palestinienne qui n'ont pas vérifié la source d'une image empruntée sur le web, laquelle cachait un message antisémite, exigeait un retrait de ce document. C'est fait.

D'aucuns ont estimé que cela ne suffisait pas. S'en est suivi un échange de courriels qui ont (comme c'est souvent le cas par voie de messagerie) tendu les relations et bloqué les attitudes. On en est arrivé au dépôt de plainte et la judiciarisation de cet affrontement devrait aboutir à un procès public, le 12 novembre prochain.

Les documents auxquels on peut avoir accès révèlent que des responsables du MAN, de la CIMADE, les Amis de l'Arche de Montpellier plaident l'indulgence pour Saadia et Hussein, porte parole bien connus de BDS34 et qui reconnaissent leur manque de vigilance.

Un communiqué de BDS du 19 mars, renouvelé le 20 juin 2015, affirme même que :
" Nous n’avions pas vu le texte caché derrière une image que nous avons partagée sur Facebook ... Nous sommes totalement en désaccord avec les propos ignobles tenus dans ce texte ... Dès que nous avons été informés de notre méprise, nous avons immédiatement supprimé le texte, la photo et l’expéditeur du post en question ... Nous combattons avec toute notre énergie l’antisémitisme mais aussi l’amalgame qui assimile antisionisme et antisémitisme. "

Cela n'a pas apaisé les critiques relayées par la LICRA et, à présent le MRAP qui a rejoint la LDH dans son dépôt de plainte.

Comme il fallait le craindre, les enjeux de cette plainte vont au delà de la LDH, de Saadia et Hussein et semblent faire partie de l’offensive généralisée menée contre la campagne internationale de BDS.

L'implication de la direction nationale de la LDH alourdit encore le climat et donne un tour très politique à cet affrontement que, décidément, certains veulent mener jusque devant les tribunaux. Des adversaires acharnés de BDS attisent le feu et cherchent à tirer partie de la situation et font tout pour que Hussein et Saadia passent pour "des complotistes, antisémites et négationnistes" (sic).

En dépit des dénégations de militants juifs de l’UJFP solidaires des accusés, la LDH entend traduire en correctionnelle les deux responsables de BDS pour " Contestation de crimes contre l’humanité, provocation publique à la commission de crimes ou délits, à la discrimination ou à la haine raciale – apologie du crime sur FaceBook ". Rien que cela ! Si ce n'était pas tragique, ce serait ridicule...

Il est temps encore de tomber d'accord pour qu'ensemble la LDH et BDS rappellent fermement que le soutien aux Palestiniens exclut tout antisémitisme et pour que cette plainte aux motifs excessifs et, à nos yeux, inacceptables soit retirée.
Ce n‘est pas au moment où, de façon indigne, dans la même région, le maire de Béziers se réjouit de la  fessée qu’aurait, selon lui, reçue la LDH à cause de son échec de sa saisine de la justice lors de l’installation d’une crèche dans la mairie, qu’il faut se priver du soutien d’amis des Droits de l’homme !

Nombre de membres de la LDH, même éloignés de Montpellier, mais conscients du mauvais effet produit sur les citoyens de la région se refusent à être associés à cette polémique trop facile à être exploitée, notamment par ceux qui ne veulent pas plus la paix en Israël qu'en Palestine.

Mettons fin à cette polémique !

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

mardi 28 juillet 2015

François Hollande : ses incohérences et ses contradictions écologiques.


Le 21 juillet dernier, François Hollande, s'exprimant en ouverture du « Sommet des Consciences pour le Climat » a prononcé plusieurs phrases (ici en italique) qui sonnent comme une autocritique de sa propre action. L'une plaide vigoureusement pour les énergies renouvelables :

« Un accord sur le climat signifie renoncer à utiliser 80 % des ressources d’énergies fossiles facilement accessibles dont nous disposons encore. Nous pouvons le vivre comme une contrainte – cela en est une – mais aussi comme une opportunité pour bâtir un monde plus sûr et plus équitable et développer grâce aux progrès technologiques les énergies solaires, éoliennes, géothermiques, hydroliennes, c'est-à- dire les énergies renouvelables qui deviendront à terme la norme et non plus, comme aujourd'hui, l’exception. »

Pareille formulation signifie, – ou alors les mots n'ont plus aucun sens –, que la France va enfin s'engager dans une politique de développement des énergies renouvelables laquelle avait été envisagée et même annoncée, mais jamais lancée, dans notre pays. Rien ne le laisse pourtant présager...

Une autre assertion présidentielle dénonce le mode de vie, de production et de consommation dont nous sommes devenus dépendants :

« La cause profonde de la dégradation de l’environnement et du climat, c’est un mode de vie, un mode de production, un mode de consommation qui n’est plus compatible avec le développement humain. »

La formule est, cette fois, très surprenante : c'est une mise en cause non ambiguë du système économique capitaliste ! Et d'en rajouter au cas où nous aurions mal compris :

« Il est donc temps de proposer des voies nouvelles. La question posée à la grande famille humaine est celle de son destin commun. Nous aurons à revenir sur des modes de vie, des habitudes, mais ce qui est en jeu c’est la possibilité d’amener une population qui n’a jamais été aussi nombreuse à un niveau de vie jamais atteint. »

De quelles « voies nouvelles » est-il question ? « Revenir sur des modes de vie, des habitudes », suppose de sortir de la logique de la « croissance indéfinie », du toujours plus, et conduit à modifier notre rapport à la consommation de masse dans une économie qui, en dépit des avertissements clairs des philosophes et sociologues convivialistes1 reste ultra-productiviste. Mais ce n'est pas la voie empruntée par le gouvernement français si sensible aux arguments et aux revendications du MEDEF.

Et il ne suffit pas d'en appeler au Pape pour inverser cette tendance mondialiste et consumériste précisément prônée comme un dogme religieux :

« C’est dans cet état d’esprit aussi que j’ai lu l’Encyclique du Pape François, qui propose à tous les êtres humains d’entrer en dialogue avec tous, en ce qui concerne notre maison commune. »

La pensée du Pape est clairement plus radicale quand il s'écrie, le 9 juillet, à Santa Cruz, en Bolivie : « Disons-le sans peur : nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas... Et la Terre non plus ne le supporte pas, la sœur Mère Terre comme disait saint François. »

Sous le discours de François Hollande on reconnaît l'inspiration de Nicolas Hulot, souvent cité, mais il ne suffit plus de diagnostiquer « la crise de civilisation », pour y échapper.

Car François Hollande, une fois encore, et quoi qu’il dise, ne s’engage pas dans la voie qu’il prétend ouvrir : « Lorsque Nicolas HULOT m’a suggéré d’organiser un Sommet des consciences pour le climat, il m’avait dit qu’il s’agissait d’en faire un moment de pause, – nous y sommes – de réflexion, – je l’espère – en amont de la Conférence sur le climat de décembre prochain pour répondre à une crise de civilisation qui ne dit pas son nom.»

On n’échappera pas à la « crise de civilisation » sans changer de société, sans instaurer une solidarité planétaire, bref sans rompre avec un modèle économique qui ne sait qu'enrichir les riches et appauvrir les pauvres !

La loi de transition énergétique, adoptée par l’Assemblée Nationale dès le lendemain, le 22 juillet, a pour objectif de réorienter le mix énergétique français et notamment la production d’électricité. Pour accélérer le développement des énergies renouvelables les mesures envisagées semblent limitées au regard des objectifs fixés.
En matière d'écologie, ces incohérences présidentielles ne sont pas les premières. En effet, il suffit de relire le discours2 du Président du 14 septembre 2012, tenu lors de la première conférence environnementale au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) pour se convaincre qu'il ne fait pas ce qu'il dit :
« Comment admettre la dégradation continue des ressources et du patrimoine naturel du monde, comment ne pas voir les effets du réchauffement climatique qui n'est pas une opinion ou une hypothèse, mais un fait scientifique ? Comment ne pas comprendre que le creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres constitue à l’échelle du monde un risque majeur ? Comment rester impassible face aux atteintes irréversibles à la biodiversité ? Comment laisser croître notre dette écologique envers les autres ? La question se résume finalement ainsi : serons-nous solidaires des générations à venir ou trop cupides, trop avides pour laisser à nos enfants un fardeau encore alourdi du poids de nos égoïsmes ? »
Les questions sont pertinentes mais les réponses sont trop évasives.

On ne changera pas de civilisation sans changer de société, sans instaurer une solidarité planétaire, bref sans rompre avec le modèle économique industriel et commercial responsable des erreurs majeures soulignées devant le CESE.
Il est grand temps de désigner les responsables de ces désordres planétaires :
- qui pille, sans états d'âme, les réserves fossiles, minérales et animales de la planète ?
- qui modifie le climat au point de remettre en question la présence de l'homme sur la Terre ?
- qui pratique des politiques néocoloniales et suscite des conflits armés pour empêcher le développement des pays émergents et afin de conserver le leadership occidental, notamment en Afrique ?
- qui met en place des politiques économiques qui profitent seulement à une fraction infime de la population mondiale ?
- qui a choisi de creuser les inégalités en acceptant d'appauvrir les pauvres, si c'est le moyen d'enrichir les riches et en appauvrissant les pauvres ?

La réponse est toujours la même : le système économico-libéral génère toutes les atteintes écologiques et sociales que déplore François Hollande. 

Les résistances à toute tentative de sortir de cette domination des marchés et des puissances financières sont si considérables que le gouvernement français objectivement solidaire des très grandes entreprises n'ose ni l'envisager sérieusement ni s'y engager. On vient de le voir aussi, en Grèce, impuissante devant ses créanciers.

Celui qui se disait « ennemi de la finance », en 2012, devenu l'ami des financiers en 2015, est en contradiction avec lui-même et manque totalement de crédibilité pour convaincre d’accomplir, à l'occasion de la COP21, ce qu'il a recommandé devant les participants au « Sommet des Consciences pour le Climat ».


Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

1   Voir le Manifeste convivialiste. Déclaration d’interdépendance, le Bord de l’eau, juin 2013.

jeudi 23 juillet 2015

Pour pouvoir habiter la Terre, il faut aux hommes être des migrants.


Il y a migrants et migrants. Les personnes à qui l'on donne ce nom, actuellement, sont celles, de plus en plus nombreuses, qui fuient leur pays, par sécurité, pour des raisons urgentes d'ordre politique, économique ou climatique. Il est, en effet, différentes formes de migration : pour s'éloigner d'un danger, pour échapper à la grande misère, à cause de la faim ou de la soif, etc...

Ainsi, les familles ou les célibataires, voire les enfants, qui tentent de traverser la Méditerranée, pour rejoindre l'Europe, sont-ils, sans plus chercher, appelés des « migrants » !

Les migrations transcontinentales ont peu à voir avec les mouvements de population qui concernent des zones géographiques restreintes, comme c'est le cas au sein de l'Europe. Elles brassent les humains sur toute la planète. Elles peuvent bien être combattues par les nationalismes de toutes sortes, racistes ou sectaires, elles sont irréversibles, incompressibles et inéluctables.

L'ampleur actuelle des « flux migratoires », et ce n'est qu'un début, amène à poser différemment la question des déplacements à la surface de la planète.

Cette inévitable et nouvelle approche, permet d'évoquer, avec un esprit plus critique, la désignation des Rroms d'Europe comme des « Rroms migrants ».

On confond souvent nomadisme et migration. Mais les Rroms ne sont ni nomades ni migrants.

Était nomade, et l'est encore, celui ou celle qui cherche un pâturage pour son troupeau.

Est nomade aussi, par extension, quiconque cherche de nouveaux espaces où vivre, sans tenir compte des cadres frontaliers existants.

Il est donc un nomadisme physique, celui des groupes humains en quête, depuis de nombreux siècles, de lieux de vie durables. Mais il est un autre nomadisme, plus complexe à saisir, plus culturel, et concernant tous les êtres humains qui se pensent Terriens d'abord et qui, en esprit autant que par leur corps -même s'ils ne « bougent » pas ou peu-, ne s'enferment en aucun territoire. Non seulement ils n'en privilégient aucun, mais aussi, ils n'en renient aucun. Ces nomades-là sont, en quelque sorte, des citoyens du monde qui se pensent comme « êtres au monde » et non comme « parcoureurs du monde ».

Le migrant, au XXIe siècle, n'est pas un nomade parce que, s'il se rend d'une aire de vie à une autre, c'est, le plus souvent, contre son gré, parce qu'il ne peut faire autrement pour sa sécurité physique ou pour s'assurer des revenus lui permettant de survivre.

Depuis l'aube des temps humains, l'espace terrestre a été occupé par des ancêtres, partis d'Afrique, pour se trouver des lieux où vivre.

Le migrant qui est parvenu à s'installer devient un immigré. L'immigré est donc un « implanté », quelqu'un venu d'ailleurs, par lui-même ou avec sa famille, depuis peu de temps ou depuis longtemps, qui s'incarnera, tôt ou tard dans son nouveau pays. La généalogie nous révèle que nous sommes presque tous issus de migrants-immigrés ayant des origines étrangères.

Mieux habiter la Terre est notre pré-occupation d'êtres humains, notre premier souci. Partager le sol où vivre est au cœur de la condition humaine, mais sans hospitalité, c'est impossible. Cela implique, en effet, de se déplacer, puis de stationner, de trouver accueil, de se vêtir, de se nourrir, de se mettre à l'abri (du froid, du vent, du soleil, de la pluie, de la foudre, du feu, et des concurrents agressifs, hommes ou bêtes). Depuis l'aube des temps humains, l'espace terrestre a été occupé par des ancêtres, partis d'Afrique, pour se trouver des lieux où vivre.

Loin de nous sont les nomades qui, dans la plus haute l'antiquité, ont franchi, à pied, des espaces considérables, occupé des territoires nouveaux et ont inventé des modes de vie adaptés à des environnements très précaires.

Très près de nous, au contraire, sont les nomades que nous sommes tous amenés à devenir, sur une planète de plus en plus limitée où les possibilités de transport ont totalement transformé les déplacements. Si la nécessité fait de nous des migrants, le plus souvent pour « se sauver », ce n'est pas par instinct ou par tradition. La sédentarité n'est pas un acquis. Depuis des dizaines de milliers d'années, les hommes voyagent pour découvrir des espaces où trouver accueil, paix et sécurité.

Les humains sont tous des voyageurs. Nous sommes tous, à cet égard, des migrants. 

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran