mardi 7 mars 2017

Présidentielles 2017. Note 23 à J-48. Fillon l'impasse ? Juppé out ! La droite dure s'avance.


Un deuxième temps intermédiaire et décisif .

Le point au 7 mars 2017.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous voulons, au cours des mois qui vont continuer de s'écouler, analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale qui s'est ouverte depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés sous le même titre : « Avec ou sans primaires », puis, à présent, « un deuxième temps, intermédiaire et décisif » (qui durera jusqu'au 17 mars, date de clôture des candidatures). Il peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique. 


À moins de 50 jours du premier tour, Fillon poussé vers la sortie est à présent, réadoubé !
1 - Au cours de cette campagne surréaliste, la droite a pensé lâcher Fillon parce qu'il la coule. Le choc est d'autant plus violent qu'on est passé, en peu de semaines, pour « Les Républicains », d'une élection imperdable à une élection ingagnable. Le candidat légitime, après les primaires de la droite et du centre, est devenu et reste inéligible.
On n'en est plus à savoir si les accusations portées contre lui sont fondées ou pas, ce qui a été révélé c'est que la « sur-sarkoïsation » du discours de Fillon (anti-juges, anti presse, complotiste) est aggravé par l'hystérisation de ses soutiens et par l'interruption, pire le blocage, du débat politique. Nous sommes entrés dans une tragi-comédie unique dans l'histoire de la Cinquième République où le sort d'un homme compte plus que le sort du pays !
Le ciel, chargé, était lourd, vers 15 heures, lors de la manifestation de soutien attendue place du Trocadéro dimanche passé! L'appel au peuple, s'il est entendu, suffira-t-il à relancer une mécanique grippée ? Fillon ne peut plus l'emporter mais il peut toiujours faire s'écrouler la droite. Transformer une élection en plébiscite n'est, espérons-le, plus possible en 2017.
Les droites, la légitimiste (traditionaliste), l'orléaniste (libérale) et la bonapartiste (autoritaire) que distingua le professeur René Raymond, existent toujours mais elles ne sont pas des blocs. Elles peuvent s'allier mais pas se confondre et même se dissocier. Rassemblées avec de Gaulle, elles se sont lentement séparées dès le septennat de Giscard. Aujourd'hui, leurs politiques étaient représentées, respectivement, dans ce scrutin, par Juppé, Sarkozi et Fillon. Il y en avait deux de trop ! La chose avait semblé tranchée par la primaire. C'était sans compter avec le « Pénélope Gate » qui n'est pas seulement une question morale mais bien la conséquence d'une rupture intellectuelle et pratique des politiciens les plus expérimentés et chenus d'avec la réalité de la vie des Français.
Les cartes sont donc rebattues en pleine campagne ! Juppé, un gaulliste ouvert, a été re-sollicité. Sa réponse, définitive, est tombée, c'est : « NON ! ». Macron, le néo-libéral ambigu qui attire et repousse voit ses chances augmenter. Fillon, qui avait voulu incarner les trois droites à la fois n'y sera pas parvenu. Il reste seul et devient le porte-parole d'une droite tout entière devenue bonapartiste et réactionnaire, au plein sens du terme. Quant à l'extrême-droite de la fille Le Pen, elle n'a pas sa place dans cette configuration et ne s'y retrouvera pas. Elle va sans doute reculer.


2 - Les gauches peuvent-elles bénéficier de cet effondrement du « fillonisme » ?
Nous voici en plein réapprentissage de la politique ! On ne dit plus la droite, mais les droites et il faut, en regard, parler des gauches. La « débipolarisation » est engagée. C'est bon signe mais rien n'est joué et le pire reste possible. Les débats à venir, s'ils s'ouvrent, vont être déterminants.
En politique, ou bien on se bat avec des couteaux et des fusils ou bien on se bat avec des mots et des idées. À terme, ce sont toujours les idées qui ont le dernier mot. Il faut donc se battre en idées. Entre les politiques de la nation et les politiques de la Terre il faut choisir. Dans son beau livre, Nous habitons la Terre (paru chez Philippe Rey, 2017), Christine Taubira, sans se remettre dans la position d'actrice, comme quand elle était ministre, en appelle à cette action par les mots à ses yeux décisive : « C'est, écrit-elle, par les mots que l'on enchante ou que l'on désoriente ».
J'ai compris à la lecture de ses pages ardentes et non prosélytes que prendre parti n'est plus entrer dans un parti nécessairement. On y comprend que « la Gauche » est, selon elle, une pensée vivante qui change le monde bien avant d'être ce qui sert à gagner des élections. Autrement dit, la gauche ne saurait être une alliance de formations partidaires mais une quête de vérité traversant l'ensemble des idées en perpétuel mouvement qui se fondent sur la définition que donnait Kant de l'éthique : « l'universalité de la solidarité entre tous les êtres humains ». Et d'y ajouter cet emprunt à Simone Weil qui rappelait que le droit ne vaut que par l'obligation qu'il contient. Autrement dit le droit, fait des lois que fait émerger la politique, « n'est pas grand chose s'il n'est reconnue par personne ».
Nous y sommes : le débat présidentiel est le moment où l'on enchante ou bien celui où l'on désoriente. Suivre le fil rouge qui permet de ne jamais trop s'écarter de la vérité, c'est mettre en œuvre la solidarité entre tous les humains. Et là, on ne peut se payer de mots ! « On peut, affirmait Lincoln, tromper le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps mais pas tout le peuple tout le temps ». Il ne s'agit pas de convaincre pour vaincre mais de convaincre pour agir ensemble à la réussite de tous et de chacun. Toute politique est utopiste avant d'être, si elle est bonne, notre Commun, dans la pratique.
C'est dans cette arène politique et secondairement électorale que nous voici jetés.

3 – Les trahisons au sein des gauches sont aussi graves que la relance de la droite dure.

Provisoirement, avant que les électeurs n'expriment leur dégoût, Fillon l'emporte. La droite cynique et prétendument républicaine non seulement se contente de lui mais l'appuie parce qu'elle était entrée dans une impasse dont elle ne pouvait plus sortir, avec le risque historique de disparaître du paysage électoral. Tout plutôt que le vide, même si son champion n'est plus présentable. Pourtant, ce n'est pas fini car, politiquement, Fillon peut encore être absent du second tour.

Face à ce péril qui fait repenser au slogan « Au secours la droite revient », la gauche, ou ce qu'il en reste chez ceux qui la personnifient, en rajoute ! Le PS combat celui que sa primaire a désigné. Le président de l'Assemblée nationale exprime sa défiance à l'égard de Benoît Hamon et surtout de la politique qu'il défend. Patrick Braouezec, qu'on a connu mieux inspiré, appelle à soutenir Emmanuel Macron pour éviter le duel Le Pen / Fillon. Mieux vaudrait, selon eux, la droite de gauche que les droites de droite !

Curieuse façon d'agir en politique. On choisit son champion avant de confronter les politiques. Une large part du PS ou du PCF ne veulent pas des propositions de Hamon ou de Mélenchon trop écologistes à leur goût. Ils se vautrent dans les arguties politiciennes quitte à se contredire en s'affichant derrière celui qu'ils dénonçaient comme traître ! Puisse cet épisode électoral conduire à l'élimination des vieilles structures qui bloquent l'avenir. Macron est, au fond, plus attractif que ceux qui le rejoignent. Il représente une droite sociale et il est logique que la gauche de droite, ne sachant où aller, se rapproche de lui. Mais les citoyens politisés, notamment les plus jeunes, ne se laisseront pas enfermer dans ces « combinaziones ».

Quant à nous qui écrivons ces lignes, nous savons que le temps de la nécessaire observation politique s'achève. Nous entrons dans « le dur ». Entre le « tout plutôt que le Pen ou Fillon » et le « restons à la hauteur de ce que la France a apporté au monde», choisissons. Contribuons à faire émerger notre propre apport. Plutôt échouer que de se taire. Nous mettrons, maintenant, l'accent sur le neuf. Et que s'effondrent les deux piliers du passé : le PS et les « Républicains ».

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux