jeudi 24 août 2017

Le quinquennat, qui n'a pas encore commencé, manque d'utopies



1 - La 5ème République n'en finit pas de mourir. Pire, elle perdure.

C'est l'avant-rentrée. Les gazettes s'agitent. Les moyens d'agir sont en place. Le gouvernement est installé. La majorité parlementaire, bien obéissante, a fait ses gammes, un peu dissonantes. Le président, lui, a fait peu de gaffes. Mais...

Les sondages ne sont pas bons. L'opinion s'inquiète. Les « réformes » annoncées ne réjouissent que le MEDEF, et encore : il en voudrait plus. Le mensonge explose : la politique « et à droite et à gauche » a vite viré au « tout à droite ». On n'attend plus rien que des déceptions. Le plus dur est à venir.

La rentrée sociale, côté salariés, sera faite de résignation ou de révolte et rien ne laisse prévoir de quel côté cela va pencher. La gestion entreprenariale de la France passe mal. Le pays n'y croit plus. Macron est confronté à des réticences venues de toutes parts. Le pire lui est déjà arrivé : il est un président comme les autres.

La droite traditionnelle relève la tête et compte sur les élections sénatoriales pour se refaire une toute petite santé. Le Front national s'est mis lui-même hors jeu mais ne lâchera rien et attend une nouvelle heure plus favorable.

Bref, le temps des politiciens est revenu maintenant que les incertitudes présidentielles et législatives du printemps dernier sont derrière nous. Le peuple se tait. Les intellectuels « analysent » ... Que leurs voix s'élèvent.

La France insoumise manque de députés et de soutiens populaires ; elle incarne une opposition consistante mais, la loi électorale aidant, elle ne pèse pas autant qu'elle pouvait l'espérer.

L'écologie politique demeure la seule alternative réaliste, dans le monde entier, mais, en France, l'un de ses meilleurs porte-parole, Nicolas Hulot, en acceptant d'entrer au gouvernement s'est piégé. Il est enfermé, ligoté, et il sera sacrifié ou « suicidé » sur l'autel du profit, tôt ou tard. Il le sait.

Quant à EELV, c'est la bérésina... Il n'est pas d'écologie qui puisse s'exprimer au sein d'un parti. Parce qu'ils ont beaucoup à dire et à faire, les écologistes doivent tout remettre en chantier.


2- Nous sommes spectateurs alors qu'il nous faudrait être acteurs.

Nous sommes, certes des spectateurs critiques, mais ça ne suffit pas. Acteurs, nous voudrions l'être, mais nous sommes embarrassés et paralysés faute de savoir où aller. Tout va dépendre de la recherche d'un chemin qui fut celui qu'on appelait, hier, « la gauche » mais que l'on a perdu.

Jaurès et Blum sont morts et ils ne nous diraient pas : faites comme nous. Ne nous exhorteraient-ils pas à trouvez la voie qui, de nos jours, peut déboucher sur une cité d'équilibre, de partage, de prise en compte de tout le vivant terrestre sans lequel c'en est fait de notre propre espèce animale et consciente.

Nous affrontons de rudes défis. Alors, repensons le travail sans lequel la vie cesse mais qui ne peut rester enfermé dans l'emploi. Redonnons sens à l'égalité qui n'est gage de démocratie que si elle envahit la sphère économique. Dissocions liberté et propriété car celle-ci, confondue avec l'appropriation, mène à l'exploitation du plus grand nombre par une minorité de privilégiés (l'abolition des privilèges lancée au cours de la nuit du 4 août 1789, est loin encore d'être accomplie). Donnons un contenu politique et pas seulement éthique, à la fraternité qui n'est rien sans l'hospitalité et la solidarité mises en œuvres.

Utopies que tout cela ? Certes ! L'histoire n'est d'ailleurs faite que d'utopies. Dans des intervalles plus ou moins longs, on attend le surgissement de ... l'utopie à venir. La fin de l'esclavage fut une utopie. La suppression de la peine de mort en France et en Europe fut une utopie. La fin du pouvoir absolu et l'avénement de la République furent une utopie. Le droit du travail est une utopie qui pourrait bien être renversée, mais tout n'est pas dit. Le programme du Conseil National de la Résistance qui déboucha sur la loi de 1945 instaurant la sécurité sociale fut une utopie. Le vote des femmes fut considéré comme une utopie. Bref, ce qui fait progresser la vie en société et qui modifie l'ordre précédemment établi est considéré comme utopique car dit-on, c'est infaisable ! La suite prouve souvent que non.

L'utopie est un réalisme contrairement à ce que l'on nous rabâche. Pourquoi ? Parce que, sans utopies, les sociétés humaines stagneraient, pire, s'enfermeraient dans un immobilisme mortel. L'utopie est un projet neuf qui d'abord effraie et qui finit par être adopté. Bien sûr il y eut des projets insensés, criminels, approuvés avec enthousiasme, tels le fascisme et le communisme soviétique. Ce n'était pas des utopies parce que la violence et le meurtre ne peuvent entrer dans un projet qualifié d'utopique.

Relisons André Gide : « Comme si tout grand progrès de l'humanité n'était pas dû à de l'utopie réalisée ! Comme si la réalité de demain ne devait pas être faite de l'utopie d'hier et d'aujourd'hui (…)
Gide, les Nouvelles Nourritures, III, iii.

Participons à l'utopie qui vient. L'humanité en a grand besoin.

Jean-Pierre DACHEUX

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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux