lundi 27 mars 2017

Des invités dans la campagne : l'interpellation écologique.



Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises 

Le point au 26 mars 2017. Note 30 à J-28
par Jean-Pierre Dacheux

Nous voulons continuer d'analyser l'évolution de la situation politique pendant la campagne électorale ouverte, en réalité, depuis la fin 2016. Chaque texte, daté, numéroté et modifiable, s'ajoute aux précédents présentés et, depuis le 20 mars, sous le titre : « Le troisième et dernier temps d'une campagne à surprises » Chacun de ces textes peut être contredit, sans doute, parfois, par les événements. Fin mai 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes ces notes, que nous voudrions utiles pour effectuer cette activité politique chronologique.

1 - Un quitte ou double citoyen.

Depuis 1974, à chaque élection présidentielle, un candidat écologiste s'était présenté. Avec le ralliement de Yannick Jadot à Benoît Hamon, l'écologie politique (la vraie, pas celle que les partis cherchent à récupérer) semble absente, disparue. Le pari d'une candidature unique indissociablement sociale et écologique, un moment tenté, est, à ce jour, perdu. On ne peut le reprocher à Yannick Jadot : il a essayé, mais, en choisissant Hamon, il ramène EELV dans le giron du seul PS ! Au moment même où l'écologie émergeait dans les programmes des candidats Mélenchon et Hamon, elle s'éparpille et perd à nouveau de son impact.

Cela ne pouvait durer ainsi. Ou bien, (on peut rêver!) il y aura, sous le poids des sondages, ralliement de la France insoumise au PS « écologisé », ou bien on fera l'impasse de la présidentielle. On ne peut briser, en France, l'élan écologiste qui se manifeste en de multiples lieux, dans le monde. C'est, à mon avis, tout le sens de « l'Appel des solidarités » que 80 ONG, (pour le moment), avec Nicolas Hulot comme porte-parole, lancent, en ne soutenant, certes, aucun candidat, mais en recherchant le soutien politique du plus grand nombre possible de citoyens afin que des initiatives multiples voient le jour.

Les orientations et les propositions de cet Appel sont loin d'être neutres mais elles ne sont pas partisanes. Si l'opinion s'en saisit, elles pèseront sur la fin de la campagne. Ou bien cette émergence d'une politique nouvelle - qui implique, comme l'affirme Benoît Hamon (ce qui lui a fait gagner la primaire mais l'a coupé de son parti !) que « la question écologique est inséparable de la question sociale » - ou bien la France va replonger, et peut-être pour longtemps, dans le social-libéralisme qu'incarne Emmanuel Macron après François Hollande.


2 – L'une des deux cultures politiques1 au sein de la gauche française doit mourir.

Si la gauche, dominée par le PS, est ce qu'elle a montré dès le premier septennat de François Mitterrand, jusqu'à ce quinquennat de Hollande et Valls, elle a terminé son parcours historique en s'inclinant devant ce qui serait l'inéluctabilité du capitalisme. Les ralliements successifs à Macron de figures ministérielles et de ténors du PS parmi les plus connus (sans oublier ceux de droite - tel Perben -, du centre - tel Bayrou -, de l'écologie tiède - tel de Rugy - ou venus du PCF - tel Robert Hue -, etc..) ne sont pas ceux de traîtres, mais, pire dans la pratique politique, ce sont ceux de tous les convertis à cette inéluctabilité du capitalisme. L'écologie, au contraire, trace la nouvelle frontière2 entre un passé (productiviste, croissantiste, inégalitaire, centraliste...) qui n'en finit pas de trépasser, et un avenir (ouvert, divers, créatif, cosmopolite, débordant les États-nations...) qui n'en finit pas d'advenir.

Les reclassements électoraux qui s'annoncent conduiront, quels que soient les résultats prochains, vers une autre République. Nous entrons en un temps politique sans équivalent qui fait repenser à ce qu'écrivait Simone Weil en 1943 : « S'il y a eu, en 1789, un certaine expression de la volonté générale, bien qu'on eût adopté le système représentatif faute de savoir en imaginer un autre, c'est qu'il y avait eu bien autre chose que des élections. Tout ce qu'il y avait de vivant à travers tout le pays /.../ avait cherché à exprimer une pensée par l'organe des cahiers de revendication. Pareille chose ne se reproduisit jamais plus »3. Et si cela se reproduisait !


3 – L'Appel des solidarités4 met les pieds dans le plat de la campagne.

« La solidarité est peut-être le premier parti de France » lance Nicolas Hulot, dans une interview donnée au journal Le Monde, du 23 mars 2017.
Quelle(s) solidarité(s) ? La réponse est sans ambiguïté : solidarités et écologie ne font plus qu'un.

• Solidarité de tous et toutes avec tous et toutes.
« Luttons contre les inégalités sous toutes leurs formes, contre la fraude et l’évasion fiscale et contre l’impunité des banques, des politiques, des multinationales ».

• Solidarité avec la nature et les générations futures.
« Luttons pour protéger le climat, les sols, les océans, la biodiversité et les animaux. Luttons pour une énergie renouvelable et une économie où rien ne se perd, où tout se transforme ».

• Solidarité avec les personnes en difficulté, exclues, discriminées.
« Luttons pour garantir le logement, l’emploi, l’accès aux soins, à l’éducation, aux revenus. Défendons nos droits fondamentaux, luttons contre les préjugés qui occultent notre humanité ».

• Solidarité avec les sans voix.
« Luttons pour que chacun et chacune puisse faire entendre sa voix dans chaque territoire et dans chaque quartier, en toutes circonstances et à poids égal ».

• Solidarité avec tous les peuples. 
« Luttons pour une solidarité sans frontières, pour la coopération entre les pays et les continents, pour l’accueil de celles et ceux qui prennent la route, qui fuient la misère et la guerre ». 

Ces 5 caps, nécessairement très généraux, s'accompagnent de propositions plus précises, exprimées par les 80 ONG qui se sont engagées ensemble pour cet appel et dans cette « campagne dans la campagne ». Va-t-on rédiger de nouveaux Cahiers de doléance ? Les vœux recueillis seront, nous dit-on, transmis au nouveau Parlement. Cette action immédiate devrait durer jusqu'au 21 avril puis se poursuivre ensuite même hors du champ électoral et sur plusieurs années. Elle ne s'adresse pas aux seuls candidats mais à tous les citoyens qui ont à se prononcer en conscience. L'objectif est ambitieux. Et si les électeurs s'en emparaient ? Et si l'écologie, si souvent étouffée, s'exprimait enfin ? Va-t-on, une fois de plus, oser l'utopie : de multiples fois, au cours de l'histoire, il est apparu qu'elle n'est jamais qu'un réalisme qui a de l'avance...

1. Relire le discours de Michel Rocard, au Congrès de Nantes du PS, en 1977, reparu dans le N°147 de l'hebdomadaire le « 1 » intitulé : « La gauche peut-elle espérer ? » (22 mars 2017). Il n'y a rien ou peu à voir avec « les gauches irréconciliables » de Manuel Valls qui se dit pourtant disciple de Michel Rocard !
2. Voir l'article d'Anne-Sophie Novel dans le même N°147 de l'hebdomadaire le « 1 ».
3. Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques, publié en 1950 par la revue La Table ronde.

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux