jeudi 27 octobre 2011

2012 ne règlera rien : les turbulences iront au-delà.


La Terre mise en miettes par ceux qui l'exploitent ?

"Nous n'avons pas tout vu" dit François de Closets ! Nous avons surtout vu, ces jours derniers, sortir, chez Fayard, deux livres qui vont connaître un beau succès (ils sont d'ailleurs abondamment commentés) : l'un, de ce même François de Closets, Échéance, en appelle à nos responsabilités. "On ment aux Français". "Je vous l'avais bien dit il y a 30 ans". "S'enrichir en faisant des dettes engendre notre dépendance". Etc. L'autre, de Jean Sévilla, Historiquement incorrect, nous explique que les historiens se vautrent dans le politiquement correct mais qu'on rira d'eux, dans 50 ans. Ces deux écrivains tiennent des discours parallèles : sans le retour du nationalisme politique ou/et industriel, c'en est fait de la France. Nous sommes, dit François de Closets, "en situation de guerre".

Vouloir chasser la guerre de nos souvenirs ou des éventualités de l'avenir serait donc - s'agissant d'hier comme d'aujourd'hui - la manifestation de la lâcheté des "Droits-de-l'hommistes" ! Le lien entre la revisite de la grande Guerre (à laquelle "les Poilus ont profondément consenti" car, à l'époque, le patriotisme existait, dit Sévilla) et l'exhortation à redresser la France (menacée par "les mensonges" de ses dirigeants, dit de Closets), peut être fait en méditant ce que les films présentés, en cette fin d'octobre 2011, sur France 2, révèlent, documents inédits à l'appui, de la "résistible ascension d'Adolf Hitler", comme disait Bertold Brecht. Résistible, en effet, cette montée vers le pouvoir, mais toutes les longues résistances des Allemands, entre 1920 et 1933, ont fini par céder, car ils ont été abandonnés à eux-mêmes.

Il n'a jamais été aussi utile de savoir pourquoi ! Hitler fut, d'abord un soldat révolté, humilié, scandalisé par le traité de Versailles, porteur d'un immense désir de vengeance. Ce personnage sans culture, habité par une seule et puissante idée (restaurer la grande Allemagne à tous prix), ayant appris, sur les champs de bataille, la banalité et l'insignifiance de la mort de masse, a été, d'abord rejeté. Ce n'est pas assez rappelé ! Les Allemands n'ont pas voulu de lui et l'ont manifesté, par leurs votes, de multiples fois, jusqu'en novembre 1932.

Hitler est l'enfant du capitalisme occidental qui, après avoir pillé les vaincus, en 1920, l'a préféré aux Fronts populaires. Staline a fait le reste qui ne voulut pas d'alliance, en Allemagne, entre socialistes et communistes.

Il est des enseignements à retirer, à présent, de cette traversée tragique de l'histoire qui laissa 50 millions de morts sur tous les sols de l'Europe et de la Russie, là où se déchainèrent les combats.

La première leçon, qu'on se garde bien d'examiner, est celle-ci : la démocratie ne protège pas de la dictature. Hitler finit par être élu ! L'élection n'est pas la source mais la conclusion d'un processus politique.

La seconde leçon est celle-ci : seul, Hitler n'était rien. On peut dresser un peuple entier contre le reste du monde, pour peu qu'on excite à l'infini sa fierté nationale, qu'on lui propose une espérance de remplacement quand il a perdu tout courage, et qu'on lui fournisse des explications et des boucs émissaires pouvant laver, fut-ce dans le sang, les humiliations qu'il a subies.

La troisième leçon s'ensuit : dans un période de trouble, d'instabilité et d'incertitude économiques "tout devient possible", y compris le pire ! Sans "la crise de 1929", Hitler et les siens n'auraient pas pu entrainer les Allemands, désespérés, dans leur sillage.

Craignons, alors, que "la crise" de 2008-2011 ne réinstalle, progressivement mais irréversiblement, des rancœurs tellement violentes qu'elles ravagent plusieurs pays d'Europe ! Vouloir faire payer d'urgence, aux pauvres, des erreurs accumulées par les riches, pendant des décennies, peut coûter très cher ! À ne vouloir jamais tenir compte des "indignations" populaires, on va conduire les populations fragilisées vers des extrémismes d'autant plus inévitables qu'il n'y a pas de solution de rechange proposées en dehors des différentes variétés du libéralisme moribond.


Plus tu es pauvre plus tu dois emprunter à un taux cher !

Une fois encore, répétons que "la crise" n'en est pas une mais, bel et bien, une mutation de civilisation qu'on cherche à masquer par des explications techniques et monétaires, afin de ne pas toucher aux causes de ces bouleversements constatés qui sont sans rapport avec un simple prurit économique et social accompagnant une maladie guérissable ! Cette mutation n'est ni une crise, ni une maladie de société. C'est un dépassement historique géant, un agrandissement planétaire du champ d'action des peuples qui font craquer toutes les vieilles chrysalides sociales, lesquelles, en se métamorphosant, nous montrent qu'elles n'ont été ni des armures ni des bastions.

Le système capitaliste implose sous nos yeux comme avait implosé le système soviétique, mais rien n'y fait : nous voulons demeurer dans cette impasse d'où il n'est pas possible de sortir ! Allons-nous donc nous y entasser et nous y entretuer pour survivre ? Jusqu'alors, la guerre semblait appartenir, en Europe, à un passé totalement révolu. Ses causes éventuelles sont d'autant moins impossibles qu'elles ne relèvent pas de la pensée politique mais de l'effondrement matériel de peuples entiers.

Dans un pareil contexte, les élections de 2012 apparaissent bien dérisoires et quiconque y verrait l'issue à la situation que nous vivons risque d'énormes déconvenues ! Mieux vaudrait que s'assemblent tout ce que le monde compte de penseurs, et pas seulement d'intellectuels, (à défaut, tentons le en France) pour aider à ouvrir, aux sept milliards d'humains que nous sommes désormais, des espaces de vie publique nouveaux, où l'on puisse respirer, aspirer, et espérer !

Rester dans des schémas de pensée obsolètes ne changera rien quel que soit le futur Président de la république française.


Qui sauve qui ? Les banques sauvent les États ou les États les banques ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux