dimanche 20 août 2017

Le salafisme est-il à l'origine des attentats djihadistes ?


1 - Le wahhabisme a été accusé d'être une source de terrorisme mondial, ou tout au moins d'inspirer l'idéologie salafiste djihadiste autant que celle d'Al-Qaïda ou de l'État islamique (Daesh).
Selon la doctrine wahhabite, il n'y a qu'une seule interprétation possible des textes religieux et le pluralisme islamique n'existe pas.


La première question qui se pose est donc celle de la totale intolérance religieuse pouvant conduire jusqu'à la mise à mort.

2 - Le Wahhabisme est une idéologie et secte musulmane fondamentaliste fondée vers 1745 par le négociant arabe Mohammed-Abd el-Wahhâb de la ville d'Iyané dans l'Arabie centrale. Reprenant à son compte la vieille doctrine hanbalite (du nom de Ibn Hanbal) remontant au IXe siècle et renouvelé au XIIIe siècle par Ibn Taymiya, l'inttention de Wahhab était de ramener l'Islam (sunnite) à sa primitive pureté ; aussi déclara-t-il rejeter toute tradition, aussi bien écrite qu'orale, pour s'en tenir au Coran. Tous les usages qui n'y étaient pas prescrits furent par lui combattus, spécialement le culte des saints ; tous les pèlerinages vers d'autres buts que la Kaaba de La Mecque interdits. Il abolit également les cérémonies funéraires, prêcha contre le luxe des mosquées, des tombeaux, de l'habillement, l'usage du tabac, la tolérance des spiritueux, des jeux de hasard, toutes les formes de la corruption, imposant la stricte observance des jeûnes, des prières quotidiennes et même Ia communauté des biens.
Passant à l'acte, il entreprit de convertir par la force les réfractaires, de profaner et de démolir les chapelles des saints musulmans. Expulsé de La Mecque, il fut accueilli par le chef de Derayé Saoud, qu'il avait converti et auquel il délégua l'autorité temporelle. Elle fut efficace entre les mains d'Abd-el-Aziz (mort en 1803), fils de Saoud, puis du fils de celui-ci, Abdallah Saoud II (mort en 1814). Ils soumirent toute l'Arabie centrale, le Nedjd. Le chérif de La Mecque fut complètement battu (1790), le pacha Soliman de Bagdad repoussé. Les Wahhabites, forts de 120 000 hommes, mais presque sans armes à feu, saccagèrent Kerbala (1801), occupèrent plusieurs fois La Mecque. L'Empire ottoman, inquiet de savoir le chérif de La Mecque contraint d'adhérer à la doctrine Wahhabite, fit appel à Méhemet-Ali, vice-roi d'Égypte, dont le fils Tousoun reprit Médine et La Mecque (1811). Puis Méhémet-Ali vint lui-même attaquer le sultan Wahhabite Abdallah II, qu'il vainquit complètement à Taïf (1815). Son fils Ibrahim pénétra dans le Nedjd, tua 20 000 hommes aux Wahhabites devant Derayé dont il s'empara (3 septembre 1818). La ville fut rasée ; Abdallah Il fut conduit à Istambul et décapité (décembre 1818).
Les Wahhabites survivants s'enfuirent dans le désert où ils vécurent de brigandage, établirent une nouvelle capitale à Ryiadh, et reprirent ascendant sur les tribus irritées par la tyrannie des fonctionnaires égyptiens. Une nouvelle armée de Méhémet-Ali fut égarée par ses guides et périt dans le désert. En 1863, les Wahhabites s'étendaient de nouveau jusqu'au golfe Persique. Mais la discorde des deux fils de Feyçal, Abdallah et Saoud, les affaiblit, et les émirs de Haïl leur succédèrent dans la prépondérance sur le Nedjd. La disparition de l'empire Ottoman (1923), associé à la politique britannique au Moyen-Orient  ont placé la dynastie des Saoud au pouvoir dans le nouvel Etat d'Arabie Saoudite, et partant favorisé le renouveau de cette idéologie, à laquelle les pétrodollars ont donné une assise solide.
Le wahhabisme, sous diverses formes et variantes (principalement les djihadistes ou khawarijs, prônant la violence, et les cheikhistes, qui sont des théologiens), et que ses adeptes préfèrent aujourd'hui appeler salafisme (de l'arabe salaf = générations précédentes) a aussi connu des succès hors de la péninsule Arabique, aussi bien au XIXe siècle qu'au XXe siècle.
Les idées wahhabites furent d'abord propagées dans l'Inde (et au Pakistan actuel, dans la région de Peshawar) par un pèlerin, Seijid Ahmed, converti à La Mecque vers 1820. Elles ont rayonné de Patna sur le Nord et le centre de l'Inde. Des troubles éclatèrent en 1831. Ahmed y fut tué. Les Anglais obtinrent des muftis de La Mecque une déclaration d'après laquelle l'Inde était « pays de foi-», où le croyant ne doit pas troubler la paix.
Le salafisme a également inspiré les mouvements des Senoussi en Afrique, la révolte des musulmans de Chine (1855-74), ou bien celle des Ghilzaï en Afghanistan, qui peuvent être vus comme les ancêtres idéologiques des Talibans contemporains. En Égypte, le wahhabisme (salafisme) a attendu les années 1950 pour s'implanter par le biais du mouvement des Frères Musulmans ; il y fut initié par les Saoudiens afin de contrer la laïcisation du pays entreprise par Nasser. On rencontre encore l'idéologie salafiste dans les Balkans (Bosnie) et dans le Caucase (Tchétchénie), ou encore en Palestine, dans les rangs du Hamas, etc.
La seconde question qui s'impose est donc celle-ci : le salafisme n'est-il pas intrinséquement violent ?
3 - Dans Les Egarés. Le wahhabisme est-il un contre islam ?, (aux éditions Sigest,) Jean-Michel Vernochet soutient que ce courant s’est affirmé comme le seul islam authentique et a condamné comme hérétique l’islam traditionnel, tel qu’il a existé durant les onze siècles précédents. Son point de vue historique et théologal réfute donc l’idée répandue, depuis le subventionnement de l’expansion wahhabite par l’Arabie saoudite, selon laquelle le wahhabisme serait une forme extrême de l’islam traditionnel.


La troisième question que cet avis suggère est alors celle-ci : le salafisme est-il musulman ?

4 - « Depuis la mort d'Ibn Saoud en 1954, ses successeurs ont toujours été choisis parmi ses fils. La puissante famille des Al al-Cheikh, religieux descendants d'Ibn ‘Abd al-Wahhāb, est étroitement liée aux Saoud dans la direction de l'État. Fort de l'appui de cette monarchie théocratique enrichie par l'exploitation pétrolière, le wahhabisme ne cesse d'inspirer les courants du fondamentalisme sunnite au sein de la umma musulmane. » Dominique Chevallier.


La quatrième question contredit un peu la troisième et l'avis de J-M Vernochet : n'y a-t-il pas un fondamentalisme sunnite, appuyé sur l'Arabie saoudite, qui non seulement combat le chiisme mais aussi toute approche de l'Islam non théocratique ?

5 – Ces repères interrogent sur le caractère, intolérant, violent, conquérant, impitoyable de djihadistes convertis en guerriers d'Allah. Le salafisme n'y est pas pour rien, mais s'en tenir là serait ne voir qu'une face du terrorisme.
La seconde guerre du golfe, qui fut un terrorisme géant, dont l'horreur nous fut masquée, est à l'origine de la haine des peuples où se recrutent les tueurs. Et cette haine de l'occident trouve encore de quoi se nourrir !


Une cinquième question nous est ainsi posée : l'occident est-il sans responsabilité dans le déchaînement de violences aveugles qu frappent des civils, non pas à cause de ce qu'ils ont fait mais à cause de ce qu'ils sont : ceux qui sont membres des pays exploiteurs du monde, surpuissants et inconscients.

6 - Lutter contre le terrorisme, par les armes, sans en rechercher toutes les causes est vain. Ce débat sur les causes est complexe et contradictoire. Il en a été tenté une fine analyse sur Wikipedia. Elle est à connaître. Elle laisse le débat ouvert.


La sixième question à laquelle nous ne pouvons échapper est la suivante : puisqu'on ne peut terroriser le terrorisme (n'en déplaise à feu Charles Pasqua), il faut rechercher les causes à éradiquer du côté de l'économique et de la politique. L'extrêmisme devient religieux mais ses sources ne sont pas d'abord dans les religions. La difficulté à surmonter n'en est que plus grande.

7 – La mauvaise réponse aux attentats est de fermer à quiconque n'en est pas membre les portes de l'Europe. C'est pourtant ce que préconise le ministre polonais de l’Intérieur, Mariusz Blaszczak. Évoquant un « choc des civilisations », il a estimé que les terribles événements de Barcelone n’auraient jamais pu avoir lieu en Pologne !
« Chez nous, a-t-il dit, nous n’avons pas de communautés musulmanes, pas d’enclaves qui constituent une base naturelle pour le développement des terroristes islamistes. Nous faisons tout notre possible pour que notre pays soit en sécurité et ne voulons pas accueillir de migrants », a déclaré le ministre, dans la soirée du 17 août.


Les manifestants qui crient « nous n'avons pas peur », à Barcelone comme hier à Machester, et qui veulent que leur vie ne soit pas arrêtée par des terroristes donnent une réponse plus haute.

La septième question est claire : allons nous vivre dans le repli ou en faisant face, en état d'urgence permanent ou en liberté ? Selon la réponse, nous aurons ou non contribué, en France à la défaite de Daech et autres fondamentalistes.

8 – Et nous, que pensons-nous de cette mort donnée par un tueur, au hasard, en y ajoutant, le plus souvent, la sienne ? Que signifie ce sacrifice de kamikaze où l'on se tue en tuant ? Quelle motivation ou quelles contraintes poussent à aller au-delà de soi-même, sans un regard pour qui l'on massacre ? Conditionnement total ou désespoir absolu ? Le suicide est moins effroyable que l'assassinat de sang froid.
Les sources d'information sérieuses sur ces sujets sont rares.
Les « martyrs » qui font exploser une ceinture d'explosifs sur eux sont-ils convaincus, conditionnés terrorisés, menacés, déclenchés à distance ? Dans le document ci-dessous, le jeune kamikaze sauvé in extremis est condamné... à mort. Ici l'odieux ajoute à l'odieux...


La huitième question est une interpellation : Ne peut-on, parfois repérer des victimes parmi les criminels et les extraire de ces courses à la mort qu'ils ne veulent pas tous faire ? Je pense, en particulier, aux femmes, voire aux enfants qui tuent et se tuent sur les marché africains ?

9 – Ceux, partis d'Europe et qui ont survécu à la défaite à Mossoul ou Racca (ou ailleurs) et qui vont rentrer sont-ils, d'avance, condamnés à la prison, à l'hôpital psychiatrique, à l'abandon (au risque de toutes le récidives), à la perte de nationalité, bref à l'impossibilité de n'être pas traité en paria ? Les « revenants » ne seront pas les bienvenus. Ils seront des suspects continuels.


Le livre de David Thomson (Les revenants paru au Seuil, en 2017) mérite d'être lu même s'il fait peur. Puissent des ministres concernés, le lire avant décisions hâtives.

La neuvième question que posent ces revenants miraculés, ces meurtriers juvéniles parfois, se prononce à peine : voulez-vous encore de moi, sinon tuez moi ?

10 – Chaque attentat déverse ce flot de questions (et il en est bien d'autres). Celles qui me poignent concernent le lien commercial et militaire de la France avec l'Arabie saoudite, les ventes de Mirages à des pays dictatoriaux (dont l'Égypte), la présence militaire française en trop de pays africains où nous ne sommes déjà plus les bienvenus, notre association avec les USA en Irak en Syrie, voire en Lybie, là où des guerres cruelles nous ont fait haïr, nous et d'autres États européens. Qui dira et prouvera que les attentats sont liés à ces événements ?


Allons-nous devoir nous protéger des «returnees» (anglicisme formé des mots «return» et «refugees»). Comprenons bien : on veut nous faire croire que les « revenants » sont des réfugiés. Et bien non, ce sont des Européens beaucoup nés, « éduqués », endoctrinés en France. Ils sont actuellement entre 200 et 300 affirme l'actuel ministre de l'Intérieur.

La dixième question est fondamentale : pour que les revenus (revenants est « fantomatique ») ne sombrent pas dans un nouvel extrémisme et ne menacent plus personne allons-nous prendre les moyens de les accueillir, pas de les cloîtrer ? Mais savons-nous le faire ?

Jean-Pierre DACHEUX

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux