dimanche 30 octobre 2011

De la dette


Ce n'est pas Marianne qui s'est mise la dette au pied !

C'est très mal d'avoir des dettes, apprenaient, dans le passé, les parents à leurs enfants. On devient dépendant. On risque la ruine. C'est malhonnête. Un jour, on se retrouve au ban de la société.

On ne peut pas vivre sans dette, sinon on n'améliore jamais sa vie matérielle, nous a-t-on appris ensuite. Les crédits sont faits pour ça. Pour avoir une maison, une voiture et même de belles vacances, il n'y a pas à hésiter : il faut emprunter.

La culture de la dette, entrée dans les mœurs, est entrée aussi dans les pratiques des États. Une grande puissance inspire confiance et l'on peut lui prêter. Et puis, surtout, avec la croissance indéfinie, il est toujours possible de prélever sur la richesse nouvelle pour rembourser des dettes anciennes. La dévaluation faisant le reste, particuliers comme gouvernements pouvaient, pensait-on, s'enrichir à bon compte (en tout cas ceux qui n'étaient pas engloutis par des dettes trop monstrueuses pour pouvoir être remboursées)

Aujourd'hui, les encouragements à s'endetter des organismes de crédit n'ont pas cessé, pour les particuliers, mais tout a changé ! Qu'un État puisse être en faillite est devenu possible, ce que le concept même de pouvoir d'État semblait exclure, depuis la monarchie jusqu'aux républiques modernes. La Grèce, où naquit la démocratie, aura été la premier pays a le démontrer.


Le mythe de Sisyphe revisité...

La panique, alors, s'est emparée des "petites-grandes-puissances" qui ont cédé aux banques le pouvoir de les dominer économiquement. Quant aux "pays en voie de développement"..., ils se sont développés, et une bascule politique s'effectue sous nos yeux : en quelques années, le pouvoir s'est mis à glisser hors de la sphère occidentale.

Que va-t-on nous expliquer pour tenter de nous faire avaler la grosse couleuvre de l'austérité ? Que nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Que nous devons nous réindustrialiser. Que nous allons plus étroitement solidariser les Européens pour affronter des défis économiques mondiaux. Bref, on va continuer à "faire comme avant" en "changeant tout". Ce sera la faute des prédécesseurs. Nous devons devenir vertueux.

Soit ! Que Messieurs les non-vertueux commencent ! L'étalage de la corruption ne donne pas à croire que ceux qui nous gouvernent ont compris la leçon. En outre, et surtout, toute austérité, ou, pour mieux dire, toute rigueur ne peut s'accompagner des énormes écarts de revenus existants et de l'élargissement encore de ce fossé entre les nantis et les modestes. Le partage de l'effort nécessite de couper dans les profits indus des profiteurs. Qui aura la volonté et les moyens politiques de l'obtenir ?

La dette est une purge accumulée. On a déployé une culture de la facilité, d'abord pour ceux qui gagnaient des rémunérations très substantielles, puis pour tous, même si l'on n'en bénéficiait guère, (mais "Dallas" est devenu, sur toute la Terre un modèle dont on faisait rêver les miséreux !)

C'est de cette culture de la fausse richesse qu'il faut sortir. C'est d'une autre vie qu'il faut rêver. La France et l'Allemagne ne tireront pas l'Europe entière hors de son enlisement. Elles n'en ont ni les possibilités ni le droit. Comment peuvent-elles s'auto-désigner chefs de file, comme si elles avaient des leçons de vie à donner au monde entier.

Et puis, par-dessus tout, où est la dette ? Quel est son contenu ? Qui l'a installé ? Pourquoi ceux qui ne l'ont pas recherchée la paieraient-ils ? Qui doit la payer en premier lieu ? Pourquoi, pour rembourser la dette de la France, le modèle social serait à sacrifier avant la force de frappe ("inutile et dangereuse" écrit le Général Norlain) ? Pourquoi être riche hier est, lentement, devenu être pauvre aujourd'hui ? Pourquoi la modestie et la sobriété seraient-elles interdites et considérées comme hostiles au progrès ? Pourquoi ne pas rechercher de nouvelles productions et de nouvelles industries en éliminant ce qui n'a aucun intérêt social, pour "faire des économies" et redonner de l'emploi à ceux qui le perdent ? Pourquoi ne pas réaliser, jour après jour, année après année, des économies d'énergies indispensables compte tenu du moindre recours aux énergies fossiles ?

Voilà ce que nous apprend, en première analyse, l'émergence de cette problématique de la dette. Nous laisser enfermer dans des logiques mensongères serait mortel pour nos civilisations. En sommes-nous bien conscients ?


Logique ? Vous avez dit logique ?

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran


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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux