mercredi 19 décembre 2012

La tuerie de Newton, révélatrice des dérives de nos sociétés.




La dramatique tuerie de Newton aux États-Unis relance le débat récurrent sur la possession d'armes à feu par les citoyens américains. Cette facile explication, sujet de toutes les conversations, n'occulte-t-il pas les problèmes de fond : la maladie mentale et ses causes.

Aux USA, la possession d'une arme à feu est un droit inscrit dans le second amendement du Bill of Rigth, ratifié en 1791, et il y a, actuellement, en circulation plus de 320 millions de ces engins de mort pour une population d'un peu plus de 300 millions d'habitants. 
Les larmes de Barak Obama n'y feront rien, car derrière la question des armes à feu se cachent un marché particulièrement rentable et le slogan du très puissant lobby1 des armes à feu « les armes ne tuent pas, ce sont les gens qui tuent » empêche de penser en terme de remise en cause de cet amendement qui a été relégitimé en 2008 par la Cour Suprême en donnant à tous le droit de porter une arme.


"Le Père Noël est une ordure".

Les États-Unis sont coutumiers de ces tueries - 80 personnes sont tuées chaque jour - mais, les Européens, surtout en Norvège, depuis 2011, savent que ces folies meurtrières peuvent s'exercer chez eux.1
Aux États-Unis, il est possible d'acheter un fusil d'assaut au comptoir de la chaîne de supermarchés Walmart et, après chaque massacre, les ventes d'armes augmentent
Si la suppression de la vente libre ne réduirait pas le risque, pourtant, elle limiterait sûrement la gravité des conséquences.

Au nom d'une logique folle, quelques voix se font même entendre pour affirmer que si les armes étaient autorisées dans les écoles, elles auraient permis de se défendre à Newton.

Il faut répondre à cette folie en en comprenant les causes afin de les extirper de notre quotidien.

Car, il s'agit bien de folie et le slogan du lobby des armes, bien que fallacieux, n'est pas totalement faux : c'est, avant tout2 un homme qui appuie sur la gâchette ou qui amorce la bombe.
Effectivement, il faut insister sur la folie des meurtriers, hommes souvent jeunes et instables, schizophrènes, paranoïaques, dépressifs ou mégalomanes, souffrant de carences narcissiques.
Le crime de masse leur permet d'exister, au moins une fois avant leur suicide dans la plupart des cas.
Le manque d'existence, quand il devient insupportable, déclenche une compensation criminelle majeure, voire "héroïque". En France, Mohamed Merah a trouvé des justifications dans la religion et l'idéologie, mais d'autres crimes, comme celui de Newton, semble-t-il, sont de simples passages à l'acte sans justification.
Pour que de tels actes aient lieu, il faut la rencontre entre un psychisme fragile et un contexte social et politique, et la société actuelle est le creuset de cette rencontre.
Les États-Unis, mais aussi d'autres pays occidentaux vivent dans une culture de violence, la télévision, branchée en permanence, dégurgite des milliers de meurtres dans les films, les séries créant une insensibilisation à la violence détachée du réel. Comme dans les jeux vidéo : " tuer n'est qu'un jeu".
En insistant sur la défense des valeurs nationales, en banalisant la mort en dehors des frontières du monde occidental, les informations, débitées en boucle, légitiment la violence d'État.
Dans notre société libérale, qui fait son crédo de la valorisation du « meilleur », on n'existe que par l'élection, par le statut de champion, par le poids de son compte en banque, par sa situation de victime, ou par la notoriété de criminel, aussi, tôt ou tard, pour certains, dans un contexte psychique particulier, la rage de l'inexistence contenue brise l'étau qui l'emprisonne et explose dans un passage à l'acte dramatique en choisissant, bien entendu, un symbole des plus sacrés, tel l'école de Newton.
Il est urgent de réfléchir à ces problèmes de désordres psychiques conduisant à la maladie mentale et au passage à l'acte dans nos sociétés.


 La folie + arme = obéissance parfois criminelle + irresponsabilité + victimes innocentes


Selon Human Right Watch, aux États-Unis, entre 2000 et 2006, le nombre de malades mentaux a quadruplé dans les prisons et, aujourd'hui, les désordres psychiques touchent 56 % des prisonniers.

En France aussi, la précarité, le chômage, la désocialisation, créés par une société inégalitaire où la solidarité est absente, le nombre de malades psychiques - le mot folie a été supprimé de notre langage ! - augmente sensiblement. 
En France aussi, où l'État, dans sa variante sociale-libérale, ne prend pas en compte la maladie mentale, et pire, se désengage financièrement des secteurs psychiatriques, on retrouve de très nombreux malades psychiques dans les prisons - plus de 35 % - où on ne les soigne pas.

Il est impératif que nos dirigeants prennent conscience de la relation directe entre la multiplication des désordres psychiques et les dysfonctionnements de notre collectivité humaine et qu'il lance un débat national sur la manière de traiter la maladie mentale et ses causes. 

L'amoureux des armes est un fou dangereux

1 - C'est le lobby le plus puissant - 43 millions de membres - et le plus riche - 200 millions de dollars de dons – il distribue, à chaque campagne électorale, des soutiens financiers considérables et se vante de faire élire 4 sur 5 des candidats à la Chambre des représentants.
2 - En France, il faut se souvenir de l'affaire Merah et de la tuerie de l'école juive de Toulouse.

3 - Sur 61 meurtres en série commis aux USA, 43 l'ont été par des hommes blancs, et un seul par une femme.


Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux