jeudi 22 juin 2017

Une présidence déjà fragile ?


Après les présidentielles et les législatives,
quel gouvernement ?


Le point au 21 juin 2017. 
Note II
par Jean-Pierre Dacheux



Un gouvernement constitué entre les présidentielles et les législatives s'est avèré instable ; quatre ministres, et non des moindres, ont été démissionnaires et /ou mis sur la touche; le MODEM, pourtant largement représenté au Parlement, est désormais peu en vue au gouvernement. Nous sommes entrés, sans transition, d'une présidence « jupitérienne » à une présidence sur la défensive.


1 – Un faiseur de roi devenu inutile !
François Bayrou, Garde des Sceaux, porteur d'une loi majeure pouvant redonner aux Français confiance en leurs élus, est pris, avec tout son parti, dans les mailles d'un filet dont on ne peut sortir sans égratignures. Il va devoir faire face à la justice ! S'il démontre son innocence et celle de ses proches, impliqués dans une affaire de financement illégal au Parlement européen, - comme nombre de parlementaires européens du FN ! - il n'en sortira pas moins brisé politiquement. Il avait apporté un soutien peut-être décisif au candidat Macron. Le voici, malgré un nombre conséquent de députés, devenu inutile, dès lors que La République en Marche a obtenu, à elle seule, la majorité à l'Assemblée Nationale ! Se réjouir de cet échec du faux centrisme n'aurait aucun sens. La page est tournée. Le centre droit ne pourra tempérer les excès de la droite « franche et massive » qui l'absorbe désormais. Il a perdu plus que son influence : sa raison d'être. Le « dégagisme » a encore frappé. Il faut comprendre ce vocable, en fin de compte, comme l'ensemble des processus d'élimination, provoqués ou non mais tous produits par des tensions politiques, accumulées, multiples, et qui sont loin d'avoir cessé, on le constate, le 18 juin 2017 !

2 – Le désenchantement a recommencé.
Emmanuel Macron s'est voulu au-dessus de la mêlée, « jupiterrien ». Du Louvres à Versailles, il a, très vite, adopté un comportement monarchique et il a voulu y ajouter une posture de leader international. Ce positionnement politique ne l'a pas mis à l'abri des contradictions internes. Le voici confronté à une crise inattendue et d'ampleur encore inconnue. Le remaniement ministériel ne compense pas les retraits de personnalités importantes plutôt difficiles à remplacer. La prise de conscience de l'étroitesse de l'assise populaire du gouvernement après l'abstention historique qui a marqué, pour longtemps, les résultats du second tour et des présidentielles et des législatives, affaiblit encore l'autorité des dirigeants actuels, majorité parlementaire écrasante ou pas. Le désenchantement qui avait accompagné les deux précédents quinquennats n'a pas tardé à réapparaître. Emmanuel Macron ne peut que pâtir de ce faux départ et s'il en vient à imposer sa politique antisociale et sécuritaire, il va vite, lui aussi ... déchanter.

3 – Les fragilités survenues ont encore modifié la donne politique.
Aucune des questions majeures que nous avons déjà signalées ne va être masquée par cet épisode gouvernemental fâcheux et surdimensionné. Au contraire, il va bien falloir les re considérer en tenant compte de ces nouvelles fragilités survenues.
• L'abstention aura été une réponse de grande portée donnée au désenchantement provoqué par les politiques qui ont été mises en œuvre. À partir d'un certain taux, majoritaire, l'invalidation du scrutin ne peut qu'être envisagée.
• Le bulletin blanc est une réponse valide donnée à l'impossibilité d'un choix. Il doit devenir un suffrage exprimé dont l'interprétation s'ajoute, de fait, à l'abstention.
• Le bulletin nul résulte de la colère ou de la déception d'un électeur qui ne sait s'exprimer autrement. Sans que ce puisse devenir un suffrage exprimé, il fait nombre aussi avec l'abstention et le vote blanc.
• Tout mode de scrutin qui n'établit aucune proportionnalité entre le nombre des votants et le nombre des élus perd son sens et constitue un déni de démocratie. La répartition des sièges à l'Assemblée vient de nous le faire constater. Notre scrutin actuel, majoritaire, uninominal, à deux tours, unique en Europe, doit donc être abandonné.
• Représenter les citoyens n'est pas se substituer à eux. Le député est un porte-parole et un éducateur politique ; il n'est pas un décideur politique solitaire. La démocratie réelle est plus que participative, elle est consultative, délibérative et co-décisive. Elle n'est pas en suspens, en attente entre deux consultations et il ne suffit plus de l'admettre.
• Interroger le peuple en son entier, par voie référendaire ou autre, doit s'effectuer, non exceptionnellement mais régulièrement, comme savent le faire les Suisses.

On voudrait nous donner à croire que le Président et son gouvernement vont pouvoir, appuyés sur un majorité massive (et qui peut encore s'élargir), diriger le pays sans autres oppositions que celles, réduites, de parlementaires ne disposant que de la force de leur verbe. La réalité est plus mouvante et plus complexe que cela. On enferme les citoyens dans la fausse alternative suivante : entre la loi des urnes et celle de la rue, un démocrate doit choisir. La volonté populaire passe par de multiples voies, et pas seulement dans les bureaux de vote ou dans la rue. Il arrive qu'une idée juste s'impose avec ou sans bulletins de vote, avec ou sans manifestations de rue. Pèsent parfois, de façon décisive, le livre d'un penseur, l'article percutant d'un journaliste qualifié, la conférence d'un chercheur dont les travaux font autorité, l'enseignement d'un universitaire, un tract même quand son contenu bouleverse ses lecteurs, la rencontre ou la réunion de citoyens en quête, ensemble, de réponses aux questions de notre temps, la dynamique d'associations mettant les convictions de leurs membres à l'épreuve de l'expérience ... Bref, la politique nous submerge et déborde des enceintes spécialisées, parlementaires ou autres. Le pire danger est dans la résignation de ceux qui estiment que l'on ne peut que s'incliner devant un vainqueur ! Rien n'est jamais définitif. Nous en ferons, plus vite que par le passé, la constatation tant est grand l'écart entre l'état du monde en profonde transformation et les politiques que l'on nous annonce en France.

Non, le vieux monde n'est pas de retour même si ceux qui s'y sentent à l'aise croient pouvoir nous en imposer les formes surannées.


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux