mardi 22 avril 2008

La France est noire, aussi.



Vous avez dit peuple martiniquais ?

Devant Aimé Césaire, même mort, décidément, on n’ose pas la contradiction!
Car quoi, la France n’a jamais accepté qu’il y ait un autre peuple au sein de la République que le peuple français, un et unique ! D’où nous vient donc ce "peuple martiniquais" qu’un beau matin nous sortent les journalistes, pour mieux rendre compte d’un hommage mortuaire ?
La Martinique ne serait-elle pas la France ?

Il est vrai que Césaire pensait que la France était la République mais que la République française était bien plus grande que la France ? Autrement dit, il opposait la France républicaine (à vocation universelle) à la France coloniale (à vocation conquérante ou mondialiste, comme on dit aujourd’hui).

Le meilleur hommage qu’on eut pu rendre à Césaire aurait été de lui accorder que la France est une République où s’unissent plusieurs peuples.

De même que la négritude n’appartient pas aux seuls nègres puisque « le nègre fondamental » c’est l’homme, (même si, chez l’homme noir, l’histoire a révélé une culture spécifique), de même, Corses, Basques, Occitans et autres Français auraient droit à être reconnus par la République comme des peuples qui la composent, l’enrichissent, la parent des mille facettes de cultures différentes et néanmoins convergentes.

La Martinique, se veut la France, mais elle ne l’est ni par le fait du droit de conquête, ni par le fait acquis de l’histoire coloniale. La France n’est pas la seule Martinique. La Martinique n’appartient plus à la France; elle s’y est donnée et, comme la Martinique, c'est-à-dire les Martiniquais, elle peut se reprendre comme le peut un peuple libre. Césaire et Senghor, en francophonisant la négritude, ne se sont pas inclinés devant la langue du colonisateur. Ils l’ont subvertie et en ont fait un outil décisif de la libération des Noirs.

La France en Europe est cette unité complexe qui tient sa force de sa pluralité. La fragilité de nos institutions apparaît dans ce refus d’accepter ce que nous sommes : une diversité. Césaire l’a démontré : ce qui fait la République, ce n’est pas la métropole. Une île n’est pas une terre détachée qu’on retient par les fils d’un pouvoir imposé. La Martinique et les autres territoires « français » sont des terres qui associent leur sort. Au-delà de l’autonomie, au-delà de l’indépendance même, il y a le dépassement des nationalismes. La France appartient désormais à la Martinique, à la Guadeloupe ou à la Nouvelle-Calédonie, et plus l’inverse. Et il en sera ainsi tant que les intéressés le voudront et tant que l’ensemble des Français voudront bien en tirer la conséquence majeure : la France est noire, aussi.

Jean-Pierre Dacheux

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux