mercredi 2 novembre 2016

Oui, les élections présidentielles américaines nous concernent…



... Il y va de la démocratie !

En réalité, nous ne savons pas comment s'organise l'élection du Président des USA, cette fédération d'États qui est encore la plus puissante du monde occidental, économiquement et militairement ! Non que nous ne puissions le savoir, mais c'est compliqué, et d'abord parce que le scrutin a lieu État par État et non au suffrage universel, avec des règles qui ne sont pas partout les mêmes...

Pour succéder à Barack Obama qui, au bout de deux mandats, comme G W. Bush et Bill Clinton, ne peut se représenter1, dix candidats sont en lice, mais trois seulement qui remplissent les conditions, ont pu s'inscrire dans les cinquante États et y faire proposer des bulletins de vote. Ce sont les candidats démocrate, républicain et libertarien : Hillary Rhodam Clinton (69 ans), Donald Trump (70 ans) et Gary Johnson (62 ans). La candidate du Green Party, Jill Stein (62 ans), remplit les conditions dans quarante-quatre États. Quant aux quatre autres candidats, ils ne remplissent les conditions que dans 23, 20, 11 et 8 États. Ils ne sont même pas pris en considération dans les sondages, lesquels sondages ne prévoyaient qu'entre 7% et 3% pour le candidat libertarien et 3% et 2 % pour la candidate écologiste.

Le 8 novembre seront donc désignés les grands électeurs qui éliront le 45e président des USA le 12 décembre. Ce sera, en 244 ans d'histoire présidentielle étatsunienne, la 58ème élection depuis 1788. L'élu(e) prendra ses fonctions le 20 janvier 2017, pour quatre ans. Il faut avoir au moins 35 ans pour être élu2, ce qui est le cas des deux principaux candidats qui ont le double de cet âge. C'est encore un record car ils sont les deux candidats les plus âgés après Ronald Reagan en 1974 ! Si Hillary Rhodam Clinton est élue, ce sera la première femme présidente dans l'histoire des États-Unis.

Le 23e amendement de la Constitution n'attribue de grands électeurs (trois, comme dans le plus petit des États), en plus des 50 États membres de l'Union, qu'au seul district de Columbia (en fait la capitale fédérale : Washington). Les autres territoires des USA, dont Porto-Rico ou Guam, ne participent donc pas à l'élection présidentielle. C'est donc, en tout, 100 sénateurs (2 par État), plus 435 représentants (à la proportionnelle démographique des États), plus les 3 représentants du district de Columbia, soit 538 grands électeurs, qui vont choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump avant Noël 2016.

À défaut de majorité (270 voix), dans le cas, très rare mais pas impossible, où les grands électeurs (qui sont libres de leur vote), refuseraient de suivre le choix de leurs électeurs, alors c'est la Chambre des Représentants qui élit le Président. En 1824, 1876,1888 et 2000, le collège électoral n'a pas élu le candidat ayant recueilli la majorité des suffrages populaires. En 2000, Al Gore avait obtenu plus de suffrages que George W. Bush. À ce jour, la Chambre des représentants n'a élu le président qu'en deux occasions : en 1801 et en 1825. En raison du désaveu qui pèse sur Donald Trump, y compris dans les rangs républicains, il est éventuellement possible que la désignation s'effectue avec difficulté.

La complexité s'alourdit si l'on considère que le vainqueur dans presque tous les États « rafle » tous les mandats (sauf dans le Maine et le Nebraska qui répartissent les mandats à la proportionnelle !).

Notons que l'élection du vice-président, distincte de celle du Président, soit le démocrate Tim Kaine (58 ans) soit le républicain Mike Pence (57 ans) revêt une grande importance compte tenu de l'âge des candidats à la présidence.

L'élection éventuelle de Donald Trump qui aura énoncé des idées saugrenues, choquantes, violentes et sans fondements, placerait les USA dans un contexte très dangereux, aussi bien en politique intérieure qu'en politique étrangère. Cette possibilité qu'on a cru improbable révèle que le pire n'est jamais exclu comme nous l'a enseigné l'histoire contemporaine. Que les autres humains ne puissent qu'être spectateurs d'un événement qui peut avoir de lourdes conséquences sur leur vie quotidienne rappelle que nos sorts sont liés et que nous vivons sur la même planète, un territoire dont nous ne pouvons nous échapper.

Quels enseignements retirer de ces pratiques électorales tout à fait particulières et dont se vantent les citoyens américains, en en faisant même un modèle de démocratie représentative ?

1 - Pour être candidat à la présidence des États-Unis, il faut être très, très riche, (milliardaire, comme Donald Trump ou soutenue par des puissances financières, comme Hillary Clinton qui a recueilli encore bien plus de fonds que son rival). Quand c'est l'argent qui fait la réussite électorale, ne parlons pas de démocratie véritable.

2 – Quand les mêmes règles ne s'imposent pas à tous les États, quand les disparités peuvent interdire l'égalité des chances électorales, la démocratie est mise à mal.

3 – Si l'élection dépend de votes indirects, le résultat peut être inversé, comme on l'a vu, en 2000, quand Al Gore, vainqueur dans les urnes, a été battu par le vote des grands électeurs. Cette conséquence du vote par État, là où s'annulent les voix minoritaires, peut avoir des suites et des conséquences catastrophiques comme on l'a vu au cours de la présidence de George W. Bush. Quand une voix ne vaut pas une voix, la démocratie est bafouée.

4 – Dans les territoires sous autorité américaine, situés dans les Antilles et l'Océan Pacifique, vivent 4 millions d'habitants en 2016. Non rattachés à l'un des 50 États US, ils ne votent pas. Ou bien ils s'autogouvernent ou bien, s'ils dépendent des USA, ils doivent pouvoir voter et peser sur le gouvernement fédéral. Priver du droit de vote est antidémocratique.

5 - Le vote Trump est le vote de la revanche des « petits Blancs » qui n'ont jamais accepté l'élection d'un Noir à la tête des USA. Ce racisme anti Noir débouche sur la violence. Les propos sexistes proférés contre la femme politique qu'est Hillary Clinton manifestent la même haine d'ultra conservateurs qui menacent la démocratie.

6 – Le blocage de fait qui interdit l'apparition de nouvelles sensibilités politiques pouvant se situer à l'extérieur des partis démocrate ou républicain enferment le système électoral dans un passé dont les citoyens ne peuvent sortir. Un gouvernement par alternance livre le pays à la stagnation de la démocratie.

7 – Aux USA, l'âge des candidats est limité « par le bas » (35 ans) mais point « par le haut ». L'exercice du pouvoir suprême, même pour 4 ans, ne saurait être confié à des septuagénaires. D'autant que cela rend improbable ou fragile une réélection. La démocratie suppose de pouvoir faire appel à des candidats dans la force de l'âge et ouverts à des idées neuves.

8 – Cette élection donne à penser que les pratiques électorales se sont viciées et pas seulement aux États-Unis. Que ce soit par défaut (quand on ne peut voter librement), par trahison (quand les élus ne respecte pas leurs mandants), par détournement (quand l'on ne peut plus voter pour mais seulement contre ce qu'on craint!), par habitude (quand on satisfait à une tradition sans conviction), par lassitude (pour se débarrasser d'une obligation morale), par soumission (aux pressions que nos appartenances, familiales, religieuses exercent sur nos choix)..., voter n'a pas de sens démocratique si aucun changement ne peut s'ensuivre.

9 – Le spectacle médiatique affligeant auquel nous assistons, aujourd'hui aux États-Unis, hier au Royaume-Uni, demain en France, peut nous désoler mais surtout nous renseigne sur la main mise des forces de l'argent sur presque tous les comportements des citoyens. Résister aux lavages de cerveaux n'est plus seulement de bonne hygiène intellectuelle, c'est un réflexe vital. C'en est fini, sinon, de toute vie démocratique.

10 – Être lucide, informé, maître de sa vie exige un travail auquel nous ne sommes plus habitués. La campagne électorale nord américaine constitue un avertissement : voilà jusqu'où nous pouvons sombrer si nous nous laissons formater par des médias aux ordres et de faux intellectuels qui nous entrainent vers des voies en impasse. Cherchons où sont les vraies questions démocratiques posées à notre temps.

Non, tout n'est pas qu'argent ? Non, tout n'est pas que conquête du pouvoir sur autrui. Non, ce n'est pas la consommation qui régit notre bien être. Non, l'american way of life n'est pas l'idéal pour l'humanité. Non, ce n'est pas le plus fort, le mieux armé qui est le mieux protégé. Oui, nous n'avons qu'une Terre. Oui, vivre heureux, c'est mettre en commun. Oui, la démocratie c'est le partage.

Jean-Pierre Dacheux
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1 Cette limitation du nombre de mandats à deux (pas nécessairement successifs) a été votée en 1947 et ratifiée en 1951.
2 Mais aussi être né aux USA  et y avoir vécu au moins 14 ans. (ce qui a fait polémique pour Barack Obama jusqu'à ce qu'il démontre, face aux arguments de Donald Trump, qu'il était né à Hawaï !)

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux