jeudi 30 mars 2017

Ne pas voter. Voter blanc. Se décider au dernier moment ?



Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises

Le point au 29 mars 2017. Note 31 à J-25
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons continuer d'analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte, en réalité, depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés et, depuis le 20 mars, sous le titre : « Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises » Chacun de ces textes peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.


Cette journée du 29 mars 2016 fera date ! On court d'événement en événement. « La campagne à surprises » n'en finit pas de nous étonner. Le « feuilleton » présidentiel est vraiment sans égal ! Cela nous conduit-il vers un mieux ? Vers des changements, oui, certainement, mais vers un mieux, c'est encore impossible à dire !

1 – Une indécision multiforme

Dans moins d'un mois, le premier tour de l'élection présidentielle sera terminé. Le mode de scrutin qui ne laisse en lice que deux candidats révèle toute sa nocivité. Faut-il voter alors que l'élection d'un monarque, fut-il républicain est intrinsèquement antidémocratique ? Faut-il voter blanc pour exprimer et sa volonté de voter et son refus de participer à un choix truqué où l'on se voit proposer de voter contre et non pour ? Faut-il attendre une dernière décantation des candidatures avant de se déterminer ? Trois positions, inconfortables, d'où l'on ne peut satisfaire le besoin d'un urgent renouveau ...

Que nous disent les enquêtes d'opinion si l'on y cherche autre chose que l'indication des places actuelles des concurrents dans cette course au pouvoir ?

A – Jamais, à une élection présidentielle, on n'a envisagé un tel taux d'abstention égal ou supérieur à 30%. Est-ce une tendance irréversible ou la manifestation d'un trouble profond au sein de l'opinion alors qu'un grand nombre d'électeurs ne savent encore qui choisir ?

B – À cela s'ajoute l'indétermination parmi les électeurs décidés à voter qui atteindrait 40% d'entre eux ! Autrement dit la « cristallisation » n'est pas faite et tout pronostic est imprudent.

C – Marine Le Pen dont on a fait un épouvantail, ne fait plus, tout en restant à un haut niveau d'intentions de vote, la course en tête. Quant à la voir élue présidente, au terme du second tour, aucune source de sondage ne l'a encore donnée gagnante.

D - Emmanuel Macron se voit obligé de prendre des distances avec nombre de ceux qui se rallient à sa candidature ! Il y a trop plein. Il y a confusion. Il y a tentative de se sauver de la part de ceux qui quittent les deux navires en perdition : les « Républicains » et le PS.

E – Benoît Hamon a gagné une primaire organisée et voulue par un parti qui le lâche. Ce jour aura été le jour d'annonciation de la fin du Parti d'Épinay puis de Mitterrand. Il ne structurera plus la Vème République et, s'il ne disparaît pas, il va rejoindre les partis groupusculaires comme le parti radical ou le parti communiste. Celui qui voulait débaptiser le parti « socialiste », Manuel Valls, a réussi à le tuer.

F – Jean-Luc Mélenchon a creusé un écart avec Benoît Hamon de l'ordre de 5 points, selon les derniers sondages. Comment, dans ces conditions pourrait-il se ranger derrière le candidat des socialistes fidèles à leur parti, lequel est déserté, disloqué et, désormais, sans objectif politique clair. Abandonné par nombre des siens, Benoît Hamon, quels que soient ses mérites, l'intérêt de ses propositions et son courage, n'est plus en mesure de l'emporter. Jean-Luc Mélenchon est condamné à tenter l'impossible : parvenir à dépasser Fillon (le candidat de droite fait tout ce qu'il faut pour lui faciliter la tâche) puis à rejoindre Macron (si le candidat se met en marche arrière en devenant, pour les électeurs, le réceptacle de toutes les contradictions et de toutes les « combinaziones »). Quoi qu'il arrive, Mélenchon reste, de fait, le seul représentant d'une gauche nouvelle sociale et écologique, mais nul ne sait, pas même lui, sans doute, jusqu'où la France insoumise va s'élever ...

2 – Du « cabinet noir » où l'on veut nous enfermer afin qu'on n'y voit plus clair.

Pénélope Fillon est, à son tour, mise en examen. Est-ce le coup de grâce pour son époux. Ce n'est pas sûr. Il bouge encore et puis il accuse : un « cabinet noir » téléguidé par François Hollande, est chargé d'assurer sa perte, sa « mort », dit-il !

Le « cabinet noir » aurait été voulu et installé par Richelieu. Il s'agissait de contrôler, surveiller et, le cas échéant, éliminer, les opposants au Roi. Depuis, tous les pouvoirs ont fait fonctionner des officines politiques faites pour informer et protéger les Chefs d'État. François Fillon, ancien premier Ministre, en sait assez pour pouvoir évoquer ces moyens para légaux. De là à affirmer qu'il en est victime, c'est aller trop vite en besogne.

Car le « cabinet noir », quand il existe, est bien plus qu'un moyen de renseignement utilisé par tout pouvoir central. C'est un outil criminel permettant d'écarter du pouvoir, par tous les moyens, autant les proches indociles que les adversaires. C'est l'obscurité opposée à la transparence. Bref ce n'est pas parce que les services secrets existent que les accusations portées par la Justice à l'encontre de François Fillon sont suspectes ! La meilleure défense est-elle toujours l'attaque ? La vérité se fabrique-t-elle dans les souterrains de l'Élysée ? Si c'était le cas, et si c'est tellement condamnable, pourquoi vouloir, coûte que coûte entrer dans ce palais présidentiel ? Il y a bien là une tentative complotiste visant à disqualifier quiconque révèle des fautes pouvant nuire à la candidature du candidat le plus en difficulté. Les journalistes, les juges et les services de police seraient, dans leur ensemble, les premiers suspects. Ce n'est plus du complotisme, c'est de la paranoïa ...

3 – Que nous réservent les jours à venir ?

Ce sont moins les événements qu'il faut surveiller que l'évolution des rapports de force. Les sondages en disent « un peu » mais sont loin de tout dire. Les questions de fond n'ont pas toutes été exposées :

• Que deviennent les institutions de la 5ème République si les deux principaux piliers de la politique française, le PS et le RPR-UDR-UMP, devenus les « Républicains » s'effondrent ?

• Qu'est-ce qu'une politique « et de droite et de gauche » ? Est-ce dans ce salmigondis politique que va entrer la France ?

• Le « c'est la faute des autres », qui tient lieu de politique au Front national, peut-il perdurer longtemps ou n'est-il pas, seulement, le refuge temporaire des victimes, nombreuses, des politiques successives de la doxa économique libérale ?

• Les mythes de la croissance et du plein emploi vont-ils apparaître pour ce qu'ils sont : le refus des évolutions inéluctables qui bouleversent notre civilisation ?

• Le parti des Verts (EELV) va-t-il, lui aussi, sombrer avec le PS, alors que l'écologie va dominer la pensée politique internationale dans un monde meurtri par les conséquences d'une activité humaine dominée par la recherche du profit maximal ?

• Le résultat de l'élection présidentielle bouclera-t-il le vaste débat engagé ou ne sera-t-il qu'une étape avant des élections législatives dont il n'est même pas possible de savoir si elles dégageront une majorité de gouvernement ? Quelle suite à cette période tourmentée allons nous vivre, et que peut-elle être dans une Europe en recomposition ou en décomposition mais dont nous restons membres ?

Bref, non seulement les questions ne manquent pas (et il en est bien d'autres, déjà connues ou qui vont surgir), mais la question des questions émerge un peu plus chaque jour : la démocratie véritable est-elle possible et viable. Autrement dit, quel va être le rôle des citoyens dans la France nécessairement nouvelle qui est en train de se chercher ?

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux