mardi 25 octobre 2011

Nécessaire et pas suffisant

Comment ne pas se féliciter de l'initiative prise par les cosignataires du texte ci-dessous, paru dans le journal Le Monde, et qui contient un appel à ceux qui vont solliciter nos suffrages, dans un contexte politico-économique particulièrement dur aux citoyens modestes ?

Nous approuvons et soutenons. Il faut que cela soit dit. Et pourtant, nous savons que cela ne peut suffire ! Une doxa s'est emparé de nos cerveaux et nous tolérons l'intolérable.

Quelle est cette doxa ? Ce sont les discours sur l'obligation de faire payer aux pauvres les dettes contractées par les riches. Ce sont les affirmations selon lesquelles une croissance faible ne peut que conduire à la misère. Ce sont les leçons de démocratie données au monde entier par ceux-là même qui trompent les électeurs pour conserver le pouvoir qui leur reste et qui pourtant leur fuit entre les doigts. Ce sont les oublis constants, volontaires, scandaleux, qui font passer aux oubliettes les questions majeures relatives aux menaces écologiques pesant sur les habitants de notre planète. Ce sont les torrents de boue qui salissent chacun de nous en débordant des officines de luxe pour remplir nos gazettes. Ce sont les envahissements publicitaires qui, loin de régresser en période de moindre consommation, nous sont imposés et nous font vivre dans une société que nous ne voulons pas. C'est, enfin, l'extrême prudence avec laquelle on désigne les causes de la situation dans laquelle nous voici plongés et qui sont tout entières contenues dans le système économico-financier qui paralyse la démocratie politique : le capitalisme puisqu'il faut l'appeler par son nom.

Non, parler ainsi ne relève pas de l'on ne sait quel gauchisme. C'est ce que l'on veut nous faire croire, à gauche comme à droite ! Nous sommes bien au-delà de clivages d'un autre temps. ce dont il est question c'est du droit des citoyens à s'occuper de leurs propres affaires car il n'y a pas de démocratie politique sans démocratie é
conomique. Sans société de partage l'avenir est bouché, sombre et l'orage y menace.

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran.

"La peste puisqu'il faut l'appeler par son nom
Faisait aux animaux la guerre"
Jean de La Fontaine

"... On le lui fit bien voir"
Serions-nous des ânes ?

Face aux crises, nous proposons un Pacte pour les droits et la citoyenneté

Rêvons. Après tout, nous sommes en période électorale. Rêvons donc d'une France où les droits sociaux, les valeurs du travail ne soient pas en permanence mis en balance avec les valeurs du Cac 40. D'une France où les services publics soient modernisés et résolument mis au service des populations. D'une France où la population respecte sa police, qui la respecte, au lieu de la craindre, et fasse confiance à une justice enfin dégagée du poids de l'exécutif. D'une France où pour les femmes s'ouvre la voie des responsabilités électives par une application combinée de la parité et l'interdiction du cumul des mandats. D'une France, dans laquelle un ministre qui "déraperait" du côté du racisme serait immédiatement démissionnaire et sujet à poursuites. D'une France où tout résident étranger aurait le droit de vote aux élections locales. D'une France où chacun et chacune aurait au-dessus de lui un toit, puisque c'est un droit. D'une France enfin qui croit en l'éducation et porte au plus haut l'intérêt supérieur de l'enfant.

Cette France-là ne vivrait pas au rythme des affaires et sous le poids d'une règle d'or, dont l'or est la seule règle. Cette France-là serait solide de ses solidarités, entre territoires comme entre générations ; elle serait forte de l'implication civique de ses habitants, de ses outils de solidarité dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la famille… Le logement n'y serait pas à la rue et les salariés y bénéficieraient d'un statut et de droits attachés à leurs personnes et non à leur poste de travail…

Le pays des Bisounours ? Non, simplement une société ayant choisi de rompre avec la fragmentation sociale et les inégalités, la mise en concurrence de tous avec tous, la xénophobie d'Etat, le mépris de l'intérêt général… Toutes choses qui, si nous laissions faire, seraient appelées à s'amplifier, avec leurs corollaires obligés que sont la surveillance et le sécuritaire.

Alors que la planète menace d'exploser pour cause de toxicité financière, notre gouvernement n'affiche que deux priorités : remporter les prochaines élections, pousser le plus loin possible sa politique d'austérité. Epineuse équation ! D'où la désignation de boucs émissaires, d'où la promesse de toujours plus de places de prisons, d'où la concentration des pouvoirs et la leçon de morale aux démunis, d'autant moins bienvenue que l'actualité ne bruit que "d'affaires" aux relents de corruption.

Dans ce contexte délétère, et alors que sont devant nous d'importants rendez-vous électoraux, l'ampleur même des crises en cours impose de réhabiliter les fondements mêmes de la République, de refonder l'égalité des citoyens entre eux, de faire vivre la liberté, la fraternité.

C'est pourquoi nous proposons un Pacte pour les droits et la citoyenneté. Il est temps de penser autrement, de faire autrement, d'ouvrir des perspectives nouvelles. Contre les règles d'or de la finance souveraine, nous choisissons l'espoir ; face aux défis posés par les crises financières, économiques, sociales et écologiques, nous misons sur la démocratie.

Le Pacte pour les droits et la citoyenneté résulte de ce choix. Signé par cinquante organisations syndicales et associatives, il porte ces valeurs et les illustre par nombre de propositions concrètes, que nous inscrivons au débat public. Elles concernent la démocratie, la protection de la vie privée et des données personnelles, les droits et libertés face à la justice, à la police et au système pénitentiaire ; la lutte contre la xénophobie, le racisme, le sexisme et les discriminations, toutes tendent à rendre effectives l'égalité sociale et les solidarités.

Certaines de ces propositions sont immédiatement applicables, comme par exemple l'interdiction du cumul des mandats, ou l'obligation faite aux policiers de délivrer un récépissé à chaque contrôle d'identité. D'autres sont à plus long terme. Toutes nécessitent un engagement clair et fort, car leur mise en œuvre supposera ténacité et détermination.

C'est pourquoi nous entendons interpeller les responsables politiques et les candidats et que nous nous inscrivons dans le débat électoral. Il y va de notre vivre ensemble. Demain se discute aujourd'hui.


Pour les cinquante organisations signataires du Pacte pour les droits et la citoyenneté :

Francine Blanche, responsable nationale de la CGT ;
Victor Colombani, président de l'UNL ;
Annick Coupé, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires ;
Jean-Michel Ducomte, président de la Ligue de l'Enseignement ;
Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU ;
Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE ;
Aminata Koné, secrétaire générale de la CSF Stéphane Maugendre, président du Gisti ;
Patrick Peugeot, président de la Cimade ;
Maya Surduts et Suzy Rojtman, animatrices du CNDF ;
Pascale Taelman, présidente du Syndicat des avocats de France ;
Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature ;
Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l'Homme ;
Aurélie Trouvé, co-présidente d'Attac ;
Emmanuel Zemmour, président de l'Unef.



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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux