lundi 12 juin 2017

Abstention record, « dégagisme » sans équivalent, fragilité des résultats.


Les législatives, inséparables des présidentielles


Le point au 12 juin 2017. Note 76 à J-6 du second tour.
par Jean-Pierre Dacheux


Nous continuerons d'analyser l'évolution de la situation politique jusqu'à la fin de la semaine. La lecture complète du résultat des présidentielles ne s'effectuera qu'avec l'analyse de celui des deux tours des législatives. Fin juin 2017, nous regrouperons, en un seul et même document, toutes les notes précédentes.


Une abstention jamais connue au cours de la Vème République, un « dégagisme » qui frappe y compris des personnalités très implantées, des résultats qui installent une majorité absolue massive et fragile. Rien n'est plus nécessaire et urgent que de comprendre !


1 – L'abstention est devenue la première expression politique du pays.
Quand le total de toutes les abstentions, auxquelles s'ajoute le vote blanc, dépasse le nombre des votants, il est prioritaire de s'interroger sur la validité d'un vote globalement minoritaire !
23 170 977 d'électeurs ont voté (48,71% des inscrits). 22 654 998 suffrages ont été exprimés (47,62% des Inscrits). Ce qui signifie que 353 883 électeurs ont voté blanc (0,74% des inscrits) et que 162 096 électeurs ont, volontairement ou non, rendu leur bulletin nul (0,34% des inscrits). Finalement, l'abstention représente 51,29% des inscrits, soit, avec les blancs et nuls : 51,29% + 0,74% + 0,34% = 52,37% des inscrits !
Quelle est la signification de ce « non-choix » inédit qui constitue la première information politique de ce scrutin du 11 juin ? Les déçus des présidentielles, pèsent dans cette abstention mais ce n'est ni la seule ni la principale cause de ce reflux. La proximité des législatives juste après les présidentielles donne à penser que les législatives n'en sont que la conséquence ou le prolongement inévitables mais de moindre intérêt. Et, de fait, la politique se fait à l'Élysée et peu au Parlement dans le cadre des institutions actuelles. Le gouvernement a commencé à agir avant que les Français ne soient reconsultés. Aux yeux de tous « la messe était dite » : inutile de se déplacer !
D'autres considérations sont à prendre en compte : le mode de scrutin, en France, limite ou interdit la diversité politique. Il est presque ridicule que 7882 candidats se soient présentés, en tout, dans les 577 circonscriptions (dont 539 pour la métropole, 27 pour l'outre-mer et 11 pour représenter les Français établis à l'étranger. Il y a eu jusque 27 candidats dans certaines circonscription, (en moyenne 14 candidats par circonscription)! Cette pléthore s'est trouvée brutalement ramenée à une bipolarité impitoyable du fait que les deux candidats arrivés en tête sont seuls autorisés à se présenter au second tour. Il n'y aura qu'une seule triangulaire (dans la première circonscription de l'Aube), contre 34 en 2012, l'abstention n'ayant pas permis que soit franchie, ailleurs, la barre des 12,5 % des inscrits.
Autre grave échec de cette élection législative : la parité progresse peu. Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dénonce un taux de 42,4% de femmes investies (3 344 candidates). C'est mieux qu'en 2012 (40%) et en 2007 (41,6%) mais ce n'est pas encore les 50%, ce qui est pourtant prévu dans la loi.
En résumé les législatives 2017 n'amélioreront pas la pratique démocratique. Le déséquilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif se maintient et s'accentue. L'absence de proportionnelle bloque toutes les entrées de minorités politiques au sein de l'Assemblée nationale.

2 – Le « dégagisme » n'est plus une exigence de remplacement des incapables et des corrompus, c'est une mécanique.
L'application de la loi sur le non-cumul des mandats a entrainé la décision de 216 députés sortants de ne pas briguer un nouveau mandat de parlementaire. Le vote du 11 juin a fortement augmenté le nombre des départs. Ce ne sont plus seulement des personnes qui sont dégagées mais des partis tout entiers dont les effectifs ont fondu.
Il suffit de relever, dans les résultats publiés par le ministère de l'intérieur que seule La république en marche dépasse les 10% des inscrits ( 6 390 871 voix soit 13,43% des inscrits ou 28,21% des votants) et que ne s'élèvent au-dessus de la barre des 5% des inscrits que Les Républicains (7,51% ou 15,77% des votants), Le Front National (6,29% ou 13 ,20% des votants) et La France insoumise (5,25% ou11,02% des votants.

Il s'ensuit que le PS est, à peu d'exceptions près, éliminé ou en mauvaise posture pour le second tour. Le FN n'obtiendra pas de quoi constituer un groupe parlementaire. Les Républicains résistent mais perdent un nombre important de sièges du fait que La République en marche pourrait dépasser les 400 députés et ne laisse guère de places à des concurrents quels qu'ils soient ! La France insoumise, partie de rien, ne peut qu'obtenir quelques succès mais sans commune mesure avec ses espérances.
La loi électorale contient les moyens de « dégager » les adversaires de la majorité présidentielle, mais jamais elle n'avait pu, à ce point, exercer toute sa rigueur.
On trouvera, dans la presse, la liste, impressionnante, de toutes les personnalités, voire des célébrités d'hier, « dégagées » impitoyablement, mais là n'est pas l'essentiel. La politique se passe du culte de la vedette. C'est l'arrivée de nouvelles têtes qui va vite faire problème. Trop nombreux, trop inexpérimentés, trop divers dans leurs positionnements, les députés macroniens vont avoir du mal à construire leur unité. Le « dégagisme » ne fait pas que dégager le terrain, il oblige à le réoccuper avec intelligence et compétence, en prenant le temps qu'il faut. C'est un challenge qui, cette fois, ne sera pas facile à gagner.


3 – Le succès électoral est fragile et instable.
On compte trop, dans les sphères du pouvoir, sur la solidité des institutions. Rien ne résiste à de graves et multiples tensions politiques. Or plusieurs s'annoncent qu'une majorité d'élus ne suffira pas à surmonter.
Légiférer par ordonnances et notamment pour modifier le code du travail ne passera pas comme lettre à la poste.

Sortir de l'état d'urgence en le pérennisant par le vote de lois introduites dans le droit commun ne s'effectuera pas sans résistances.

Lutter contre le réchauffement climatique requiert plus que des déclarations ministérielles, fussent-elles celles de Nicolas Hulot qui n'est pas entouré de collègues tous prêts à le suivre. Elle exige l'adhésion et la participation de tous.

Améliorer le niveau scolaire des élèves en difficulté ne tient pas à la réouverture du doublement des classes

Participer à la négociation d'un traité pour l'interdiction des armes nucléaires, préparé à l'ONU, prêt à passer devant l'Assemblée Générale en juillet 2017, est refusé, jusqu'à présent, par la France. Pourquoi cet isolement ? Va-t-il durer ? Est-ce l'affaire des seuls dirigeants des neuf États dotés de ces armes ?

Plus généralement, les citoyens doivent-ils s'en remettre en tout à des élus souvent pas mieux informés qu'eux ? Une décision politique est réellement légitime lorsqu’elle procède de la délibération publique de citoyens égaux. Par rapport à la démocratie participative, la démocratie délibérative met l’accent sur l’exigence de débats argumentés entre les Citoyens. Le gouvernement peut-il s'y opposer ?


Ce que le premier tour de l'élection législative révèle, c'est que le « chamboule-tout » du personnel politique ne suffit pas. Un chamboule-tout intellectuel, philosophique et politique, dans une société en pleine mutation, s'impose et ne pas s'y engager serait générer des frustrations donc des violences. Un peuple qui n'est appelé qu'à voter (et encore dans des conditions qui bipolarisent ou, pire, uniformisent le débat public) ne peut que se retirer de ce qui devient une simple apparence de démocratie. L'abstention massive trouve là aussi une de ses explications.




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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux