mardi 21 juillet 2015

Buen Vivir, ou la France du Vivre bien



 Le Buen Vivir, véritable philosophie de vie, est un concept alternatif au développement qui se répand dans le monde entier et trouve un écho de plus en plus large au sein des cercles de réflexion. Edgar Morin y voit le chemin pour éviter le chaos.

« Je me suis toujours fait une certaine idée de la France » a dit et écrit Charles De Gaulle. Sa principale erreur aura été de s'identifier à cette idée de la France au point de promouvoir des institutions où le Chef de l'État n'était plus le représentant des Français mais leur incarnation.

Quand l'un des porte-parole du gouvernement français monarco-républicain dit : « la France », il impose aux Français de penser que la politique qu'il exécute est celle qu'acceptent et soutiennent tous les Français. C'est manifestement faux ! On peut se faire d'autre idées de la France !

Cette conception de la France « éternelle », l'État-nation auquel ses habitants sont prêts à sacrifier leur vie – ce qui s'est passé mainte fois aux XIXe et XXe siècle – est un mythe puissant, qui a servi à construire une unité nationale, voire nationaliste, justifiant l'injustifiable, depuis l'Empire napoléonien, nocif pour l'Europe, funeste pour les Français, jusqu'à l'empire colonial et néocolonial, ravageur pour l'Afrique, taillant dans les territoires planétaires des espaces soumis à la puissance française...

Nous sommes loin de « ma France », celle de Jean Ferrat, celle d'une autre approche de l'histoire, celle des travailleurs, autrement dit celle des salariés, des exploités, des petits-et-sans-grade, celle des « sans », ces oubliés qui, pas à pas, sont, pourtant, les acteurs, les transformateurs, les bâtisseurs de la Cité humaine, à dimension planétaire.

Car c'en est fini de la France imposant ses lois et ses mœurs par la force. Elle n'est plus, avec la Grande-Bretagne, l'exemple du modèle occidental. Elle n'est plus même « la France des droits de l'homme ». Elle est une petite partie de la population humaine qui ne peut être pensée, désormais, qu'en milliards de personnes unies dans un destin commun où prime l'urgence de maintenir une habitabilité après des siècles d'exploitation sans retenue de la faune, de la flore, des minéraux et des richesses halieutiques.

L'action de l'espèce humaine sur Gaïa, la Terre, a ruiné et ruine encore tous les équilibres écologiques indispensables à la vie en communauté. Le concept biblique, « allez et dominez la Terre », relayé par la pensée de René Descartes, le grand philosophe dualiste français, qui sépara l'homme et la nature, a servi de fondement idéologique à la prise de possession des richesses planétaires, sans égard pour les destructions irréversibles engendrées. L'exploitation capitaliste n'aura été et n'est encore que la continuation de ces ravages, gaspillages et autres dilapidations des biens terrestres qui avait commencé avec « les Grandes Découvertes » et dont on ne veut pas reconnaître qu'ils sont inconcevables dans un monde limité.

Les bouleversements climatiques sont, à la fois, les conséquences et l'avertissement que nous adresse la Terre-mère, « la pachamama », comme il est dit, en Amérique du sud, dans la cosmogonie andine.

La France est, certes, capable de ce buen vivir qui conduit à la vie sobre. Mais cela conduit aussi à rompre avec des conceptions de la France incompatibles avec une hospitalité partagée, sur la Terre.

Et ces France qui ne sont pas de notre temps, il n'est pas si difficile de les repérer et de les exclure de notre de notre pensée politique : la France prédatrice du plus et du mieux que les autres qui exploite, sans prudence, en son sein et ailleurs, des richesses qui ne sont pas sa propriété, la France de la surconsommation, la France du spectacle devenu un objet de vente, la France du sport professionnel de compétition, vite transformé en sport-entreprises, la France de la bombe atomique, des centrales et des déchets nucléaires, la France de l'élitisme, la France qui poursuit le terrorisme en en ignorant les véritables causes, la France productrice et faisant commerce d'armes monstrueuses, la France du néocolonialisme africain qui veut porter le feu (ou l'a déjà porté : en Lybie, au Mali, en Syrie, en Irak, en République centrafricaine), la France complice sans vergogne de Moubarak ou de Khadafi, la France qui ne veut se voir telle qu'elle est : un État que ni sa démographie, ni son poids économique n'autorisent à dominer directement ou indirectement aucune partie du monde hors de l'hexagone.

La France du Buen Vivir, ou du Vivre bien est la France qui renonce à distinguer son sort de celui de tous les autres pays du monde et qui, au contraire, fait de l'hospitalité, de la solidarité et du partage l'expression même de sa devise républicaine, donnant ainsi, et enfin, un sens concret et politique à la fraternité. 

Jean-Pierre Dacheux et Jean-Claude Vitran




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Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux