mardi 20 juin 2017

Les trois maîtres mots : abstention, dégagisme, droitisation


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 18 juin 2017. Note 80
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'au 18 juin. L'analyse des résultats complets des deux tours des législatives nous retiendra encore quelques jours après. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


On y voit un peu plus clair : ce qui aura marqué les élections législatives, c'est la contradiction entre les faits que décrivent les mots abstention (avec sa conséquence probable sur le mode de scrutin ), « dégagisme » (avec le renouvellement jamais encore vu du personnel politique) et droitisation (avec le regroupement de la plupart des sensibilités libérales « et de la droite et de la gauche ») autour du nouveau Président !


1 – L'abstention, fait historique majeur.
Il faudra un peu de temps pour mesurer l'importance de cette abstention pesant, à elle seule, plus que l'ensemble des votants. Pour l'instant on en relativise l'impact. Demain pourtant, ses causes politiques vont se trouver révélées : les jeunes et les modestes qui auront été profondément démotivés, vont en partie revoter là où il y a un enjeu. Au contraire, partout où le choix n'est plus qu'entre La République en marche et Les Républicains (en fait la droite libérale recomposée et la droite traditionnelle à la dérive), de nouveaux électeurs vont s'abstenir ou, de nouveau, comme aux présidentielles, voter blanc. L'abstention politique ne sera plus seulement celle des désabusés, des déçus, des désenchantés, mais aussi celle des refusants, des clairvoyants, des réveillés de l'ex-gauche qui ne peuvent favoriser une droite plutôt qu'une autre.
Plus encore : désormais si le choix est rendu impossible on s'autorisera à ne pas voter ou à voter blanc. Le précédent a été créé. Ce n'est plus être un « mauvais citoyen » que de ne pas voter. Ne pas voter, c'est voter, c'est donner un avis, violent, mais c'est un avis. C'est se donner la liberté de ne pas aller contre sa propre pensée. L'élection ne sera plus un piège. Pour que le choix soit clair, il importe que ce qui est proposé aux électeurs le soit. Ce débat est clos : il a été rendu possible de s'abstenir s'il s'agit d'une conviction politique et il n'est donc plus possible de ne pas en tenir compte. « La vague macroniste a trouvé plus fort qu’elle. D’ores et déjà, l’abstention est et restera la grande gagnante de ces législatives » écrit Jacques Lucchesi dans sa tribune publiée sur Agora vox.
La non victoire des votants ne signifie pas victoire de l'abstention. Mais tout n'est pas dit. Il faut aller plus loin : L'abstention est due à la non reconnaissance du vote blanc. L'impossibilité de ne pas choisir est antidémocratique.
Mais osons avancer d'un pas encore : si l'abstention était prise en compte, le Parlement serait à moitié vide. Près de 300 sièges resteraient vacants. La REM (mieux vaut ce sigle que LREM) n’aurait plus que 12,7% des voix et le PS, encore le gros perdant de ses élections législatives, n’obtiendrait qu’un seul tout petit siège du haut de ses 3,5 %.
Formellement, le processus démocratique a fonctionné et fait apparaître une majorité qui est légale pour prendre des décisions, pour légiférer. Seulement, cette majorité n’est pas légitime parce qu’elle représente une fraction d’opinion extrêmement minoritaire. (Les députés de REM – à l’image du président Macron – seront les plus mal élus de la Vème République, car les candidats de l’alliance En Marche / Modem n’ont recueilli, au premier tour que 15,4% des électeurs inscrits.

2 – Mélenchon l'a voulu, Macron l'a réalisé : le « dégagisme » est ... en marche !
D'ores et déjà, et quelle qu'en soit l'ampleur, le 18 juin au soir, le renouvellement du personnel politique est chose faite. Renouvellement générationnel, féminisation plus importante, effacement du Parti socialiste, fort recul des Républicains, arrivée massive d'élus néophytes. C'est du jamais vu.
Le phénomène n'est pas dû qu'à la volonté du Président et à ce que lui a permis un mode de scrutin binaire et tranchant, il accompagne une défiance à l'égard des partis institués qui ont gravement déçus au cours des deux quinquennats précédents. Le vote sanction a joué à plein. Il donne certes des pouvoirs accrus au nouveau Président, mais il contient un avertissement : si vous décevez, vous disparaitrez, à votre tour, au terme de ce nouveau quinquennat ou ... avant à l'occasion d'un référendum raté, par exemple.
Le dégagisme, cette possibilité de chasser les élus dont on ne veut plus entendre parler, s'est presque banalisé ! Il est à rapprocher de l'abstention : je peux ne pas m'associer à ce qui ne m'est plus supportable.

3 – Une droitisation s'est opérée.
Le recentrage macronien aura permis de donner le pouvoir à une élite néo-libérale qui assume, sans état d'âme, des choix économiques qui sont et seront durs à vivre pour les Français modestes et pour tous ceux, Français ou pas, qui sont dépendants des puissances d'argent. C'est l'une des contradictions de cette élection surprenante. La droite conservatrice et traditionnaliste, que pouvait incarner François Fillon, a été défaite. La tentation de la droite la plus extrême, que représentait Marine Le Pen a été écartée. Et pourtant, c'est une une droite nouvelle qui a émergé et qu'a rejoint une large partie des socialistes infidèles à eux-mêmes. La gauche, elle aussi nouvelle, qui a été présentée au pays par Jean-Luc Mélenchon, n'a pas eu le temps de se substituer au PS défaillant. Rénover une opposition qui doit dépasser la gauche traditionnelle en échec ne s'effectuera pas sans difficultés. Concevoir une politique écologique et sociale crédible, qui soit en lien avec tous les expérimentateurs de modes de vie supportables et créatifs a besoin de temps. Ce temps vient-il de s'ouvrir ou de se refermer ? La droite néo libérale n'est pas moins redoutable que la droite dure et elle voue une haine à peine dissimulée pour la société en mutation qui apparaît. Elle n'est pas en capacité de penser un monde désoccidentalisé et d'une pluralité sans équivalent historique connu. Bref, les esprits les plus ouverts restent conditionnés par le mode d'organisation économique et sociale capitaliste. Et c'est cette droite « acceptable » que nous ne devons en aucun cas accepter.

Il importe de nous préparer à l'après-élections. Attendre 2022 serait inexcusable. Tout n'est pas dit le 18 juin 2017. Si grands soient les changements attendus, la vie politique ne va pas s'arrêter. La démocratie, une fois encore, n'est jamais en suspens ! Lire, écrire, dialoguer, analyser, comprendre, prendre des initiatives sera plus que jamais indispensable et mobilisera toujours plus de citoyens. L'ordre dans lequel nous aurons à travailler les dossiers les plus urgents commence à se déterminer. Il sera mieux fixé une fois connus les rapports de force mesurés par la dernière consultation, mais pas seulement. Les événements qui surgissent pèsent aussi, et souvent immédiatement, sur les débats publics. La catastrophe de Fukushima avait accéléré la décision du gouvernement allemand d'abandonner l'énergie d'origine nucléaire. Être constamment prêt est une exigence qui demande une grande solidarité intellectuelle entre ceux dont les analyses sont proches.

Nul n'échappera à ce travail de renouvellement de nos pensées et pas seulement ... nos parlementaires !

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux