dimanche 23 août 2009

La croissance ou la voracité de l'Occident.

Connaissez-vous Elzéard Bouffier ? Ce berger paisible et solitaire de Haute-Provence est l’un des premiers « décroissants ».

"Décroissant", quel vilain mot pour nommer les adeptes d'une croissance intelligente qui respecte la pérennité de la nature et la survie de l'humanité.

Les fanatiques de la croissance ne sont pas baptisés les "croissants", ce sont des capitalistes tout simplement. Pourtant, quelle drôlerie que de qualifier Georges Bush, Nicolas Sarkozy et beaucoup d'autres de croissants... (au beurre, bien entendu, car ils se le font, leur beurre !).

Ces fanatiques, plutôt, ces extrémistes de la croissance, sont des assassins en puissance que nous devrions juger par avance pour homicide volontaire. Ils obèrent l'avenir des générations futures, et celui plus immédiat de milliers de nos contemporains qui n'ont pas la chance de vivre dans le monde occidental.

Ils génèrent la barbarie par leur recherche acharnée du profit. La barbarie, déjà présente en Irak, en Birmanie, en Afrique, là où pour exploiter à bon compte les ressources pétrolières ou minières, ils mettent en place et soutiennent des régimes corrompus dont la seul besogne est de faire régner l’ordre par la violence et de se remplir le compte en banque sur le dos de leurs frères.

Une barbarie qui se retrouve dans les camps de réfugiés de Palestine, de Turquie, du Caucase, de la Corne de l'Afrique, de la région des grands lacs africains, du Libéria, d'Angola, de Sierra Leone, du Sri Lanka, de l'ex Yougoslavie, de Colombie, du Timor Oriental, d'Indonésie et j'en oublie.

Et la barbarie ne fera que croître et embellir, quand des millions de réfugiés ne pourront trouver de solutions à leur exode causé par la montée des eaux conséquence du dérèglement climatique. On estime à plus de 50 millions le nombre de personnes, enfants, femmes et hommes, déplacées sans espoir de revoir un jour leur terre.

Tous ces conflits ethniques ou religieux ne sont que des alibis à la voracité de l'occident qui non content de s'en prendre aux personnes, dépècent la Terre de ses réserves. Dans un monde fini, le développement ne peut être infini.

Mais revenons à Elzéard Bouffier. C'est le berger que Jean Giono* a mis en évidence sur le plateau, entre Sisteron et Mirabeau. Ce personnage extraordinaire, solitaire, en parfaite osmose avec la nature, tout en gardant ses moutons, plantait des arbres, des milliers d'arbres, des chênes. Il a ainsi, tout seul, redonné vie à un plateau désertique.

D'aucun dise que c'est une fiction, moi je sais que son histoire est vraie, au vu des résultats **. Elzéard ne prélevait que sa nécessité journalière et, en plus, il aidait la nature à se régénérer.

Voyez, c'est bien l'anti-barbarie, le premier décroissant.

Puis non, décroissant, c'est vraiment trop péjoratif pour qualifier sa sagesse et son intelligence.

Il faut vite trouver un autre mot.

* Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres, Folio Cadet Rouge / Gallimard, 1953.

** Lettre que Giono écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, en 1957, au sujet de cette nouvelle :


Cher Monsieur,

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l'arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j'en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J'ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l'autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C'est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c'est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler précisément de l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps qu'on fasse une « politique de l'arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté.

Très cordialement

Jean Giono


Lire le texte de la nouvelle sur : http://www.pinetum.org/GionoFR.htm
Jean-Claude Vitran

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux