mardi 12 août 2008

Exclus du marché de la santé




Il ne fait pas bon être pauvre en France, actuellement.

« Un pauvre est un suspect, un probable fraudeur !
Il cherche à se faire soigner gratuitement, ce qui est immoral.
Il faut faire la chasse à ces parasites.
Un bon citoyen paie !
Du reste, celui qui est pauvre, n’est-ce pas de sa faute ? »
Ainsi pense-t-on, aujourd’hui, dans les sphères et satellites du Pouvoir !

Cette dérive, impitoyable, est un nouvel avertissement : la guerre aux plus fragiles est engagée! La preuve la plus récente,-une de plus !- la voici.


En juin 2008, l’Assurance Maladie vient de publier sa Lettre aux médecins n° 29 et la circulaire 33/2008 qui autorisent les médecins à porter plaintes et réclamations contre les bénéficiaires de la CMU dont certains comportements seraient considérés comme abusifs. Dans ces comportements jugés abusifs, on trouve : des retards injustifiés aux rendez-vous; des rendez-vous manqués et non annulés; des traitements non suivis ou interrompus ; des exigences exorbitantes…

Deux ans après sa première saisie de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE), le CoMeGAS (COllectif des MEdecins Généralistes pour l’Accès aux Soins) saisit de nouveau la HALDE et pour les mêmes raisons.

Le CoMeGAS, qui regroupe, depuis 2003, des médecins généralistes préoccupés par l’accès aux soins de leurs patients, avait, dès 2004, interpellé la Sécurité Sociale et l’Ordre des Médecins sur la question des refus de soins aux bénéficiaires de la CMU par des médecins, en particulier spécialistes, ou des dentistes. Suite à cette interpellation, une enquête de la revue Que Choisir, en 2005, confirmait le constat du CoMeGAS en montrant que des professionnels de santé refusent leurs soins à des patients au prétexte de leur situation de précarité économique et sociale. La HALDE avait, par sa délibération 2006-232 du 6 novembre 2006, confirmé et précisé le caractère discriminatoire de ces refus de soins.

Or, selon le COllectif des MEdecins Généralistes pour l’Accès aux Soins « aucune étude n’apporte la preuve que ces comportements “abusifs” seraient plus fréquents chez les bénéficiaires de la CMU que chez les autres assurés sociaux ».

Le CoMeGAS souligne le caractère « consternant d’une situation qui amène l’Assurance Maladie solidaire à autoriser des soignants à porter plainte contre ses assurés, pour tenter de régler ce qui ne sont que des difficultés relationnelles, dues à des a priori envers les plus fragiles de notre société. Il dresse le constat « d’une formation insuffisante des professionnels de santé, et des médecins en particulier, à la connaissance des réalités de vie des populations les plus fragiles et les plus malades de notre société et à leur prise en charge, alors que, du fait de leur mission soignante, ils devraient en être les “experts”. »

Le CoMeGAS juge « prioritaire que la formation à la prise en charge des populations précarisées soit inscrite dans les programmes universitaires des futurs médecins ». Il estime aussi « que cette situation révèle une réflexion éthique insuffisante au sein de l’Assurance Maladie sur les problématiques des soins aux plus fragiles, due sans doute à l’absence des représentants de ces populations au sein de ses structures de conseil. Ces carences conduisent le pilier de la solidarité nationale qu’est l’Assurance Maladie à « prendre des mesures discriminatoires pour lutter contre des discriminations. »

Enfin, le CoMeGAS souhaite « que l’Assurance Maladie tienne compte de l’expérience des populations précarisées et des professionnels de santé qui les accompagnent avant de décider de telles mesures. »



On a, tout de même le sentiment que le monde fonctionne à l’envers ! Au lieu de veiller à ce que ce soit bien les plus démunis qui reçoivent l’aide publique, on globalise et l’on considère que les insolvables doivent être exclus du marché de la santé !

Jean-Pierre Dacheux

Source : http://www.actualites-news-environnement.com/17530-CMU-refus-soins-HALDE-saisie.html

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux