mardi 14 février 2012

D'une guerre deux coups

Les médias annoncent avec sérénité (ce n'est pas un scoop !) l'imminence d'une attaque israélienne contre les installations nucléaires de l'Iran.

Le gouvernement israélien assure vouloir agir pour prévenir une agression contre ses intérêts vitaux.

Les USA qui craignent d'être embarqués, après l'Irak et l'Afghanistan, dans un conflit non maîtrisable, n'y sont pas favorables mais vont suivre...

Le gouvernement israélien estime que le temps joue contre Israël et qu'il faut forcer la main à ses alliés.

Deux élections, cette année, lui facilitent la tâche : en pleine guerre internationale, les opinions publiques cherchent à se rassurer. On n'abandonne pas le pilote au milieu du gué ou bien on choisit le pilote qui ne changera pas de cap.

On l'aura compris : Barack Obama ne pourra changer de politique vis à vis d'Israël en pleine campagne électorale ! Sinon le lobby pro israélien, aux USA, poussera vers l'élection d'un républicain favorable à l'intervention des USA aux côtés d'un allié dont Washington ne peut se passer (ni stratégiquement, au sein du Moyen Orient, ni politiquement, en termes de politique intérieure). Réélu, Obama n'ayant plus rien à perdre au cours de son second et dernier mandat, pourrait se montrer plus exigeant pour faire reconnaître l'État palestinien. Benyamin Nétanyahou attise le feu pour qu'il flambe vite afin d'enfermer les USA dans sa politique de guerre "préventive".

Mais ce n'est pas tout ! Les frappes contre l'Iran pourraient conforter la candidature de Nicolas Sarkozy. Lâche-t-on le Président de son pays quand il doit faire face, comme il le fit en Lybie, à des risques graves concernant deux questions fondamentales pour la France : l'approvisionnement en pétrole et l'équipement nucléaire d'un "État voyou" ?

D'une guerre deux coups : Israël peut sauver le clan conservateur ou ses intérêts, aux USA comme en France, au printemps pendant la campagne électorale française et, de toute façon, avant l'automne et l'élection américaine !

Coup de poker ou provocation ?

Le 13 février, l'explosion d'une voiture de l'ambassade d'Israël à New Delhi a blessé quatre personnes, dont une diplomate de 42 ans, a indiqué la police indienne. En Géorgie, la police a, par ailleurs, désamorcé un engin explosif découvert dans la voiture d'un employé de l'ambassade israélienne dans la capitale, Tbilissi. Il n'en faut pas plus pour dire qu'Israël doit "riposter" à ces attentats évidemment attribués à l'Iran et qui coïncident avec l'anniversaire de l'assassinat d'un chef militaire du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh, imputé à Israël, le 12 février 2008.

L'interdépendance des politiques saute aux yeux. Des événements peuvent modifier les choix des électeurs. L'art de la guerre en tient compte. Le pire danger est de n'en avoir pas conscience. Se taire, c'est laisser faire.


Israël ne se protégera pas en lançant ses avions et ses fusées contre l'Iran. La réaction de cet État, fragilisé par les difficultés de son allié syrien, peuvent être démesurées et enclencher une déflagration gigantesque au Moyen Orient, et donc à ses abords jusqu'aux approches de l'Europe.

Il ne suffira pas aux artisans de paix de n'être pas impliqués dans ces logiques de mort ! Il faut davantage : dénoncer la politique d'Israël qui va à l'encontre des intérêts du monde entier et donc d'Israël aussi ! Qui va oser le faire, en France, aux USA, actuellement ?

Les politiques politiciennes se couchent devant les exigences de ceux qui maîtrisent une partie non négligeable des électorats. La politique, la vraie, voudrait qu'on regarde au-delà des mois qui viennent et qu'on dise, sans fard, où sont les risques.

Mais y-a-t-il compatibilité entre les intérêts électoraux et la clairvoyance politique à moyen et long terme. Ce n'est pas sûr !


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux