vendredi 12 août 2011

Échappons à la servitude des fausses évidences

À en croire les experts boursiers, les analystes financiers et les "savants" économistes, la "crise" peut, désormais, se muer en catastrophe et, pour éviter ce scénario d'épouvante, il ne serait plus possible de faire autrement que d'administrer aux peuples une potion dure à avaler, et plus encore à digérer, qui va plus loin que l'austérité : la pénurie.


Que contient, en effet, ce remède qui tue :
• aucune augmentation voire une réduction des salaires ;
• aucune augmentation des impôts ;
• une contraction des prestations sociales ;
• une généralisation des privatisations ;
• un contrôle étroit et une répression des manifestations populaires spontanées ;
• l'instauration d'une société de surveillance ;
• le maintien du culte de la croissance sans retombée des bénéfices sur les salariés ;
• l'acceptation d'une nouvelle et permanente réduction des services publics ;
• le refus des taxes sur les transactions financières ;
• la stagnation inévitable du pouvoir d'achat ;
• le maintien des avantages fiscaux pour les riches ;
• la pression sur l'épargne des anciens pour nourrir la consommation ;
• la défiance a priori vis à vis de la jeunesse facteur de troubles ;
• la culpabilisation des pauvres suspects d'être responsables de leur sort... Etc.

En parallèle à ce constat accablant, les "experts" parlent et écrivent. Ils donnent à penser mais ne peuvent conduire vers les solutions que la pression populaire finira par imposer.


Faut-il, par exemple, passer de l'approche d'Élie Cohen à celle de Daniel Cohen ?

Le premier, proche des socio-démocrates, décrit avec compétence, la situation économique comme durablement en perte de croissance, et il annonce un temps de mauvaises nouvelles que les responsables politiques ne veulent pas reconnaître. Cependant, il ne peut penser hors du cadre capitaliste. (http://economiemagazine.fr/actualites/elie-cohen-penser-la-crise-ed-fayard)

Le second, estime que "le capitalisme-monde s'impose, désormais, comme la civilisation qui se substitue à toutes les autres, sans regard extérieur pour juger de sa pertinence". (http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20090904trib000418181/daniel-cohen-rien-ne-nous-garantit-la-paix-et-la-prosperite.html)

L'apport de l'un, comme de l'autre, s'arrêtent à un seuil : celui du passage hors de la mondialisation du capitalisme ! La question est autant culturelle, donc politique, qu'économique : n'y a-t-il place, sur Terre, désormais, que pour une seule civilisation, tant au niveau de la planète qu'au niveau de chaque société ? L'enfermement dans une unicité qui associe capitalisme et démocratie interdit, peu ou prou, à part des nuances folkloriques, la pluralité des comportements et des choix de vie. Ce qui est en cause, ce n'est pas d'abord, l'avenir des banques et l'état de nos dettes, c'est notre art de vivre ! Si nous ne savions remplacer l'austérité par la sobriété (de tous !) et l'ambition individuelle par la mutualisation de nos activités, nous passerions, inévitablement, par cette barbarie que craignait André Gorz !

Le déploiement extraordinaire de l'activité intellectuelle de ceux qui craignent, par dessus tout, d'avoir à abandonner leurs privilèges n'a pas fini de nous surprendre. Tout changer pour n'avoir rien à changer : voila ce que nos élites s'affairent à préparer. Ils en ont les capacités sauf..., sauf si ceux qui n'en peuvent plus d'être considérés, comme des esclaves, comme des machines de l'usine à produire ou comme des déchets d'une société qui n'a plus besoin de tous les hommes pour produire, se dressent et disent non. Ce n'est pas la désobéissance et le refus qui sont des valeurs en eux-mêmes mais vouloir être un homme, quitte à s'insoumettre, reste, comme nous l'a annoncé Étienne de la Boétie, dès le XVIème siècle, notre droit et notre chance, notre grandeur aussi.


Étienne de la Boétie (1530 -1563)
  • « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. »
  • « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. »
  • « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.»

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux